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DLXIV

A M. WAGHENSEIL,

PROFESSEOR .

I ALDORPH, PAR MREUBERG.

Monsieur, j'ay veu par voslre dernière qui, avec le gros paquet de la suite des feuilles de vostre impression, m'a esté envoyé par la poste avec une lettre de M' Frichman, à qui vous l'aviésaddressée, j'ay veu, dis-je, la raison qui a eraj «esche M' Velier de m'apporler ce paquet dont vous Taviés chargé et j'ay admiré aussi bien que vous la malice des ennemis de noslre nation, lesquels (OMlre toiile apparence de vérité,

sèment de ces bruits faiLx et odieux pour la décrier auprès de ceux des estrangers qui se disposent à y voyager comme une des plus excellentes parties de l'Europe. Si jamais il vient en France, il démentira par ses propres yeux ces calomnies et connoistra, comme vous avés fait quand vous v estes venu et revenu, que rbospitahté. l'humanité et la charité y régnent généralement plus qu'en aucune autre province de ses voysines.

Four revenir à vostre paquet, j'v ay trouvé avec plaisir le commencement de vostre second alphabet de l'édition de l'ouvrage que vous me destinés et ce que j'en ay desja leu m'a fort satisfait, autant que j'ay esté capable de l'entendre, car vous savés que l'hébreu me passe. J'y ay encore trouvé quantité de petites estampes qui doivent servir à l'illustrai ion des matières et à l'ornement de l'impression. Le volume, quand il paroistra, vous fera hoimeur auprès des habiles. Ceux de mes amis qui en sont capables seront préparés par moy à le j'ecevoir favorablement, s'il ne me regardoit point , je l'appuierois plus fortement. .Mais son propre mérite l'appuyera assifs sans avoir besoin de mon aide. Je chercheray M' Hardy' pour le luy communiquer suivant vostre désir. Je sçay bien qu'il est un grand docteur en arabe , et hébreu je ne le sçay pas. En tout cas, je luy feray voir les feuilles et verray pour vous l'escrire ce qu'il m'en dira.

Nous avons perdu nostre cher .M' Bœclerus qui pouvoit vivre encore pour le bien des lettres, son âge n'estant pas encore trop avancé. J'en ay un extrême regret, aussy bien que vous à qui je l'avois fait connoistre. Si vous avés quelque habitude avec sa pa-

' M. Littré l'ail observer, dans son Dictionnaire de la lanipie française , que le mol lucubration ist 1res peu usité et ii renvoie au mot élticubratinn. Lucubration manque au Dictionnaire

de Richelel, comme au Dictionnaire de Trévoux. • Claude Hardi, le savant conseiller au Cbàlelel de Paris, dont il a élé ([ueslion en ce volume ( lettre LXXXVII, p. i3-2).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

rente, exhortés la à publier son Frédéric second, duquel il mn escrit de son vivant qu'il faisoit son capital '. Pour son histoire de Bcllo Danico^, il m'en envoya une coppie manuscrite pour la mettre dans la bibliothèque (Je M' Golbert, il y a cinq ou six ans : ainsi, elle ne périra pas avec luy.

Je viens à Tarlicle de mon portrait que, par excès d'amitié, vous voudriés mettre à la leste de vostre ouvrag-e,et Dieu sçait si je ne vous sçais pas un gré particulier de celte intention si obligeante. Mais, Monsieur, sans parler ni mettre en considération la despense que vous fériés à cette graveure , ni le danger que vos graveurs ne réussissent pas à la ressemblance de celuy que Nanteuil

en fit, il y a quinze ou seize ans que j'estois autre que je ne suis \ la vanité dont je pourrois estre accusé en souffrant qu'il fut mis à la teste de Tépistre , me fait vous prier de retenir vostre zèle et de vous contenter d'y mettre mon nom et ma qualité pour distinction des autres François de mesme nom. Cela suffira et sauvera du juste reproche d'ambition qu'il me feroit paroistre. Je vous prie par la mesme raison d'y mo dérer les louanges que je crains qui ne soient excessives, et de peser principalement sur la candeur et la probité, tout le reste n'estant en raoy que fort médiocre. . .

