‹ Lettres. PubliéesChapitre 222 sur 309 · DXXV · texte numérisé non relu

DXXV

À M. HEIASIUS,

BÉSIDEttT, ETC. , À LA HATE.

Monsieur, on n'augure rien de bon sur-

tout pour les nourrissons des Muses sur ces préparatifs qui se font chés [vous] et chés nous pour remuer autre chose que des livres, tant les esprits paroissent animés d"un et d'austre costé , et plust à Dieu qu'on ne se fust jamais anse di stazzicar ilvespajo ! * Les mouches sont douces quand on ne les irrite pas, mais irritées gare* leur aiguillon ! Melior deus, comme je l'espère, calmera cette tenipeste et nous rendra la sérénité. Nous en avons tous besoin , mais vous principalement qui, outre l'inlerest public, avés le vostre particulier, la paix vous estant absolument nécessaire pour raffermir vostre santé mal assurée et vous donner moyen de vous faire faire raison de vos injustes alliés détenteurs de vostre patrimoine. J'en ay besoin moy mesme pour me faire faire justice de l'infidélité de mes lasches et ingrats débiteurs h qui il ne tient pas que je ne meure de faim, tandis qu'ils l'ont grande chère des emprunts qu'ils m'ont faits sous couleur de se redimer. par ma facilité, de la dernière misère. Je serois ravi que noslrc illustre ami" travaillast heureusement pour la pacification

' Cliajielain francise ici, en parlant à un italien, le moi Joresliere , étranger.

^ On peut rapprocher de cet emploi du mot passionner pris pour w désirer vivement^ , ces deux phrases citées dans le Dictionnaire de M. Lillré: rSi je passionnais moins le succès do celle affaire (Mascaron). — La chose du monde qu'elle passionnoit ie plus démesurémenlr) (Saint-Simon).

^ Le même jour, Cbapelain recommande à Collellini (P 277 v°) le jeune Gronovi-js. Le même jour encore, il écrit à Yossius (f 978) : «J'ay ce catalogue de toutes les comédies italiennes qui esloit celuy qu'avoit fait autrefois Léo Allalius où il y en a une infinité de mauvaises. . .:i Il lui demande la Florida de Garcilasso de la Vega (volume in-i" à deux colonnes) pque -> , dit-il , «fj'ay veu en ma jeunesse.. . Nous l'avons icy traduite et je n'en voudrois l'original espagnol que par simple curiosité. Je vous suis redevable du

Diclionnairo portugais qui est un des meilleurs après ceux dos Esliennes que nous ayons d'aucune langue moderne. J'envoyeray exprès à la campagne d'Issy [on lit dans le manuscrit d'Iry] où M' Thevcnol a pris sa demeure en renonçant à la ville et presque à ses anciens amis, la lettre dont vous m'avés chargé pour liiy. Il peut bien se proposer un voyage outre mer, mais pour le mettre en exécution ce n'est pas une chose fort facile tant il est irrésolu par nature et mal aisé à en venir à reffel. Il compile un Ix' volume de voyages et navigations qui est lantost imprimé. La guerre qui se prépare me donne peine pour mes inlerests et ceux de mes amis. [Puisse] Dieu tourner tout en bien et ne pas souiïrir troubler le commerce des bonnes lettres !n

' Exciter, irriter le guêpier.

^ Je substitue le moi (fare au mot garde.

•* Van Beuninjï.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

des troubles qui sont prest d'éclater. Cette gloire seroil bien deûe à sa vertu et à son industrie.

Je me doutois bien, il y a long temps, que vostre pensée de nous venir voir s'en iroit en fumée non par vostre faute, mais par celle de la maligne constellation. Il faudra se résoudre à cette douleur, pourveu qu'il ne nous faille pas résoudre à pis encore.

Nous avons perdu la divine Julie, l'honneur de cette Cour et la consolation de tout ce que nous estions de ses adorateurs fidelies '. M' le Duc, son illustre mari, en est inconsolable. Si vous iuy escrivés, faittes passer vostre lettre ouverte par mes mains afin qoe je prenne le temps favorable de la Iuy faire voir.

N'envoyés pas, au reste, les œuvres de Wier par une occasion qui ne soit pas très seure, et, s'il est possible, qu'elles ayent un meilleur destin que celles de M' TEvesque de Paderborn afin qu'elles ne me viennent pas aussi soiiillées, moiïillées, maltraittées que celles de ce Prince, que M' Bigot nous a envoyées. 11 vous aura mandé qu'il a receu au fond de son désert toutes vos lettres par ma diligence, comme il l'a escrit à mov.

Le Terentius christinnus est escrit sans art, mais son slile est aussi pur que celuy de l'etnique', et peut estrc leu, pour cela, par les habiles aussi bien que par les ignorans. J'en ay les deux premiers tomes et serois bien aise d'avoir trouvé à acheter^ le 3 qu'il promet dans la préface du 2".

Il faut envoyer l'élégie h Rome et en faire rougir l'ingrate'' qui a abusé de vostre temps, de vostre peine et de vostre argent.

J'ay averti M' Ménage de l'approbation

que donne à ses vers M' TEvesque de Paderborn. Les vers de cettuy cy sont-ils extrêmement dans la vostre? Ce que j'en ay peu deschififrer de ce que la mer n'avoit pas corrompu m'a semblé bien médiocre et d'une poésie bien au dessous de la vostre.

A la première veiie, j'assureray M' Tbevenot de vostre souvenir. Il est devenu homme de campagne et nous ne le voyons que rarement et comme un éclair.

Je suis bien aise que vous ayés escrit civilement à M' Rompf qui est un honnesle homme et qui en use fort courtoisement. Je Iuy souhaitte toute bonne fortune cl suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xiii décembre 1O71.

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