À DRAM BOX, EN BOURGOGNE
Monsieur, la seule marque de vostre souvenir après un si long temps d'absence et le peu d'occasions de vous en donner du nostre . pourroit tenir lieu d'une grande faveur à une personne de beaucoup plus grande considération que moy. Je vous laisse à penser,
' Le mot radoter, proscrit par Cliapclain, a pourtant de l)icn beaux litres de noblesse, car on 1<! trouve d'jà dans l'admirable Chanson de RoUind. Le grand adversaire de Chapelain, Boileau, a employé le mot radoter dans un de ses meilleurs vers, ruais il est vrai que ce vers appartient à une satire, et que le correspondant du comte de Modène a repou-ssé seulement l'expression de la poésie grave et soutenue.
^ Ni biographes ni bibHographes n'ont eu connaissance d'une première et d'une seconde édition de l'ode du comte de Modène revue par Chapelain.
^ Le Memmto homo était sans doute quelque paraphrase pieuse dans le genre de la para-
phrase inédite" du psaume Miserere met Domine, citée par le docteur Barjavel.
* Claude de Saumaise, à sa mort (3 septembre i653), laissa cinq fils et une fille. L'aine, Bénigne-Isaac , ayant été tué en i655, le correspondant de Chapelain ne devrait être cherché que parmi les quatre personnages que voici : Claude, Josia, Louis et Louis-Charles. Mais nous savons, par la dédicace d'un ouvrage posthume ci-dessous mentionné du grand érudit bourguignon, que ce correspondant était son fils cadet, lequel portail le même prénom que lui.
* Aujourd'hui commune du département de la Côte-d'Or, arrondissement de Dijon , canton de Ponlailler.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
cela estant , combien je la dois avoir ressentie lorsque vous l'ave's accompagnée cVun rëgale aussi précieux pour moy qu'est le dernier ouvrage de feu M' vostre père que j'avois tant souhaitté ' qui parust au jour pour sa gloire et pour le bien du public \ Je ne pouvois rien recevoir de plus apréable , et vous le concevrés aisément quand vous sçaurés que je ne le receus qu'avant-bier dans la foiblesse où m'a laissé une maladie de six semaines et que néantmoins j'en ay desja dévoré plus de moitié avec une satisfaction toute entière, résolu de ne le quiter point que je ne l'aye tout achevé.
Et, en vérité, il seroil bien malaisé de se priver un seul moment d'une lecture aussi solide, aussi convainquante et aussi éloquente en son genre qu'est celle-là, où l'on s'instruit en se tbvertissant, et où la cause royale trouve sa justification toute pleine, et celle de la rébellion son absolue destruction, malgré toutes les impudentes déclamations et toutes les artificieuses sopbisticpieries ^ de son scélérat défenseur *.
J'ay pris aussi un plaisir estrange à lire l'Epistre au roy d'Angleterre que vous avés mise à la teste de l'ouvrage', élégante.
^ Je corrige ce lapsus : que j'avois tant souhaitter.
^ Ad Johannem Millonum Respnnsio : Oviis posthumum Claudii Salmasii ( Dijon , Philibert Ghavance, in-i°). Réimprimé, la même année, à Londres, in- 8°.
^ Le mol sophistiquei-ie a été trouvé par M. Littré {Dictionnaire de la langue française) dans les œuvres de Bernard Palissy et dans les Recherches d'Etienne Pasquier.
'* John Milton était alors âgé de cinquantedeu^ ans et mourut quatorze ans plus tard (lo novembre 167/1). Chapelain, quand il l'appelait scélérat, ne prévoyait guère qu'il outrageait dans l'adversaire de Charles 1" celui qui allait être le sublime auteur du Paradis pei-du (Londres, 1667, petit in-i"). Sur la polémique
grave, judicieuse, et à laquelle je ne trouve qu'il manquastrienqu'unpeu plus d' es tendue quoyqu'en cette sorte de dédicace la briefveté soit l'une des conditions que l'on y regarde principalement. Quel dommage que des douze chapitres de Milton M' vostre père n'ait peu réfuter que les trois premiers. Que cette mort funeste et précipitée a espargné de rudes touches à ce malheureux champion de l'iniquité et qu'elle a fait perdre d'excellentes choses aux lecteurs équitables aussi bien qu'à la bonté de la cause que ce travail soustenoit! Il y a pourtant de quoy s'en consoler, puisque nous avons le pneraier sur le mesme sujet °, que j'ay tousjours jugé une pièce accomplie et qui repousse toute seule l'insulte des soulevés et les insolences de leur advocat prostitué.
Si le Prince qui règne à présent s'establit bien et se voit en estât de reconnoistre un si grand service, j'ay assés bonne opinion de luy pour croire qu'il le fera selon sa grandeur, et qu'il nous donnera lieu de nous resjouir avec vous de sa gratitude'. Pour vous faire paroistre la mienne, je vous envoyé une Ode que la félicité publique m'a
de Milton et de Saumaise , voir l'excellente thèse de M. A. GefTroy, laquelle dispense de consulter tout autre livre : Élude sur les pamphlets politiques et religieux de Milton (Paris, i848, in-8°, p. 1 36-15/4).
= C'est cette épître , signée Claude , qui nous fait connaître le prénom du correspondant de Chapelain.
^ Defensiii regia pro Carolo I ad sereniss. Magnœ Brilanniœ regem, Carolum II, etc. (Londres, 16/19, in-12; i65o, in-folio; Rouen, i65o, in-8°; Leyde, i65o, in-i2-, Paris, i65o, in-12; Amsterdam, 1 659, in-12).
