‹ Lettres. PubliéesChapitre 258 sur 309 · À UTRECHT · texte numérisé non relu

À UTRECHT

Monsieur, aussitost que i\r le duc de Montauzier m'eust escrit le billet des nouvelles qu'il avoit eues de vostre paquet des deux exemplaires de vostre Suétone ', je vous l'envoyay pour vous mettre l'esprit en repos et vous avertir de la perte du gentilhonmie qui en estoit le porteur. Depuis , le |)aquet estant venu entre ses mains, il ma fait l'honneur de m'envoyer l'exemplaire que vous m'aviés destiné. C'est de sa réception que j'ay creu vous devoii* donner avis alin de vous faire voir que la fortune n'a péché contre vous en cette rencontre que par le retardement qu'elle a causé à l'exécution de vos ordres.

J'ay passé la veiie sur cette nouvelle édition et j'y ay remarqué combien le Public vous estoit obligé non seulement de vos lu-

pour cela, le fit. S'il y eust esté iuy mesme, il eust fait une action non seulement incroyable, mais imprudente et téméraire et plustost digne de blasme que de louange, principalement le faisant contre les règles de la guerre cl qui

n'eust eslc excusable qu'en cas qu'il l'eust lait par nécessité qui ne s'y rencontroit aucunement alors. 1)

' Nous avons déjà vu que ce Suétone avait paru à Ul redit (1672, in-W).

LETTRES DE JEAiN CHAPELAIN.

cubrations ' si fines sur cet autlieur classique, mais d'avoir encore voulu les acconipaguer de celles des grands personnages qui vous ont précède' en ce travail et qui en ont très bien mérité. Le vostre principalement sera une plus délicieuse et plus profitable lecture sans doute et je vous rends grâces par avance de tout ce que j'y ap|)rendray dexquis et de nouveau. Venant, après tant d'autres, à conlrikier de vos lumières à ce qui nous rejeté de Ciceron, vous avés mis la République des lettres dans une merveilleuse expectation et je vous en augure un très grand honnem- qui ne fera qu'accroistre celuy que tant d'autres labeurs seml)lables ont si légitimement aquis à vostre nom.

Je prie Dieu qu'il vous console et assiste dans le mauvais estât où ont mis vos estudes les orages de Mars, à quoy je prens la part que je dois, comme celuy qui suis de tout mon cœur. Monsieur, voslre , etc.

De Paris, ce xix jauvier 1C73.

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