A PADERBORN
' Sur racadémicien Pierre Du Ryor, voir dans notre tome 1". la note 2 de la page 2 3.5.
- Sur racadémicien Louis Giry, \oir {ibtd) la note 2 de la page 2 35.
* Le 1 5 juin, Chapelain (f 397 v") parle ainsi de ScheCTer à M. de la Piquetière : rrLes vies des archevesques d'Upsale seront apparemment très curieuses escrites d'une si bonne main. Vous ne me dites rien de son Irailté si fameux des matières navales dont je vous avois prié de vous informer et s'il on a fait une impression de moitié plus ample ni où elle s'est faite, ni d'où on le pourroit faire venir. Je suis bien aise de sçavoir qu'il n'est pas le seul habile en cette académie, et j'auray soin de recouvrer les ouvrages de ces autres M" Luccarinus, Rudebequinus et Verelius que vous m'avés marqués pour en enrichir ma bibliotèque. S'il paroist quelque autre ouvrage signalé en ces quartiers là , vous me ferés grâce de m'en informer et, autant que vos aflaires vous le permettront, de me donner des nouvelles de vostre santé et en général du succès de l'ambassade en ce pais qu'il nous est si important de maintenir nos interests. Vous connoissés mon cœur et n'ignorés pas la passion que j'ay pour le bien de ma patrie et pour l'honneur du Roy dont M' de Feuquière représenUint la personne, quand je ne serois pas autrement son ancien et sincère serviteur que je luy ay tousjours esté, je ne serois pas moins obligé de souhaiter qu'il réussît.. .» Le 18 du même mois. Chapelain adressée M. de Gomont (f° 3g8) une lettre de condoléance au sujet de la mort du comte de Soissons, prince dont il fait un grand éloge en peu de mots. Le même jour, il s'élève, dans une lettre à l'abbé Gayet (f° 399), contre r.\a crasse de reschole,?^ loue deux dissertations qui lui avaient été envoyées
pour
Monseig-neur, c'estoit bien vostre munificence de m'avoir prévenu par le précieux don de vos rares ouvrages, sans me faire encore l'honneur de respondre si humainement aux actions de grâces que je
par ce littérateur, le remercie en ces termes de ses compliments sur la Pncelle : t^Si j'estois plus ambitieux que je ne suis, ce que vous me dites de mon ouvrage seroit capable de m'enfler le cœui- et de me faire méconnoistre. Ce n'est pas que je le mesprise et que je croye mal employé le grand temps que j'ay mis à le mestre en i' estât où vous l'avés vcu en partie, parce que l'ayant fort médité devant que de l'entreprendre, en ayant jette les fondemens et levé le plan selon les règles que les bons anciens nous ont prescritles, soit par leurs raisonnemens, soit par leurs exemples, et essayé d'en élever la structure avec les conditions requises à le faire, sinon brillant, du moins sans des irrégularités et difformités qui le déshonnorent, j'aurois sujet d'espérer qu'il ne desplairoit pas au général des experts et de ceux qui, sans avoir interest à ma louange, ni à mon blasme, en jugeroient sans passion et avec connoissance de cause, s'il venoit à desplaire à ces esprits chagrins et présomptueux que l'envie, la jalousie et l'ignorence rendent desgoulés des plus solides viandes et ne travaillent, en se rongeant le cœur, qu'à infecter du mesme desgoust ceux qui ont le malheur de se plaire en leur entretien et de se laisser engager dans leurs desbauches, qui estant déplorés par leur mauvaise humeur, parleur malignitéinvincible et parla guerre qu'ils ont déclarée au sain jugement, sont naturellement exclus d'estre juges competens d'aucune composition raisonnable et sont indignes d'estre relevés de leurs cheutes et ramenés de leurs erreurs dans le bon chemin. n Le 20 du même mois, Chapelain écrit (f hoo v°) à M. de Héricourt : «J'admire que M'deMontagutpersevèredansl'entreprise d'iiabilier ma guerrière à la Romaine et qu'il en ait tantosl faille quart de son vestemenl.?:
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous en rendis. Vostre ge'nerosite' de vray Prince a bien monstre par là qu'elle ne se peut espuiser et qu'elle aime mieux bazarder ses bienfaits à n'estre pas suffisamment reconnus que de ne pas suyvre son inclination à bien faire, comme si V. A. ne se contentoit pas d'estre si au-dessus de ceux qu'elle honore de ses faveurs et qu'elle les voulust de plus surpasser en vertu et leur rendre impossible d'égaler par leur ressentiment vostre sublime be'ne'ficence.
