À M. LE CHEVALIER VERJUS
RESIDENT POUR LE nOY, À COLOGNE.
Monsieur, si j'estois moins abbalu que je ne suis par la mort de M^' de Longueville, ma passion, mon soustien et mon ornement dans le monde \ je serois plus en estât de vous rendre les grâces que je vous dois de vostre obligeant souvenir, au milieu de vos importantes affaires, et de la lettre de M' Conringius que vous m'avés fait 1 honneur
' L'André Millier dont il a été question plus haut.
2 Probablement Jean HuKich ou Huttichius, né vers liSo à Mayence, mort en ibhk, auteur d'une' traduction latine dos Voijnges de Marco Poio, déjà citée.
^ Le Manuel du libraire ne mentionne ni l'édition de Justin ni l'édition de Valère Maxime données par Vorstius.
* Trogus Pompeù'-s (Trogue-Pompéc).
' On sait que l'ouvrage de Trogue-Pompéo, divisé en hli livres, embrassait en quelque sorte
i'bistoire entière du monde depuis la fondation de l'empire des Assyriensjusqu'au règne d'Auguste.
* Le /«(sfùi de Grœviiis, qui avait paru en 166g, reparut en i683.
' L'édition de Justin par Jacques Bongars , enrichie d'excellentes notes, est de i58i (Paris, in-S").
* L'antiquaire ^larquard Gudius, dont nous avons déjà rencontré le nom.
' Charles-Paris d'Orléans, duc de Longneville, fut tué au passage du Rhin près du fort Tolhuis, le 12 juin 1C72, à l'âge de vingt-trois ans.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
de ni'envoyer, qui pour son égard m'a tii'ë de beaucoup de peine. Le progrès des armes du Roy et la bénédiction dont Dieu favorise ses justes entreprises doivent donner un grand relief à vostre employ et bien fortifier les prudentes raisons que vous y avés tous les jours occasion d"y faire entendre pour ses inlerests et pour son service. Nous avons vea icy comme vous vous y prenés et le succès que vous avés eu des escritures dont vous avés obligé l'Electeur de Cologne pour abbattre victorieusement les artificieux libelles de l'Isola pour le desmouvoir de son alliance avec S. M. Je n'ay rien veu de plus net pour l'expression ni de plus fort et de plus délicat pour desmesler les mauvaises couleurs et les chicanes de ce sophiste et si vous publiés quelque chose de semblable dans la suite', je serois très aise que vous m'en flssiés part pour m'instruire et pour me resjouir de vous voii* si bien reiissir aux matières politiques, qui me fait vous augurer un accroissement de considération auprès de S. M. et de fortune eu continuant de le servir avec tant de fidélité, de dextérité et d'utilité.
H m'avoit passé par lesprit que vous aviés attiré le R. P. Verjus auprès de vous pour l'attacher à M' l'Electem^ et concourir à vostre gestion dans la veùe de lempescher de se corrompre par l'inspiration de ses ennemis et de ceux du Roy, mais, à ce que je voy, il avoit esté destiné pour suyvre Sa Majesté dans ses conquestes, et apparemment son stile et sa piété pour les pou-
voir célébrer l'aura fait regarder par elle, et , d'une ou d'autre façon, je l'en félicite et vous aussi de tout mon cœur, bien marri de ce mal qui luy est survenu et qui l'a forcé à ne pas suivre la destination du Prince.
Si ^V Conringius continue à se servir de vostre voye pour ses lettres ou pour quelqu'un de ses ouvrages dont il me veut régaler, ayés la bonté de ne l'en pas refuser et de me rendre ce bon office par les occasions que vous pourrés avoir de me les faire seurement tenir.
Je suis avec tendresse et cordialité, Monsieur, vosli-e. etc.
De Paris, ce xnn juin 167a.
DXLIll.