À M. GIRARD
ISTESDAM DB H. LE DEC D'ÉPEBSOX , À BORDEACX'.
Monsieur, si c'est par vostre ordre que M' Petit m'a apporté ce quil y a d'imprimé de la nouvelle traduction du Mémorial de Grenade-, j'ay trop tardé à vous remercier d'un si rare présent. Mais s'il me Ta apporté de son chef, comme je vous avoue que je iay creu jusqu'à cette heure, ne trouvés pas mauvais que je vous remercie au moins avec le public de la publication d'une si excellente pièce de laquelle tous vos lecteurs vous seront éternellement obligés \ car vostre exquise façon d'escrire y a civilisé la
piété et en a rendu la sévérité agréable, de sorte qu'à l'avenir les bonnes âmes se sentiront conduire au bien par une route sans espines, et que dans leur devoir elles rencontreront leur divertissement. Ne demeurés pas en si beau chemin, Monsieur, achevés cette entreprise comme vous l'avés commencée et continués à vous plaire dans un exercice si utile et si glorieiLx \
J'apprens que vous avés retouché et accru cette belle vie de vostre défunt patron '. de laquelle nostre amy ^ et moy avons esté les premiers confidens , et que le libraire s'en va la remettre sous la presse. Je vous félicite d'avance de l'accroissement de réputation qui vous en viendra. Je l'annonceray à tous nos curieux afin de luy préparer le
temps et à luy faire comprendre le plaisir et riionneur que ce me seroit si j'apprenois par luy que la particulière estime que je faisois de vostre vertu ne vous deust pas eslre indififérenle. Je fus bien aise de jetter ce fondement et de faire cette tentative pour le dessein que j'avois de vous disposer à m'aymer quand je m'en serois rendu digne, et j'espéray que vous ne resisleriés pas aux offîcos que feroit pour cela une personne aussi considérable que M' de Brieux et aussi capable de vous respondre de ma candeur et de la seureté qu'il y avoit dans mon commerce. Mais, Monsieur, vous avés abrégé celle négociation en me prévenant par vostre lettre et en me demandant ce que j'avois à vous demander... J'ay assés de lumière pour voir de quel prix est un si noble procédé et assés de cœur pour ressentir mes obligations en celle rencontre.»
1 Sur Guillaume Girard, voir, dans le tome I" des Lettres de Chapelain, la lettre LUI.
- Le Mémorial de la vie Chrestienue venait de paraître chez le libraire P. Le Petit, in-8°. Déjà re traité de Louis de Grenade avait été traduit en notre langue par le chanoine de Reims, Nicole CoHn (Reims, chez J. de Foigny, 1078, in-16). Le traité traduit par Guillaume Girard, qui déjà avait donné chez P. Le Petit, en i658, in-S°, La Guide des Pescheurs, a été réimprimé
dans le recueil des Œuvres spirituelles de Louis de Grenade (Paris, 1679, 2 vol. in-folio ou 10 vol. in-i 2).
* Ou voit par ce formel passage combien se trompent lesPP. Quétif elEchard, qui, dans leurs Sa-iptores ordinis prœdiratorum (1719-1721, 9 vol. in-foUo), prétendent que Girard n'a traduit de Louis de Grenade que la Guiih> des Péchettrs, et que la traduction des autres ouvrages du pieux écrivain est d'un père de l'Oratoire.
* Guillaume Girard devait être bien âgé à l'époque où Ghapelain lui con.seillait de continuer à traduire les œuvres de Louis de Grenade, car dans l'épilre dédicatoire de la Guide des Pécheurs, à la sœur .\nne-Marie de Jésus, religieuse carmélite, petite-fille du premier duc d'Épemon, il déclare (en iG58) qu'il est presque le plus ancien des serviteurs de sa maison , et qu'il y avait près de quarante ans qu'il avait rendu ses premiers services à celui donl il devait être le biographe.
* Histoire de la vie du duc d'Espernnn , divisée en trois parties (Paris, i655, in-foHo). L'édition dontparh; ici Chapelain est celle de Rouen ( i663, 3 vol. in- 19). Plusieurs autres éditions suivirent celle-là, et j'ai sous les yeux l'édition in-6° de 1780 (Paris, Montalant).
' Jean-Ijouis Guez de Balzac.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
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Iriomphe, et je me prépare à la grande joye qu elle me donnera lorsque je la repasseray et que j'y verray avec quel jugement vous l'aurés remaniëe.