V. A., Monseigneur, n'en est pas encore demeuré là à mon esgard. Pour combler la mesure de ses libéralités, j'apprens de M' le chevalier Verjus qu'Elle luy a mis entre les mains son portrait dont la riche matière est infiniment au dessous de sa forme pour men gratifier et me donner cette solide marque de sa bienveillance, sinon de son estime'. Les paroles me manquent, Monseigneur, pom- vous exprimer la gloire que je tire et la gratitude que j'ay d'un tel excès de sa grâce et je vous les laisse à concevoir par la connoissance du prix de vostre don et de l'impression qu'il a deu faire en mon âme, aussy bien que le désir que mon ami m"a mandé que vous aviés de voir ce qui a paru de moy et qui a fait parvenir mon nom jusqu'à V. A. Cestoit à moy à souhaiter que ces travaux pussent mériter de vous en
faire une offrande pour me confirmer dans l'opinion que le favorable acceuil qu'ils avoient receu du public dans l'Europe n'avoit pas tout à fait esté de siuiple faveur et qu'il y a voit eu un fondement assés juste. Si la confirmation m'en vient par S. A., je n'en douteray plus et je règleray les sentimens que j'en dois avoir à bien ou à mal par les siens que préférera tousjours à tout autre, Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce i" juillet i6-3.
DLXXVII.
À M. COISRINGIUS,
PROFESSEVB E<l UÉDECIKE , ETC. , À UALMSTAD.
Monsieur, je n'estois pas sans peine de vostre santé, n'ayant point eu de vos nouvelles depuis assés long teuqis, vous en ayant donné des miennes, ce cpii avoit augmenté mon indignation contre Mars, ce trouble foste impie qui traversoil le commerce innocent des Muses et tenoit leurs mystères opprimés. Vous m'en avés tiré par celle que vous avés prise la peine de respondre à mes deux dernières de décembre et do janvier, par où j'ay veu que vous estes délivré de vos douleurs néphrétiques mesme sans le secours de vostre art. Je vous en au-
' Le racine jour, Chapelain adressait au chevalier Verjus (f** Zio3) une lettre qui roule entièrement sur Tévéque de Padeiborn. Il y comble d'éloges les ouvrages en vers et en ^irose du prtMal, qui, dil-il, «font mon divertissement principal et le plus grand ornement de ma petite hibliolèque.Ti 11 ajoute : «Je ne laisserny pas d'avoir le portrait matériel de son illustre personne 1res cher et de le placer au lieu le plus honnorable de mon cabinet et en la compagnie de nos plus fameux héros dans les lettres comme le pape Urbain VIII , Alexandre VII et les cardinaux de Richelieu et Bontivoglio.'i II annonce au chevalier Verjus qu'il en-
voie à l'évêque de Paderborn la Pucelle et les Odes: (TJe remets à son jugement exquis d'en excuser les défauts et ne luy en demande point de louanges : ce sera assés s'il en souffre la bonne intention en examinant à ses heures de loysir, si surtout dans l'héroïque j'en ay bien ou mal observé les règles et marché, quoyque de loin, sur les pas des bons anciens et que, pour la seconde partie, devant que de prononcer sur le dessein, le plan et la constitution de la pièce, il ait l'équité d'en attendre l'édition qu'au premier temps plus calme que celuy cy je mellray on lumière et ne manqueray pas de luy faire porter. 7)
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
gure une entière délivrance et suis par ce bon succès confirmé dans mon ancienne opinion qu'il n'y a point de meilleure médecine que la Nature, quand la bonne dicte luy laisse la liberté d'agir et d'exercer ses puissances en luy escartant les superiluités qu"engendre la crapule^ dans le corps humain.
Je ne suis pas si heureux que vous par la foiblesse de ma constitution qui a eu besoin d'estre ménagée par un assés sage régime pour me faire aller, sans succomber à plusieurs infirmités, rhumes, gravelle, jusqu'à i'age de soixante-dix-huit ans, sans conter les agitations de la fortune et les travaux littéraires, à quoy de tout temps je suis addonné et qui m'ont fait passer ma longue vie tranquillement et sans avarice ni ambition. Mais mon peu de vigueur ne me laisse pas la teste plus foible ni me privant pas, sinon des offices publics, à quoy je suis rendu inutile , au moins de particuliers qui regardent l'estude et l'amitié, qui sont les deux pôles sur lesquels roule le peu de temps qui me reste à vivre et où je trouve ma seule satisfaction.
