‹ Lettres. PubliéesChapitre 251 sur 309 · À M. LE COMTE GRAZIANI · texte numérisé non relu

À M. LE COMTE GRAZIANI

SBCEÉTAIBE D'ESTAT, ETC.

A MODÈSE.

Monsieur, j'estois desja très persuadé des vertus royales de feu Son Eni" de ^lédicis ' parce qu"il y a plusieurs années que M' TEvesque d'Angers' m'en avoit rapporté avec toute soite d"éloges pour avoir eu l'honneur de servir le Roy à Rome en sa compagnie aux temps les plus difficiles et où ce grand Prince avoit tesmoigné généreusement et utilement le zèle qu'il avoit pour les interests de S. M. soit auprès du Pape et contre les violences de la faction espagnole. Vous ra'avés confirmé dans l'avantageuse opinion que j'en avois par le détail que vous m'en avés mandé, ce qui m'a fait d'autant plus ressentir la perte que le Roy a faille d'un ami de si grande naissance et de si grand mérile et celle que vous et sa glorieuse maison ont faille d'un si puissant fppuy.

Si quelque chose m'en console, Monsieur, c'est le jugement qu'il a porté de tout temps et jusqu'à la mort des excellentes qualité.s qui vous ont aquis une si signalée estime et une bienveillance si establie de tous les Princes et Princesses de la Cour oii vous estes, outre la confiance si juste qu'ils ont en vostre lumière, capacité et fidélité, dans leurs plus importanles aflaires, ce qui doit eslre un grand lenitif à vostre douleur. Vous leur estes désormais un autre cardinal sur la teste duquel se reposent tous leurs intérêts et dont ils attendent la seureté de leur Estât et de leur fortune. Vostre sage con-

duite servira à augmenter pluslost vostre crédit qu'à le diminuer et vous en joûirés à l'avenir comme je le désire et l'espère , sans qu'il y puisse avoir d'altération ni de révolution.

Je suis très aise que laraour de l'estude, à vos heures de loisir, vous occupe entier et vous tienne lieu de relasche. C'est ainsi que Ciceron se délassoit avec Térence dont il avoit fait son manuel '. Si vous nous envoyés quelque chose à la gloh'e des conquestes du Roy, j'en prendray le mesme soin que j'ay fait de vostre beau sonnet sur le mesme sujet et le feray rendre en main propre à M' Golbert avec la louange que que vous en mérités. . .

Je vous rens grâces de l'avis quil n'y a eu de seconde partie de Ihisloire de Modène. Pour le Tassone , je vous en donne un qui vous plaira et qui est que les Annales ecclésiastiques en ilalien manuscrites ne sont pas abysmés dans le Vatican , car un de mes amis de Florence me mande par cet ordinaire qu'il les lit présentement, quoyque les copies en soient rares*, et je suis trompé si M' Thevenot n'en a pas apporté une d'Italie. Pour celle de Florence, elle est en eslre' positivement.

Jadmire le soin que vous avés pris de faire recouvrer ces livres espagnols à Madrid et que croies bientost les avoir par le retour de vostre ambassadeur. C'est m" accabler de grâces, comme si vous aviés enti'cpris de ii:e rendre ingrat, faute de m'en pouvoir revancher. La traduction du dialogue dcir Oratore du Dolce m'a esté enlevée par une personne à qui je ne la puis rede-

' Le cardinal Léopoid de Médicis était mort le 10 novembre en sa cinquante-neuvième année. Dans le Moréri de i 769, une faute d'impression a relardé celle mort jusqu'en 1670 (t. VII, p. 398).

' Henri Arnauld.

^ Cicéron , dans le vaste ensemble de ses œuvres, ne parle qu'une seule lois de Térence, el encore incidemment, à propos de La-lius.

'' Tous les biographes du Tassoni ont oubhé de mentionner cet ouvrnge.

^ C'est-à-dire elle existe.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mander. Si ce n'esloit point une impudence à moy de vous supplier de me la faire trouver une seconde fois, je vous en supplirois parce que la perte m'en est fascheuse et (pie je ne croy malaisé de la trouver par les raesmes gens que vous y avés employés, mais surtout que cette prière ne vous engage pas à vous donner trop de peine. Je rougis de vous estre importun et demeure passionnément, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxii novembre 1G72'.

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