' Ce fut au quatrième fils du défenseur de Charles I", Louis de Saumaise, appelé par Charles II en Angleterre, que fut payée la dette contractée envers son père et son frère.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
inspirée et que j'ay creu devoir à la gloire (le Sa Majesté et à rhonneur de Son Eniinence. Si vous voye's M' Lantin ' qui m'a semblé estre de vos parens ou du moins de vos amis, vous m'obligerés de la luy communiquer et de l'assurer de ma parfaitte estime. Pour vous, je ne vous puis assés dire combien m'a touché vostre souvenir, combien le mal qui vous travaille m'inquiète et combien je désire avoir occasion de vous prouver par les effets la passion avec laquelle je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xuii octobre 1660'.
À M. SPAPiHEIM,
GOUÏERSBOR DU JBUNB PRIUCE PAL4TIX , À HEIDELBERG.
Monsieur, je receus vostre dernière de la fin de janvier à la my mars au milieu d'une occupation assez forte et par ce que ce n'estoit pas une response à celle que je vous avois faitte sur la fin de l'amiée passée, je remis à vous escrire quand elle seroit venue, et continuay le travail que j'avois entre les mains. Enfin nous avons eu de vos nouvelles. Il est vray que ça esté plustost par vos pré-
' Jean-Baptisie Lantin, né à Dijon le 9 novembre 1620, fut conseiller au park'inenl de cette ville, comme l'avait été son père, et mourut le U mars 1 695. Voir sur cet érudit les détails fournis pyr l'abbé Papillon {Bibliothèque des (tuteurs de Bourgogne), détails transportés en grande partie dans le Moréri de 1759.
^ Le lendemain. Chapelain complimente ainsi M. de Caillière (P 1 35): «Quant aux voslres [vers], bien que je n'aye appris de personne comment W le Prince les a receus, parce que mes infirmités m'empeschent de luy faire assi !ument ma cour, je ne doute pourtant point qui- ce n'ait esté ainsi que nous le souliaittous, d'autant plus que M' sa sœur les ayant si fort goustés, il est impossiljle qu'elle ne les ait pas appuyés de ses bons offices auprès de luy. Pour la Vie de M' le Marescbal de Matignon, elle est en la meilleure main du monde et M' de Scudéry s'aquilleia admirablement de tout ce dont vous l'avés prié afin qu'elle paroisse au jour admirablement correcte. J'entens correcte pour l'impression seulement, car de toucher à vostre texte, quand nos occupations, trop connues de vous, ne nous en osteroient pas le loysir, ni luy ni moy ne sommes pas gens à le faire et nous voyons fort clairement que nous ne le ferions qu'en luy faisant tort, t; Le 16 octobre. Chapelain (f°i35) entretient complaisamment de sa maladie l'abbé de Francheville; il accuse cet abbé de trop le vanter. Craignez, lui dit-il, «qu'on ne vous re-
proche de voir moins clair dans le sujet qu'en toutes autres choses et de vous estre souffert éblouir par une cstoille qui n'est au plus que de la sixiesme grandeur et qui est beaucoup plus nébuleuse qu'éclatante. Regardés moy plustost du costé de la probité et de la constance que du costé de l'esprit et du mérite, n Le 93 du même mois. Chapelain remercie (f 187) M. Boudet de la Bullière, r conseiller à la Gourdes monnoyes, à Bayonne,<^ d'une description en prose des Pyrénées «et du vallon où la paix s'estoit réfugiée durant nos débats.» 11 s'excuse de ne pas lui répondre par une Ode, invoquant le respect qu'il doit « aux ordres de nosti e cher M' de Préaux qui ne veut pas qu'une teste ébranlée par la maladie s'applique si tosl à aucun travail.-' Chapelain ajoute avec un double ressentiment : ^^Quo si quelque Linière ou quelque .Menardière s'avisoit de fronder ce petit poème, je vous demande permission de leur opposer pour toute défense ce que vous avés eu la bouté de m'en mander motu proprio lorsque je croyois qu'il cstoit demeuré parmi les ballieures [sic pour balayures] du Parnasse. . • Ce sera un bouclier plus ferme contre leurs attaques que celuy d'Ajax contre celles de tous les Troyens.w Chapelain, en finissant, se plaint de sa faiblesse et se ri>jouit de la force de son correspondant : «Je vous félicite d'avoir le corps aussi vigoureux que l'esprit. . . Le moindre etTorl m'abat. Le carosse et la chaise me fatiguent. . . y>
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sens que par vos lettres , c'est à dire par vos Césars ' dont M' Conrart le jeune ' m'a envoyé l'exemplaire que vous m'aviés destiné. Vous pouvés penser s'il m'a esté cher, et si, toutes affaires cessantes, j'en ay leu l'épistre et Tavant-propos. Je me fus mis ensuitte à la lecture du texte et des observations si je n'eusse point eu iujpatience de vous en accuser la j-éception , et de vous remercier d'une grâce si singulière. La dédicace m'en a semblé fort éloquente et fort délicate, et vous y avés si bien dérobé le portrait de la Princesse à qui vous dédiés l'ouvrage \ que chacun l'y reconnoist sans qu'il paroisse que vous ayés eu dessein de le faire, ce qui est la dernière finesse de l'art. Une seule chose m'a arresté dans cette pièce, je n'ay pu deviner qui est cette reyne dont elle fait les déhces, car la reyne de Suéde n'estoit pas en Allemagne lorsque
le livre s'est imprimé. Mais mon ignorance ne fait point de tort à vostre sçavoir et il suffit que la Princesse entende vostre expression pom- l'en rendre bonne. Je ne sçay non plus qui est ce sçavant des mespris duquel vous voulez purger vostre Tulian. Gunée * au moins n'est pas de son opinion et il ne tient pas à luy qu'il ne soit autant ou plus considéré que [ ] premier des
vers mesme. Je seray bien aise de conférer vostre version avec la sienne et de voir l'avantage que vous y avés sur luy \
Pour la Pharsale, je ne doute point que vous n'en faciès un chef-d'œuvre et, pour y contribuer ce peu que je puis, j'en ay escrit à mes amis de Caen, afin qu'on vous envoyé pronlement et seurement cette apologie dont vous me parlés \ Les notes de Guyet sont aux marges de son exemplaire, lequel est
' Les Césars de l'Empereur Julien traduits du grec, avec des remarques el des preuves illustrées par les médailles et autres anciens monuments. Heidelberg, 1660, iii-8'. L'ouvrage a été réimprimé à Paris, en i683, in-i°, et à Amsterdam, 17:28, même format.
