‹ Lettres. PubliéesChapitre 228 sur 309 · DXXX · texte numérisé non relu

DXXX

À M. VORITIUS ,

BIBLIOTECAIRE DE L'ELECTEUR DE BUANDEDOIHC , À BERLIN.

Monsieur, vous apprendrés par le gentilhomme, parent de M' Andraas Mullerus •', qui m'a apporté le paquet de l'édition latine

1 Le 1 6 février, Chapelain rend ainsi compte à Heinsius (P 286) d'une commission qui lui avait été donnée par ce dernier : «J'ay envoyé vostre lettre à IVr Medon et je doute qu'il l'ait receiie, car il ne m'en accuse, point la réception dans celle qu'on m'a apportée de luy avec la vie du jurisconsulte tolosan M. Moeta (sic pour Maran) qu'il a faille très élégante et très ample à la teste des posthumes de cet excellent homme qu'un de ses descendans a ramassées et publiées depuis peu.n Le lendemain, c'est à Medon même que Chapelain parle (f° a86 v°) du travail qu'il vient de louer: «Pour revenir à celte vie de M"^ JMacan (s«c), je n'en ay jamais leu de si elen^amment et si curieusement escritte et entre autres choses d'importance, j'ay pris grand plaisir à y trouver son esclavage chés les Mores que feu

CHAPELAIN-

M'' Magaahe {sic pour Maghe), gouverneur de W Fronsac, mon intime ami, qui fut fait captif avec luy et racheté de mesme, m'a autresfois raconté pathétiquement. Cet ouvrage ne l'imuiortalizera pas moins que les siens propres à la teste desquels vous l'avés mise, tant elle a le caractère ancien et se sent de la parfaitte imitation des maislres. . . 11 y a apparence que vous avés dans vos layetes plusieurs autres pièces de cette force et de cette délicatesse qui ne mériteroient pas moins le jour que celle-là, ce qui estant [ne] devés point envier au public ni à vostre gloire.-

* Sic paiir Vorstius.

' André Muller, savant orientaliste, naquit à GreilTenhagen vers i63o et mourut à Steltin en 1696. Son édition des Voijages de Marc Polo, enrichie de notes, dissertations, index (Berlin,

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de Marco Polo nouvellement imprimée cbés vous, la funeste raison qui me Ta fait recevoir si tard. Je vous dii-ay seulement, pour respondre à la lettre qui raccompagnoit, (jue ce que je vous escrivis de ce merveilleux voyage n'estoit que sur les préfaces que G. B' Raniusio avoit mise à sa teste dans le second volume de ses Recueils , les plus cul'ieuses et les plus sensées que l'on pouvoit souhaitler et ce volume estant de l'impression de Venise des Giunti i Sy^ , je l'ay remanié pour voir si j'aurois quelque chose à adjouster à ce que conleuoit ma précédente sur ce sujet. Ce que je vous puis dire est que d'abord Marc Polo, prisonnier de guerre à Gennes, fit sa relation à l'aide d'un gentilhomme gennois devenu son ami qui fescii vit sous luy et la fit en latin l'année i-:?98, (ju'en suitle estant mis en liberté, sa relalion fui Iraduitle en vénitien et, depuis, retraduitte en langue latine par un dominicain Douloiinois en loao, ce qui me fait jugeique la version qui est dans ce a" volume est de Ranucio, 1res sçavant homme et très judicieux en qui l'on s'en peut fier. Si vous escriviés à Francfort, où tous les livres du Monde' se trouvent, vous le pourries tirer de là et, au pis aller, par les libraires de Francfort vous le pourries faire venir de Venise, où il ne faut |)as douter (pi'on en ait à revendre.

Je vous envoierois bien le mien, juais comme le transport en est dilîicile à cause que c'est un gros in folio, les chemins de Paris à Berlin estant tout couverts de gens de guerre, il n'y a pas apparence (piil ar-

rivasl en seurelé, et puis il faudroil avoir une occasion d'ami fort assurée. Je confereray l'édition de M' Mulherus avec celle de Rainuccio pour voir si elles sont conformes et vous en donneray avis. Je seray bien aise de recevoir les premières feuilles de fintitulation - et préfaces qu'il y a mises. Je jn'nnagine que le manuscrit de la Bihlioteque électorale est une copie de la version du moine Boulonuois.

Le travail que vous avés prest sur Valère Maxime vous attirera beaucoup de louangi' et jusfiflîera vostre profonde érudition. Le pauvre Gronovius, noslre ami. est mort. Il faudra voir«i le fils respondra à la doctrine tle son père. Vostre diatribe de Synedrits Juda'oniin adjouslera sans doute aux volumes que Seldenus en a donnés. Pour \c Justin, M' Gronovius en a imprimé un avec dos notes de luy qu'il m'a envoyé et à M' Heinsius. Vos manuscrits pourront vous le faire renvier sur luy.

On donne force lettres du delimt Reinesius et je les recueille toutes conmie bonne-. Son grand ouvrage des inscriptions est entre les mains de l'électeur de Saxe qui l'avoil envoyé au Roy par le Baron de GarsdorI'. son ambassadeur, mais Sa Majesté qui avoit sçeu que le bon homme l'avoil dédié par une longue lollre inqirimée à .son prince naturel, ne l'accepta pas, ne voulant pas courre sur son marché ni luy ravir la gloire de l'adresse. Je priay inslannnent le Baron »pù me le fit voir de porter M' TEIecleur ii le faire publier et à s'en fiiire un honneur imniorlel el il me le promil. Gependnnl cela

1671, in-i°), est, selon le baron Walckenaer (article Polo de la Diogruphic universelle), la meilieure édilion lalinc de ces voyages. Le lexle adopté par Muiler était celui de ia version latine alti ibuéc à J. Huilich el qui avait déjà paru dans le Novm orbis de GrinoLUis, lexle amélioré à l'aide d'un manuscrit de la bibliothèque de Berlin.

' On lit Moulu dans le manuscrit.

- Ce mol, qu'au premier ai)ord l'on serait tenté de prendre pour uu barbarisme, a éli; omp'.oyé par Bossuet. Voir le Dicitonnairc de .M. Lillré, où l'on trouve encore le même mot dans une phrase d'im liistorien du xvi' siècle : Vincent Carloi».

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

demeure au grand dommage des bonnes lettres.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

ne Paris, ce x\ février 1672.

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