MM" de Gravelle et Verjus sont deux bonnes colonnes pour soustenir vostre mérite et vos interests dans cette Cour, estans
des tesmoins irréprochables de ce que vous continués de faire dans les siens pour le bien commun de la France et de l'Allemagne et ils sont trop gens d'honneur et trop fidelles dans leurs promesses pour y manquer jamais.
J'ay veu - avec grand plaisir les trois livres nouveaux que vous m'avés envoyés oîi je vous ay trouvé tousjours* le mesme excellent escrivain que dans vos autres ouvrages. Je n'en attens pas moins des trois autres que vous me faites espérer. Je ne suis pas surpris de leur beauté et de leur bonté ". Je le suis seulement de leur multitude \ en quoy vous estes bien éloigné d'avoir de pareil ' en fécondité.
Je n'eusse pas creu qu'il y eust des exemplaires ailleiu-s qu'en France ' de VEptaplomeres de Bodin et , l'ayant dans vostre bibliotèque\ vous le pouvés regarder comme un trésor au moins en rareté. Il fit d'abord sa Bcpiiblique en françois"; depuis, il la traduisit luy mesme en latin '" avec l'augmentation d'un livre entier" et je croy que c'est cette traduction" que vous avés. Pour sa religion, il estoit Juif caché ", car en France on n'en souffre point de descouvert'*. Sa mère la luy avoit inspirée avec le laict '^ et son génie et [sa] vaste érudition luy avoit
' C'est-à-dire l'impureté' des humeurs. Ce sens du mot a-apule n'est indiqué dans aucun de nos dictionnaires.
^ A partir de ces mots, la lettre à Conringius a été imprimée dans les Mélanges de Camusal (p. 173-176).
^ Le mot tousjours manque dans le texte donné par Camnsat.
* Variante de Camusat : trLeur beauté et leur bonté ne me surprennent pas. '5
* Variante: «Je ne suis surpris que de leur multitude, ri
* Variante: rde semblable. n
' Variante : trque hors de Paris il y eût eu un esemplaire. . . ■;
CIIAPKLAK. II.
* Variante : et mais puisque vous l'avez entre vos MSS."
^ Variante : (ren langue vulgaire, n
'" Variante: «il la traduisit en langue latine plus correcte.'?
•' Variante : tret augmentée d'un livre qui ne fait point de tort aux autres. ?5
'^ Variante : «cette édition-là. n
" Variante: rril étoit certainement Juif eu i'ame.»
'* Variante : ttOn n'en souffre point la publique profession , comme on faict entant de lieux. n
'^ Variante : trSa mère lui en avoit inspiré la créance, étant de ces Juives que leurs biens retiennent dans les Provinces, qui s'y habitent pour
LETTRES DE JEAN GHAPELALN
fait opiniastrer jusqu'à la mort*. J"ay encore de luy' un abrège' de physique qui n'est pas mesprisable.
Nos quatre amis dont vous pleiu-e's avec moy le deceds m'avertit [sic) qu'il faudj'a bientost faire le raesme voyage ad plures, qui est le port cii l'on sera à couvert des agitations de la vie et je ne seray plus icy bas que dans vostre me'moire et de quelques autres aussi nobles, cordiaux et illustres amis que vous, à qui pour mon interest aussi bien que pour celuy du monde, je souhaite une longue suite d'anne'es heureuses. Je le souhaite, je l'espère et marche sans répugnance à la mort dans cet espoir assuré que vous ne souffrirés pas esteindrc le souvenir, au moins dans vostre alïection, de celuy qui a vescu et sera mort , Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce l' juillet 1673.
DLXXVIII.
A 3I«" COLBERT
niNISTnE ET SECnÉTAIBE D'ESTIT,
X sceaux'.
Monseigneur, je receus hier, par le soin
du nouvel ambassadeur de Venise ' une petite caisse ^ qui m'estoit adressée, et, l'ayant ouverte [n'y] croyant que le livre que [je] jugeay estre pom* moy ^, j'y trouvay une lettre que m'escrivoit son autheur, à moy inconnu, qui m'expliquoit que c'estoit un ouvrage de ce qui s'estoit passé en France depuis l'année 1660 jusques 1678, lequel ouvrage il dédioit au Roy, me priant de vous le rendre pour estre présenté dans de si bonnes mains et favorisé de vostre recommandation. Celuy dont il s'est servy pour m'engager à luy rendre cet oflice est le fameux M' Ottavio Ferrari, vostre ti'ès obligé serviteur, qui m'en a escrit avec beaucoup d'instance.