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xx janvier 1678'.

' Chapelain ne se trompe-t-il pas, et ne veut-il pas parler du travail de Boeder sur Frédéric III? On sait que Boeder aujjmenla beaucoup et enrichit de savantes notes VHiMoire de Frédéric IIJ composée par jEneas Sylvius l'iccolomini (Strasbourg, i685, in-fol.,e( même ville, 1702, in-fol.).

- Nous avons déjà vu qu'il s'agit do i'ouvnige intitulé : Hisloria belli Sueco-Danict , annis 1 Gù3i6û5 (Stockholm, in-8°, iG^O; Strasbourg, in-8°, 1679).

^ Le beau portrait de Chapelain par Nanteuil parut en i655. il orne la première édition de la Pucelle (i6.56).

* Le 28 du même mois. Chapelain écrit (f 358) à M. de Hériconrt une lettre dont l'éditeur de ["Histoire de l'Académie française a déjà donné un extrait (t. II, i858, p. 5îi). Je le redonne, après lui, un peu plus étendu, et en corrigeant la faute d'impression qui a transformé, dans la copie de mon devancier, la ville de Toulouse en celle de Toulon. C'est, en effet, d'une académie toulousaine qu'il s'agit dans les lignes qu'on va lire: ■• Je viens au principal article de vostre lettre qui regarde le dessein de vostre Académie, et vous diray que, comme j'en approuvay la proposition que vous m'^n fisles, il y a quelque année, et que j'en souhaifay l'establissement, je l'approuve et le souhaite encore et y contribuerny tout ce qui dépendra de ma foi-

blesse avec chaleur et fidélité, sans vous faire valoir le peu que j'y anray de mérite. Premièrement, à l'esgard du cerps de l'Académie françoise, je suis comme assuré qu'elle n'en traversera point l'institution par interest qu'elle y ait, au contraire elle doit estre bien aise qu'une vertueuse compagnie comme sera la vostre s'érige en cette qualité non point ainsi qu'autel contre autel, mais avec rapport à elle, de laquelle prenant un de ses Illustres pour protecteur, ce sera une espèce de filiation et de dépendance comme celle d'Arles en a usé. De celte sorte, vous ne devés rraindie aucun trouble de ce costé là, mais piustost en tout espérer d'autant plus que celle d'Arles, pour s'establir, ne me semble pas avoir eu besoin de son consentement, et que tout s'y est passé entre le Roy et le duc de St-Agnan seuls. La voslre auroit besoin de ÎVr le cardinal d'Eslrée pour donner complément à l'affaire, mais, pour son absence, elle ne laissera pas de se pouvoir heureusement terminer, ayant M' Pelisson favorable auprès de S. M. auprès de laquelle j'apprens de vous qu'il en avoil d<'sja fait l'ouverture qui n'avoit pas déplu, et comme c'est de la volonté du Roy uniquement que la chose dépend, qu'elle est glorieuse pour son règne et nullement onéreuse à l'Estat, je ne doute point qu'elle ne réussisse, pourveu que W Pelisson, qui est fort bien auprès de S. M. et chéri de toute

808 LETTRES DE JEA.N CHAPELAn"

DLXV.

À M" LEVESQUE DE PADERBOR^i.

Monseigneur, la grâce qu'il a i)leu à V. A. (le nie faire en me mettant au liombre de ceux qu"Elie vouloil lionnorer du riche ouvrage des Monumens de Paderborn', ra"a bien à la vérité lrans[iorté d"une joye extraordinaire, quoyqu'elle ne m'ait pas surpris, ayant eu desja de précieuses marques de sa bienveillance par le tesmoignage que M'Heinsius m'en a rendu. J'ay sçeu, par ses lettres du coniraencemenl de l'année passée, l'ordre que V. A. avoit donné de me faire apporter le volume de ses admirables poésies latines' qui le disputent aux jdus fameuses des anciens et qui laissent bien loin derrière soy les plus estimées des modernes'; et j'ay sceu. peu de tenqjs après, que la colère de Neptune ne leur avoil pas permis de venir entières jusqu'à nous qui les avions receiies desfigurées et escbappées en lambeaux d'un demi naufrage, sans que l'eau de la mer en eust pu esteindre toutes les lumières.

