A M. DU MAURIER
UAISTBB o'bOSTEL DV BOT, Al MAURIER, PRÈS LA FLECHE '.
Monsieur, il n'iinportoit de me respondre prontement que pour m'oster de la peine oîi jestois si mon paquet vous avoit esté rendu ou non. Car de remercimens vous sçavés que je ne les désire pas plus que je les mérite, c'est à dire point du tout, principale-
fuent d'une personne comme vous à qui j ay tant d'obligation de son amitié que tout ce que je pourrois jamais luy faire de service ne devroit tenir lieu que de rétribution. 1! me suûit donc d'avoir appris que les deux imprimés sont arrivés heureusement cliés vous et que vous avés pris le soin de remettre au R. P. Marabrun * celuy que je vous avois envoyé pour luy. Quant aux louanges que vous me donnés , je les reçoy comme des civilités qu'on ne manque guères de faire aux gens en semblables rencontres, dignes ou indignes qu'ils en soient. J'ay fait ce petit ouvrage} par un pur mouvement de gratitude envers l'un de mes bienfacteurs '. S'il eust souffert que c'eust esté pour luy seul, le monde n'en eust point ouy parler, puisqtie, grâces à Dieu, je ne suis pas forcé de joiier de ces estœufs là" pour la réputation ni pour la fortune. Il l'a ordonné et il a esté obéy. Vous m'auriés bien fait plus de grâce de m'en marquer les défaux pour les réparer, si l'on eu fait une seconde édition, de laquelle on me menace.
laume du Vair, une traduclion française (i655) et dont Luc Holstein avait donné, la même année (Cambridge), une (.scellento édition.
' Dans la lettre à l'avocat Du Hamel, écrite le même jour et analysée dans la dernière note de la lettre XLV, Chapelain a\ait dit : rOn m'a, au reste, apporté un livre de la part de M' de Brelieuf plein d'éloquence, de poésie et de piété, dont j'ay tout le ressentiment que je dois.- .MM. Du Hamel étaient les amis de Brébeuf. Guillame du Hamel , frère de l'avoc^it et de l'abbé . et lui-même conseiller et aumônier du roi, dit dans sa Dissertxition sur la Pharsak) les Entretiens solitaires, la Défense de l'Eglise romaine, et autres ouvrages de M. de Brébeuf, qui parut eu 1 GCi , huit ans après la mort prématurée du traducteur de Lucain : «J'ai eu quelque part à l'ancienne et étroite amitié qui a toujours été entre feu W de Brébeuf et mon (rèiv.-o
^ Je crois devoir laisser de côté une ton"ue
lettre à Heinsius, du 8 juillet (P'iiG v), où rien n'intéresserait le lecteur.
^ Louis Aubery, seigneur Du Maurier, <r\e plus connu des quatre fds de Benjamin Aubery," comme s'expripie la France protestante ( a* édition, I 87'!, t. 1", coi. lib-]), naquit le ai juillet 1609, et mourut en son château du Maurier en 1687. Voir sur Louis Aubery une excellente notice de .M. B. Hauréau {IIi.<itoire littéi-airc du Maine, nouvelle édition, 1870, t. 1", p. i85- 190). Voir encore MéUniges historiques de 1878, Lettres de J. L. Guez de Balzac (p. 58 1, 689) et Docutnenis inédits sur Gassendi (Paris, 1877, in-8°, p. 21).
* Le P. Mambnm a été déjà menlionné dans la lettre Vil de ce volume.
^ On voit que Chapelain, en t66o, persiste à repousser la forme bieifaileur di.'jà admise par I.1 plupart de ses contemporains.
