‹ Lettres. PubliéesChapitre 26 sur 309 · COUVERNECB OB CHERBOURG , À CHERBOURG · texte numérisé non relu

COUVERNECB OB CHERBOURG , À CHERBOURG

Monsieur, j'appi'is de M' de Scudéry, il y a quinze jours, que vous iuy aviés addi-essé vostre belle histoire de M' le mareschal de Matignon pour la publier et j'en fus le plus aise du monde, ne doutant point qu'elle ne vous fîst autant d'honneur qu'à l'illustre maison que ce travail regarde , sm-tout depuis que vous l'avés fortiliée et authentiquée par les originaux dont je vous avois conseillé de le semer, en sorte qu'il est accreu jusques à en pouvoir faire un

juste volume. Il est en 1res bonne main et si nostre amy jette les yeux sur M' Courbé pour l'impression', j'appuyeray de mon petit crédit ses bons soins afin qu'elle reiJsisse digne de son autheur et de sa matière.

Quant à vostre lettre héroïque, je ii"ay point d'assés belles paroles pour Iuy donner les louanges qu'elle mérite. Cest un excellent panégyrique du premier capitaine de nos temps et de ce prince admirable qui a toute nostre inclination \ Il débute bien et vous ne pouvés mieux faire que de vous tourner pour cela à la personne de toutes qui prend plus d'interest en Iuy. La prosopopée d'Astrée par la triche" de laquelle

jugiés s'il sera digne de son sujet el en ce cas afin qu'il passe par vos mains en celles de ce grand homme pour qui je Tay conceu. Ce sera Iuy qui en dmdera souverainement, el sur la résolution duquel nous le supprimerons ou le laisserons paroi stre.-> — Le 2 a avril, nouvelle lettre à Lionne (P ici v°) pour lui apprendre qu'il a eu l'occasion de retoucher l'ode t-que je m'estois engagé de faire sur le mariage du Roy et sur la Paix,-' laquelle ode «il y peut avoir quinze jours que je vous envoyay.n — Cette lettre est précédée (t* 102 v") d'une lettre à Heinsius, du 2 0 avril, qui roule sur la relation de M"^ Borel rrlaquelle je suppose qui sera parfailte et exacte avec toutes les conditions que désire l'art, ;5 et où Heinsius est prié de recommander à rVicquelbrt de faire françoises les navigations angloises;-» et elle est suivie (f to5) d'une lettre à Huggens, du 6 mai, où nous lisons : rje ne vous ay point encore envoyé les deux petits poèmes de AP Huet pour ne vous pas assassiner d'un trop grand port de lettres, ayant reconnu combien les courriers vendent chèrement leurs pas. S'il ne se présente point d'occasion d'amy, je croy mesme que je vous les garderay jusqu'à vostre arrivée. L'im de ces ouvrages est une Ode sur le mariage du Roy, l'autre une épistre à la manière d'Horace où il descrit très sensément la peine où se met un homme qui veut plaire à tout le monde dans la

conduite de sa vie.n Je ne ferai que mentionner une lettre à Heinsius, du lA mai (f io8 v°), qui n'est qu'une répétition de ce que renferment les précédentes lettres louchant l'ambassadeur J. A. de Thou , Borel et sa relation de la découverte des nouvelles terres, Vicquefort, elc, et une lettre à Lionne, du 28 mai (f 1 10), où il annonce l'envoi à Saint-Jean-de-Luz de huit exemplaires de son ode «qui sont semés de fleurs de lys pour le Roy, ia Reyne sa mère , la Reyne sa femme. M' son frère, I\F' le prince de Conli, celuy où sont les armes de S. Em. pour Elle et i'autre pour vous... Le huiliesme sera, s'il vous plaisl, pour M' Colbert.Jî Chapelain complimente Lionne sur ses enfants, sur leur honne mine, sur leur esprit, sur leur instruction. Il vante surtout le marquis de Berni qui lui a si bien parlé de ses xoyages. Il dit à l'heureux père : «J'ay esté bien aise de vous reconnoistre en eux.'

» Chapelain, défigurant le nom de son correspondant, a écrit M. de la Caillière.

2 Ce fut en etfet Courbé qui imprima VlUstoire du maréchal de Matignon (1661, in-folio). Le volume est très soigné, très beau.

* Lettre héroïque écrite à Madame de Longueville sur le retour de M. le Prince (Saint-Lô, 1660, in-4°).