- Était-ce quelque neveu de l'académicien? Ce n'était pas certainement son fds , car nous savons par l'abbé d'Olivet {Histoire de l'Académie française, t. II, p. i/i3) que Valeiilin Conrart, qui en i63/i avait épousé sa cousine germaine, M"' Madeleine Mnisson, n'en eut point d'enl'anls.
' L'ouvrage est dédié à Sa Sérénité Electorale. C'était Cbarlotte, iille de Guillaume V, landgrave de Hesse-Cassel , laquelle avait épousé le prince palatin Charles-Louis en février i65o et en avait eu, enmarsi65i, Charles, le prince dont Spanlieim était le précepteur. L'épitre dédicatoire tant louée par Chapelain n'a pas moins de huit pages.
* Pierre Cunœus naquit en 1 586 , à Kiessingue (Zélande), fut professeur à l'université de Leyde et mourut dans cette ville en novembre i638. Les rédacteurs du Moréri, qui renvoient à l'article de Niccron sur Cunœus (t. VI des Mé-
CBAPELAIN. n.
moires), font observer cjue l'on a oublié d'indiquer dans cet article le recueil des lettres de ce savant publiées par Pierre Burmann (Leyde, 17-25, in-8°).
5 Spanheim, dans son importante Préface sur les Césars de Julien, et en général sur les ouvrages salyriques des anciens, vante beaucoup la traduction latine de M' Chanteclair, «maistre des requesles sous le règne de Henri III, personnage d'une grande érudition, et loué enir'autres par Casaubon, en plus d'un endroit, pour la grande probité et le sçavoir exquis qu'il avoit Joint à sa dignité, n et il ajoute : «Un sçavant de l'université de Leyden [à la marge : P. Cunœus] , célèbre par d'autres ouvrages, et d'ailleurs fort versé dans les deux langues grecque et latine , trouva à propos d'en donner de nos jours une antre traduction, et à quoy il fut porté, à ce qu'il dit dans la Préface, pour avoir trouvé celle de M' Chanteclair fort défectueuse..."» Spanheim critique très vivement la traduction de Cunœus et venge complètement Chanteclair des dédains du professeur de Leyde.
» C'était une disseï lation de Jacques Le Paulmier de Grentemesnil, dont on a pu dire qu'il était Lucano Lucanior. ttll a faitn, disent les ré- 1/1
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
apparemment parmy les livres de M' Ménage qui en acheta la petite bibliothèque après sa mort. Un temps fut que je l'eusse pris chés luy et que je vous l'eusse fait tenir. Ce temps là n'est plus : vous sçavés que tout commerce est rompu entre nous, et qu'il ne se renouera de nostre vie. 11 vous sera pourtant facile de l'avoir par la voye de M' Pélisson, qui est maintenant son amy principal et à qui il a des obligations extrêmes, J'agirois pour cela auprès de M"^ Pélisson. si M"^ Conrart et moy n'estions presque aussi mal satisfaits de luy que de l'autre, auquel il s'est dévoué et sacrifié en nous abandonnant, de quoy nous avons beaucoup de regret parce que c'est un homme de mérite et qu'il est fascheux de perdre ce que l'on estime, et que l'on croit avoir fort légitimement acquis.
J'avance tousjours peu à peu dans ma carrière selon ma foiblesse et j'espère de la fournir avec l'ayde de Dieu. Des douze livres reslans j'en ay sept de faits et travaille au huitiesme. Il me vient lousjours des embarras qui relardent mon cours, tantost des ouvrages d'autre nature comme l'Ode que je vous envoyé, et que je devois au Roy et à W le Cardinal, tantost des maladies comme celle dont je ne fay que sortir et qui m'a tenu deux mois au lit ou à la chambre. C'est un conte importun que je vous rens et que je vous rens seulement parce que vous me l'avés demandé.
M' Conrart est à l'ordinaire persécuté do ses maux qui le suyvent également aux champs et à la ville. Il conserve néantmoins tousjours la vigueur de son juge-
ment et de son esprit et une passion extrême pour les gens de bien et pour les gens habiles qui ont de l'amitié pour luy, entre lesquels je sçay que vous tenés une des premières places.
