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DL

A M. BERXEGGER.

DU cons[kil] des treize.

À STRASBOCnC.

Monsieur, il y a long temps que je n'ay receu une aussi affligeante nouvelle que celle que vous m'avés donnée de la mort inopinée de nostre illustre ami M' Boeder ', duquel je

' Imprimée clans le recueil de M. Clément

- Plusieurs médailles, dit M. Clément (note 3), frappées en 1G79 , consacrent ces conquêtes. Chapelain parle sans doute de celle qui a pour légende : fJltov regum, et pour exergue: Batavia Jebellata. Voir Histoire de Louis XIV, par Bruzen de la Martinière, t. III, p. i5o.

' L'original de celte lettre est conservé dans In volume V.F., nouvelles acquisitions, n° ^i

(P /16), ainsi que Toriginal de la lettre à Colbertdu U avril 1673 (f /i 2). J'ai relevé les variantes de cette dernière lettre. Les variantes de celle-ci sont très peu dignes d'attention.

" M. Coquebert de Tliaisy déclare, dans la Biogi'aphie universelle, que Boeder «termina sa carrière en 1699 n. Dans la Nouvelle biographie générale on a copié cette erreur, qui se trouve déjà dans le Mormde 1769, où elle résuite très probablement d'une faute d'impression.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

venois presque d'avoir des lettres agréables et qui ne me faisoient rien moins attendre, et que je mepromettois qui feroit mon épitaphe comme celuy qui estoit bien moins avancé en âge que moy. Je perds ainsi mes doctes amis l'un après l'autre, et perds le plaisir que j'avois de leur procurer tous les ans des grâces du Roy après les en avoir fait juger dignes. Le me'rile de ces M" ne se répare point. i\r Gacciarleri ' commença par son départ à défiler le chapelet^ à quatre-vingts ans, M' Reinesius le suivit à quatre-vingtun et M' Gronovius, l'hyver passé, succomba au mauvais air des marais de Leyde , toutes playes qui m'ont esté très sensibles, mais celle-cy me l'est infiniment davantage, comme de la personne qui m'avoil fait paroistre plus de gratitude et d'affection. Il ne nien reste que le cber souvenir et l'obligation de riionneur de vos bonnes grâces. J'ay le ressentiment que je dois du jugement que vous avés fait de la grande part que je prendrois à ce malbeur commun à tous les gens de lettres et h moy, le moindre . mais le plus, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce dernier septembre 167a.

DLL À M. PAILLEROLS,

sechetaire de luudassads de te:iize .

À ÏEMZE.

Monsieur, j'ay receu par M"° de Scuderi'^ avec beaucoup de joye la response à la lettre que je vous escrivis, il y a deux mois, pour

vous remercier de vostre souvenir. Je suis bien aise de vous voir dans la disposition d'obliger M' Ferrari à estre de vos amis et suis fort assuré que vous y (rouverés voslre conte et vostre satisfaction, comme M" nos Ministres y ont trouvé la leur, quand les bienfaits du Roy ont attiré de son bon coeur des marques publiques de sa reconnoissance. Dans la suitte vous reconnoistrés la considération où il est près de M" les Glarissimes de la Re'publicjue, de l'bonneur de laquelle il semble estre le gardien ou du moins la trompette, ne se passant guère d'année qu'il nen célèbre la gloire avec éclat dans l'occurrence des évenemens qui luy peuvent estre avantageux.

Vous m'avés, Monsieur, fait une grâce particulière de tesmoigner à M' l'Ambassadeur * le respect que jay lousjours eu pour les grandes qualités de son illustre famille et l'agréable impression qu'a faite en mon esjiril celles de S. Ex"', dès la première fois que jeus le bonbeur de la voir cbés les dames, nos communes amies'. J'en suis demeuré, dès ce temps là, son serviteur et plein de désir de le luy tesmoigner par mon obéissance. Si quelquesfois vous me donnés de vos nouvelles, je vous conjure de m'apprendrc des siennes et du succès de sa noble gestion que, connoissant sa force et son addresse. je luy augure très beureuse et qui luy seivira de degré pour s'élever plus baut encore.

Je n'oserois me resjouir du bruit qui s'est respandu que M' Daligre", baissant extrê-

' PSom qui doit être défiguré cl que je ne réussis pas à reconstituer.

- M.LiUré,danssoiijDidiOH>ia!Ve, citeTexpression proverbiale : le chapelet commence à se défiler.

' M"' de Scudéry était alors âgée de soixantequatre ans. On sait qu'elle naquit à la fin de novembre lOoS et que l'acte de baptême est du 1" décembre de celte année.

* Jean Antoine de Mesrce, comte d'Avaux.

^ Mesdames de Sévigné et de Grignan. H est souvent question du comte d'Avaux dans les Leltrcs de M""' de Sévigné.

* Etienne d'Aligre, qui avait été pourvu de la charge de garde des sceaux de France en avril 1G72, était alors âgé de quatre-vingts ans.

