‹ Lettres. PubliéesChapitre 240 sur 309 · A M. C0>RI>G1LS · texte numérisé non relu

A M. C0>RI>G1LS

ntEMIEC FBOFESSEl'B E5 DISTOIBE ET MEDECINE. À BELMSTAD.

Monsieur, peu de temps après mes dernières escrittes vers la fin de mars , M' Baluze m'envoya les livres que vous luy aviés addressés pour moy et une de vos lettres du xxui may qui justiffièrent nostre Résident de Hambourg de la négligence dont nous l'avions soupçonné et qui me comblèrent de joye en m'npprenant Testai de vostre santé et la continuation de vos travaux littéraires. J'ay leu avec grande satisfaction vos deux programmes pieux et je liray, au premier loysir, le traitté de Piscints qui doit le jour au soin que vous en avés pris.

^ Le correspondant de Chapelain publia , deux ans plus lard , la Réfutation d'un libelle adressé à M. le pi-ince d'Osnabrug, sur une lettre qu'on suppo se faussement lui avoir été écrite, etc. (1676, in-12). C'est la réfulalion, datée du li janvier i6y^, d'un injurieux libelle du baron de l'Isola {La sauce au verjus, Hambourg [pour Bruxelles] , i67'4, iiT-ia). Les auteurs de la Bibliothèque historique de la France disent (t. III. p. 1 1 '1 ,

n" 3 1600): «Les deux écrits sont fort vifs, et les deux conibattanls ne se ménagent pas beaucoup.- Ils citent celle appréciation delà Réfutation par Bayle {Dictionnaire critique, article Lisola) : «Je pense qu'il n'y a personne qui ait écrit contre le baron de Lisola d'une manière plus ingénieuse cl plus piquante que M. Verjus, comte de Crecy : c'était pour repousser de grosses injures.?!

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

J'apprens que M' Meibonius, duquel vous m'avés aussi envoyé le panégyrique, en avoit escrit un defabrtca triremium où il espuise savamment le [sujet], mais où il nialtraitte fort tous les habiles qui ne se sont pas trouvés de son opinion comme Scbefferus et Grentemenius noster\ entre autres, qu'il gourmande comme des escoliers et des ignorans, ce qui scandalize les sçavans modestes. Je sçaurois volontiers vostre avis sur le mérite de son ouvrage et sur la rudesse de son procédé. Vous m'avés ravi d'eslre entré dans mon sentiment touchant les gratifications royales en général , veu la disposition des choses. Mais vous m'avés bien plus contenté en m'apprenant que ce retranchement ne vous avoit non plus regardé que M" Gronovius et Bœclerus et que vous aviés touché de S. M. un honoraù'e encore plus grand que par le passé", sur les tesmoignages que M" Gravelle et Verjus ont rendus de vous à la Cour en confirmation de ceux qu'elle en avoit receus de moy par le passé. Je suis persuadé que, quand la reformation en seroit encore plus grande, vous demeurerés intact par ce que vous la mérités et par ce que vous luy serés utile.

' Paulmier de Grentemesnil.

* Conringius, «premier professeur en l'académie de Helmstedt,:î est inscrit pour i,5oo livres de gratification en 1671 et pour 900 livres seulement en 1G72. Il n'avait eu que 900 livres en 1670. L'augmentation dont Chapelain ie félicite s'applique donc à l'année 1671 et n'était payable qu'en 1672. Gronovius et Bœclerus, qui reçoivent, le premier 1,900 livres, le second 900 livres en 1671, disparaissent de la liste de 1 672 , où il ne reste que quatre noms étrangers : Dati, Viviani, Conringius, Hevelius.

^ Desormeaux {Histoire de Louis de Bourbon, jmnce de Cotidé, t. IV, 1768, p. 3o8) raconte ainsi les circonstances dans lesquelles son héros. fut blessé : rUn capitaine de cavalerie ennemie, qui ne s'éloit point enfui avec les autres, l'apper-

La voye pour me faire tenir seurement tout ce que vous voudrés que je reçoive de vous ne peut estre ni plus pronle ni plus assurée, tant qu'il séjournera à Cologne et je luy en escris dans cette veiie là.

