À LOUDUN
Monsieur, dans la peine où il y a longtemps que je suis pour vous faire tenir une Ode que j'ay esté obligé de donner à la paix et au mariage du Roy, j'ay trouvé le bon M' Monglar si officieux que j'ay bazardé ce paquet par sa voye, et j'espère qu'il arrivera heureusement jusqu'à vous. Pour les vers je suis assuré que vous les recevrés agréablement au moins comme une marque de mon amitié et de mon souvenir. Au reste, m'enquérant avec soin de vos nouvelles, je sçais par quelques gens de lettres du synode tenu naguères à Loudun que vous passiés vos meilleures heures avec vos Muses, et que vous nourrissiés un doux et sçavant commerce avec un professeur de Saumur nommé Le Fevre^, duquel j'ay veu deux pièces qui m'ont causé une grande
opinion de son stile et de son scavoir, la première le Peregrinus de Lucien reveu par luy et illustré de notes exquises \ la deuxiesme une dissertation toute belle sur un passage de Josèpbequi regarde N.S.J. C. mieux examiné par luy que par aucun de ceux qui l'ont précédé ''. Je vous tiens heureux de sa communication, comme luy de la vostre, et si vous croyés que le tesmoignage que je vous rens de mon estime luy puisse plaire, je consens que vous le luy faciès voir icy, n'ayant point de plus grande joye que quand je puis honnorer la vertu en quelque sujet qu'elle se rencontre. Si vous me respondés, je sçauray volontiers s'il n'a point fait autre chose qui ait paru et quelles sont ses occupations présentes, car il me semble qu'il se prend de la meilleure sorte aux choses qu'il entreprend et qu'il les traitte en homme de cervelle plustost qu'en grammairien. Ne vous taises pas non plus de vos desseins et de vos exercices afin de me
veuille accorder le ioysir, sans préjudice de voslre dessein principal. . . i'hisloire à laquelle vous vous estes engagé et qui fera l'honneur de vostre pais et le vostre. J'ay sollicité le bibliothécaire de M' le Chancelier pour les manuscrits d'Ovide. Il ne m'a pas sceu dire s'il y en avoit parmi les livres qu'il gouverne, mais il m'a bien dit que le pntron n'en laisse jamais sortir aucun de la cliambre qui les renferme. La pluspart des autres qui en ont de semblables en sont aussi jaloux et aussi chiches que luy, quoyqu'ils ne le deussent pas estre au moins pour un illustre tel que vous. . . M' de Thou est bien généreux de consentir que ses manuscrits d'Ovide quittent la France en vostre faveur et pour l'accroissement des bonnes lettres, ti
* Urbain Chevreau, né à Loudun le 20 avril 1 6 1 3 , y mourut le 1 5 février 1701. Voir sur ce littérateur le Chevrœana publié par lui-même (Paris, 1697-1700, 2 vol. in-12) et une bonne notice biographique d'Ancillon {Mémoires concernant les vies et les ouvrages de plusieurs modernes, Amsterdam, 1709, in-12).
- Tanneguy Lefebvre, dont il a été question dans la lettre XII du présent volume.
^ Luciani de Morte Peregrini, grœc. et lai. cum notî's ( Paris , i653 , in-i").
* Diatribe: FI. Josephi de Jesu-Christo testimonium supposilum esse , ad Joannem Chahrolium (Saumur, i655, in-8°). Cette remarquable dissertation, sur laquelle on peut voir une lettre de Guy-Patin à Spon, du 16 juillet i6.58, lettre très approbative, a été plusieurs fois réimprimée, notamment dans le recueil des lettres latines de Tanneguy Lefebvre. M. Cél. Port, auteur de l'article de Lefebvre dans la Nouvelle biographie générale, rappfille que «Huet et Charles d'Aubus répondirent à la dissertation de Lefebvre , qui, ainsi que Blondel dans son Livre des Sybilles (Paris, 16^9), voit dans ce passage une interpolation d'Eusè!)e.î5 J'ajouterai que la question est encore de nos jours débattue entre les savants, et que si M. Ernest Renan croit le passage authentique {Vie de Jésus, introduction, p. x), divers critiques , notamment en Allemagne comme en France, le croient apocryphe.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
consoler par là de vostre absence et de me donner matière de ne laisser pas languir vostre re'putation littéraire parmy nos habiles; '.
