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AU REVEREND PERE RAPIN

DE lA COMPAGNIE DE JESUS , AU COLLÈGE DE CLEP.MOM^.

Mon Révérend Pèro . vous n'estes pas tout à fait juste quand vous parlés si modestement de vos vers et si je ne m'y connoissois un peu, il ne tiendroit pas à vous que je ne les prisse pour médiocres. Je condamne autant vostre humilité que je loue leur excellence. Je n'ay rien veu de nostre temps qui soit plus beau que ce dernier ouvrage que vous in'avés fait la faveur de m'envoyer ', non pas mesme vos propres compositions précédentes \ quoyque vous sachiés bien quelle haute opinion j'en ay et quels éloges elles reçoivent de mon équité à toutes rencontres. L'invention en est vraiment poétique et le corps n'en pouvoit estre mieux disposé ni les sentimens plus du sujet. Pour la versification elle ne sçauroit estre plus latine , plus

' Pierre de Ribadeneyra , né à Tolède en 1527, mort à Madrid en i6ii,àràgede quatrevingt-quatre ans, fut, comme s'exprime Ticknor (t. III, p. 207), «un des premiers et des plus actifs membres de la Compagnie de Jésusn et r.se distingua par son Historia del cisma de Inglateira, sous le règne de Henri VIII, et par son Flos sanctorum ou Vie des saints, n Voir la liste complète et très détaillée de ses œuvres dans la Bibliothèque des écnvains de la Compagnie de Jésus (t. ni, in-folio, coi. 1/17-16/1).

* Ticknor (t. III, p. 200) dit que Baltazar Gracian, jésuite aragonais, qui vivait entre i65i et i658, publia, en i63o, un traité intitulé: El heroe, «qui ne renferme pas tant la description d'un caractère de héros que la recelte pour en former un , recette donnée en phrases courtes et concises.» Les auteurs de la Bibliothèque des écrivaim de la Compagnie de Jésus ne citent aucune édition à' El hei-oe antérieure à l'année 1687.

^ Voir sur Malvezzi la lettre XXIV du présent volume.

* Sur Francisco Gomezde Quevedo y Viilegas, né à Madrid en i588, mort en 16/1 5, voir Ticknor (t. III, p. 3o6-333).

^ M. Sainte-Beuve a cité [Port-Royal, t. III, p. .^61) celte phrase qui a été supprimée par Camusat, et il ajoute : «C'est sans doute cette ouverture de Chapelain qui aura déterminé la dédicace que fit M. de Trigny (comme Lancelot s'intitulait) de sa Méthode espagnole «à la Séréffnissime Infante d'Espagne, dona Maria Teresa, «que toute la France considère déjà comme sa « reine, n

^ Le P. René Rapin , alors âgé de trente-neuf ans, a déjà figuré dans la lettre IX du présent volume.

' Pa/;is triumphalia ad Eminentissimum cardinalem Julium Mazarinum , pro pacificatoria légations féliciter gesta (Paris, Imprimerie royale, 1660, in-folio de 29 pages).

^ Chapelain veut parler des Eclogœ sacrœ , qui furent publiées en 1689 (Pa'''s, Sébastien Cramoisy, in-/i°).

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élegaute, plus nombreuse. Tout m'en plaist et je m'en suis senti extraordinairement touche. Je ne sçay si la matière n'y a pas contribue' et si elle n'a point aydé à la forme, car je vous avoue que la vertu que vous y célebre's est un de mes plus agréables spectacles et qu'il m'est extrêmement doux de voir ce gi-and personnage si dignement loué avec toutes les muses et avec toutes les grâces'. En attendant que je le puisse aller re've'rer sous vostre conduitte, je ne serois pas marry qu'il sceust que je vous ay remercie' pour luy et pour le siècle des (leurs

)'ares dont vous i'ave's couromié, chacun do ceux qu'il honnore de sa bienveillance cl qu'il couvre de sa protection estant obligé de prendre part à sa gloire et de sçavoir gré aux grands artisans comme vous qui travaillent si heureusement à la faire éclater. J'espère obtenir de ma mauvaise santé un moment favorable pour vous aller remercier de vive voix du riche présent que vous m'avés fait et vous confirmer dans la créance que je suis véritablement, mon Révérend Père , vostre , etc.