* L'expression métaphorique jouer de as
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PeiU-esIre que le R. P. Mambrun aura la charité' que vous n'avës pas eue et je Tattens. J'ay bien pris plaisir d'apprendre que vostre famille a recours à vous dans les besoins qui luy surviennent '. Elle juge de vous en cela, comme je fais , que vous n'estes pas moins oflicieux qu'actif et qu'habile , aussi bien dans la conduitte du domestique que dans les emplois de l'Estat. J'approuve fort que vous vous occupiés à l'un au défaut de l'autre, et que vous donniés tousjours paslure à vosire esprit et à vostre vertu. Car l'oysiveté n'est pardonnable qu'aux morts et l'homme est ne' seulement pour l'action et pour l'action honneste. Je comprens entre celles-là les exercices des bonnes lettres quand les autres en laissent la commodité. Il seroit dommageable que ce beau fonds que vous avés amassé dans vostre cabinet et dans vos voyages se raoysist et demeurast inutile, et je m'assure que nostre bon père Mambrun est de mon avis sur cet article là. Du moins vous le fait-il bien connoistre par sa pratique, s'il est vray, comme vous me le mandés, qu'il dérobe tousjours quelques momens à ses leçons théologiques' pour faire visite aux Muses, ses chères amies, et pour s'en attirer de nouvelles faveurs. Ça esté une grande nouvelle pour moy que celle
que vous m'avés escritte de la réimpression de son Constantin ^ et de ce par dessus inespéré des quatre livres de cuUiira animi qu'il y doit joindre*. Salivant mihi momati^ par un avis si agréable et j'auray bien de la peine à m'empescher de luy tesmoigner la joye qu'il m'a apporté. Nourrisses bien. Monsieur, cette entreprise et serves , comme Socrate , de sage-fenime à un enfantement si jolorieux.
Je ne vous dis rien sur le sujet des affaires publiques sinon que j'acquiesce à toutes vos réflexions , et que je loue Dieu d'avoir veu avant que mourir finir nostre guerre assés glorieusement et assés avantageusement, quoyque sur vosire plan un temps fut que nous l'eussions pu avoir plus glorieuse et plus avantageuse, sinon plus durable et plus seure.
Tout ce que vous me mandés de feu M' Costart * est l'Évangile et les deux épitaphes ([ue vous m'avés envoyés sont justes, galans et sensés. Jamais homme n'a vescu plus deshonnoré ni n'est mort chargé de plus d'infamie. Cela ne vous a-l-il point fait souvenir de Telle vie, telle fin? La vanité, la folie, la friponnerie, l'ingratitude, la malignité, l'envie, l'injustice, la flatterie, la mesdisance, la sensualité, l'irréligion, dispu-
éteufs-là a été retrouvée par M. Littré {Dictionnaire de la langue française) dans l'Histoire universelle d'Agrippa d'Aubigné.
1 Louis Anbery, selon la France prolestante , ne laissa qu'une fille. Quand Chapelain parle de la famille de l'auteur des Mémoires pour servir à l'histoire de Hollande , il veut parler des frères et des sœurs de son ami. Benjamin Aubery n'avait pas eu moins de onze enfants de son premier mariage.
- Le P. Mambrun professait alors la théologie à la Flèche, ville dont le château du Maurier était voisin.
^ Le Constantinus sive Idolatria debellata, qui avait paru à Paris en i658, comme nous l'avons
déjà vu, avait été réimprimé à Amsterdam en
* Pétri Mambruni Societ. Jesu Eclogce et de ciillura animi lib. IV (i66i, petit in-8°).
^ Chapelain, grand lecteur et admirateur de Sénèque, a dû lui emprunter cette formule qu'il nous faut dix mots pour traduire : vous m'avez fait venir l'eau à la bouche.
* Costar était mort au Mans quelques semaines auparavant (i3 mai 1660). Ou va voir que Chapelain n'avait jamais pardonné à son adversaire le crime qu'il avait commis en critiquant ses vers. Autant Costar avait maltraité le poète , autant Chapelain, en cette singulière oraison funèbre, maltraite l'homme même.