Pour gazette, je vous diray que vostre mesconnoissanle maistresse ^ est partie de Rome pour Vienne et qu'apparemment elle n"y va pas pour empescher l'Empereur de rompre avec les Suédois sur leur conqueste de Brème et de la Pomeranie.
De Paris, ce xvii aoust 1660.
A M. HEINSIUS
secrétaihe latin de m" les estats , À LA HAYE.
Monsieur, jay esté surpris de la pronlitude de vostre response à ma lettre du xviii de ce mois, et ce qui m'a estonné davantage, c'est que vous ayés pu sitost avoir la nouvelle de l'élégie latine de M' Ménage et du mauvais etTet quelle a fait, n'y ayant que quinze jours quelle commence*. Vous en
' Chevreau avait oublié ces paroles affectueuses quand dans le Chevrœana (p. 26-28) il a si mal parlé de Chapelain , soit à propos de la fourrure «de zibeline" qu'il lui apporta de Hambourg, soit à propos des bouquins défectueux que Tauleur de la Piicelle achetait à vil prix. Chevreau a rapporté, en ce passage, un petit discours sur la ladrerie de Chapelain qui lui fut tenu par
un personnage qu'il nomme M et qui ne
peut être que Ménage, la plus mauvaise langue de son siècle. Chevreau se plaint de n'avoir jamais pu voir la bibliothèque de Chapelain et il se vante d'avoir reçu «deux ou trois cens lettres de luy, qui ne signifient que très peu de chose." Chevreau exagère le nombre de lettres qui lui furent écrites par l'auteur de la Pucelle, autant qu'il en diminue l'intérêt. A peine si Chapelain, eu toute sa vie, lui adressa la dixième partie des deux cents lettres indiquées. Chevreau daigne, en finissant sa tirade, reconnaître «qu'à sa mesquinerie près, il étoit bon homme, bon grammairien, civil et honnête. 51
* C'était Christine de Suède, qui l'avait nommé secrétaire de ses commandements et qui lui avait, plus tard, témoigné une froideur telle, que Chevreau dut demander son congé et se retirer en sa ville natale, où il resta jusqu'en 1C62.
' Le 2 5 août, Chapelain écrit à George de Scudéry (Pi 27) : «Je fus samedy sur les trois heures chés vous et hier, à la mesme heure, sans estre assés heureux pour vous y rencontrer ni madame vostre femme... Je voulois aussi, Monsieur, vous entretenir de quelques endroits de vostre Alma-
hide qui m'ont semblé dignes de vos réflexions et peut-estre de quelque nouvelle touche pour discerner l'envie qui ne manquera pas de mordre un si bel ouvrage que celuy-la, puisque c'est le destin des belles choses d'élever par leur éclat de ces nuages qui s'efforcent de les offusquer. . . Ce n'est point comme censeur, mais comme amy qui s'intéresse à vostre gloire et pour satisfaire à mes obligations que je prens la liberté de vous les donner. . . Ce sera un secret de confession entre nous que je vous garderay inviolablement.i
* Sous -entendu : à être connue. Voici comment, dans les Mémoires pour servir à la vie de M. Ménage (en lète du Menagiana), on raconte l'histoire de celte élégie: «En 1660, il composa cette fameuse élégie à M. le cardinal Mazarin, qui commence par ces mots: Rerum certa salut, etc., où, parmi les louanges qu'il lui donne, on prétendoil avoir trouvé une Satire injurieuse contre une députation que le Parlement fit alors à ce Ministre. Cependant il est vrai que M' Ménage avoit fait celte Elégie trois mois avant la députation dont on vient de parler. Elle avoit été vue et lue de tous ses meilleurs amis, qui n'y trouvèrent rien à redire; mais ses ennemis, qui peut-être ne la %-irent qu'après cette députation, croyant avoir trouvé l'occasion de le perdre, ne manquèrent pas de donner une interprétation maligne à quelques vei-s de cette pièce, entre autres à celuici, où M' Ménage, parlant de ces lâches courtisans, qui après avoir attendu long-lems à la porte du Cardinal, suivent sa chaise ou son carrosse