Le Roy ne fait la guerre à la Hollande que pour faire un exemple sur elle des foudres qu'attirent sur eux les audacieux et les ingrats. Sa seconde intention est de maintenir sa haute gloire en splendeur et retenir ses jaloux et ses ennemis cachés d'entreprendre rien contre elle. Vous aurés desja sceu le prodigieux progrès de ses armes sur le Rhin. Le dernier de ses combats est le plus glorieux, mais il a cousté à la France la blessure de M' le Prince ^ au bras gauche et à moy la mort du plus accompli , du plus sage, du plus brave et du plus humain de nos Princes, M^' le duc de Longueville qui , par excès de valeur', a esté la victime qui a esté immolée et qui a ouvert le chemin à la gloire. Après avoir rangé à la raison et mortifié l'orgueil de ses mesconnoissans présomptueux , S. M. se fera honneur du restablissement de la paix en Europe et luy rendra le calme que leur insolence y avoit altéré.

çoit, accourt et lui appuie ie pistolet à la télé. Un léger mouvement détourne le coup; Condé ie reçut au poignet de la main gauche qui en fut fracassé. La goutte rendoit la blessure extrêmement douloureuse; mais, malgré les maux qu'il ressantoit, Condé n'abandonna point le champ de bataille, qu'il n'eut immolé aux mânes de son neveu ce malheureux ramas d'ennemis qui ne s'étoit défendu que par désespoir.»

^ Ecoutons encore l'exact Desormeaux (p. 807 et 3o8) : crA l'aspect de Longueville, qui se présenta le premier à la barrière, l'ennemi crit" quartier: Non, non, répondit le jeune Prince, échauffé par les fumées du vin, ;;o!>i( de quartier pour celte canaille. En même temps il tire un coup de pistolet. L'insulte fut payée sur le champ par une décharge qui renversa Longueville mort, etc..»

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Je prie Dieu qu'il vous conserve cependant en santé et m'en rende assés pour vous lesmoigner tousjours que je suis, Monsieur,

De Paris, ce XMiijuin 1672'.

DXLIV.

À M. DE MOMAIGU,

DOTES DC PBÉSIDUl DE TOULOCZE , À TOULOCZE^.

Monsieur, je ne vous puis asse's dire l'a-

' Le 23 juillet, Chapelaiu entretient Ferrari (fSiov") deses inGrmilés, ajoutant: «Pardessus cela. Dieu a permis que je receusse le plus sensible coup qui me pust 'survenir par la mort du jeune M"^ le Duc de Longucville, le seul qui resloit de cette illustre maison à qui la France doit, dès il y a près de 3 00 ans, de n'estre pas anjjloise et qui m'a allaché à ses interesls glorieux par do si nobles liens que mon honneur et ma fortune ne flcurissoient presque que par elle qui se voit estcinle sans ressource par ce déplorable accident , après lequel ce n'est plus vivre à nioy que respirer et voir la lumière, mais languir, soufTrir et agoniser. . . Je suys bien [aise] que vous ayés veu, salué et esté bien Iraitlé de M' d'Avaux, nostre nouvel ambassadeur près de la Seigneurie. Vous reconnoislrés aussi bien que la Ser"' République par la suitte que c'est le meilleur sujet qui pust ostre destiné par S. M. à cet employ tant pour son service que pour la bonne correspondance qu'EUe désire en reteiiir avec ses bons alliés. Ce seigneur est neveu du fameux comte d'Avaux qui a dans sa jeunesse commencé à faire connoistre son grand mérite dans la mesme place et qu'il a depuis si jusliffié par ses ambassades célèbres de Danncmark, de Suède et de Pologne et confirmé par celle de la paix à Munster. 11 est la fleur de nos maislrcs des Requestes et il n'y a point de charges de robbc dans Testât à quoy par ses excellentes qualités il ne puisse aspirer et parvenir. L'honneur de la justice est naturel dans sa maison depuis plus de deux cens ans, et l'honnesleté aussi. Bien quo Tinlcgrité et la capacité sont des vertus en luv particulières et personnelles, elles influent les inesmes qualités en ceux qui ont le bonheur de l'approcher... M' de Paglierolle(sî'c) sur fous est celuy qui en participe le plus. . . Vous pouvés avec .«^eureté prendre liaison avec un si homme de bien , si galant homme et si fort de mes amis que j'ay préparé, avant son départ de la Cour, sur vostre