De Paris, ce vi janvier itïCo'.

• Mazarin avait déjà été, dès ifiôj, l'objet lies chanls du P. Rapin {Templumfamœ Eminent. Cardinal! Maiarino. Carmen hei'oicum, Paris, Imprimerie royale, in-folio). Il avait aussi adressé ;in caidinal une pièce funèbre sur Alphonse Mancini {Renati Rapi»i Soc. Jesu Lach-i/mœ in carissimi alumni sui Alphnnsi Mancini iumulum. Ail Emineiitissimum Cardinalem , Paris, Imprimerie royale, i658, k pages in-folio).

- Le 8 janvier 1660, Cliapelain (f 78) répond par de vives protestations à des reproches d'oubli qui lui avaient été adressés par le marquis de Monlaiizier. Il y dit de la princesse Julie : «M' la Marquise qui a le goust si fin, qui a le jugement si net.i II a soin de parler du beau-frère de Gronovius, le docte Teniinyl, qui est venu le visiter el qui lui a fait un grand éloge de la Pucelle : «Je vous avoue que cette profession d'estime ni recherchée ni mendiée d'un jiomme si célèbre et qui ne me connoist que par là, m'a encore plus confirmé que la traduction de l'Albigeois [l'abbé Paulel], que l'ouvrage n'estnit pas tout à fait mesprisable. Cecy toni à fait entre nous, tanquam horribile secrelum.- (Chapelain ajoute : rJe feray voir à M' Gonrart avec quelle tendresse vous payés sa passion respectueuse pour vous. Je finis en vous disant que vous n'estes pas le seul favory des îMuses dans l'alliance de la maison de Rambouillet et qu'il ne s'en faut guère que W le coule de Grignan le jière ne soit aussi bien que vous avec elles. 1 Le 1 '1 du même mois. Chapelain complimente ainsi

(f 79) un poète lyrique aujourd'hui bien oublié, l'abbé de Francheville : r Cette belle Ode dont vous m'avés surpris et honnoré est l'une des plus riches bagues de ma couronne, et le plus grand ornement dont mon petit nom se puisse parer à l'avenir. 7) Le même jour, Chapelain écrit à M. de Lionne (P 80) une lettre qui roule en entier sur la pièce de vers où il se propose de célébrer les admirables actions de Af le Cardinal: •rJe m'appliqueray donc, puisque S. Em. l'approuve et me le commande mesme, à l'ouvrage que je vous proposay il y a quelque temps et je m'y appliqueray de toute ma force pour n'eslre pas seul muet dans un si beau sujet de parler. . . La Pucelle prendra patience pour quelques mois, s Le même jour encore. Chapelain adresse beaucoup de compliments (P 81 v°) à M' Savary de Courtesigny, à Caen : «11 ne reste autre chose, Monsieur, que de ramasser tous ces divers poèmes en un corps et d'en faire une impression qui soit digne de l'ouvrage, afin qu'il n'en aillf pas comme des feuilles de la Sybille qui portoieni à la vérité des oracles, mais que le moindre' vent dissipoit el rendoil inutille[s] à ceux qui les consultoient.» Chapelain vante ensuite les beaux vers latins envoyés par W Halley, de la pari de son cousin, pour le Puy el les PaUnods, et il charge Savary de remercier Halley de cet envoi. Le 3 3 janvier et le 8 février. Chapelain écrivit (f"" 83 v" et 8.5) à M' Gombauld, doyen de la calhédrale de Saintes, disant dans la première lettre : -Je ne sçay si la persécution qui m'est

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Monsieur, tost ou tard que me vienuent vos lettres, elles me sont tousjours extrêmement chères. Cette dernière à laquelle je respons l'a esté encore plus qu'aucune parce qu'elle estoit accompagnée de deux riches présens. J'avois desja veu l'Ode' entre les mains de M' du Perier ' et nous l'avions admirée ensemble strophe après strophe,

nous resjouissant que vous continuassiez à vous faire honneur de vostre vertu et à accroistre le domaine des belles lettres par vos ouvrages. Je ne sçay quelle justice on vous fait là dessus au lieu de vostre naissance, mais je sçay bien que Paris vous considère comme vous le mérités , et que vous avés à vous louer de son équiié dans le jugement qu'elle fait de ce qui sort de vostre plume. Cette Ode est du stile sublime et n'y laisse rien à désirer. C'est dommage que noslre Cour ne soit aussi Gne dans la bonne latinité que