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loient en luy à qui l'emporteroit. Son érudition estoit pédantesque, quoyque son style ne le fust pas , et quelque éloigne qu'il fust de M. de Balzac pour ce dernier cy, c'estoil pourtant la seule chose en quoy Ion peut dire qu'il valoit. On a veu enfin que le pronostic que nous en avions fait estoit bien véritable et ses propres' partisans ont esté contraints d'abandonner sa mémoire à rindignalion générale. Tout cecy dans le mesrae secret que vous m'avés demandé. Je ne voudrois pour rien qu'on sceust qu'un sujet si honteux eust tant soit peu arresté ma pensée sur luy, quand mesme on sçauroit que je ne l'aurois fait que pour vous plaire et que provoqué par vous. Vous avés oublié à me mander les autheurs des
épitaphes. Je pense toutesfois ne me tromper pas de croire que vous avés fait le premier ^
Le billet que m'a escrit M' Conrart sur vosfre question vous fera voir comment il a receu vostre compliment et quelles sont les lumières qu'il vous donne.
Je vous prie de mettre au -i' vers de la 3" sirophe de l'Ode troubles au lieu de tristes que l'imprimeur m'a preste, malgré inoy.
Madame et Mesdemoiselles du Maurier ^ trouveront ici mes remercimens de leur souvenir et de la continuation de leur bienveillance. Vous m'obligerés de leur garentir mes respects et de me croire tousjours inviolablenient, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xvi juillet 1660*.
' 11 y a, dans le maniiscril, un blanc après le mot propres, puis de avant le mot partisans.
- Si répifaphe, comme il le semble bien, était une épigramme, le seigneur du Maurier avait donc oublié que Costar lui avait écrit des lettres qui auraient dû le proléger après sa mort. Voici comment M. Hauréau parle de ces lettres (ouvrage cité, p. 195): «Costar, qui le comptai! au nombre de ses correspondants, lui a adressé quatre de ses Lettres. 11 suffit de les lire pour se convaincre que l'auteur des Mémoires pour seii^ir à l'histoire de Hollande ne jouissait pas d'une moindre considération parmi les lettrés que parmi les courtisans, n
' Le pluriel dont Chapelain se sert ici prouvel-il que les rédacteurs de la France protestante ont commis une erreur en mentionnant la fille unique de Louis Aubery? Ou faut-il croire qu'une dos demoiselles du Maurier mourut avant son père , ot que, dès lors, l'assertion de la France protestante , «Il ne laissa qu'une fille,'? peut être considérée comme exacte?
* Le 18 juillet. Chapelain (P 121) écrivant à M"'° de Flaniarens, au sujet de quelque démarche pour faire obtenir un emploi à son neveu, parle ainsi de l'intervention de W"' de Sévigné : "Je n'ay excusé M° vostre sœur auprès de vous que parce que je sçavois de science certaine
qu'elle n'agissoil point dans l'affaire, et qu'elle cstoil à la campagne, durant que M"" de Sévigné travailloit avec la plus grande incertitude du monde au miracle qu'elle a enfin accompli, de sorte que je vous puis assurer que j'en avois bien plus de connoissance qu'elle.-' 11 donne ensuite à la marquise de Flamai eus les meilleurs et les plus affectueux conseils au sujet de ses enfants, dont l'aîné a été envoyé au maréchal d'Albrel. M"" de Flamarens voulait marier son fils. Chapelain oppose à ce projet de sages observations: «Mais que ces bons mariages sont rares et qu'il faut de bonheur et d'industrie pour les faire réussir! Où sont les filles qui se veulent bien confiner comme vous dans une province, dentelle n'entend ni la langue, ni les mœurs?.,.-) Le 11 août. Chapelain (f 133) reparle à Heinsius de son Ode et de l'ambassadeur J. A. di' Thou. Il ajoute : «MMe marquis de Montauzier a leu avec plaisir ce que vous me mandés de vostre Ovide. . . Il ne faut rien attendre que d'exquis de vostre exactitude et voilà une grande expectative pour les gens lettrés. Virgile, Valère Flaque el Silius Italicus sont des autheurs dignes de vos soins, et quand vous les aurés repassés et repeignés, ils en auront de moitié meilleure mine; ils reprendront leur bon teint et l'embonpoint de leurs premières années. Dieu vous en
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A M. CHEVREAU