MINISTBE D'ESTAT, ETC. , À SAI.NT-GERMAIN
Monseigneur, ce Panégyrique dont je me donnay l'honneur de vous escrire, il y a deux mois, fait par le comte Girolamo Graziani, l'un des gratifiés de S. M. . et dont je vous envoyay l'epistre dédicatoire qu'il vous y addressoit pour sçavoir si vous n'auriés point désagréable qu'il vous donnast cette marque de sa reconnoissance , a esté reformé par luy et imprimé à Modène pour le semer par toute l'Italie sans cette dédicasse que vous m'ordonnastes de i'empescher de mettre à la teste de son ouvrage, et il en est venu quelques exemplaires pour vous estre présentés pour le Roy, pour M' le Dauphin et pour vous, lesquels le résident de Modène a ordre de vous porter au nom de leur autheur et du consentement de S. A. de Modène, son maître. Ce gentilhomme est desja connu de vous. Monseigneur, pour secrétaire d'Estat unique de ce Prince et l'un de ses ministres et conseillers le plus accrédité
et pour le plus zélé de tous les habiles Italiens pour la gloire de S. M. , comme il l'a tesmoigné par des ouvrages publiés de temps en temps. Il est, outre cela , présentement le plus célèbre et presque le seul des favoris des Muses de delà les Monts, duquel [pays] il a remporté et a encore l'avantage du premier rang entre ceux de cette profession là. Je vous devois faire souvenir de son mérite et de sa passion pour les inlerest de la France, afin que, quand ces exemplaires seront reliés et que le Résident vous les ira mettre entre les mains, il vous plaise de les recevoir avec vostre humanité accousturaée et que vous ayés la bonté de le diriger pour la présentation qui en doit estre faite au Roy, à qui ce pourra estre une offrande agréable. Dans peu de jours, il s'aquitera de sa commission et j'ay pris la liberté de l'assurer que vous ne vous tiendriés pas importuné de sa veue et de sa demande, sur tant d'épreuves qu'en mon particulier j'ay de vos faveurs et des grâces dont vous avés tousjours honnoré. Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce x' avril 1678'.
pouitant, j'y auray la mesnic application que s'il estoit douteux et difficile , et en temps et lieu , pour l'interest qu'y peut prendre l'Académie Françoise, nous agirons de concert. M' Pelisson et moy.'î — Le 8 avril, Chnpeiain complimente ainsi Vossius(f^ 38i v") : «Mes amis italiens revenus depuis quelques mois de Londres m'ont dit que vous aviés publié ou estiés prest à publier plus d'un livre. Si cela est vray, j'en félicite le siècle et la république des lettres. Ce sera estendre ses limites el illustrer ce qu'elle a encore de ténébreux , car je ne connoy rien de plus net, de plus vif ni de plus pénétrant que vostre esprit qui n'a besoin que de liberté pour briller et pour desployer sa force...» Chapelain reparle là de «l'abysme de Bellonne qui engloutit tous les fonds...,?? ajoutant : «Vous avés l'âme trop noble pour n'entrer pas dans cette considération et regretter de
n'estre pas exempt de la calamité commune.»?
1 M. Clément n'a pas inséré cette lettre dans le recueil tant de fois cité.
- Le 1 a du même mois. Chapelain rend compte en ces termes à Grajvius (1^ 383) d'une commission dont il l'avait chargé auprès de Monlauzier : «Il me respondit qu'il auroit fait très volontiers la niesme recommandation à M' le duc de Luxembourg , s'il n'eust sceu certainement qu'il n'avoil aucune autorité en ce genre d'affaires qui esloit absolument de la gestion de l'Intendant que S. M. a eslabli à Ulrecht et qui est immiséricordieux [le Diciionnaire de M. Liltré donne le mot sans aucun exemple] comme responsable en son nom jusqu'à un sol des deniers ordonnés par son maistre. . . ?? Le 1 5 , Chapelain entretient Paillerols des regrets que lui cause la mort du président de Mesme, père du comte d'Avaux (P 3Sli v°) : io3.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
DLXXIV.
A M. OTTAVIO FERRART,
CATALIEBE ET PBOFESSOBE , ETC., À PADOCE.