Vosire dernière production néantmoins.

Monseigneur, ayant beureusement essuyé la

la Cour, continue chaudement ses offices. Oulre le Roy, il ponna en entretenir M" Colberl, acalicniicien comme nous, et, l'en rendant capable, s'en faire appuir-r dans la poursuite et clans l'ob- Icntion. Il est élernelloment à la Cour et aura des facilités que ni moy, qui suis cloué à Paris, ni aucun aurait. Faites lo donc aj;ii", comme il a commence, par les voyes que vous avés desja prises et je m'engage à luy en parler ardemmeni quand il viendra à Paris et de concerter avoc luy de quelle SOI le nous devons disposer l'.Académie françoise à en recevoir la nouvelle en son temps, ri

' Monumenta Paderbornensia , e.c historia Rouiana, Francica, Saxonica eruta, et novis inscripltonibus, figuris, tahnlis geographicis et noti$ illiislmta. Accedunt CaroU M. Capitulaiiù de parlihusSaxnui(e,ex aniiquissimo MS. Palotino Biblio-

violence de Mars, et estant arrivée entière jusques à nous, ne m'a pas peu consolé de ma première perte, d'autant plus qu'à ces nouvelles merveilles j'ay trouvé adjoustées et accriies celles du volume précèdent qui en faisoient sonbaitter passionnément la suite de la mesme veine et du mesme génie. Ce seroit une témérité à ma foiblesse d'entreprendre de louer ces excellens enfans de vostre esprit qui ont estonné la sçavanle Italie et fait tomber la plume des mains de tous les escrivains de prose et de vers de ce qu'il y a dans l'Europe de nations polies. Ce n'en seroit une guère moindre de présumer \ous en pouvoir dignement mesme lesmoigner sa gratitude. Comme pourtant. Monseigneur, c'est un indispensable devoir, quelque mal que je m'en explique, il vaut mieux m'en aquiter par de grossières paioles que par un silence rustique et vous en faire un respectueux remerciment d'autant plus sincère qu'il ne paroistroit par un discours orné qui sembleroit vouloir contester d'élo(pienco avec un si éloquent bienfacleur que vous. Recevés donc, Monseigneur, en termes sans fard les très humbles actions de grâces que vous rend de vosire singulière fa\eur celuy

ihecœ Vnticaiiœ, et Panegyricui Padeiboniensis. Editio allei-a, priori auctior (Amsterdam, Daniel EIzevier, 1 67a , in-4°). Voir les détails que donne sur ce volume, splendidement exécuté aux frais de Ferdinand de Furslenberg, M. .Mph. Willems {Les EIzevirr, p. 378).

' Poeitiuta Ferdiiiandi lib. haroni de Fursleiiberg {\n)sleriii\m, Daniel EIzevier, 1671, in-S").

^ On dit, avec un peu moins d'exagération, daiis l'arliclo Fitrslcmberg du A/o»-m do 1759: r.Ses poésies latines qui font avouer que, depuis le siècle d'Auguste, peu de personnes ont égalé dans ce genre d'écrire la pureté de son style et la beauté do ses pensées.'' Voir d'autres bien grands élog'S décernés au poète dans les Jugemens des Sarn^is d'Adiien Baillel (t. V, in-i'. p. ;'2i et 399).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

qui plus il s'en senloit indigne se sent d'autant plus obligé à demeurer toute sa vie immuablement, Monsieur, vostre, etc.

(Sans date.)

DLXVI.

ÀM. COISRLXGIUS,

X ALSMSTAD.

