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A M. CARLO DATI
PBIMiBIO, ETC. , À FLORENCE.
Monsieur, ce mol n'est pas une response à quelqu'une de vos lettres , mais un renierciment de la faveur que vous m'avés faite de m'avoir recouvré et fait faire une copie de la comédie de vostre Térence florentin, le S. Lecchi", dont je vous a vois tesmoigné de la curiosité par l'estime que m'a de tout
' Le manuscrit porte ici le mot suite au lieu de secte que ie sens exige et qui se trouve plus bas.
temps donnée de luy les neuf ou dix pièces comiques de ce galand homme dans le prologue de quelqu'une desquelles j'avois veu VAvimrdala nommée sans que je l'eusse peu recouvrer jusqu'à ce que M' Magliabecchi m'apprit que l'original en estoit entre les mains d'un de ses descendans avec plusieurs autres du mesme non imprimées. Il m'envoya mesme le prologue de celle cy et se disposoit à me la faire copier toute entière, lorsqu'ayant eu connoissance de mon souhait vous voulustes bien en prendre la charge par une courtoisie surabondante, laquelle vous avés très obligeamment exécutée, m'envoyant j)ar l'occasion de M' Gondi , qui venoil Résident de M^' le Grand Duc auprès du Roy, cette pièce que je regarderay désormais moins par son propre mérite, quelque grand que je le présume, que par celuy que vous lui avés adjousté en vous abaissant jusqu'à me la vouloir procurer par vos soins, desqueisje vous rends icy très humbles grâces avec toute la reconnaissance qu'exige de moy un oflice aussi généreusement fait.
Au reste , permettes à vostre obligé serviteur de vous dire que ce ne seroit pas une chose indigne de quelqu'un de M'' vos académiciens de recueillir ce qui reste de ces comédies du Lecchi^ qui n'ont point veu le jour et d'en former un second volume pour l'honneur de sa mémoire et pour celuy de son pais, dont le monde luy seroit fort redevable, parce que s'il y a eu un dramatique en ces derniers temps qui ait honnoré le théâtre par ses compositions , en suy vaut les traces des bons anciens, des Menendres, des Apollodores et des Térences, c'est assurément celuy cy qui en avoit pris l'air tout à fait et qui n'y avoit pas moins de disposition naturelle.
Vous, Monsieiu-, qui sentes tout autrement que nous autres estrangers et que le
^ Sic pour Cecchi.
^ Encore Lecchi pour Cecchi.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
reste des Italiens mesmes, vous tomberés facilement d'accord de ce que je dis en sa recommandation , et je ne désespère pas que voyant un forestier^ comme moy en estre aussi touché que je le suis, vous n'engagiés par vostre crédit quelqu'un de vos M", moins occupé que vous n'estes , à se charger de ce soin et à faire ce bien au monde en resveillant la réputation du théâtre toscan qui, sans cela, languit désormais et s'en va presque esleinte. Pardonnes cette tirade à un homme qui passionne la gloire ^ de vostre langue, maistresse de toutes les autres renommées de l'Europe à qui elle a monstre le chemin de n estre plus bai'bares et me tenés pour un de ceux que vous ayés jamais plus obligé en qualité, Monsieur, de vostre, etc. De Paris, ce m décembre 1671'.