M' Costart est mort, et n'est pas mort en bénédiction. Son procédé avec M' de Girac pour la suppression de la réplique à ses invectives l'avoit fort noircy parmi les gens de lettres. Son testament l'a achevé de perdre auprès des personnes dhonneur, comme plein de dureté envers ses pauvres parens et d'ingratitude envers son bieufacteur et son maistre. La réplique de M' de Girac a esté imprimée à Amsterdam et vous la pouvés plus facilement et plustost avoir que nous.
Pour tous ces esclaircissemens que je vous iiy donnés, esclaircissés moy des applications présentes de M"" Fieinshemius et faites moy sçavoir s'il publira bientost le reste de son Tile-Live. Je fay un fort grand cas de sa diligence, de son jugement et de son slile et suis un de ses grands partisans en cette Cour cy. Sans cela je ne vous en parlerois pas si souvent. Je ne doute point qu'il ne rende bon conte au monde curieux des sources oii il aura puisé ses matières et qui authorisent son travail. Pour vous, il ne vous faut exhorter à rien, vous portant de vous mesme aux belles et hautes entreprises. Il ne faut que vous en louer et que vous en augurer une gloire immortelle. Je vous tiens heureux d'avoir pour maistre un Prince cpii connoist le mérite des lettres et qui est si bon juge et si noble protecteur de ceux qui en font profession. Dieu vous le conserve longues années et vous donne la joye de
ilactoiirs du Morm, «l'apologie de Lucain contro Scaliger, qui est une pièce rare, et dont Son Allesse M. rÉlecteur Palatin ayant ouï parler, il la voulut avoir pour enrichir l'édition magnifique qu'il faisoit faire de ce poète, pour lequel il avoit mie estimé partkulière.?' C'est iei i'o^('àSion do
noter que, dans la Normandie du xtii' siècle, on semble avoir eu, quant à la poésie latine, le culte des faux dieux, et je me contenterai de rappeler que Brébeuf et le grand Corneille préféraient le clinquant de Lucain r» à tout l'or de Virgile •'.
voir refleurir son augusle maison sur Téciat de ses vertus.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxui octobre 16G0'.
Lvn. *
À M. HEINSIUS
SBCRÉTAIBE LATIN DE MBSSIBUIIS LES ESTAIS , À LA HAYE.
Monsieur, vostre dernière lettre ma fut rendue le propre jour qu'arriva icy M' Huggens. Ce fut deux trop grands biens à la fois, et la Fortune en pouvoit estre meilleure ménagère, chacun en particulier ayant de quoy me faire heureux tout seul. J'ay receu les deux livres dont vous m"avés voulu gratifier et les ay placés au lieu le pins éminent de mon cabinet, quoyqu'au dessous de ceux qui sont enfans de vostre plume, auxquels, sans cajolerie, je n'eusse peu égaler ceux cy que fort injustement. Ce n est pas qu'ils n'ayant leur mérite et qu'ils ne conservent leur dignité. Mais les rangs sont divers dans la république des lettres, aussi bien que
dans toutes les autres. Il y a des livres sénateurs, des livres chevaliers, des livres du peuple, et tous en composent le corps sans désordre et sans confusion. Les vostres sont du premier ordre, sans jalousie et sans contredit. Quand les verra-t-on suyvis par ceux qui sont sur le mestier, et qui sont si lents à paroistre? Je donnerois pour moy l'Ovide en Testât où vous l'avés mis, sauf à y adjouster à la deuxiesme édition les lumières qui vous viendront et que vous espérés de tant de lieux pour sa perfection plus grande.
Si vous avés quelqu'un à Paris [qui se charge] de conférer les livres de Tristibus avec un manuscrit de la bibliothèque de M°' le Chancelier, je le luy pourrois faire communiquer. Car de vous l'envoyer, c'est une chose qu'il ne faut pas se promettre. Je ne sçay s'il est fort ancien, mais je sçay bien que je ne le sçaurois bien lire. Il est vray que je n'ay pas d'usage en ces sortes de déchiffremens. Mandés moy ce que vous désirés que je face en cela, et vous serés obéy.