Monsieur, vous m'avés tiré d'une grande peine par l'avis du parfait recouvrement de vostre santé et de la cessation de cette toux opiniastre si dangereuse à vostre âge et qui nous a emporté tant de gens par ce long
hy ver. Dieu soit loiié et veuille vous en garder à longues années! L'exercice de la profession de parler en public, s'il n'est modéré par prudence, attire ordinairement les fluxions sur la poitrine et enfin escbauffe plus les poulmons qu'il n'est besoin pour le raffraicbissement de la vie. Nostre Molière, le Térence et le Plaute de nostre siècle', en est péri au milieu de sa dernière action'. Ménagés-vous , Monsieur, sur cet exercice et
r-J'ay tousjours une extrême douleur de la perle signalée que M^ l'Ambassadeur a faitte, mais j'espère qu'il en fera comme Agricoia autrefois, à ia mort de sa fille chérie, d'en chercher la consolation dans son illustre employ par une diversion louable et utile à son Prince. ?5 Chapelain ajoute: ffM'de Pehssona esté malade, mais il est maintenant presque tout restabli.n Le 1 9 , il écrit à Wagenseil (f" 386) : «J'apprens avec beaucoup de joye que cette Histoire de Frideric III doive bienlosl paroistre. Son aulheur m'avoit escrit avant sa mort qu'elle esloit en estai de se publier. Ce Veigelius, nouveau pithagoricien , salivam mihi movit par celle enlrepi ise de faire revivre l'opinion du Quaternaire enterré il y a près de trois mille ans. Vous ne me dites point si son livre esl imprimé ni si vous l'avés examiné. Esclaircissés-moy, comme vous me le promettes, de cela el m'en mandes voslre sentiment afin que, s'il luy esl avantageux, j'essaye de le recouvrer parla voye que vous m'indiquerés. J'av eu une grande consolation de ce que Voslre Parnasse ne s'est point senti jusqu'icy de la fureur de Mars. . . n Mentionnons seulement une lettre à M' Hébert, du a'i avril, où (f 386v°) il est question d'une académie à élablir à Soissons. Le lendemain. Chapelain accuse réception au Père de Lalane ( f° 887 v°)de sa dissertation sur la durée de VEnéide de Virgile : il lui dit que , «toutes afftiires cessantes, i il se mit à la lire; il lui rappelle l'entretien qu'il eut avec lui sur ce sujet, «chez moy, devant le R. P. L'Allemant,» et il lui déclare qu'il persiste dans son opinion. Le i5 mai. Chapelain revient, dans une lettre à Ferrari (f" 398), sur une question dont il lui avait déjà dit un mot: «Vous me faites un honneur au delà de ce que je puis mériter de voslre bien-
veillance en souhaitant mon portrait pour le mettre parmi ces illustres qui en font la richesse el la gloire (de voslre cabinet). Outre queje m'en sens tout à fail indigne, l'âge qui a effacé tous les traits de mon visage aulresfois passable el qui m'a fait résoudre de ne me laisser pas voir a\ec tant de rides et de consomption, à ceux qui viendront après nous, la difficulté du transport du quadre de Paris à Padoiie me fait vous prier d'agréer que je ne m'expose point à nos mauvais peintres de deçà les Monts pour vous faire un présent si peu agréable et do vous contenter de l'estampe que je vous envoyé dans ce paquet de mon tableau gravé, il y a plus de vingt ans, par le plus excellent de nos calchographcs [mol que l'on chercherait en vain dans tous nos dictionnaires] nommé Nanteùil sur l'occasion de la i" publication de mon poème de la Pucellc el qui vous choquera moins en le regardant. J'eus la complaisance de me laisser copier j)ar cet ouvrier qui souhaita passionnément de me faire l'objet de son burin pour accompagner le portrait du Prince [le duc de Longuevillc], que je luy avois fait imiter pour le mettre à la leste de l'ouvrage el je vous l'eusse envoyé si le volume n'eust point esté si grand el si pesant. 1
' Cela fail jienserà la belle épilaphede Molière par La Fontaine, donl voici les premiers \ers:
Sous ce lorabeau gisent Plnute el Tt^rence ,
Et cependant le seul Molière y gtt.
Il les faisoit revivre en son esprit ,
Par leur bel art réjouissant la France.