failtc par les gens de M'' le Duc de Richelieu et de M' de Xainles me doit passer pour un mal , puisqu'il m'en est revenu un aussi grand bien que celuy de trouver voslre amitié aussi vive et aussi tendre pour moy qu'elle ait jamais esté.n Chapelain, dans la seconde lettre,' célèbre toute la famille Gombauid, notamment «W Gombauld, mon ancien amy et la lumière de noslre Cour depuis si long temps en matières de belleslettres et de poésie exquise, n et aussi un autre Gombauid (neveu du doyen), «que vous avés mis sur les fleurs de lys à Bordeaux , le mérite duquel m'a laissé une si grande idée de sa personne. . . n Le 2-'i janvier, Chapelain (f 8i ) donne à M. de Brieux, à Caen, des nouvelles de sa santé et il indique les précautions qu'il prend contre le froid : r Je m'habille bien et me chauffe bien.n Que deviennent, devant cette dernière assertion, les épigrammes de Ménage sur les immuables tisons du foyer toujours éteint de Chapelain? Le correspondant du poète normand déclare que cette gelée de sept semaines n'a pas altéré sa constitution, que «/a Pucelle va son trainj). Il passe ensuite à une consultation de sou atni : trPour le vers de Lucrèce je n'ay pas le loysir d'examiner les exphcations que luy donnent Erasme, Turnèbe et Lambin, et ainsi je n'en puis parler déCnitivement ni les condamner à vostre avantage. Mais pour celle de l'abbé de Marolles, sans examen on la peut rejetter, tant ce traducteur est antipode du bon sens, et tant il s'éloigne partout de l'inteUigence des autheurs qui ont le malheur de passer par ses mains. Gardés vous bien, Monsieur, de vous commettre

avec cet homme en cette qualité. Vous vous fériés tort en luy faisant honneur : il n'a jamais pensé qu'il y eust difficulté à rien. Il croit entendre ce qui arreste les plus habiles. Il se contente de tout ce qui se présente à son imagination, quelque absurde qu'il puisse estre, et se complaist dans les chimères qu'il s'est formées comme dans les senlimens les plus réguliers. Enfin si vous ne contestiés sur ce vers qu'avec luy, ce seroit ne le contester avec personne. Il suffiroit de dire que ce seroit son avis pour dire que ce seroit le mauvais, et cecy sans hyperbole. C'est une moquerie et une puérilité de dire qaeSatyra est une femme satyrique. Il n'en faut pas davantage pour vous faire voir quel homme [c'est] en matière de sçavoir, car pour le reste il a de la naissance et adroit les mœurs commodes si l'amour excessif de la louange ne le perdoit et ne l'estrangloit:»

1 C'était une ode pour la paix des Pyrénées.

^ Charles du Perier, «gentilhomme provençal, natif d'Aix," comme dit le Moréri, «étoit neveu de François du Perier, l'un des plus beaux esprits de sou temps, à qui Malherbe adressa les belles stances. ..-5 11 mourut à Paris le 28 mars 169g. Il cultiva avec tant de succès la poésie latine, que Ménage le proclama le prince des poètes lyriques. Il est vrai que ce fut dans une ode adressée à Du Perier lui-même et que, comme on- le sait, les compliments de poète à poète ne tirent pas à conséquence. Voir l'article bien curieux, tant il est enthousiaste , que Baillet consacre à Charles du Perier [Jugemens des savans, t. V, p. 898 et Sç)!i). 11 est souvent question de Du Perier dans le