' Le 28 du même mois, Chapelain écrit en ces termes à Chevreau (f° i3g) : w Vostre voyage à Thouars m'a rendu M' de ia Tri mouille encore plus considérable qu'il ne me i'esloit. Il est beau à un homme de sa naissance d'aymer les gens de sçavoir. . . C'est une marque bien claire de sa vertu et du gousl qu'il a pour ceux qui ia possèdent... Il se sçait faire honneur de celuy qu'il vous fait... Je n'ay rien à adjouster au jugement que j'ay fait de vos remarques sur Malherbe, sinon qu'il a esté sincère et qu'en tout ce que je vous en ay dit je ne vous ay point du tout flaté. . . Je suis véritable de profession, et dis tousjours ce que je pense surtout à ceux qui sont à l'espreuve de la vérité et je le fay par un courage qui regarde le desguisement comme une bassesse el qui le conserve si ferme dans féquilé qu'il m'en fait passer quelquefois pour rustique auprès do ceux qui me connoissent mai. Je puis bien me
tromper dans mes avis, mais mes avis ne trompent jamais personne de mon consentement. Ce que vous m'apprenés des cabales faites pour empescher l'impression de vostre livre à Paris ne me surprend point du tout, veu ceux qui en sont les autheurs, à qui la justice et l'honneur ne sont de considération aucune, et qui font rouler toute leur conduitte sur l'intrigue, tous mauvais moyens leur estant bons poiuveu qu'ils les lacent arriver à leur fin. .. Ce que je vous ay mandé de M. Le Fèvre est ma pure créance, et si je ne vous aymois mieux que moy, je vous envierois son voysioage et souhaitlerois que nous l'eussions icy. li y trouveroit peut-estre son conte : du moins y trouverions nous le nostre pour i'utile commerce que nous aurions avec luy.n Le 99 octobre. Chapelain {{° 1/10) s'excuse sur sa maladie, auprès de M. de Verlhamond, conseiller d'Etat, de n'avoir pas assisté à l'enterrement de son fils,
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Pour le regard des antres livres de Schioppius dont je vous ay lesinoigné de la curiositë, je n'enfens pas que la recherche vous en couste la moindre peine. S'ils sont pan'O parabiles et que vos libraires les ayent à la main, je les recevray lousjours volontiers par voslre entremise. Il me semble avoir ouy dire qu'on avoit aussi réimprimé en Hollande ce qu un Sanctius . Espagnol , a fait avant luy sur leniesme sujet '. S'il se recouvroit facilement, je seroisbien aise que vous le joignissiés aux autres, comme encore celuy de Schioppius qu'il nomme Infamia Famiani Strada^ et cet autre dont je n ay jamais veu que le titre et dont je croy vous avoir desja parlé : De Pntribus patratts et de eorum pntralionibus^ , le (ont avec la condition sine qun non de me dire
en mesme temps le prix de chacun , afin que je vous le face rendre aussitost et ne m'en pensés pas faire une civilité. C'est un article qui doit esire arresté entre nous et qui est absolument nécessaire à la liberté de nostre commerce. Je sçay bien que dans le gros paquet de livres dont M"^ Vossius se chargea à son dernier voyage de France et qui s'est perdu si misérablement entre ses mains, j'avois mis, entre autres, les poésies latines de Sangenesius ' comme dignes de vous.
Mais je ne sçay si depuis je n'ay point trouvé occasion de vous les faire tenir. Esclaircissésmoy de cela , je vous prie , parce que j'en a y encore un exemplaire que je vous envoyerois sans m'incommoder.
Nostre ami m'a donné sa response au lu-
' François Sanchez naquit en i.5a3, à las Brozas, dans l'Estraniadure, c^ qui Va fait appeler en lalin Sanctius Rrocensis; il fut professeur n runiveisité de Salamanquo et mourut en janxier >6oi. Weiss, dans la Binijraphie universelle , proclame ce grammairien (tun des restaurateurs des lettres en Espagne.- L'ouvrage dont parle Chapelain est intitulé : Minerva , seu de causis linguœ lalinœ commentanm (Salamanque, 1587, in-8°). Cet ouvrage, dont Lancelol a heancoup profité pour rédiger la méthode dite de Port- Royal, a eu de très nombreuses éditions. Les meilleures sont celles dWmsterdam (lyôi, 1761, 1800), d'Utrecht (1790), de Leipsick (1798- 1800). Dans l'édition de 175^ on trouve, à côté des observations de J. Pcrizonius, colles de Scioppius, qui avaient déjà paru séparément à Padoue en i663. Ticknor a mentionné Fr. Sanchez de las Brozas comme savant commentateur de Juan de Mena (t. I, p. 35 1), comme le meilleur écrivain classique de son temps (t. II, p. 8), comme éditeur de Garcilaso {ibid., p. 3a), mais il a négligé en lui le grammairien proprement dit. Nulle pari je ne trouve Tindication de l'édition de la Minerve, qui, d'après Chapelain, aurait été donnée en Hollande avant 16G0.
' Infamia Famiani; eut adjunctum est ejusdem Scioppii de stUi historici virlultbus sac vitiis judi-
cium, ejusdemque de natura historiœ et historici officia diatriba, ifiôS, in-12.
•* Ce livre n'est pas indiqué dans la liés longue liste que donne Niceron des publications de Scioppius (t. XXXV).
* Jean de Saint -Gêniez naquit à Avignon le 1 3 septembre 1(507, '"^Ç"* '^ prêtrise dans un âge assez avancé et obtint un canonicatà Orange, où il mourut le 25 juin i663. Il publia .ses poésies sous ce tilre : /ortriHt» Sangenesii poemata (Paris, Aug. Courbé, iG54, in-/i°). Le volume est dédié au cardinal FiançoisBarberin.Voir,siir J.de Sainl- Geniez, un article (avec nombreuses citations) dans le Moréri de 1 759 et un article (avec d'autres citations) dans le Dictionnaire historique , biographique et bibliographique du département de Vaucluse, par le docteur Barjavel (i8'ii). On remarque, parmi ces citations, divers éloges donnés à Chapelain et à sa Pucelle. Sainl-Geniez, non content d'avoir fort vanté Chapelain dans l'élégie qu'il lui dédie (la .sixième I, vante encore cet écrivain, pour lequel il avait une vive afifoclion, dans un morceau de prose qui termine les Poemata et qui est intitulé : Z)e Parnasso et fnitimis locis , libri duo. Guillaume Collelet (Discours du poème bucolique) et Costar, dans une lettre qu'il lui adressa {Lettres de M. Costar, t. U, in-/i°) donnent de vifs éloges à Jean de Saint-Geniez.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
netier de Rome el vous avés bien raison de dire qu'il y a d'importance secoué le jésuite qui l'avoit attaqué sous ce nom là '. Il n'en faloit pas davantage pour le convaincre d'ignorance et de vanité que ce peu qu'il luy a respondu. Je suis ravy de voir eslablir la réputation de cet excellent homme au point où elle est en une telle jeunesse. Je fay ce que je puis pour le servir icy suivant ses louables inclinations et continueray à le faire ardemment, charmé que je suis de sa vertu. Portés M' son père à luy souffrir au moins passer l'hyver à Paris, d'où il partira plus habile et plus glorieux après avoir conversé avec tous nos habiles niathémaliciens et philosophes.