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
juges comme le Parlement et comme S. Em. ont fait, et jamais chose n a eslé plus généralement condannée par amis et par ennemis , par intéressés et par indifferens , ainsi que le plus grand égarement d'esprit qui se soit jamais veu en homme de lettres. Mais ce qui en aggrave extrêmement la faule, c'est l'opiniastreté qiiil a eue à vouloir imprimer cette pièce, malgré tous les avis que luy avoient donnés tous ceux à qui il l'avoit leiie et plus ceux qui l'aymoient le plus. Ces derniers néantmoins l'ont puissamment assisté dans le péril où il s'est veu de la prison et de l'amende honnorable dont on n'esperoit pas qu'il pust se mettre à couvert. Car les Enquestes ayant pris feu contre son extravagante hardiesse et ayant mis entre les mains de l'advocat gênerai Bignon ' l'ouvrage pour y prendre ses conclusions et les porter à la Tournelle afin de pourvoir à
pour raccompagner partout où il va, ce qui est une action indigne d'un homme libre, dit : Et pulo tam viles despicis ipse togas. Ils firent entendre dans ie monde que M' Ménage avoil prétendu par ce vers désigner Jlessieurs du Parlement ; et ils gagnèrent quelques conseillers, qui en firent leurs plaintes à la Grand' Chambre; mais W Ménage fit connoistre à M' le premier président de Lamoignon , que bien loin d'avoir prétendu parler de Messieurs du Parlement, il n'en avoit pas même eu la pensée, puisqu'il avoit composé cette Elégie trois mois avant celle dépulalion, qu'il ne pouvoit pas deviner se devoir faire. . .-^
' Jérôme Bignon, né en 1627, mourut à Paris en janvier 1697. C'était le fils aine de Jérôme Bignon, premier du nom, mort en 1606, qui fut lui aussi avocat général et, de plus, grand-maître (après François-Auguste de Thou) de la librairie du roi.
^ Gauchir est toujours employé comme verbe neutre tant par les contemporains de Chapelain que par Montaigne el Amyot. Chapelain luimême, cité par M. Liltré, a dit, dans une lettre que nous allons bientôt rencontrer : «La der-
l'honneur de la Cour offensée, l'habitude ancienne qu'il a avec eux et l'heureuse rencontre de plusieurs festes luy ayant donné temps de fa ire sa cabale pour gauchir le coup ", autrement inévitable, l'affaire fut portée par l'advocat général Talon ^ à la Grand'- Chambre, et ses amis' y obtindrent qu'on ne le nommeroit point dans farrest cpii intervint par lequel les vers furent condannés et supprimés , et deffense faitte de les imprimer et de les débiter sous de griefves peines. Ce doux traittement qui eut pour motif le mespris que ces Messieurs creurent devoir faire et de l'ouvrier et de l'ouvrage comme indignes de leur colère luy a pourtant donné lieu de dire à tout le monde qu'il en estoit sorty hanlement et à son honneur, tandis que les Enquestes, exclamant contre la mollesse de leurs anciens à ne l'avoir pas chastié plus rigoureusement, ne laissent pas
nière chose qu'elle feroit seroit de gauchir ou de flatter. 51
^ Denis Talon, né à Paris en juin 1628, y mourut en mars 1698, p.-ésident à mortier au parlement de Paris. C'était le fils du célèbre avocat général Omer Talon, mort en décembre i652. Ménage, dans la protestation imprimée à la suite des Mémoires pour servir à sa vie {Menagiana, t. I"), invoque en faveur de son innocence le témoignage de i'avocal général Talon.