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celle d'Auguste. Vous y tieudriés la place d'Horace, non seulement pour le génie lyrique, mais encore pour l'épistolaire. Tout de bon il ne se peut rien de plus pur, de plus sensé, de plus juste que cette lettre à M"^ Ménage sur le défaut commun à tous les hommes de se faire censeur d'office des habitudes et des occupations d'autruy'. C'est ainsi" que la philosophie devient agréable et que l'on peut profiler au public en le délectant. Cette epistre a le charactère qtiem mo~ rattim indtgilant^ et le seul propre aux compositions de celte nature, et l'apologue par lequel vous le («V) finisses^ ne pou voit estre ni mieux imaginé ni mieux exprimé ni mieux placé pour l'effet que vous en prétendiés. Tout ce qui précède va excellemment à la mesme fin. Vous y avés pris occasion d'y nommer vos vertueux amis de la plus adroilte manière du monde ''. Enfin vous estes un grand artisan et en nous donnant cet essay, vous vous estes engagé à n'en demeurer pas là

et à poursuyvre cette carrière. Si nous avions un volume de ces sermons ^ marqués à vostre coin, je ne feindrois point à les mettre immédiatement après ceux du poète de Venise * et devant ceux du chancelier de l'Hos pital ' qui juscju'icy se sont maintenus en possession du second lieu. Je vous exhorte sérieusement à marcher dans cette belle route , et je vous respons du succès.

Au reste, je vous suis très obligé de l'ordre que vous m'avez envoyé pour la distribution du petit nombre d'exemplaires de ces ouvrages qu'on m'a apporté de vostre part, et je l'ay receu comme une marque de vostre confiance et de vostre amitié. Je m'en aquiteray soigneusement à l'égard de M' de Monmor et de M' Huggens. Pour M' Gonrart, j'attendray une seconde jussion *, et me contenteray, en attendant , de l'assurer de vostre souvenir et de vostre bienveillance. N'ayant aucune connoissance de la langue latine", j'ay douté s'il seroit à propos do luy pré-

' Dans le recueil ititiUilé : Peiri Danielis Iluelii fipiscopi Abrincensis Carmina {quinla edtdo, Paris , 1 709 ), c'est la première des épilres (p. 60-67 ) • Ad /Egidium Menagium.

- Allusion an mot d'Horace : Morata que recUî fabula.

' Le sujet en est indiqué en ces termes par l'auleiir : <fhominum juàicia nullius esse viomenti, tum poehe ipsius expeneniia , tum bievi fabula ostendilw.

'' Dans celle épîtie ([ue lliiel appelle prolixe, Prolixam tibi, Menagi jucunde , salutem

Miltit Hueliades

sont mentionnés divers poètes et érudils normands, tels que Savari, Paulmier de Grenlemesnil, Bochart, Brieux, Hailey, elc.

•■' Sei-mon est pris ici dans le sens de discours, sens qui lui est donné dans le roman de la Bose, dans Berle, dans la Chanson de Roland, etc.

* Ce poète de Venise, nommé dans une des lettres suivantes, est Aonius Paiearius (Antonio délia Paglia). Déjà Chapelain l'avait cilé (t. 1".

p, 260 , lettre du 18 mai i638) comme un des plus heureux imitateurs d'Horace.

' Voir les poésies latines de Michel de l'Hospital, qui parurent pour la première fois en i585 (in-folio), et qui ont été réimprimées en 1782 (in-8°) et dans ses Œuvres complètes (5 vol. in-8°, 1862).

* Le mot jussion, à partir de la lin du xvi' siècle, n'a {juère élé employé que dans la langue du droit.

« C'est ce qu'a dit aussi l'abbé d'Olivel {Histoire de l'Académie française, t. H, p. 189) : ff Quoiqu'il ne sût ni grec ni latin, tous ces hommes célèbres [les premiers académiciens] l'avoient choisi pour le confident de leurs éludes, pour le centre de leur commerce , pour l'arbitre de leur goût.» Un peu plus loin, l'ahhé d'Olivel ajoute que Conrart wn'avoil pas la moindre teinture de ce qu'on appelle langues savantes. î^ M. Livet, dans une note sur ce passage, repousse le témoignage de l'abbé d'Olivel en ces termes : «Il ne semble pas possible qu'il [Conrart] n'ait pas eu

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senter ces pièces là , et j'ay eslé bien aise de suspendre l'exécution du mandement. Gela n'y gastera rien. J'escris à M' de Brieux et mets la lettre sous vostre enveloppe. Faittes moy la grâce de la luy faire rendre prontement et d'assurer M"' Bochart, Hailey, Savary, en un mot tous nos amis de la vertueuse académie, de mes respects et de la passion que j'ay pour leur gloire et pour leur service. Pour vous, croyés bien que personne sans exception n'est plus que moy. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce -i' mars iC6o.

À M. DE BRIEUX

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