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DLV

À H. OTTAVIO FERRARI

PREMIER PIIOFESSEOR EX L'HISTOIRE , ETC. & PADOÏE.

Monsieur, voslre lettre du [01 blanc] septembre ne m'est veniie que le neuf novembre et je ne m'en cstonne pas, V3u les diverses bricoles ' quelle estoit obligée de faire en son voyage, mais elle ne m'en a esté que plus chère, surtout en la part que vous me tesmoignés avoir pris en l'aflliction que m'a causé la mort, toute glorieuse qu'elle ait esté, de mon jeune Priiice'. la perle des personnes de sa naissance et l'amour de tous les humains qui l'ont veu ou qui ont eu con- Doissance de ses vertus et de ses actions héroïques. Cette perte pourmoy n'admet point de consolation et je ferois tort à sa mémoire et aux obligations que je luy avois,sij'en estois un moment c<ipablc. Je no laisse pas de vous demem-er extrêmement obligé de me la souhailtor et d'essayer de m'en adoucir l'amerlunic, dont je vous remercie de tout n)on cœur.

Vous m'en avés un peu diverti par le récit que vous ra'avés fait de l'impression que ses rares qualités avoient faites en l'esprit de M' Griraani, lorsqu'il le vit agir en Candie comme il avoit fnil . et je nay guèi-es moins senti d'adoucissement par ce que vous me mandés de la disposition où vous e.-^les de célébrer encores une fois les merveilles du Roy dans ce qu'il a fait en

' Il ne faut pas s'étonner de trouver ce vieux mol dans une lettre de Chapelain, puisque nous le retrouvons, près d'un siècle plus lard (1760), dans une page de Jean-Jacques Roiisseau [Julie

ou la ^ouvcllc lléloue) citée par M. Liltré.

* Le naot, dans ce sens mélapliorique, a élé employé par Saint-Simon.

^ Le duc de Longueville.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Flandre et depuis encore en la malheureuse Hollande. Cela est digne de vostre histoire encore plus que d'un nouveau panegirique. L'importance est d'en avoir des mémoires exacts et vous ne sçaurie's les mieux avoir que par le canal et courtoisie de M"" le comte d'Avaux, noslre ambassadeur vers la République, qui, outre sa dignité, a M' le Président, son frère, comme domestique accrédité de S. M.^ qui ne luy cachoit rien sans doute et qui a le goust politique des plus fins. Pour moy, je ne leur suis aucunement comparable et fais, par mon âge, mes (ravaux et mes infirmités , une vie fort retirée, et qui suis peu proche des entreprises militaires qui font le grand éclat de celle de S. M.

Quant aux menaces de ses jaloux et de vos ingrats, un aussi homme de bien s'en doit moquer. En qualité d'historien vous aurés fait serment à la véi-ité et à la justice et nulle crainte ne vous les doit faire trahir ni abandonner. Et puis Dieu, d'un costé, et vos.lre âge, de l'autre, vous mettent à couvert, sinon de leur haine, au moins de leur violence. Vous estes naturellement protégé du Sénat et le serés en tout cas soustenu de la France, et vostre nom, devant et après la fin de vos jours, honnoré de tout l'univers. Qu'est-il arrivé de mal et que n'est-il arrivé de gloire à voslre Davila pour avoir donné un si libre tableau de nos troubles de France dans les guerres de la Religion? Vous pouves le renvier en tout sur un si généreux et véritable escrivain.

J'avois appris par les nouvelles publiques la superbe et glorieuse entrée de M"" nostre Ambassadeur dans Venise et j'en apprens avec plaisir la confirmation. Plus vous irés avant, plus vous trouvères qu'il en est très digne et que tout le bien que je vous avois annoncé de luy ostoit encore au dessous de son mérite.

Je ne me repentiray point aussi jamais de celuy que je vous ay dit de M' Paglierols, dont pai' l'espreuve que vous en avés faite vous me parlés si avantageusement.

Je vous supplie de faire par vos gens ou par vos amis chés vos libraires de Padoûe ou de Venise chercher une traduction d'ancienne impression in petit 8" des Dialogi" de l'Orateur de Ciceron par LodovicoDolce', et, s'ils la rencontrent, comme elle n'est pas rare, de la faire acheter pour moy et de l'envoyer à AP Paglierols qui ne perdra point d'occasion de me la faire tenir. J'auray soin d'en faire remettre le prix que la personne qui en a apporlé un de delà m'a dit estre de peu de chose.

L'histoire de Marolles'' est telle que je vous ay mandé; est bonne pour la latinité et véritable pour les intrigues de la Fronde, très exacte et bien desmesiée ; aux aiïaires de M" de Chavigni et du comte de Harcourt , déclinât à vero moitié par passion, moitié par ignorance. Sa narration est tout autrement bonne que celle de l'infâme Prioleau et, en comparaison , elle peut passer pour un fort bon mémoire.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce \° novembre 1679.

' Jean-Jacques de Mesmes, comte d'Avaux, vicomte de Neufchàtel, seigneur de Craraayel, était président à mortier au parlement de Paris, grand maître des cérémonies des ordres du Roi, membre de l'Académie française, etc. Il mourut le (j janvier 1688.

^ Le mot Dialoiji, par un épouvantable lapsus,

a été remplacé dans le manuscrit par Gujati.

^ Louis Doice, né à Venise en i5o8, mort à une époque incertaine (de 1.566 à loôç)), pubh'a, en 16/17, '^ Dialogo deW Oratore di Marco Ttillio Cicérone (Venise, in-S").

* L'Histoire de Jean delà Barde, marquis de Marolles, déjà souvent mentionnée.

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