Monsieur, ce n'est pas icy une response comme la dernière fois que je la fis à vostre dernière du xix septembre, mais c'est un remerciment que je vous fais très bunible du paquet de livres qui sont sortis nouvellement de vostre infatigable plume, qu'enfin M" \'erjus, qui s'en estoient cbargés, ont trouvé moyen de me faire seurement tenir. Voilà, Monsieur, une grande matière de vous admirer et de me rendre plus sçavant que vous me donnés, et dont mes infirmités se feront une occupation et un divertissement bien agréable '. Entre ces autres excellentes pièces, j'en ay remarqué deux de nostre Jean Bodin que je croy qui vous doivent la lumière \ car je n'en avois jamais ouy parler \ J'ay bien veu son dernier ouvrage manuscrit dans la bibliothèque de

M' du Harlay, Procureur Général au Parlement de Paris, de divinarum rerum arcanis, qui fut trouvé après sa mort dans son cabinet et qui depuis estoit tombé entre les mains de feu M' Grotius, oià dans un dialogue divisé en sept et que , pour cela , il nonmie Eptaplomei-os , il agite toules les sortes de religions * et par celuy qu'il rend le tenant de la Juifve^ il paroist ce que j'avois tousjours creu [depuis que j'avois veu] son livre de la méthode de lire l'histoire, [qu']il estoit juif très confirmé ^ Ceux qui ont ce livre en font un grand mystère et il faut estre de leurs amis pour le leur prester. C'estoit un homme de grande lecture et de profonde érudition et qui a fait honneur à sa patrie et à son siècle par ses autres compositions. Après avoir publié sa République en françois , il la traduisit et escrivit luymesme en latin'. L'Albergati s'est eflbrcé d'y répondre^. Sedimparcongressus^. Pardonnes cette langue.

M"^ Baluze me parle souvent de vous comme vous le pom^riés souhaiter et vous pouvés croire que je l'entretiens soigneusement dans vos interests.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

(Sans date.)'*

1 A partir de cet endroit, la lettre a été publiée par Caniusat dans \es Mélanges de littérature (p. 1(37-169).

^ Caniusat a un pou arrangé cette phrase : qui, je crois, vous doivent la lumière.

^ Caniusat a imprimé : car je n'en ai jamais oid parler.

* Camusat a cru devoir lire : il agit de toute sorte de religion.

* C'est-à-dire probablement : et d'après le discours de celui qu'il a introduit comme le tenant, le défenseur, le champion de la religion juive.

•^ C'est ainsi que je crois pouvoir rétablir la phrase incomplète et obscure que voici : ce que j'avois tousjours créa , de qui plus son livre de la méthode de lire l'histoire il estoit juif très conforme.

Caniusat a imprimé : Il paroit, ce que j'avois toujours cru, dès que je lus son livre de la Méthode de lire l'Histoire qu'il étoit Juif très confirmé. Le livre cité par Cbapelain fut publié en i5G6 sous ce litre : Methodus ad facilem historiarum cognitionem (Paris, in-^").

' La République parut pour la première fois à Paris (1676, in-fol.). La traduction latine vit le jour dix ans plus tard (Paris, i586, in-fol.).

* Fabio Albergati, né à Bologne, mort vers i6o5, laissa une réfutation du livre de Bodin qui fut publiée dans sa ville natale : La republica regin (1627, in-fol.).

" Avec cette citation s'arrête la copie de Camusat

"> Camusat donne à cette lettre la date du

LETTRES DE JEAN CHAPELALN

DLXVII.

À M. GR/EVIUS,

PBOrESSEUR D'ÉLOQUENCE , À UTRECHT.