Si M' Bouilliau est encore à la Haye, remerciés le en mon nom du soin qu'il a pris de vous remettre mes lettres et mon paquet. Pour moy je vous remercie de la distribution que vous avés faite des exemplaires de l'Ode qu'il y a si long temps qu'on vous devoit avoir portés. J'en apprendray le sentiment de ceux à qui ils estoient destinés avec respect et sousmission , quand vous l'aurés appris d'eux. Ce que vous m'escrivés de M' noslre ambassadeur sur ce mesme sujet , comme s'il jugeoit mon offrande une chose à estre reconnue par un remerciment, m'a fait rougir de honte. Il suflit bien qu'il l'ait eue agréable et qu'il y ail remarqué l'ancienne passion que j'ay pour un aussi grand mérite que le sien , et le ressentiment extrême que j'ay de l'honneur de sa bienveillance. Obligés-moy, je vous conjure, de le bien
maintenir dans une si favorable disposition pour moy et de l'assurer qu'il est maistre dans mon cœur, et qu'il m'a icy pour un des plus fermes partisans de sa gloire. Jp suis bien aise que vous ayés receu en bonne part les deux livres qui accompagnoient le paquet des Odes. Ce qui m'y lit mettre ce recueil d'épigrammes , n'estoit pas pour les épigrammes, mais pour le traitté, que l'aiitheur a mis à leur teste , de la natui-e de cette sorte de poëme -, que j'ay estimé mériter tout h fait vostre approbation. Je suis scandalizé de la censure que vous y avés trouvée de cette épigramme de M' vostre» père. Je ne sçay comment cela m'a eschappé en le lisant.
Tout ce que vous me mandés de ce galant homme d'Allemagne encomiaste " de l'encomiaste et censeur du parlement ne m'a pas surpris en aucune manière. Il a peu llater celuy chés qui il va prendre place tous les mercredis * au préjudice de ce corps sans craindre qu'il s'en émeuve et qu'il l'en punisse. Ces graves sénateurs qui regardent ces bagatelles de collège avec un raespris proportionné à leur élévation et ne devant pas faire plus de cas du flateur que du flaté. Vous n'estes pas moins juste qu'eux dans vostre jugement sur l'impertinente défense que cet encomiaste disgracié fait de ces viles togas par laquelle il s'embourbe tousjours d'autant plus qu'il essaye plus à se débourber. Un advocat de son pais en a fait une relation critique qu'on me fît voir, il y a quelques semaines, et si vous la dé-
' Le .Père Honoré Fabri. Voir plus haut, lettre XL.
- Sur V Epigrammatum delectus de Lancelol et la préface de Nicole, voir la note i de la lettre XX VIII du présent volume.
' Encomiaste, disent les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux, t: Vieux mot. Panégyriste... Ce mot, qui vient du grec, a été attribué à
l'archevêque de Lyon, parlant de Jacques Glcn)ent {Satyre Ménippée).-n Encomiaste a été employé par Balzac (lettre à Chapelain du 19 octobre i6'i3. Mélanges historiques de 1870, p. A3o).
* On sait quelle fut la céiélirité des assembiées desavants qui se tenaient, chaque mercredi , chez Ménage et que l'on appelait Mercuriales.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIIN
siriés voir, je croy qiiil ne seroit pas mal aisé de la recouvrer.
Enfin l'apostume de feu M' de Sauinaise a crevé et la révolulion d'Angleterre a fait obtenir à son fils la permission de publier ce qu'il avoit trouvé de luy oscrit contre le livi'e de Miiton. J'y ay leu avec douleur et indignation ce qu'il y a rais sans nécessité contre vous et contre M' vostre père', mais principalement contre vous. Vous devés avoir veu cela depuis trois mois qu'il est imprimé. J'en attens vostre sentiment.
Ma santé est conOrmée autant que mon âge et ma complexion le permettent. N'en soyés plus en peine, s'il vous plaist. Je le suis de la proposilion qui vous a esté faite de l'employ de Suède, et je voudrois bien qu'on vous laissast servir vostre pais en vostre païs. Plustost néantmoins que de ne rien faire et de consumer le vostre, j'inclinerois à l'accepter, s'il vous devoit estre aussi utile qu'il me semble bonnorable. Vous trouveriés assez de loysir pour vaquer à vos estudes et pour faire compatir les affaires du Parnasse avec les affaires d" estât.
J'ay fait tenir seurement vos deux lettres à Dijon et à Toloso.
Je suis sans réserve, Monsieur, vosti-e, etc.
De Paris, ce ini novembre 1660.
À M. DE SCUDÉRY
GOCTERNEIB DE XOTBE-DAMB-DE-LA-GARDE .
À PARIS
Monsieur, je vous renvoyé les cinq cabiers qui finissent la deuxiesme partie d'Almabide % api'ès les avoii" leus avec beaucoup d'attention. Pour vous en dire mon sentiment puisque vous l'ordonnés, on ne scauroit dans ce genre d'escrire pousser plus loin ni avec plus de vigueur que vous faites les matières. Vous y voyés tout ce qui s'y peut voir et n'en laissés escbapper aucune partie, ^lais quoyque cela raesme soit une grande vertu que nos escrivains stériles sont bien éloignés de posséder, cette vertu néantmoins comme toutes les autres veut estre modérée et le veut plus dans le roman que dans l'béro'ique. pour ce qu'il a pour sujet principal l'amour, qui est une passion tendre, et pour ce que les courtisans et les dames pour [qui] ces ouvrages sont faits prennent un tout antre plaisir par des campagnes fleuries que guindés au faisle des rocbers. quelque sublimes et élevés qu'ils soient. Je vous avoue que pour cela je crains vostre force et vostre abondance et que j'y souhaite de la moderation et du retranchement. Ce que vous n'y mettrés pas, ce sera une espargne qui vous reviendra de bon pour l'employer utilement dans vos compositions suyvantes.
