‹ Lettres. PubliéesChapitre 257 sur 309 · DLXII · texte numérisé non relu

DLXII

À M<=« COLBERT

SECBETllBE DES COUMINDEMENS ET MINISTRE D'ESTJIT.

EN OOCR.

Monseigneur, j'ay receu . depuis dix jours . un nouveau panégyrique italien sur la dernière campagne du Roy, fait par M' le Comle Graziani, secrétaire d'Estat de Son Altesse de Modène et comme son premier ministre, lequel, il y a plusieurs années, en avoit fait un autre pour Sa Majesté, sous le tiltre àllercole Gallico, lorsqu'elle leust honoré de ses bienAiits entre ses principaux gratinés, et qui. au commencement de l'an passé, luy dédia sa fameuse tragédie du Cromwell.

Mais comme il sousmoltoit ce nouveau panégyrique à mon jugement, et qu'en l'examinant, j'ay trouvé nécessaire de l'avertir de plusieurs choses ([ue, faute de bons avis, il y avoit employées pour son zèle autrement quelles ne s'estoient passées, ouqu'il y avoit obmise§-, je luy ay renvoyé son poëme. pour y réformei- et adjousler ce qui en avoit be-

' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V.p.ô'jg).

- Le 10 janvier. Chapelain avait écrit (f 3i(j) à Graziani pour louer son nouveau panégyrique, ajoutant : «J'ay trouvé seulement que vous j)roposaut de célébrer ses conquesles sur ses injjrals ennemis, vous en ayés passé sous silence Riinberg, \ ezel et lant d'autres places. Vous vous estes attaché au seul passage du Rhin véritablement admirable, mais où il n'estoit pas présent quoiqu'il eusl ordonné et que, plus sage quWlexandre au Granique, il se soit conlenlé de suyvre les trouppes qu'il avoit commandées pour ce grand exploit. n Le 1 i du même mois, Cha-

pelain adressa (f" 35o) de nouvelles observations critiques à Graziani sur le panégyrique de Louis XIV : «Cet endroit singulier de passage du Rlii.i quo vous avés uniquement choisi pour célébrer et que vous avés si bien et trop bien touché, se trouve encore défectueux en la chose la plus essentielle qui est en ce que vous n'y faites pas seulement le Roy présent, mais que vous le faites faire à S. M. comme escorte cl guide à ses trouppes et l'y mettes à la teste au travers des llols, bien qu'il n'ousl pas esté seulement sur le bord pour les encourager au passage et qu'il fut encore à Emmerich quand le Conte de Guiche, commandé

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

soin pour la g-loire du Roy et pour la perfectioD de l'ouvrage, qui d'ailleurs est très beau et très digne de sa ré])ulation.

Cependant, ayant trouvé à sa teste une très belle lettre qu'il vous y addresse pour y demander voslre protection et pour la l'aii-e imprimer avec l'ouvrage, et me souvenant de la peine que donnent à vostre modestie ces de'dicaces que d'autres que vous recliercheroient ambitieusement, devant que de iuy renvoyer la pièce, j'ay tire' une copie de cette lettre pour vous la faire voir et recevoir de vous ensuilte l'ordre ou de la laisser imprimer ou de la supprimer, lorsqu'il aura reveu et corrigé ce beau poëme. Vous la trouvères, Monseigneur, sous cette enveloppe, et, après avoir jetlé les yeux dessus, vous me ferés la grâce, s'il vous plaist, de me mander et commander ce que vous désirerés que j'en fasse, pour estre punctuellement obéy par nioy.

J'eus l'honneur de vous escrire, il y a quelques mois , que la mort avoit enlevé au Roy deux des plus dignes objets de ses grâces , M' Gronovius et M' Rœclerus. M' Conringius , ce conseiller d'Estat de MM" les Ducs de Lunebourg, si zélé pour Sa Majesté et si fameux dans l'Empire, lient encore bon contre l'âge, aussi bien que MM" Vossius, Heinsius, Hevelius et Ferrari. Ce dernier me mande qu'il travaille à l'Histoire latine du Roy, dont il a desjà dix livres de prests à mettre sons presse, et qu'il sollicite ardemment M' l'ambassadeur de France h Venise pour se faire fournir les Mémoires véritables de la suite, pom* continuer, me déclarant que (juelques menaces qui Iuy soyent faites par les jaloiLX de Sa Majesté, il Iuy conser-

vera tonsjours ses avantages dans une exacte vérité.

J'ay creu ne vous devoir pas laisser ignoreicela, ni le soin que je prens tousjours d'entretenir [les savans estrangers] par mes lettres, fortifiées par vos bienfaits, dans la disjiosition 011 vous les avés mis de contribuer, par leurs travaux et par leurs veilles , à mettre en leur beau jour les héroïques vertus de nostre grand monarque. J'y suis très obligé par ma naissance et par ses faveurs qu'après sa munificence doit principalement à vos bontés, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xvii janvier 1G73.

DLXIll. .

À M. GRiEVIUS,

PBOPESSEDB, ETC.

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