‹ Lettres. PubliéesChapitre 36 sur 309 · ES AVIGNON · texte numérisé non relu

ES AVIGNON

Monsieur, autant que jay eu de joye de

recevoir par vos lettres d'obligeantes marques de vostre souvenir, autant ay-je eu de douleur d'apprendre par elles la maladie qui vous est survenue à vostre arrivée chés

divertissement et pour son édificalion.- Le 30 janvier, Chapelain écrit à M' de Girac (f^ i6o v°), pour le remercier tfde ce volume imprime en Hollande, qui met si hautement vostre honneur à couvert et qui monstre si clairement la turpitude de vostre adversaire. Vous pouvés penser que cet ouvrage demeurera sans lépartie et que , par sa force , vous avés fermé l't cadenassé la bouche à vos lasches ennemis.:^ Le 38 du même mois. Chapelain (f° 161 ) entretient ainsi Heinsius : «J'approuve fort que vous altendiés [avant de partir pour la résidence de Suède] l'arrivée de la reine Christine en Hollande, afin de faire une dernière tentative pour estre satisfaite {sic) de ce qu'elle vous doit, et si elle n'est pas tout à fait injuste, elle vous fera justice maintenant qu'elle sera en fonds et qu'elle n'aura pas encore dissipé l'argent qu'elle aura emporté de Suède. Après cela vous ferés voile et irés occuper un poste glorieux où vostrevertu trouvera un grand champ de s'exercer et de se signaler, et il vous devra estre bien doux d'avoir esté le premier instrument de la sincère réconciliation de l'un et l'autre peuple. Vous m' avés obligé d'avoir obtenu do M. Huggens le père la hberté à l\r son fils de passer icv quelijues mois encore. Nous jouirons avec plaisir de sa conversation et nous essayerons de faire que la nostre ne luy soit pas désagréable. Il voit icy la fleur de nos gens de lettres de toutes les sortes et il a tout sujet de s'en louer. . . -^ Chapelain reparle du mérite de l'auteur du livre de la Caslraméiation et regrette "de n'y pas voir son nom à la teste.» 11 assure que Montauzier se plaint de ne pas voir VOvide, «cette longueur luy causant d'autant plus de chagrin que ce poète est son favori sur tout aulro.7i H continue ainsi : trMeursius csloit un homme de beaucoup d'érudition, et dont le slile u'estoit pas mesprisable. On ne sçauroit avoir trop d'ouvrages de sa façon. J'ay eu le lionheur de voir et de saluer M' Beuning chés

M' de Moniiiorl, où il se rendit a\ec AL Huggens un jour d'assemblée. Son accueil fut très obligeant. . . Quand vous aurés leu le posthume Salmasien, vous m'en dires ce qui vous aura semblé. En le lisant, je fus scandalizé de ce qu'il avoit dit de Monsieur vostre père et de vous, sans que cela tist rien à sa cause. Ce que \ ous remarqués de son stile est très vray, et c'est une chose eslonnante. Nous croyons icy que M' BouUiau [il était l'agent du roi Casimir] est esvoqué par le roy de l^logne. -^ Le 10 février, nouvelle lettre à Heinsius (P i63 v°). C'est, en partie, une répétition de la précédente : rr J'approuve fort que vous attendiés la Reyne Christine devant vostre voyage de Suède, afin d'estre éciaircy une fois pour toutes de ce que vous vous en devés promettre. Dieu vueille qu'elle me trompe après vous avoir trompé ! Je feray sravoir à M' Chevreau la joye que vous avés eue de son souvenir et de la persévérance de son affection pour vous. Je luy feray connoistre aussi le dégoust que vous a causé M' Le Fèvre par les censures dont il a prétendu tlestrir l'érudition de feu Monsieur vostre père. Si je l'eusse sceu , je me fusse bien gardé de proposer à nostre amy qu'il tirast de luy ses conjectures sur les passages douteux ou corrompus d' Or irfe. Nous le laisserons là désormais et quand il nous les offrirait à cette heure, nous luy monstrerions que nous n'en avons aucun besoin. ?! Chapelain ajoute que Montauzier, entièrement guéri, réclame toujours YOvide, et que Huygens le père, après avoir dit qu'il laissait son fils libre rde demeurer parmy nous tant qu'il luy plairoit, luy a envoyé un ordre de passer en Angleterre, et nous l'enlève ainsi dans sept ou huit jours fort cruellement." Prodiguant ses compliments, (Chapelain écrit, le la février, à M' de Brioux (P i6i v°) : ffll me semble que vous ne m'aviés pas assés bien préjiaré à la lecture de vrstrc bel ouvrage pour la paix, tant je l'ay trouvé exquis mesme au delà de mon attente, quoyque j'attende tous-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vous \ Ce devoit bien eslre assës que la Fortune ne fust pas favorable à voslre mérite sans qu'elle vous allast encore troubler dans vostre relraitte par des souffrances corporelles, qui peuvent à la vérité donner matière d'exercice à vostre patience, mais qui vous ostent la liberté d'exercer aussi utilement que vous fériés les beaux talens de voslre esprit. Je vous en plains extrêmement. Monsieur, et je n'exige autre chose de vous présentement sinon que vous combatie's vaillamment cette fascheuse hôtesse, et que vous vous rendie's la .'wnté dont vous jouissiés. lorsque nous avions l'honneur de vous posséder.

