‹ Lettres. PubliéesChapitre 272 sur 309 · DLXXXVII · texte numérisé non relu

DLXXXVII

À M. L ABBÉ LE ROY

À LA FONTAINE [sî'c], EN CHAMPAGNE^.

Monsieur, j'ay quelque honte de ne vous escrire jamais que pour vous faire des re-

mercimens au lieu de m'aquiter de ce devoir par quelque service. Mais vostre bonté pour moy est inépuisable et vous ne voulés pas que vostre solitude s'exerce aussi saintement qu'elle fait sans me faire part des précieux fruits qu'elle produit pour le salut de vostre prochain dans le désir et l'espérance de le voir aussi digne du ciel que ceux qui vous ressemblent et qui n"ont point d'interest dans le monde oià on ait lieu de vous servir. Le nombre d'excellens ouvrages dont vous m'avés honnoré toutes les fois que vous en avés secouru nostre tiédeur et fortifié nostre foiblesse ne me donne matière de vous tesmoigner ma reconnoissance que par des paroles, mais je vous supplie de croire que ces paroles ne tiennent point des complimens ordinaires et que, si elles ne sont point utiles, elles sont au moins sincères et dans lesquelles vous pouvés lire les sentimens de mon cœur. C'est avec cette candide vérité que je vous rens très humbles grâces de celte nouvelle faveur qui comble la mesure de tant d'autres et qu'en faisant l'usage que je feray d'une si exquise doctrine si je suis si heureux que d'en bien profiter, je vous le devray plus qu'à toutes les exhortations et à toutes les édifiantes lectures qui me pourroient porter au bien, vous pouvant assurer que de celles qui me passent tous les jours par les mains je ne suis tant touché d'aucune que de ce qui sort de vostre plume et de ce que produisent vos saintes méditations jointes à vostre ardente charité et à la vie exemplaire que vous. menés. Je n'auray désormais que voslre commentaire sur l'oraison divine ' où vous faites voir tous les devoirs d'un véritable Chrestien, et si je puis obtenir de Dieu de le devenir par vostre moyen , j'en

' La fille (l'Alphonse IV se nommait Marie- Béatrix.

^ Nous avons vu dans plusieurs lettres précédentes que l'abbé Le Roy était à Hautefontaine.

^ Explication de l'ornison dominicale, composée des poésies et paroles mêmes de saint Augustin (Paris, Guillaume Desprez, 187.3, in-i 2).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

seray d'autant plus cligne de me dire , Monsieur, voslre, etc.

De Paris, ce xx octobre 1G73.

DLXXXVIIl.

Page 1