Je m'imagine par là que le livre doit esti*e important, embrassant les illustres évenemens de la conduite de Sa Majesté, et apparemment dans ses interests et avec les justes éloges qu'ils méritent. Je n'ay pas seulement leu la dédicace de cette histou-e, de peur d'effleurer et ternir en la touchant une offrande que j'ay regardée comme sainte' veu l'autel où elle devoit se poser. Ainsi , je n'en puis porter de jugement et m'en suis rerais à
suivre leur mari, étrangers principalement, marchands Portugais qui s'y viennent établir. On en connoil parlicuHèrement à Rouen plusieurs qui, pourvu qu'ils paroissenl Chrétiens, et sans scandale, ne sont point inquiétez par les Magistrats, dans ia vue de ne pas aOoiblir le commerce de la Ville. «
' Variante: rLc génie et la vaste érudition de Bodin Tont fait opiniastrer dans son Judaïsme jusqu'à la mort, et ou trouva seulement après lui ce Dialogue qui l'en convainquoit.-^
- Variante : ttj'ay vu encore en luy...?? La citation de Camusal s'arrête au mot méprisable. — La lettre que l'on vient de lire avait été aussi publiée dans la seconde partie (f " 1 133 et 1 laS) du recueil intitulé Commercii epislolici Leibnitiani, etc. (l'jlib), recueil déjà cité dans la note 5 de la lettre GCLXXIV du présent volume.
' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. G5o). Rappelons, au sujet de cette lettre, la dernière de celles que Chapelain écrivit à Colbert, que J. Delort avait publié un certain nombre de lettres de l'auteur de la Pucelle au grand ministre dans l'ouvrage intitulé : Mes voyantes aux environs de Paris (3 vol. in-8°, 1831, t. II, p. 180-195). L'original d'à la lettre que l'on va lire est conservé dans les Mélanges Ciairainbaull (vol. io5G, r 89). Cet original n'est pas daté.
* M. Clément nous apprend (note i delà page 65o) que la république de Venise eut pour ambassadeur en France de 1671 à 1678 (run nommé Michieli?'.
* Variante de l'original : une cassette.
•^ Ibid. Sur l'opinion que le livre qu'elle en/iimoil estait pour moy.
' On lit «aine dans le manuscrit, mais la cor-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
celuy que vous en ferés beaucoup mieux que moy.
Je vous envoyé, avec ce mot, la lettre que cet escrivain m'a addressée, afin que vous voyés le désir qu'il a eu que son travail eust Thonneur de passer par vos mains en celles du Roy et la prière qu il me fait de luy en procurer mie response. Il sera de vostre prudence de résoudre si vous l'estimés digne que vous la luy faciès ou faciès faire. Je soupçonne qu'd le souhaite, pour s'en foire honneur en Italie et donner réputation à son livre, et peut-estre encore pour en tirer quelque émolument, quoyque, pour ce dernier point, ni le cavalier Ferrari ni luy ne m'en touchent pas un mot. J'altendray à luy respondre en mon particulier qu'il vous aura plu me faire sçavoir vostre' résolution, afin de tempérer ma response selon vos ordres et vos intentions que suyvra en toutes choses exactement et avec une sousmission respectueuse , Monseigneur,
vostre, etc.
De Paris, ce VI juillet 1673 '^
rection de M. Clément doit d'autant plus être adoptée, que dans l'original on lit : trque j'ay regardée comme chose sacrée. 75
1 Mon devancier a remplacé vostre par tine. Celte fois la substitution est inacceptable.
2 Le 10 juillet, Chapelain écrit à Ferrari (P /io5 v°) : trJe n'eusse pas creu que le portrait que vous aviés désiré vous eust peu autant plaire que vous me le mandés. Je le tiens à bonne fortune et que vous ne le jugiés pas indigne d'avoir place entre ceux de tant d'illustres qui font l'ornement de vostre cabinet. Il est de très bonne main et vous pouvés juger par luy de mes qualités et inclinations à l'aide de la métoposcopie, car j'y suis très bien représenté et j'y parois à mes amis comme si le graveur iuy avoit inspiré la vie. Je ne croy pas avoir besoin de luy pour me conserver ni resveiller en vostre souvenir, mais du moins il n'y pourra pas nuire... Ça esté une grande nouvelle pour moy que celle de vosire
DLXXIX.