' Saumaise et Daniel Heinsius avaient eu une violente querelle, qui eut un grand retentissement en toute feurope, et dont il a été question dans les Mélanges historiques de 1878 {Lettres de J. L. Guez (le Balzac, p, 689, 65i, 690, etc.).
- On lit dans le Manuel du libraire (t. V, roi. o5i): «Les premiers volumes de la Clélie ont paru sous le nom de Georges de Scudéry, l'rère de l'auteur. Le même nom se lit sur le titre de Ibrahim, ou l'Illustre Bassa, autre production de M"° de Scndéry. Cette spirituelle demoiselle ost également l'auteur de : Almahide ou l'Esclave
reyne (Paris, 1661-1668, 3 parties en 8 vol. petit in-8°), roman qu'on attribue mal à propos à son frère. n M. J.-B. Rathery { Madenwiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, p- ig, note 2) s'élève ainsi contre ces conclusions: «Niceron et Brunet attribuent Almahide à M"° de Scudéry. Eh bien, deux lettres de Chapelain à Georges, des 3 5 août et 16 novembre 1660, renferment sur la deuxième partie de ce roman des détails, des conseils, des critiques qui prouvent que Chapelain le traitait comme l'auteur incontesté de l'ouvrage.?)
LETTRES DE JEAN CHAPELAIIN
J'éviterois le rebatement' des pensées et ne ferois pas fort sur les mesnies figures et les niesines couleurs. Jeprendrois un slile lantost concis et tantost estendu par ce que l'esprit humain se plaist dans la variété' et demande lousjoursdes choses nouvelles. Que si j'avois à pancher de quelque costé, ce seroit moins de celuy du stile ferme que de celuy du doux à cause que les lecteurs des romans ne sont ni philosophes, ni gens d'Estat, mais sont gens de Gour ou femmes dëhcates. J'insisterois sur les passions tendres et les assaisonnerois d'événements divers et surprenans, les unes et les autres estant la paslure de ces sortes de personnes que toute autre desgonste sans pouvoir jamais attacher leur attention. J'y ferois entrer quelques rôles enjoués qui paroisti'oient de temps en temps comme celuy d'un Hylas ^ pour égayer la narration et pour relascher la contention d'esprit qu'il auroit falu avoir pour suyvre les succès inijwrtants et graves. J'y meslerois des histoires de particuliers qui tiendroient du comique sans bouffonnerie et dans celles cy aussi bien que dans les héroïques j'éviterois les longues plaintes, les longs soliloques et les longues agitadons de lame. Dans celle des deux pirates illustres c'est ce que j'y ay le plus désiré et dont je croy que vous devez estre le plus en garde. J'ay plié le papier eu cinq ou six endroits sur la ligne de la page où je vou-
drois que vous fissiez réflexion. Mais celuy que vous devez absolument oster est celuy où vous faites faire confidence à Sabahir pai- Rodrigue du dessein qu'il a d'aller se remettre à Palfi, car Sabahir ne le doit point sçavoir afin de consentir plus facilement au dessein pareil que Ira a pris de faire la mesme chose pour délivrer Osour en se livrant, d'autant plus que Sabahir ne pouvoit servir de rien à Rodrigue pour exécuter le sien et qu'il le pouvoit empescher.
A Paris, ce viii novembre i6Go'.
À M. LE MARQUIS DE iUCA^,
À LA EOCHE-nACAN, EN TOUKAINE.
Monsieur, si M"^ Gonrart n'eust point esté à la campagne, vous auriés plustost receu nos responses à l'avis de la bonne fortune qui vous est arrivée par le bizarre mariage de vostre fils aisné*. Pour la chose il me semble qu'elle vous est fort avantageuse puisqu'elle vous a délivré d'un grand fardeau dont vous ne pouviés guère estre deschargé que patune semblable avanture. Ge n'est pas que je trouve la damoiselle de xxxvui ans trop malhabile d'avoir jette son coussinet " sur un principal héritier de fort bonne maison qui est jeune et qu'un bien fort considérable regarde. Gar pour n'estre pas le plus sage du monde, elle en a dû voir tant d'autres
' Rebatement, pour redite, manque à tous nos dictionnaires anciens et nouveaux.
- Personnage de l'Aslrée.
^ Le 18 novembre, Chapelain (f i/i3) remercie M. de Thou du cbeau présent de Y Ancienne Grèce de Laurenbergîus , dont, ajoutet-îl, il vous a pieu enrichir ma petite bibliothèque.»
* Nous ne connaissons ce fils aîné que par ces mots de Tajlemant des Réaux (t. II, p. 36h): tîLe grand chagrin de ce pauvre homme, c' estoit que son filz aisné n'est qu'un sot. ..» Tal-
leraanl ne nous dit malheureusement rien d<i bizarre mariage de ce fils aine, Antoine de Bueil, seigneur do Racan, baron de Fontaines- Guérin.