sujet... Les progrès qu'a fait le Roy contre ses ennemis en si peu de temps passent l'imagination et n'ont point d'exemple qu'en Alexandre, encore sont-ils plus rapides. n Le 3o juillet. Chapelain revient, dans une lettre à Giaziani (f 3i2), sur la mort du duc de Longueville : trll n'y avoit rien de si accompli que ce jeune Prince en qui par sa valeur héroïque devoit renaistre un autre conte de Danois, ..Et quel accroissement de mortification pour moy qu'il soit mort dans la certitude d'esire éleu par la République Polonnoisc pour luy mettre le diadème sur la teste qu'il vont oster à teluy qu'ils en trouvent indigne et qui ne fut éleu que contre la loy du Royaume et par une violence timiultueuse de la petite noblesse. ?5 Le 1" août, Chapelain , après avoir fait à M. de Paillerolz , dont le nom a par un lapsus été transformé on Palcevoh (T 3i9 v°), un grand éloge de Ferrari, lui parle ainsi du comte d'Avaux : «Je vous denianderois vos mesmes bons offices auprès de luy si je me sentois digne de ses bonnes grâces que j'ay tousjours souhaittécs depuis que j'eus le bonheur de le voir briller chez Mesdames la Marquise de Sé^igné et la confesse de Grignan, ses familières amies et mes chères patrones. Car je ne luy mets point on obligation le respect que j'ay eu toute ma vie pour M" les Contes d'Avaux, son oncle et son frère , à qui je le devois par leurs admirables vertus et rares parties, de sorte que s'il me reçoit enircses serviteurs, jelerecevraycomme une faveur pure et gratuite dont je luy denieureray très obligé. -î

- On ne trouve dans la Biographie toulousaitw (I. H, p. 72) que ce trop court article sur le corre.spondant de Chapelain : «Joseph de Montagut, conseiller au Prcsidial, fut l'un des membi-cs les plus assidus des Conférences li Itérai rei^ , plus connues sous le litre d'Académie des lantei-nistes. Nous avons de lui quelques poésies en latin et en français, qui portent les dates de 1667 et de 1671.^ Le D' Desbarreaux-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

greable estonnement dont j'ay esté saisi à la rëceplion des vers que M' de Hericourt m'a envoies de vostre part quand je ne pensois à rien moins qu'à estrc lionnoré d'une si glorieuse marque de vostre estime qui m'a esté d'autant plus chère que je la connois infiniment au dessus de ce que je puis valoir. Ce n'est pas d'à celte heure, Monsieur, que j'ay trouvé sans les chercher dans la docte et polie ville de Toulouze de favorables esprits qui se sont piqués de faire valoir par leurs versions les petits ouvrages qui m'eschappoient sur diverses occasions publiques et qui ont daigné me servir d'interprètes par des productions tout autrement accomplies que celles qu'ils s'esloient proposé d'imiter, mais il faut avoïier que les vostres ont un aussi grand avantage sur les leurs que le sujet que vous avés voulu prendre excède en forme et en longueur ceux qu'ils avoient pris.