* Triche, dans !e sens de trichei-ie. Le mot mc/ia,dans la basse latinité, signifiait trom-

vous donnés poids à vos louanges est tout fi fait poétique et d'un homme qui entend le meslier. Il n'y a pas une pensée qui ne soit du sujet. Pour la versification il n'est pas estrange qu'estant au désert et loin du commerce des critiques de bonne foy, vous ne l'ayés faitte égale partout, et si en quelque peu d'endi-oits elle pourroit estre meilleure. Mais ce sont des mouches en un beau visage qui ne font qu'en relever l'éclat.

Au premier jour je sousmettray à vostre censure un petit ouvrage que lestât présent (les choses a exigé de nioy.

Je suis, Monsieur, vostre. etc.

De Paris, ce x\ix iumv 1660 '.

A M. HUET

Ce seroit un bien doux fruit de mim petit (ravail que l'approbation que vous lijy donnés, si elle estoit aussi sincère qu'elle est obligeante, et si je m'y pouvois aussy bien arresler comme vraye que je la puis ressentir comme civile. C'est en cette dernière qualité

que je la reçois et que je vous en rens grâces très humbles, sans m' enfler de tout le bien que vous m'en diltes par la connoissance que j'ay de mon peu de forces et de vostre grand talent en ce mesme genre. Vous sçavés ce que je vous en ay desja mandé et en vérité, selon ma pensée, n'estant plus en âge de desguiser mon sentiment et trouvant je ne sçay quoy de bas dans la dissimulation dont mon cœur ne se sent point capable. Mais le genre de l'Ode n'est pas le seul où vous excelles. Cet autre d'épistres à la manière d'Horace n'a eu personne depuis Horoce . Aonius Palearius et le chancelier de l'Hospital qui approchast de vous, et j'ay remarqué dans celle que vous m'envoyastes dernièrement le caractère épistolaire si parfait et si bien soustenu par la morale, laquelle aussi bien là que dans la satyre y doit régner principalement, et ulramqm paginam implere, qu'il me semble que vous n'en devés pas demeurer là, et sur ma parole ne perdes [)oint ^d'occasion de vous exercer en ce slile et sur de semblables sujets qui rendent la poésie philosophique et qui profitent en divertissant. J'ay obligé Vr Savarv d'en user ainsi à l'égard de la

perie, filouterie, comme on le voit d;ins le Glnnsaire de Du Gange; mais il est prol)able qu'ici Ijiclie est un substantif formt* de ti-ichei- par apocope.

' Le 6 juin suivant Chapelain écrit ( T j 1 1 v") à M. de Saint-Geniès, chanoine, à Orange: "Monsieur, je ne pouvois recevoir de nou\elle plus agréable que celle de vostre souvenir, snrlout estant accompagnée d'un régaie si beau et si riche que celuy des excellens vers dont vous m'avés bien voulu favoriser. . . J'ay en une extrême joye de voir c^tte pièce là vrayment poétique et de ce stile qui, sans estre empoullé, a de la dignité et, san.s estre bas. se soustient sur la pureté, le nombre et l'éloquence. Le Roy et S. Em. ont bien de l'obligation à W de Brienne d'avoir excité vostre ^^use endormie et de vous avoir porté à

célébrer si dignement la plus haute et la plus utile de leurs héroïques actions. r Le lendemain. Chapelain (fiia) entretient Heinsius de son éloge de Monk ; il déplore la mauvaise santé df> son correspondant et an)i; il lui reparle de Borel, de VicqueforI ; il le remercie en ces termes de ses ren.seignements sur Coitelhni : «Vous m'avés fait une faveur particulière de m'esclaircir de ce que c'est que M' Colteliini. A cequo je voy je n'ay pas mal employé les civiUlés que je luy ay failles en réponse des siennes. . . et je suis bien aise qu'il soit digne qu'on l'aime et qu'on face cas de luy.i Chapelain annonce à son ami que l'ode sur la paix ra eu icy et à la cour un fort favorable accueil, « mais qu'il le croira juste seulement après que Heinsius aura donné son approbation à celle pièce.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

cliasse et le succès a monstre que mon conseil estoit bon. Si vous le suyvés pour cette nature de poésie discourue en forme de sermons ou épistres, je ne croy pas que vous vous en trouvie's mal.

Je suis très cordialement, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xx juin 1660 '.

À M. DE BRÉBEUF

eENTH.HOMME NORMAN» , À ROUEN-.