Monsieur, j'ay receu en mesme temps vostre lettre du xxi du passé et celle de M' le Duc de Montauzier par lesquelles j'ay appris avec une extrême joye le soulagement que vous aviés receu dans vostre fortune pre'sente de la taxe générale d'Utrechl par le crédit de Mondit Seigneur le Duc auprès de M' le Duc de Luxembourg qui , à sa considération et instance, vous a seul de tous exempté de ce payement. Je vous envoyé la copie de la lettre de M' de Luxembourg qu'il en a receiie et qu'il m'a fait communiquer afin que je visse l'effet de la prière ardente que je kiy avois faitte pour vous, et comme il consideroit mes intérêts en vostre personne, outre l'inclination qu'il a voit desja poiu' vostre vertu et beau sçavoir. Je vous en félicite. Monsieur, et vous conseille de

demeurer ferme jusqu'au bout dans la résolution de ne point désemparer de vostre poste , ce qui par cette courtoisie vous sera rendu plus facile.

11 m'est doux d'apprendre que M' Heinsius soit de mon avis en cela et ce sera celuy de tous vos amis. La foiblesse de ses jambes, qui le tient aux bains de Mayence, me met en peine et ne me surprend pas. Son voyage de Moscovie ordonné avec assés d'inhumanité, pour un corps aussi languisseant que le sien, m'avoit fait craindre pis et jadmire qu'il en soit demeuré en vie. Puisque vous luy escrivés , tesmoignés luy, je vous conjure, l'inquiétude où je suis de son estât présent et le dépit que j'ay de ce qui se passa, l'année dernière , sur son sujet , faute d'estre entré dans mon sentiment. Qu'il se porte bien néantmoins et quil joiiisse tranquillement de sa haute réputation!

Des divers envois de vostre Suétone, il n'en est venu que les deux exemplaires que je vous ay mandé en un seul paquet, encore

3o janvier 1678. — Le 3 février, Cliapelain (r 36i) écrit à Huygens de Zuylychem, qui était alors à Paris: «Je n'ay eu autre chose dans l'esprit depuis vostre visite devant hier au soir que l'Epistre dédicatoire à S. M. du livre admirable que vous luy dédiés et l'Eglogue de cet inconnu où il en parle si justement et en si beaux termes. Dès le soir, je la leus avidement et cette première lecture m'en donna une très bonne opinion et me la fît trouver tout à fait digne d'accompagner l'ouvrage et Thonnorer bien plutost qu'à luy faire tort. Si vous avés la liberté d'en nommer l'aulheur, les louanges qu'il vous y donne en auront plus de relief et de poids. Je vous en parle ainsy parce qu'il m'a paru par l'impression que vous m'en avés laissée et par celle du livre, Monsieur, que j'en ay consultée, qu'il veuille demeurer caché, en quoy il se fait tort à luy mesme, et je me suis confirmé dans ce jugement par les deux fois que je la repassay attenlivemenl et sans

précipitation, le lendemain matin et l'après disnée. ..?5 Chapelain adresse quelques critiques à l'Égldgue et revient ensuite à l'épitre dédicatoire qui lui a été soumise par Huygens : «- Quant à l'épistie elle me semble trois fois plus belle à sa 3' lecture... Ce que je vous en puis dire, c'est qu'il n'y a rien de si bien pris ni do si bien conduit. Elle est pleine de tout ce que traille l'ouvrage sans que rien y défaille ni qu'il y ait rien de superflu. Vous y estes partout soutenu sans onfleure, grave sans rusticité, sage sans austérité, véritable sans choquer les divers partis. Vous y loués sans mensonge, sans bassesse et sans flatorie. Vous vous y montrés sensible aux bienfaits du Monarque et par vostre reconnoissance vous couronnés les vertus héroïques du Prince et vos vertus morales et intellectuelles. . .n Chapelain fait observer à son correspondant qu'il écrit le nom de géométrie, «si digue science,» par un petit g et il suppose que c'est «par messarder.

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a-ce esté par miracle, la mort de ce pauvre gentilhomme ayant presque fait périr ce paquet entre les mains du messager de Sedan qui apparemment a volé le second paquet d'un seul exemplaire qui devoit estre celuy que vous destiniés à M^' le Dauphin. Si M' i'Evesque d'Ltrecht me fait remettre ces deux autres dont il s'est chargé , j'en useray selon vos ordres, comme aussi si les autres que vous avés commis à la fortune pour M" Thevenot et Bigot me reviennent, j'en feray mon devoir et je vous prie de ne croire point que ces petits offices m'importunent.

