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À M" LE DUC DE MONTAUZIER

Monseigneur, une heure devant que M' l'abbé Fléchier m'eust fait sçavoir par vostre commandement la courtoisie dont M' de Luxembourg a usé si obligeamment envers M"^ Graîvius , à vostre etîicace prière et seule recommandation , je receus une lettre de ce vertueux et grand homme de lettres où il me donnoit avis de la grâce qu'il a voit obtenue de ce seigneur par vostre entremise et authorité, qui luy avoit rendu le repos et l'avoit fait glorieusement distinguer de toute sa ville. Dans son transport de joye admirant avec reconnoissance vostre générosité sans exemple, il m'escrivit aussitost ces paroles, sçachant bien la part que j"y prenois et soupçonnant que je ne l'y eusse petite par la bonté dont vous m'honores. Voicy, dis-je, ce que porloit sa despesche : kRcs noslrœ in (fies Jiuitt détériores. Collationibus ^ravis-

simis omnium facultates jam afflictissimœ sic atteruntur ut cum iisferendis non essent solum verterint plurimi. Me quidem sakum in amissione fortunarum aliorum , me secumm in tanta perturbatione rerum omnium prœstat gratia et auctorilas magni Patroni ducis Monlauzerii, ille prœcipuam hanc fortunam misit, ille hoc otium Musis meisfecit.

Erit ille mihi semper Deus, illius aram

S(Ppe tener iiostris ab ovilibus imbttet agmisKit

C'est son cœur qui parle. Monseigneur, et il n'y eust jamais de plus smcère gratitude. Comme M' Heinsius me l'avoit concilié et que j'ay pris quelquefois la hardiesse de vous recommander son mérite et ses présens besoins, je me sens chargé avec luy de l'obligation que vous avés si noblement aquise sur luy et veux vous en demeurer éternellement redevable. Vons trouvères bien que je luy envoyé la copie de la lettre de M' [de] Luxembourg, alin qu'il voye avec quel respect sont receus des plus grands hommes les offices ardens que vous voulés bien rendre à vos serviteurs, et qu'il redouble, s'il se peut, sou zèle pour vostre gloire et pour vostre vertu.

De moy, depuis deux ans , tout me manque et n'ay plus rien d'assm'é que vons seid qui me lenés lieu de tout pour la satisfaction de mon esprit désintéressé et pour le sousfien de ma petite réputation que je suis assuré qui me demeurera tousjours inesbranlable de mesme que la passion que je nourris (idelle et constante, depuis tant d'années, en qualité, Monseigneur, de vostre, etc. De Paris, ce viii febvrier 1678''.

1 Virgile, 1" églogue.

* Le 10 du même mois. Chapelain entrelient PaiHerols ({*36/i) des mémoires qu'il s'agissait de fournir à Ferrari : « J'avois pensé à "SV de Pelisson, lequel sans doute a consulté et le Roy et ces M" de son conseil privé. Mais ayant en main la mesme entreprise, ce seroit non seulement courir

sur son marché, mais encore le prier de son déshonneur de luy demander la communication de ses archives d'où dépend sa fortune et sa réputation. Je me renferme donc pour cela dans l'avis que je vous suggère d'essayer par ces M" d'Avaux et de Mesme de tirer ces éclaircissemens là de M' de Pomponne, pour avoir part à la gloire que

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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A M" L'ÉVESQUE D'ANGERS

À ANGERS

Vous me faites justice, Monseigneur, d'estre bien persuadé que je ne puis jamais vous mettre en oubli. Je vous jure saintement qu'il ne se passe pas de jour que vous ne me reveniés à la pensée avec tout l'éclat d'une piété sans exemple et d'une vertu solide et exemplaire qui vous rendent l'objet de l'admiration et de l'amitié de tous les gens de bien qui ont le bonheur de vous connoistre sans mesme estre connus de vous. Vous me faites grâces de me conserver une place en vostre mémoire au mdieu des occupations sérieuses et saintes qui fontl'exer-

remporlefa ce rare escrivain en célébrant les merveilles du règne du Roy, d'autant plus heureuses de passer par ses mains qu'elles sont étrangères et par conséquent moins suspectes de partialité et d'adulation."

' Le 1 3 du même mois. Chapelain, dans une lettre à Ferrari (f° 3(38 v°), fait cet t'ioge do Grœvius : trCest maintenant le seul grand lettré qu'ayent les Hollandois et ses louanges non mandiées ne sont pas peu considérables parmi les vrais sçavans.ji Le i^, il loue, dans une lettre à Paillerols (f° 369 v"), Ferrari , qu'il appelle t. vertueux personnage" , et la famille de Mesme : «J'ay infiniment regretté la perte que l'illustre famille de M" de Mesme vient de faire du défunt Président qui en estoit ie chef. Elle seroit plus à plaindre beaucoup si M" ses enfants n'adjoustoient point aux vertus qu'il leur avoit inspirées paj" la naissance, celles qu'ils ont acquises d'eux mesmes et qui les font considérer en France et partout où le grand mérite a sou prix.» La lettre suivante (P 870 v°), datée du i3 mars, est

adressée à Grœvius. Chapelain lui dit : k J'ai

leu avec tendresse l'extrait de la lettre de M' Heinsius et quoyque cela n'ait pas réchauffé mon amitié qui est tousjours ardente pour luy, cela n'a pas laissé de la consoler de la privation forcée de nosfre ancien commerce. 11 n'y a rien de si noble

cice de vostre vie et qui par raison vous devroient emporter jusques aux moindres de vos momens. Je la ressens comme je dois cette grâce , Monseigneur, et ne la puis mieux reconnoislre qu'en vous assurant que c'est ou la seule ou la plus grande consolation que je reçoive dans mes infirmités, dans mes pertes et dans les fascheuses affaires qui troublent et agitent mon grand âge et me fait presque regretter d'avoir vescu trop long temps. Plaise à Dieu de me conserver cette consolation en vous conservant une vie si nécessaire à vostre trouppeau et si utile à sa sainte gloire! Je prens la part que je dois à vos tribulations et demeure tousjours tout h vous...

De Paris, ce iv mars 1G73'.

que ce qu'il vous mande sur le sujet de la gratification supprimée et ses sentimens là dessus sont très dignes de sa raison, de son équité et de son courage. Obligés-moy de le luy mander et de luy dire que, quand elle n'auroit pas cessé, l'année passée, par la raison qu'il sçait, elle n'auroit pas continué celle cy par le trouble que le gouffre de Bellonne a mis aux sources des bienfaits, absorbant toutes choses, pour nourrir ce monstre dévorant qui les a fait tarir non seulement pour les estrangers, mais pour les naturels et pour ceux qui sembloient à couvert de tout ce retranchement sur nostre Parnasse, sur moy-mesme qui m'en prevalois fort utilement et fort honnorablemenl. Mais il a l'âme trop élevée et trop désintéressée pour avoir besoin d'im semblable adoucissement. Je plains fort les misères auxquelles l'imprudence aussi bien que l'insolence des Hollandois ont fait tomber leur païs, et les plains encore davantage de l'aveuglement où ils sont de ne pas voir que ce n'est pas leur guerre qu'ils font, mais celle d'Espagne dont ils portent le faix à leurs despens, sacrifiant leurs interests à ceux de leurs vieux, naturels et irréconciliables ennemis qui les y ont matoisement engagés à leur honte et à leur dommage. Us n'avoient que la seule France pour amie et leur mauvaise destinée [la] leur ont fait traitter d'ennemie en faveur de

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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