A MODÈNE, EN PROVENCE
Monsieur, le petit office des remarques que j'ay faittes sur vostre belle Ode * dont vous me tesmoignés tant de ressentiment n'auroit que fort peu de mérite envers vous si je ne les avois faittes dans le fort d'une maladie qui m'a exercé cinq semaines entièi-es fort rudement, de laquelle je ne me trouve pas encore bien délivré. Le mauvais estât où me rencontra la prière qui me fut faitte de vostre part me servira d'excuse si
l'histoire de plusieurs hommes illustres de Provence (1753, in-12), du Moréri de 1759,1e Dictionnaire de la Provence d'Achard (t. IV, 1787) et une brochure do M. Félix Vérany {Balthazar de Vias, sa vie et ses œuvres, Marseille, 1872).
' Balthasaris de Vias , Massiliensis , régi Chnstianissimo a consiliis , Charitum libri très. Ad Henricum Ludovictim Habertutn Mommorium , régi a consiliis et libellorum supplicum magistrum. (Paris, Edni. Martin, 1660, m-h°).
^ Esprit de Raimond de Morrnoiron, comte de Modène, né en novembre 1608, à Sarrians, près de Carpentras, mourut en décembre 1673, selon la Nouvelle Biographie générale, en janvier 1670, selon le docteur Barjavel (Dictionnaire histmnque, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, i84i, t. II, p. 290). On s'est, de nos jours, beaucoup occupé du comte de Modène, à cause de son intimité avec Madeleine Béjart, et il serait trop long d'indiquer tous les livres récents relatifs à Molière où l'on retrouve
diverses particularités sur Pauleur de Y Histoire des révolutions de la ville et du royaume de Xaples (Paris, 1665-1668, 3 vol. in-12).
' Modène est actuellement une petite commune du département de Vaucluse, arrondissement de Carpentras, canton de Mormoiron.
^ Le comte de Modène composa un assez grand nombre d'odes, de stances et de sonnets dont une petite partie a été publiée par le marquis de Fortia-d'Urban, à la suite des Lettres sur la femme de Molière (1826, in-8°). On sait que le marquis, qui était d'Avignon, a donné aussi une nouvelle édition (avec notes généalogiques et historiques) de l'ouvrage de son compatriote sur les révolutions de Naples, sous le litre de : Mémoires du comte de Modène (Paris, 1826, 9 vol. in-8°). Sur les poésies inédites d'Esprit de Raimond, et principalement sur son poème satirique intitulé : La peinture du pays d'Adiousias, voir les détails fournis par le docteur Barjavel (p. 290 et 291 du recueil déjà cité).
les avis que je vous donnois n'estoient pas dignes d'eslre suyvis et se sentoient de ma foiblesse. Je voy pourtant. Monsieur, que vous avëà fait réflexion dessus et corrige la pluspart des endroits que j'avois raarque's selon mon sens peut estre plus que selon le vostre, en quoy vostre modestie et vostre déférence se sont signalées en me couvrant de confusion. Je vous assure au moins que Ips changemens que vous y avés faits n'ont [las empiré l'ouvrage, et que vous m'avés lait bien voir la facilité de vostre esprit et la fécondité de vostre veine en cette rencontre. C'est tout ce que je puis dire sur ce sujet, et je ne croy pas que vous en desiriés davantage. Un seul mot m'a arreslé que je voudrois que vous eussiés pris la peine de changer encore, qui est celuy de radoter ' qu'une poésie grave et soustenue comme la vostre ne peut que malaisément recevoir, quelque significatif qu'il puisse estre. Je le dis au gentilhomme qui me rendit vostre lellre et le priay de vous le mander, mais si l'impression est pressée, vous le pourrés corriger pour la seconde édition ^.
Cependant je ne sçaurois m'empescher de vous dire qu'encore que jd n'aye jamais eu d'habitude avec vous, je ne laisse pas dcstre
bien instruit de ce que vous valés, et dès que vous donnastes vostre Mémento homo \ je conceus de vous la plus avantageuse opinion du monde et je souhaitay que Bellone souffrist à vostre beau génie de se délasser quelquefois avec les Muses qui s'estoient montrées si fort de vos amies. Maintenant que je vous connois davantage, vous pouvés juger si je le souhaitte de plus en plus et surtout que vous ne vous repenties point de l'obligeante marque d'estime et de confiance que vous m'avés donnée en une chose qui vous importoit tant et de la disposition où vous m'avés paru estre de ra'aymer et de me recevoir. Monsieur, pour vostre, etc.
De Paris, ce vi octobre 1660.