Monsieur vostre fils augmente à veue
d"œil en vertu et en bonne mine , et profite notablement dans l'illustre eschole où vous l'avez mis '. C'est le tesmoignage sincèic que vous en rend, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce xu janvier iGGi'.
' Je ne puis lien dire ni du fils de Guillaume Girard ni de Villitstre école où il profilait tant.
* Parmi les lettres suivantes, signalons -en une à Heinsius, du 12 janvier 1661, où (P 157) Chapelain parle de paquets qu'il croit perdus, «l'un desquels contenoit ie travail de M. Jennuil sur le manuscrit des Tristes que je luy avois fait communiquer,') ajoutant: ^M. Jennuil mérite par ie soin qu'il a pris de faire cette collation des Tristes avec l'imprimé de feu M"^ vostre père, que vous luy en sachiés beaucoup de gré et que vous luy en donniés quelque marque, car je ne vous puis assés dire avec combien d'ardeur et d'affection il s'y est porté.» «Voicy,?) continue Chapelain, «ce que M' Chevreau me respondit, ces jours passés, sur la sollicitation que je faisois auprès de luy d'obtenir pour vous de M. Le Fèvre les observations et corrections qu'il avoit faites sur Ovide : J'ay veu un Ovide corrigé de sa main en plus de six cens endroits, mais comme il veut estre le maislre de son travail et qu'il nous donnera, un jour, la suitie de ses lettres critiquas, il veut que ce soit là et non point ailleurs que Von juge de la sagacité île son esprit. Sans cela je l' aurais porté à faire part de ses belles corrections à nostre cher ami de Hollande. Mais je n'ay pas creu luy devoir faire une prière qu'il trouverait peat-estre incivile.El moy je trouve qu'il a eu raison. Mais vous vousen passerés bien , estant aussi riche que vous estes de vostre estoc en l'art des conjectures, et vous n'avés besoin en rien de l'esprit d'aulruy.i Le même jour. Chapelain (f" 157 v°) adresse à Le Febvre ce mot flatteur: f-Après l'approbation que Son Eminence a donnée aux vers que je vous ay envoyés, il n'v en a point eu qui m'ait touché plus que la voslre. ?) Le même jour encore , Chapelain entretient ainsi Chevreau (P i58 v") du mérite de Lefebvre: «Il m'a escrit une très belle lettre, où sou stile et la profondeur de son sçavoir éclatent à l'envy. [Une profondeur qui éclate, 6 Chapelain, quelle
illogique métaphore!] La correction sur Virgile ne s'y est pas trouvée, mais il y a une chose encore plus obUgeante pour moy, et c'est celt«' épigrauime sur la Pucelle dont la vostre me parloit. On peut bien dire de cette pièce que l'ouvrage y est bien plus précieux que la matière.- Le i5 janvier. Chapelain (f" 169) riposte par d'excessifs comphmenls à l'envoi que lui avait fait d'un recueil de vers M' du Vau-Foussard , gentilhomme angevin. Le 18 janvier, c'est le tour du poète d'Orange, le chanoine Saint- Geniez, auquel Chapelain écrit de sa plus gracieuse plume: «Ne parlons point. Monsieur, de l'obligation que vous me pensés avoir pour la publication de vostre dernier ouvrage. On a trop de bonheur d'avoir semblables occa-sions de vous rendre de petits olBces... Mais ne vous laisséiplus voir ainsi avarement. Vuidés vos cassettes, desployés vos trésors, creusés voslre cabinet <t donnés la liberté à tant d'illustres captifs que vous y tenés sous la clef et qui, pour eux et pour vous, seroient bien mieux deschainés et exposés à la lumière.» Que vous ont [fait] ce>^ ingénieux Eydilles, ces Satyres morales, ces tendres Elégies, ces Epigrammes naturelles que vous estoufTés comme si c'estoit des monstres et non pas des enfans bien nés qui sont sortis de vous.'' Et il reprend : «M' de Langes ni'ji respondu à cela que vous vous retrauchiés dans vostre profession et que vous songiés désormais plus à gagner le ciel qu'à accroistri vostre renommée. Mais ces deux choses sontelles incompatibles, et la poésie des Papes Urbain \ III et Alexandre VII les a-l-elle empeschés d'estre les Pères des Cbrestiens et de se bien aquilter de la conduitle de l'Eghse. Sans parler de tant d'autres, Hierosme Vida estoit religieux et évesque, et ces deux qualités ne luy fiient point rompre avec les Muses : il fit d'exceliens vers jusques à la mort, et il creut faire une œuvre pie d'en gratifier ie public pour son
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN