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À M" COLBERT
SECRETAIBE DES
A SAIM-GEP.MAIN.
Monseigneur, le mesme M' Frischman, qui se dit résident pour le Roy à Strasbourg,
^ Le 20 octobre, Cliapelain écrit à l'abbé Panciaticbi (f 33i): rLe vocabulaire délia Ousca entrepris par vo.s M" les réviseurs ne contenterat-il point bientost l'allenle impatiente des amateurs de la langue toscane, qui en beauté, en dignité et en abondance a succédé par préferance aux anciennes grecques et latines, et l'Académie ne se résoudi-a[-l-elle ] jamais pour sa gloire à enricbir les bonnes lettres de la Poétique du cavalier Salviati'? Je scauray de AP Ménage quels livres en France sont prests à luy faire honneur envers vos sçavans de d'dà les Monts et vous en envoyray la liste grande ou petite qu'elle se trouvera. Je sçay desja que les Hollandois ont imprimé le Tacite de la revision de nostre defunct Gronovius et le Suétone de Gronovius [sic pour Grœvius] qui ne nous viendront en liberté qu'après qu'ils auront obtenu la paix des deux couronnes. On dit que Schefiferus en Suède fait imprimer à Upsale son traitté De re nauttca augmenté de moitié fort désiré de tous ceux qui ont veu sa première édition, quoy qu'il soit strapassé par le brutal et trabile (sic, pour atrabilaire sans doute) Heibomius, à ce que feu M' Bœcler me mandoit un peu devant sa mort. Vous aurés emporté de Paris l'Histoire latine de nos troubles de la Fronde depuis 16/18 jusques en i653 de l'ambassadeur en Suisse le marquis de MaroUes, escrivain passable, mais passionné pour M"^ de Chavigni, son parent et son panégiriste. C'est pourtant une assés bonne et élégante narration du détail de ce fameux soulèvement. M' Valois l'aisné va faire imprimer son Socrate 3' partie de l'Histoire ecclésiastique, le cadet sa Notitia Galliœ, un cba-
et se dit fort connu de vous , sur la réponse que je luy fis, il y a un mois, que je m'estois donné l'honneur de vous envoyer sa Batavia triumphata, ou acclamations fort éloquentes pour le progrès des armes de Sa Majesté, que je croîois avoir esté bien receiie de vous , s"est encore avisé de m'escrire qu'il l'avoit fait imprimer à Francfort , avec quelque autre pièce siu* le mesme sujet, où il jusiifie l'entreprise de Sa Majesté et tasche d'effacer les mauvaises impressions que ses
noine angevin un traitté De missis dominicis [ce n'était pas un chanoine, mais bien un jurisconsulte, François de Roye, qui publia ce traité à Angers, 1679, in-i". Voir le Dictionnaire de Maine-et-Loire, par M. G. Port, t. lit, p. 3ao- 321]; M' Perrault, le médecin, la traduction nouvelle de Vilruve avec d'amples notes, M"^ Dernier la physique d'Épicure en françois sur les expHcacations de M"^ Gassendi. M' Ménage ses Poésies reveùes et augmentées." Le même jour, Chapelain félicite ainsi le comte Tott de sa venue en France (f 335) : «De vous dire la joye que j'eus à la nouvelle qu'on nous apprit de vostre élection pour venir pacifier le grand trouble qui a mis la Hollande aux abois, de vous dire celle que j'eus de sçavoir que vous estiés arrivé pour un si grand œuvre, quand je le ferois, ceseroitsans nécessité, le pouvant juger de vous mesme par la connoissance que vous avés depuis si long temps de mon cœur pour vous et de l'attache que j'ay tousjours eue à vostre singulière vertu et à vostre extraordinaire mérite. -5 Chapelain s'excuse ensuite de ne pouvoir aller le voir. Le 22 octobre, Chapelain explique (P 335 v°) à Freischman, qui demandait des nouvelles de son ouvrage envoyé à Colhari [Batavia triumphata) , qu'il ne peut rien pour lui rayant cent cspreuves que ce ministre, accablé d'une monlaigne d'affaires à mouvoir ne me respond jamais rien en pareille rencontrer. Chapelain lui dit : r-Son Bibliothécaire est M. Baluze, son domestique, qui le voit tous les jours qu'il vient à Paris, auquel pour vos interests vous vous pourrez addresser. C'est un très sçavanl homme et qui a la réputation d'estre fort officieux, n
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ennemis en ont données aux Princes allemands, desquelles pièces il dit attendi'e une occasion seure d'en envoyer à la Coin' des exemplaires, et a joint une lettre à son billet qu'il m'a prié de vous faire tenir.
Son zèle est apparent; pom' sa persomie que je ne connois point, s'il est assés heureux pour ne vous estre pas inconnu , vous jugerés, Monseigneur, s'il sera digne que vous consideriés le devoir où il se met de servir le Roy en ces renconti'es , et que vous luy en faciès tesmoigner gré pour le confirmer dans la passion qu'il monstre de glorifier autant quil peut noslre grand monarque. Sa lettre ira avec ce mot que je finiray par l'avis trop certain de la mort du pauvre M' Bœclerus, l'un des priucipaux de vos gratifiés. En voilà déjà quatre, MM" Gevartius, Reinesius, Gronovius, et celuy-cy, que la fortune semble envier à la béneficence' de Sa Majesté et à vos généreux offices; et si elle continue à la vouloir exercer envers les sçavans de premier ordre. Elle et vous serés contraints de jetter les yeux siu* d'autres, dont il y eu a encore quatre ou cinq d'éminens et qui ne feroient point de déshonneur à ces grâces. Gronovius mourut siu" la fin de lédition du Tacite, commenté par luy et dédié à Sa Majesté, que ses héritiers luy feront présenter, lorsqu'Elle aura ou conquis ou rendu la Paix à la Hollande.
Graevius a pubHé son Suétone avec ses notes, ouvrage très digne d'avoii- place dans la biblioteque du Roy et dans la voslre. Schelferus, premier professeur de l'université d'Upsale. en Suède , travaille à augmenter son traitté De re nautica, fort souhaitté de tous les gens de lettres et propre à enrichir les cabinets des scavans.
Mais j'abuse de vostre loisir, je vous en demande pardon et suis , Monseigneur, voslre, etc.
De Paris, ce xxu octobre 1G72.