* L'auteur des Mémoires pour servir iila vie de M. Ménage gourmande, au contraire, les amis de son héros qui se montrèrent peu généreux : tU est étonnant,-: dit-il, frque de tant d'amis qu'avoit alors M' Ménage, il ne s'en soit trouvé qu'un fort petit nombre qui ait pris sa défense. . . M' Nublé , que l'on peut appeler un parfait ami, résista presque seul au torrent : il prit en main la défense de son ami, repoussa avec chaleur les discours qui tendoient à ternir la réputation de M"^ Ménage et fit connoilre avec autant de force que d'érudition l'erreur de ces faux savans qui, n'entendant pas le mol de toga, lui donnoieul une explication contraire à celle que tous les Anciens lui ont donnée. 51
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
de dire que par cet arrest, tout branqueté ' qu'il ait esté et tout favorable qu'il luy soit, veu son crime, il luy demeure une note et une tacbe dont il ne se lavera jamais. Sans l'embarras où le Parlement s'est trouvé depuis, à cause de l'entrée de la Reyne dans Paris \ cet arrest mesme n'auroit pas passé de la sorte , les Enquestes s'eslant aigries à la nouvelle qu'elles en eurent, comme Ihonneur du parlement ayant esté Irabi par ceux à qxii il imporloit le plus de le venger. La première et la deuxiesrae députèrent deux conseillers chacune pour aller demander jonction aux trois autres, et tous dix ensemble les motifs de cette prouontiation et afin qu'on agisl ensuitte aussi bien contre Tautheur que contre la pièce. Cet embarras d'entrée estant survenu immédiatement après, leur résolution n'a point eu d'effet, et je croy que l'accusé en sera quitte pour l'arrest, quoyque d'autres pensent que non, et que les Enquestes piquées du change (ju'on leur a donné pousseront à bout la chose, laquelle est plus désormais entre elles et les advocats généraux qu'entre elles et .\P Ménage. Ma raison principale de souhailler que cela n'aille pas plus loin, outre les sentimens d'humanité qu'on doit avoir pour les plus coupables, c'est que si la punition de celuy-cy est éclatante , les gens de lettres participeront à sa diffamation et qu'il en rejalira sur eux de la honte à cause de la [)ro(éssion
qu'ils ont commune avec luy. On m'a assuré que cette seule considération avoit obligé Monsieur le premier président ^ à suyvre l'avis le plus doux et à destourner ceux qui alloient à informer contre l'autheur de ces vers qu'ils qualifioient de libelle. Mais c'est trop d'une si désagréable matière et, après en avoir esté importuné, j'ay opinion que vous n'en importunerés personne , et qu'elle mourra entre nous.
Jay beaucoup de consolation du jugement que vous faittes de l'Ode, car je le liens sincère, et suis persuadé que jusques dans les moindres choses vous agisses avec moy comme je fais avec vous, c'est à dire movibm antiquis et tanquam iiiter bonos. Je seray bien aise de sçavoir ce que pensent M" Gronovius et Huggens, je ne dis plus M' Vossius puisqu'il est tout occupé à la guerre chronologique et qu'il n'a pas le loysir de respirer.
Je ne conteste plus contre M' nostre ambassadeur sur cet ordre généreux touchant la sûreté de nostre commerce et je reçois sa magnanime courtoisie avec le respect et la gratitude que je dois. Remerciés l'en, je vous supplie, pour moy, comme aussi de la nouvelle grâce qu'il me veut faire de ce hvre de Fables de l'ancienne Grèce publiées naguères par Laurenberg* et de vos belles graveures. J'en feray le plus bel ornement de mon cabinet. D'un autre j'aurois peine à
» Le Dictionnaire français-anglais de Cotgrave (161 1) explique ce mot par: ffriflcd, ransacked, oppressed".
- Voir sur cette entrée, qui se fit le jour même m Chapelain écrivait ces lignes, les détails donnés par Loret dans sa lettre du samedi 28 août {Muse historique , édition DafTis, t. III.
' D'après les Mémoires pour servir à la vie de M. Ménage, Guillaume de Lamoignon fut con- \aincu de finnocence de l'accusé par la lecture de la Protestation où .Ménage «jure par tout ce
qu'il y a de plus saint dans le monde que l'Élégie latine à M. le Cardinal a été faite plus de trois mois avant la dépulation de Nosseigneurs du Parlement à S. E.n
* Jean Laurenberg, né en iSgo à Rostock, mourut en février i658. Son recueil (Grœcia antiqua cum tabulis geographicis) , donl il parlait dès i6a9 comme d'un travail terminé, ne parut que deux ans après sa mort, par les soins de Sam. PuCTendorf (Amsterdam, 1660, m-li°). Le Manuel du libraire (t. VI, n° 39,822) indique à toit l'année 1661 et le format in-8°.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
l'accepter, mais de luy je le répute à gloire et ie prens pour une véritable marque de cette bienveillance précieuse dont il m'honnore el dont je me pare il y a si long temps. C'est ainsi que je recevray de vous ceux que M" vos ambassadeurs me doivent apporter. Quant à vos desseins pour l'édition de Virgile, de Valère Flaque et de Silius Italicus, ils sont dignes de vous, et M' le marquis de Montauzier les confirme par son suffrage. Je les approuve d'autant plus que vous m'assures qu'ils ne vous destourneront pas des autres plus importans dont nous avons parlé. Je jugeay des deux derniers en parlant à ce seigneur survenu au moment que l'on m'apportoit vostre lettre, précisément comme vous avant que de l'avoir leùe et il
eut le plaisir, en l'entendant, de nous voir aussi bien conformes en sentimens qu'en amitié.