* Le 17 février 1678. On sait que ce fut en jouant pour la quatrième fois le Malade imaginaire que Molière eut une convulsion qui précéda sa mort de quelques heures seulement.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
agisses plus à l'avenir de la main que de la voix. Vous et le public y trouvères mieux vostre conte. Voslre course à Venise, oti vous avés esté si humainement Iraittéde M' nostre Ambassadeur ', m'a encore fort consolé , mais ne m'a pas surpris, le connoissanl pour rhomnie d'Iioimeur et le {jentilliomme civil qu'il est surtout à l'endroit des personnes de vostre mérite et de vostre exquise érudition. H tient de race, sa maison de tout temps ayant esté l'asyle et le secours des plus fameux lettrés , M" ses ancestres et ses pères grands lettrés eux-mesmes. Je me veux du bien d'avoir eu lieu de vous en faciliter la connoissance et à luy le bonheur d'eslre aimé et estimé de vous.
Nous attendrons sans impatience les exemplaires de vostre beau panégyrique par la voye que vous avés prise pour nous les faire tenir qui ne sçauroit estre pronte, mais il n'importe de la longueur puisque M' Graevius doit maintenant avoir receu celuy que je luy ay envoyé et que, quand ils arriveront, la paix sera peut estre conclue qui en rendra le transport plus facile quil n'est à cette heure que les trouppes sont en campagne de tous costés et que cet excellent honmie est en un lieu où les messagers n'oseroient seulement songer d'aller. La grâce que le Uoy luy a ftiitte de l'exempter de la taxe et des logemons conmiuns à tous ses concitoyens fait autant d'honneur à S. M. qu'à luy jusqu'à en attirer l'admiration et les louanges de la Hollande mesme, dont il
' Le comte d'Avanx.
- Le mot prugéniteur n'a été recueilli ni dans le Dictionnaire de Riihclet, ni dans le Dictionnaire de Trévoujc , ni dans celui de Liltré.
3 L'i traduction do Louis Doicc. Voir lettre DLX.
* Voir sur Pierre Jean Capriala, dans notre 1.1", la note 2 de la page 437 ( lettre CCLX XXVI).
' Jérôme b>aclietta, né à Hovigo vers i5(3o, mourut à Naples vers t()-20. 11 fut d'abord socré-
m'a fait participant et qui sont fort polies et fort élégantes.
Vous m'avés appris la libéralité de M*' le Dauphin dont je n'avois pas eu connoissance. Ce jeune prince chasse de race et suyvra à grand pas les traces de son progeniteur* dans les vertus duquel il se mire.
La traduction de Oratore "' m'a esté fidellement rendue et je vous en reitère mes très humbles actions de grâces. J'ay prié par ma dernière M' de Paillerols de faire chercher chés les libraires de Venise la 3' et la k' partie de l'Histoire du Capriata\ et, s'il les trouve, de me les achepter, après avoir sceu de vous ce qu'il en devra raisonnablement donner pour le prix. J'en ay fait venir les deux T" volumes. S'ils n'estoient point à Venise et qu'ils fussent à Padoue à vendre, je vous supplierois du mesme office.
Il m'est tombé icy entre les mains un livre di Discorsi politici au nombre de vingt discours bien et sçavaniment escrits par uu autheur qui dit en la Préface qu'il avoitdesja publié des maximes di slato di guerra, mais dont la 1"' feuille manque, ce qui me fait ignorer qui l'a composé. J'avois sujet de croire que c'est la Frachetta ', mais cettuy cy l'allègue et y renvoyé le lecteur sans dire que c'est luy mesme. L'ouvrage est un m-U" et imprimé au connnencement du siècle.
Vous l'aurés veu; c'est pourquoy je vous demande en grâce de m'en édaircir" et de-
laire du cardinal d'EsIe, devint membre de l'Académie des Incitati, et laissa plusieurs ouvrages, parmi lesquels on remarque une parapbrase (avec éclaircissements) du De natura rerum de Lucrèce. •* Ferrari dut répondre que l'auteur des Discorsi (non cités par M. Weiss dans la Biogrnphie vniverseUe) n'était autre que FrachetU, auteur de : Seminario del ïihro di [rocemi di stato e dt gneira (Venise, iC)i3, in-fol.).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
meure avec ma passion ordinaire, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce iv' juin 1678.
DLXXV.