^ S'emparer de quelqu'un, locution tirée de l'usage de retenir sa place en y mettant son coussinet. Le duc de Saint-Simon a dit : et H jeta son coussinet sur moi. ^ La demoiselle de trentehuit ans donna deux fils à son jeune mari. L'un fut tué à Malplaqiiet; le cadet, Pierre de BueiJ, devint colonel et continua la postéiité. Voir le Commentaire de M. P. Paris (p. 379).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
de cette sorte là quelle n'aura pas creu qu'il y eust plus de seurete' à se lourner de leur coste' quand ils eussent tous esté à sou clioix. Quoy qu'il en soit, tout ce qu'il y a de bien en cette affaire est pour vous seul qui n'ave's este' obligé à rien en y consentant, et qui n'avés plus devant vos yeux un objet si désagréable. Et qui sçait si le miracle de sa conversion n'estoit point réservé à celte sainte là et si vous n'aurés point à luy donner des cbandelles et de l'encens pour une si grande grâce? Je n'eu désespère pas, si l'amour est de la partie. C'est un grand ouvrier de semblables merveilles. Re passés dans vostre mémoire ce qu'il sçait faire. Vous trouvères qu'il a presque fait devenir autant de fous sages que de sages fous, tesmoin le Cimon de Bocace. Ce qui iu'estonne est que M"" vostre femme ' ne soit pas de vostre avis et quelle se face un mal du plus grand bien qui j)ust arriver à vostre famille, en Testai où estoieul les choses. Je vous en félicite tous deux et suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xix novembre 1660.
À M. LEFÈVRE
PBOFESSEDB IPHOMINITÉ (tU) , 1 SAUHCR.
Monsieur, avec la candeur dont vostre belle lettre latine me loue et qui est le seul éloge que j'y souffre, parce que c'est le seul que je pense mériter, je vous diray que je n'ay jamais receu de marque d'estime de personne qui m'ait plus touché que celle que vous m'avés donnée en m'escrivanl et en me demandant mon amitié. iMais avésvous peu douter que je ne fusse pas au
moins disposé à en avoir une fort grande pour vous après avoir leu dans ma dernière à .M' Chevreau le grand cas que je faisois de vostre profond sçavoir et de l'excellence de vostre stile et combien je luy enviois un voisinage d'une si grande utilité. Je n'ayme point, Monsieur, par caprice et par inclination; la raison seule m'attire et m'engage et ce n'est que par elle que mon cœur est susceptible d'affection, de sorte quil suflit qu'un homme ait de la vertu et de la doctrine pour l'en rendre maistre quand je ne le devrois jamais voir, et que je luy deusse estre inconnu toute ma vie. Je me sens mesme de la tendresse pour les Socrates et les Epictètes des autres siècles et je m'intéresse dans leur gloire, comme si j'avois eu une estroitle liaison avec eux.
Avant que d'avoir sceu que mon nom fust allé jusques à vous, le vostre m'estoil en une considération particulière : il avoit toute mon approbation, et je souhaitlois davoir part à l'affection de celuy qui le portoit comme de celuy que j'avois desja mis en possession de la mienne. Regardés moy donc désormais, Monsieur, non seuiem,ent comme un de vos amis , mais comme un de vos anciens amis, à qui vous ne faites que justice lorsque vous voulés bien estre le sien. De mon costé, quelque justice que vous me fassiés en m'ay niant, je le recevray comme une grâce et vous en seray aussi redevable que si vous ne me la déviés point. Du moins ne nierés vous pas que ce n'en soit une fort grande que le riche présent dont vous m'avés gratifié, et si je l'appelle riche, je ne le fais point par une simple civilité. Ce n'est pas un livre, c'est un trésor déterré par vostre sagacité et par vostre industrie qui laisse
' Magdelaine du Bois, fille de Pierre du Bois, sieur de Fonlaines-Marany. Voir Taliemanl des Héaux, page 862; M. Paulin Paris, page 376,
et de plus, une lettre de Malherbe à M"'* de Termes citée par le savant commentateur (t. 1, p. 2aa).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
bien loin tlenièreluy tout ce que nous avons de meilleur eu ce genre'. Je l'ay parcouru et il m'a ébloui de ses lumières. Il n'est tout qu'élégance, que jugement, qu'érudition et de la plus fine. Je m'y tiens pour dit ce (pie vous dites au lecteur, puisque j'ay commencé de l'estre, et que je le seray tant que je l'aye leu plus d'une fois. C'est pourquoy je vous exhorte de n'en pas demeurer là, et puisque vous estes maistre d'une si opulente mine, tirés en ce qu'elle renferme encore de |)récieux et faites-nous en de nouvelles largesses. Les maistres de celles de la Fortune pourront bien mal reconnoistre vos travaux faute de les bien connoistre , mais ceux qui les connoissent comme je fais les reconnoistronl au moins par les louanges dont ils sont dignes et seront autant de vois de la renommée pour en publier le mérite en tons lieux.
Je serois trop vain si je prétendois user d'une rétribution proportionnée à vostre regale en vous envoyant les vers que vous trouvères dans ce paquet. Recevés les , s'il vous plaist, en pure offrande, comme une chose qui n'a de grâce que celle de la seule nouveauté et que peust estre vous n'aurés pas veiie encore. Ils ne songent pas à vous plaire. S'ils ne vous [déjplaisent pas, ce sera assés pour un homme qui ne cherche que vostre amitié et qui met son ambition principale dans la qualité. Monsieur, de vostre, etc.
De Paris, ce xii novembre 16G0.