Vous avés bien raison de mettre M' nostre ambassadeur au dessus de tous les gens à bibliothèque h cause de cette noble facilité qu'il a de mettre les personnes habiles à mesme ' de ses manuscrits pour le bien de tout le monde. Il fait en cela une action de chancelier de l'Hospital et mérite de le représenter en toutes ses parties.
J'ay veu le livret d'Eustachius de Divinis\ J'en escris à nostre excellent amy\ Si vous en estes curieux, je vous y renvoyé.
Angelinus Gazœus est digne que vous le lisiés et vous en fiés à moy *.
' Locution à rapprocher de ce vers de Corneille {Place royale) :
Cherches-lu de la joye à mesme mes douleurs?
' Eustachii de Divinis Septempedani brevis annotatio in systema Saturninvm Chrisliam Eugenii , ad Serenissimum Leopoldum Magiii Ducis Hetruriœ fratrem (Rome, 1660, brochure de 55 pages in-8°). L'auteur de cette critique du Systema Satuminum de Huygens est le P. Honoré Fabri, de la Compagnie de Jésus, né vers 1607 dans le diocèse de Belley, mort à Rome en 1688 , après avoir longtemps professé la philosophie et les mathémaliques au collège de Lyon.
* Christian Huygens. Chapelain lui dit, le même jour (f 128): ail n'y a pas moyen de s'empescher de vous escrire après avoir leu le livret d'Euslachio de Divinis sur vostre Système de Saturne. Je me doulois bien tousjours que cette montagne enfanteroit une souris, et vous attaquant comme il fait il m'a moins surpris qu'il ne m'a fait rire. Mais celuy qui a paru sur les rangs n'est pas l'assaillant principal, li n'a servy que de couverture au P. Faber qui a fort pauvrement imaginé qu'il establiroit sa réputation sur la ruine de la vostre. Cette présomption n'est digne que de la férule dont il chastie les incongruités de ses grimaux. L'interestqu'Eustachio a dans ce procès
n'est autre que d'empescher que vos descouvertes ne deschalande {sic) sa boutique el ne décrie les lunettes qu'il fait, lesquelles il maintient meilleures que les vostres ou du moins aussi bonnes, d'où il tire une conséquence que, puisque lessiennes ne font point voir dans le ciel ces phases qui vous y apparoissent par les vostres, il faut de nécessité que les vostres soient fausses et que ce que vous dites sur leur foy ne soit pas vray. . . Je suspendis mon esprit pour voir, quid dignum ianto ferrel protnissor hiatu. . . Nostre amy me mande que vous respondés à ce livret, et j'en suis principalement aise à cause que cela vous donnera lieu d'illustrer davantage vostre doctrine, s'il vous est venu de nouvelles pensées dessus... Vous aurés bientost M' Boulliau à La Haye..."
* C'est Angehn Gazet dont les rédacteurs de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus parlent ainsi ( 1. 1 , 1 869 , in-fol. , col. 2072 ) : «•Poète élégant, né à Arras en 1.568, entra dans la Compagnie en i586. Il enseigna d'abord la rhétorique et la langue grecque, et devint recteur des collèges d'Arras, de Valenciennes et de Cambrai. Il passa aussi quelques années à Rome, et mourut à Valenciennes l'an i653 et non l'an 1 633 , comme le dit par erreur la Biographie universelle, et comme le répète la Biogi'aphw
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Si vous retournés en Suède, le rapprochement de cet ambassadeur ne vous sçauroit estre que profitable. Il faudra pourtant aller bride en main avec un bizarre comme lu y, que je regarde comme une espèce de Ménage et qui est de ces tirans en amilié.
Je finis par ma protestation ordinaire d'estre toute ma vie, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxvi aoust 1660.
À M. CHEVREAU