Je ne parle point de cette excellente élégie par laquelle vous avés cru devoir vous ouvrir le chemin à mon amitié, bien qu'il n'y ait rien de si obligeant ni qui luy soit comparable en ce genre, mais j'entends parler de cet autre immense ouvrage dont j'ay fait l'occupation de ma longue vie et qui, encore que désormais lîni, n'est pas cru de moy encore achevé. C'est, dis-je, de la sfatiie de la Pucelle, de laquelle vous n'avés veu jusqu'icy que le buste, sur lequel néantmoins vous n'avés pas laissé de former le projet de la rendre entière de vostre propre marbre, plus que Parien \ pour la faire chérir des nourrissons du Parnasse latin et luy faire avoir place à costé de la Farsale ou de la Thébaïde, car ce seroit trop dire au pied de la divine Enéide, sous ses por-

tiques ou dans les galleries du palais d'Apollon.

La desfiance que j'ay du peu de polissure qu'Elle a receiie de mon cizeau me feroit desfier qu'Elle pust prétendre à tant de gloire, mais la confiance qui me vient de la délicatesse du vostre, si vous persévères dans le dessein de l'y emploier, m'assure presque de l'infallibilité de cet honneur, et qu'avant que je meure je la verray par vous digne et en possession de l'immortalité. Ne soyés donc point en doute, s'il vous plaist. que ce bel essay ne me plaise et n'ait mon approbation; il me ravit, je m'y reconnois transformé en mieux et , si vous n'y désirés que mon suffrage, contés sur luy et vous assurés de plus de ma louange et de mon ressentiment. Vos vers , Monsieur, sont purs , sont noinbi-eux, mes sentimens souvent renforcés par la force de leurs expressions , et l'engagement oii vous vous mettes de les rendre fidèlement ne leur osle rien de ce qu'ils peuvent avoir de vigueur et de noblesse, s'ils en ont quelqu'une. Vostre versification ne traisne, ne languit point par la diffusion, et vous la serrés sans la rendre obscure, ce qui représente heureusement la majesté et l'élégance virgilienne dont nos langues modernes ne sont point capables à comparaison.

Je n'en ay pu remarquer, en les parcourant, toutes les autres perfections. A leur seconde et troisiesme lecture , je les examineray plus particulièrement et si j'y trouve quelques endi-oits qui m'an-estent et que je croye mériter d'estre retouchés, je vous en avertiray avec la liberté que vous m'ordonnes, quand j'y devrois laisser du mien et y faire blasmer mon jugement plustost que do ne vous paroistre pas sincère.

Bernard ne s'est pas occupé de notre personnage dans son travail inliluic : l^es lanternisles , pssai sur les rpunions lUlr'raires et scientifiques qui ont précédé, à Toulouse, rétablissement de

CIIAPE1.AIA. II.

l'Académie des sciences, (l'aris, Tecliener, i858. in-8").

' C'est-à-dire de Parcs. M. Littré, sons le mot parien, ne donne aucun exemple à l'appui.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Tout cecy n'est pas pour vous porter à suivre vostre résolution ni à vous faire prendre des mesures qui vous contraignissent le moins du monde. C'est seulement pour vous confirmer dans la créance d'y mieux reiissir que je n"ay fait et vous prier de ne vous pas tant proposer de me suyvre, que de suyvre Virgile dans la distribution de ses périodes poétiques, dans la gravité de ses expressions, dans la pureté de son langage et dans la sonointé, s'il m'est permis d'user de ce terme \ de ses conclusions et de ses cheutes.

Bartol-Maranta mérite destre leu et considéré là dessus-. Lorsque vous aurés occasion de nommer la Marne, songes si vous avés quelque autliorité valable de la traduire Marnus, parce que jay creu jusques icy que son nom latin n'est que Matroiia ^

Si vostre version iVançoise des Pseaumes est imprimée . je la fera y venii' pour vous y admirer aussi bien en françois queje fais en latin.

Entre vos consullans pour la Pucelle, vous n'en trouvères pas de plus solides que M' de Medon et M' de Hericourt, quoy (ju'ils s'en défendent. Je leur suis fort redevable de l'office qui vous a disposé à me recevoir. Monsieur, vostre. etc.

De Paris, ce iv aousl i(')7a '.

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