Monsieur, c'eust bien esté assés de me faire dire que vous aviés agréablement receu rOde que je vous envoyay il y a quinze jours pour me rendre le plus satisfait homme du monde. Mais comme vous ne faites jamais

rien médiociement, vous m avos voulu suipayer cette petite offrande d'une faveur ([ui n'a point de prix. Vous m'avés envoyé un livre si considérable par sa matière que je m'en sens riche pour tout le reste de mes jours \ En effet si je sçay bien user de ce trésor, j'y trouveray de quoy nourrir mon âme du vray fruit de vie pour me rendre heureux sur la terre et pour m'acquerir la félicité des Gieux. Parmy sa solidité et sa sainteté je pourray mesme joiiir des délices de la poésie et de l'éloquence qui y brillent de tous costés et il n'aura pas tenu à vous qu'en m'en servant je ne me sois i-endu plus habile aussi bien que plus parfait. Ce sera désormais mon manuel , et s'il ne me fait tomber des mains celuy de Saint Augustin", je suis bien assuré du moins qu'il me fera mespriser celuy du sage d'Epictète ^ Vous

' Le 3 juillet 1660, Chapelain (f" 1 tJ) écrit àM. DuHamel,avocataii Grand Conseil, à Paris, pour le remercier du riche présent qu'il lui avait fait au nom de son frère, Tabbé Jean-Baptiste Du Hamel, auteur, en 1660, de VAstrononiia physica et du traité De meteoris et/ossilihus : fc A vous eu pailer donc,» dit-il, «avec ma candeur ordinaire , son ouvrage est en son genre l'un des plus beaux que nous ayons veus dans ces derniers temps. La doctrine en est saine, les matières curieuses, le slile très pur, et d'autant plus louable qu'on n'a voit guères veu depuis Cicéron que la philosophie eust esté maniée si élégamment que cela, l'eschole semblant s'estre piquée de barbarie aussi bien que de chicane dans le langage dont elle s'est servie pour la trailter. ..1 Sur les deux frères Du Hamel, George, «avocat célèbre, •> et Jean-Baptiste, voir le Moréri, t. V, p. 5o4 et 5o5. Il suffit dédire, à la louange des deux frères, que l'abbé remplit pendant plus de trente ans (1666-1697), avec un infatigable zèlo, les fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences , et que l'avocat a mérité d'être honorablement mentionné dans les Caracim-es de La Bruyère (t. I, édition de M.G. Servois, p. 279).

^ Georges de Brébeuf, né à Sainte-Suzanne-

sur-Vire en 1618, allait mourir quelques mois plus tard (derniers jours de septembre iGCi) chez son frère, Nicolas do Brébeuf, prieur- curé de Venoix , près de Caen. Sur la traduction de lu Pharsak, voir, outre les Mémoires de Huet, une Notice sm- les trois Brébeuf, le poète, le prieurairé de Venoix et leur oncle le missionnaire martyr, par M. Ch. Marie, ancien professeur au lycée de Caen, membre de la Société des antiquaires de Normandie (Paris et Caen, 1876, petit in-S"). Chapelain et Brébeuf étaient liés depuis longtemps, et le premier avait élogieusenient parlé de la traduction de la Pharsale dans la préface de la Pucelle.

^ Les entretiens solitaires, ou prières et méditions pieuses en vers françois (Rouen, Maurry, 1660, in-i 2). Voir l'analyse de ce recueil dans le livre de M. Ch. Marie (p. 29-38).

* L'année suivante parut à Bruxelles, chez Fr. Foppens, un petit volume iu-12 intitulé: Les Soliloques, le Manuel et les Méditations de Saint Augustin, de la traduction du sieur ffe Cerisiers.

^ C'est VEnchridion rédigé par un des disciples du philosophe stoïcien, Arrien , Enchiridion dont Gilles Boileau venait de donner, après Guil-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

croirés bien, après cela, que le reraercinienl que je vous en fais icy est sincère, et que si je ne le puis reconnoistre comme il le mérite, j'en ay au moins toute la gratitude que je puis et que je dois. Melte's moy à quelque espreuve par où vous en puissie's bien demeurer persuadé, et vous assurés, s'il vous plaist , qu'entre ceiLX qui vous estiment et qui vous honnorent , il n'y en a aucun qui soit plus véritablement que moy. Monsieur, vostre, etc. ^

De Paris, ce in' juillet iGfio''.

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