‹ Lettres. PubliéesChapitre 229 sur 309 · DXXXI · texte numérisé non relu

DXXXI

À M. VIACEiSZO VIVIAM.

l'nlMAniO MATHÏMiTICO DE S. A. DE TOSCiNA , À FLOUE?iCK.

Monsieur, par la lettre que M' Tabbé Gondi ma bien voulu rendre de vostre part, j'ay veu avec une non petite consolation le desplaisir que vous ave's de n'avoir peu jus- «|u'icy dégager la parole solennelle que vous m'aviés donnée volontairement , il y a plusieurs années, de reconnoistre la libéralité du Roy par quelques marques signalées de vostre ressentiment, et aussi de la peine que vous avés de m'a voir fait respondre à S. M. que vous executeriés prontement et noblement cette parole. Ces pensées là sont dignes de vous. Monsieur, et je les loue d'autant plus que je reconnois en cela que vous me contés pour quelque chose et que vous estes affligé qu'il y aille si fort de mon honneur et de mon interest non moins que du vostre. Le moyen de nous faire oublier tous ces délais désagréables , maintenant que S. A. Sér""" de Toscane vous a concédé la liberté d'agir à vostre descharge, sera de vous appliquer donc sérieusement à l'ouvrage promis sans davantage de remise et n'ayés poinct de timidité ni de scrupule pour le stile, car pourveu que vous escriviés cette vie de celuy des lettres que vous nous escrivés et encore moins fleuri, vostre relation n'en sera pas moins bonne, et, quand il ne satisferoit pas tout à fait la délicatesse de vostre goust, il nous satisfera nous et le public, parce qu'il s'agist icy d'une histoire particulière qui ne

le veut que simple et clair. Vous sçavés le mot ancien que Hisloria quoquo modo scrq)la deleciat\

Personne n'a de notices de vostre sujet ni des matières qui le regardent que vous qui estes l'élève favori du fameux Galilée et qui. occupant sa place, avés hérité de sa réputation. Qui que ce soit qui vous ait gaigné de la main ne peut l'avoir traitté qu'imparfaitement au prix que vous le traitterés et ne fera que vous servir de lustre et que relever le mérite de vostre travail, quand on luy comparera le sien. Faites donc ce que vous vous estes obligé de faire avec conliance d'un heureux succès, et fournisses moy par ce moyen de cjuoy me sauver et vous aussi de blasme envers le Prince et envers le monde que j'ay imbu de vostre promesse et qui en attend l'effet impatiemment. Les affaires du Monarque qui ne l'a jamais exigé ne s'en porteront pas pis, si vous y manques, mais ce seront les vostres et vostre réputation qui en seroit flestrie auprès de tous les gens de bien et de jugement. Vous n'y aurés pas la difficulté cpie vous appréhendés , ne s'agissant c]ue d'un escrit de prose et familier sur un sujet que vous possédés entièrement, verbaque pramsam rem non invita sequentin--. Je me le promets positivement de vostre noblesse, de vostre courage et de vosti-e gratitude qui ne vous permettent pas d'y hésiter.

Si vous voyés il signor Orazio Rucellai. je vous prie de l'assurer de mon très bumble service et de vous resjouir avec luy en mon nom de la nouvelle production de M' son fds pour les obsèques de feu S. A. S. de Toscane. Il y a bien du plaisir de le voir si fermement marcher sur ses traces et se monstrer son si digne successeur. Exhortés le luy mesme de se résoudre enfin luy mesme

' On sait que ce mot si souvent cité est de Pline le Jeune (Lettre VI Art poét., vers. 3i t .

du livre V).

— ^ Horal.

LETTRES DE JEAiN CHAPELAIN.

à enrichir les belles leUres de ses dialogues si excpiis dont il ma fait Thonneur de me communiquer un si rare eschantiilon.

Je vous demande aussi, à l'occasion, mi compliment bien sincère et bien passionné pour moy à M. le comte Bardi, M. l'abbé Marucelli, M. Magalotti, M. Falconieri, M. l'abbé Pantiatichi, sans oublier M. l'officieux Magliabeeclii à qui j'avois escrit par le jeune M' Gronovius, mais qui n'a pas^ passé les monts, révoqué en Hollande par la mort de son docte père.

Je suis tousjours, comme vous le pouvés désirei-, Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce xxiv février 1IJ72.

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