‹ Lettres. PubliéesChapitre 268 sur 309 · À M. FERMAT · texte numérisé non relu

À M. FERMAT

COSSEIILER AD PARLEMENT DE TOULOBZE , À TOULOUZE.

Monsieur, je tiens à grand honneur celuy

que vous me faites de m'addresser quelquesfois les beaux fruits de vostre loysir. lorsque les grandes occasions et les fameiLX évenemens du siècle excitent vos Muses et les obligent à leur donner les éloges qu'ils méritent, ne voyant guère de mes amis dont la veine soit si pleine ni si heureux dans ses eflusions, lorsqu'un grand sujet les luy demande. Vostre ode latine à M' d'Aiguebi-e^ est de cette nature et ne peut oslre assés loiiée par les bons connoisseurs qui ont le bon goust des anciens. Je l'ay leiie et releiie et elle me plut davantage la seconde fois que la première, et je m'asseure que ce généreux vieillard , qui est tout couvert de gloire et à qui la défense d'Aire, entre autres, en a apporté une immortelle*, en sentira renouveller son beau feu pour bien chanter la conqueste de Mastrick^ et mieux qu'aucun autre, possédant également l'art do prendre les jilaces et celuy d'en célébrer la prise". 11 prendra plaisir à exercer ses derniers chants sur celle de celte ville que la Hollande avoil

' L'abbé Charles Claude Genest naquit à Paris en ortobre lOSg et raounil en novembre 1719. H devint membre de l'Académie française en ,698.

* Le '4 août. Chapelain écrit à l'abbé Gayet (f '109 v") : çrLa Pucelie ne vous en sera pas peu redevable, ni moy bonnoré, et j'y consenliray d'autant plus facilement que je ne suis pas plus persuadé de vostre probité que de vostre capacité et de vostre jugement par les choses que j'ay veùes de vous, pour la défendre des défauts qui lui ont esté imputés par l'envie, la jalousie, la malignité de certaines âmes basses et, je puis dire ingrates à ce qu'elles me dévoient, qui continuent à clabauder contre elle et qui, si Diis placel, la veulent mesme rendre ridicule. ..n Chapelain rappelle ensuite fièrement que deux personnes considérables, «l'un bénéficier, l'autre magistrat en Languedoc, en ont entrepris la version en vers latin.» 11 ajoute : rCe qui soit dit. Monsieur, sans vous engager à rien, mais seulement pour vous informer de ses malheurs et

vous faire scavoir aussi que vous ne serés pas le seul qui enlreroit en lice pour sa défense. Vous voyez par là que je vous avoueray de tout le bien que vous trouvères à en dire soit dans la préface de vos bt'lles dissertations , soit dans vos autres ouvrages. . . -^

^ Je ne trouve ce nom dans aucun de nos recueils biographiques, pas même dans la Biographie Tuuhusaiiie.

* On Ut dans Vlfistoire du règne de Louis XIII par Michel Le Vassor (t. VI, 1757, in-i°, p. 3/i5, à l'année 1661): '-Aiguebère, que Louis avoit fait gouverneur d'Aire, défendit la Place près de trois mois avec un courage et une constance admirables. 11 ne se rendit qu'après avoit souffert les dernières extrémités de la famine.-)

* La ville de Maestrich, assiégée depui« le 5 juin, fut prise le 29 du même mois.

* Le double talent vanté par Chapelain fait encore plus déplorer l'insuffisance des renseignements que nous possédons sur le capitainepoète.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

opposée à tout ce qui pourroit tenter de s'y faire passage comme un rempart inexpugnable à n'estre jamais forcé. S'il s'y engage, comme vous l'y conviés de si bonne grâce, je seray bien aise de voir ce qu'un cygne de ce mérite, cygne par l'âge et par la voix, aura chanté sur un si glorieux sujet. Cependant vostre Ode me tiendra lieu de la sienne et je la communiqueray à tous ceux de mes amis que j'en jugeray dignes et qui seront capables d'en recounoistre le prix.

On a fait assés de choses icy en langue françoise de prose et de vers qui apparemment se publieront. Il n'est venu entre mes mains de tant d'ouvrages qu'un sonnet que je vous envoyé, puisque vous désirésque je vous fasse part de ce que j'en auray. Vous en jugerés comme d'un eschantillon et, à vostre loysir, vous m'en dires vostre sentiment. Pour moy, ma voix *st foible et ne se feroit point entendre dans un si grand bruit et je réserve ce que la vieillesse et les infirmités m'en laissent pour achever mon entreprise qui vaut presque finie, sauf toutesfois corrections. C'est aux personnes de vostre âge d'employer leur vigueur à célébrer ce que la vertu véritablement héroïque de nostre monarque exécute tous les jours à sa gloire et à celle de la France, soit dans la guerre, soit dans la paix. Je vous en cède le champ libre et demeure avec beaucoup d'estime et de passion. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxv aoust 167.3 '.

DLXXXI.

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