Vous aurés sans doute remercié M' le Duc de celuy qu'il vous a rendu auprès de M' de Luxembourg dont pourtant il ne m'a rien fait sçavoir. Je luy ay escrit là dessus avec i'exti'ait de vostre lettre où vous vous tesmoignés si fort son obligé afin qu'au moins il le sçache.

La paix est un bien souhaitable aux deux partis, mais infiniment plus à la Hollande quà la France, et il paroit ridicule à tous les gens de sens que ceux qui sont au dessous et qui ont leurs ennemis dans les entrailles facenl difficulté d'y entendre qu'à des conditions odieuses au vainqueur, de mesme que s'ils estoient victorieux. C'est bien chèrement acheter le chétif secours qu'ils ont eu de ces alliés , leurs ennemis , dont ils se dévoient plus défier que d'aucmis autres, se jettant entre leurs bras et leur facilitant le moyen de les y étouffer. Il ne falloit pas irriter le Roy et sous son aide ils eussent comme par le passé esté à couvert de tous les insultes du monde. Il faudra néantmoins qu'ils viennent et se sousmettent à la raison, s'ils ne veulent voir abysmer leur si florissante République.

Ce M' le baron de Bonnebourg avoit-il pas esté favori de l'Electeur de Mayence et, depuis, disgracié? Le défunt M' Gronovius l'avoit employé avec élégance dans son Musœum. Je plains sa perte avec vous et d'autre costé je me resjoûis que M' Ottavio Falconieri ' se rapproche de nous. Il y a dix ou douze ans qu'il vint en France et que nous nous liasmes d'amitié. Depuis il m'envoya imprimé son Numisma qui fil bien connoistre combien il estoit desja fort en exquise littérature. Il est dangereux que ses emplois publics ne l'absorbent et n'estouffent ces rares semences qui promettoient tant. Vous serés plus proches lorsqu'il sera à Bruxelles et l'empescherés d'oublier ses Muses.

Lorsque Dieu aura calmé ce grand orage, nous verrons ce qu'on pourra obtenir de M' Carcavi que le jeune Gronovius appelloil le cerbère de la Biblioteque Royale^ et je vous en donneray avis. Je luy feray porter de vostre part le Suétone, s'il me vient, et l'accompagneray d'un mot pour vous concilier ce féroce. Je suis bien aise qu'en tout cas les observations angloises viennent à vostre secours.

Vous m'avés ravi du bien que vous m'avés escrit du Panégyrique de M' Ferrari pour le Roy. Ce fut moy qui, l'ayant produit pour gratifiable, le luy fis entreprendre, luy en fournissant les mémoires et il nous a fait honneur à tous deux. Je luy escriray dans huit jours et luy envoyeray l'extrait de vostre lettre qui le regarde qui sera un grand regale pour luy. C'est le plus éloquent homme d'Italie et d'ailleurs un des vertueux doctes de delà les Monts. Le Panégyrique n'est chés aucun de nos libraires et se trouve à

' Octave Fajunieri mourut à Rome en 1676, âgé seulement d'une trentaine d'années. Voir sur cet antiquaire un excellent article de Ginguené {Biographie universelle).

* Savait-on que Pierre de Carcavi eût été un si peu libéral garde de la bibliothèque du Roi?

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Venise seulement. Mais j'en ay un que je vous destine et M' Godin vous le portera à son retour. Je vous prie cependant de le bien tousjours assurer de ma parfaite estime et de la satisfaction que j"ay eue de ses mœm's et de son esprit les trois fois quil m'a honnoré de visites, oii vostre mérite a eu la meilleure part. Je prie Dieu qu'il réussisse dans ses ardentes et sages sollicitatioiis et je n'en désespère pas.

Coufirmés vous de plus en plus dans le service que vous a voué, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce [en blanc] février 1678.

DLXVIII.

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