LETTRES DE JEAN CFJAPKLALN

mement, M"" son pèro (sic)^ cstoit legarflo pour luy eslre siibslitiid dans la charge qu'il possède piésentemenl en le faisant chancelier^ pour enterrer la sinagogue avec honneur ■*. Je ne l'oscrois de peur que ce ne fust qu'un bruit sans effet, mais je le souhaille pour le bien de lEstat cl pour l'avantage de sa maison.

Ce que vous me mandés de Caminick " est une grande playe à la Chrestienté et qui met la Pologne en mauvais termes. La Hongrie et l'Allemagne mesme pourroit dans la suitte s'en mal trouver. Il nous en reviendroit de bon à nous que l'Empire obligé de songer à sa propre défense seroit moins en estât de troubler le Roy dans ses justes desseins, quoyque S. M. le soit de les pousser malgré tous obstacles, si la médiation de la Suède n'engage S. M. à en ariesler volontairement et bénignement le cours.

Je vous rends mille grâces de l'offre que vous me faites de me donner avis des livres de considération qui pourront se publier h Venize , durant vostre séjour, mais il suflira de l'avis afin que, s'ils sont demongoust, je mette ordre à me les faire recouvrer sans vous estre à charge.

Conservés moy les bonnes grâces de M' l'Ambassadeur et me croyés, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce v"^ octobre 1G7 2.

DLH. À M. GR.^VILS,

PBOfESSSDB EX EI.O<}CE\CE,

Monsieur, je receus. avant-hier, un paquet de vous par M' Bouillaud' où il y avoit une lettre à M^ Thevenot que le hazard fit trouver chés moy un moment après que je l'eus leceùe, à laquelle il me promit de vous respondre au premier jour. Quant à ce que vous me mandés dans la nnenne de l'autre paquet que, quatorze jours auparavant, vous m'avés envoyé par la poste, je ne m'estonne pas qu'on ne me l'ait point apporté , veu que ma demeure n'y estoit point marquée et que, quand vous l'y auriés inscripte, elle est dans un quartier perdu que les porteurs de lettres ou ignorent ou, pour s'espargner de la peine, ils veulent bien ignorer. Je suis marri de ce malheur tant pour la consolation que j'aurois plustost eue de vostre souvenir, et l'occasion de vous rendre le petit service que vousdésii'iés de moy. Vostre Epistre à M«' le Dauphin, au reste, n'avoit point besoin sans doute de mon jugement, estant d'un personnage aussi consommé dans l'éloquence que vous, et pour ne courre plus la mesme fortune, si vous la renvoyés, vous n'aurés qu'à l'addresser à M' le duc de Montausier mesme avec lecom-

' Père a été mis là poiir//s par inadvertance. Il s'agit de François d'Ali;;ro, troisième fils d'Élienne,abbé de Suint-Jacques de Provins (diocèse de Sens). On lit dans le Moréri{l. I, p. 877) : «Son père ayant été fait garde des sceaux, il sortit de sa retraite pour venir le soulager, et faire sous lui les fondions de cette charge. Il donna dans cette occasion des preuves de sa capacité et de son zèle pour la justice-.

* Etienne d'Aligre devint chancelier en janvier 1674.

C'est-à-dire pour bien finir. L'expression se

retrouve dans une lettre de M"" de Sévigné du 1 5 novembre 1 688.

" II fout lire Kaminieck, chef-Ueii du gouvernement de Podolie, ville forte qui servit longtemps de boulevard à la Pologne du côté de la Turquie. Mahomet IV prit Kaminieck le a 6 septembre 1677, après douze jours de siège, par la trahison du gouverneur de la place, qui refusa de recevoir les troupes de renfort que lui onvovait Sohieski.

^ Ismaël Boulliau, déjà plusieurs fois nommé dans celte correspondance.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pliment que vous luy ferés sur ce sujet, et supplier M' Bernard de la luy faire tenir dans sa despesche bien recommandée. Ce seignem' est civil et prendi'a le temps apparemment de vous y respondre.

Pour les exemplaires de vostre Sue'tone, vous ne pourrés guères les envoyer par mer tant que celte malheureuse guerre durera, mais nous espérons que pourveu que les HoUandois satisfacent S. M., comme ils doivent, Elle leur rendra bientost la paix et ses bomies grâces.

Nous apprenons que Ltrecht a tout sujet de se louer d'Elle, ce qui me met l'esprit en repos sur vostre sujet, croiant que vous aurés moins senti les eft'ets de ce grand orage. Je le souhailte fort au moins.

M' Heinsius, noslrc cher ami, est mieux à Paderborn' qu'à la Haye et il luy doit estre bien doux de se trouver, dans ces désordi-es, en une retraitte aussy favorable à sa vertu que celle là et dans la conversation des Muses les plus illustres de l'Allemagne qui contribueront autant que les eaux médicinales de ce quartier là à luy rendi-e son ancieime santé. Si vous luy escrivés, je vous prie de le bien assurer de mon service et de l'inviolable vœu de mon amitié et vous de me bien tousjours croire. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce \ii ortobre 1G72.

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