C'est un soin qui doit précéder tous les autres, mesme celuy que je voy qui vous lient au cœur "" de donner part à Messieurs vos confrères de l'Académie des Emulateurs d'Avignon de ce qui s'est passé entre vous

et Messieurs de l'Académie françoise, quand je fus assés heureux pour ménager, à voslie prière et selon vostre désir, l'exécution des ordres qui vous estoient venus de vostre Compagnie pour la nostre. Pourveu que vous fassiés le rapport du succès de vostre négotiation , il n'importe pas du temps que vous le ferés, et si je souhaite que vous le puissiés bientost faire, c'est principalement parce que ce me seroit une nouvelle preuve de vostre guérison. Vous verres, Monsieur, par la réponse de M" Conrart, qui accompagne la mienne, que je me suis fidellement aquitté de la commission que vous m'aviés donnée pour luy, et quant à celle qui regardoit Messieurs de nostre corps, vous me croirés, s'il vous plaist, à ma parole, que j'en ay fait aussi mon devoir en leur montrant à tous l'endroit de voslre despesche qui estoit pour eux, auquel ils ont correspondu

jours de fort grandes choses de vous. Ces diverses descriptions des fruits de la tranquillité publique me semblent incomparables et autant d'originaux de Rafaël ou du Titian.n Et, le même jour, à M"" fabbesse de Caen (f t65) : «J'ay esté surpris le plus agréablement du monde par voslre précieux présent.?! Enfin, le i5 du même mois, Chapelain adresse au maréchal de Fabert (f° i65) une lettre de condoléance dont j'extrairai ces lignes : k Monseigneur, dans l'irréparable perte que vous venés de faire d'un autre vous mesme, il y auroit de la présomption à qui que ce soit d'entreprendre de vous en consoler. 11 n'appartient qu'à Dieu et à voslre vertu de modérer une si violente douleur et de refermer une si profonde pla\ e. . . De tous ceux , Monseigneur, que vous honnorés de votre amitié, faites-moy la justice de croire que je suis le plus touché de voslre peine et que si le poids s'en pouvoit alléger par la grande part que j'y prens, il vous deviendroit supportable.»

' On chercherait vainement une notice sur le marquis de Perraut dans tous nos recueils bio-

CIIAPELAIN. II.

graphiques, en commençant par le Moréri et en finissant par le Dictionnaire hinloiique du département de Vaucluse par le D' Barjavel (Carpenlras, 18/^1, 2 vol. grand in-8°). Mais on trouvera quelques renseignements sur ce personnage dans un article sur Y Académie des Emulateurs à Avignon, fourni par M. le D' V. Laval au Bulletin historique et archéologique de Fant'/wse (livraison de mai 1879, p. 218,219, etc.). M. le D' Laval appelle ce fondateur de l'Académie des Emulateurs «Fadyn, marquis de Péraud,n et lui donne le tilre de cfmaréehal des camps et des armées du Roi.» M. de Péraud ou Perraut avait été nommé, dès les premiers jouis de i658, secrétaire de la nouvelle compagnie. — Le marquis, comme nous allons le voir un peu plus loin, revenait alors de Paris, où il avait fait la connaissance de Chapelain.

^ A partir de ces mots jusqu'aux mots : de leur estime et de leur ressentiment , la lettre a été reproduite dans le tome II de {'Histoire de V Académie française , i858 (p. 5o6 et 507). M. Livet n'a pu rien apprendre à ses lecteurs gur le compte do l'académicien d'Avignon.

LETTRES DE JEAN CHAPELALN

par des civilités conformes aux vostres, me chargeant de vous assurer de leur estime et de leur j-essentiment.

Je ne vous dis rien du mien , puisque si vous estes persuadé de ce que vous me dites de moy, vous le serés sans que je m'en explique davantage qu'il est aussi grand qu'il peutestre et tel que vous le devés attendre de celuy qui est véritablement, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xvi février iGtii'.

À 31. L'ABBÉ LE ROY

Monsieur, je vous rendis grâce de vostre

belle Morale de S, Basile " aussilos! que je l'eus receiie comme dune nouvelle marque de vostre auiitié dont javois un ressentiment extrême. Je vous en rends grâces une seconde fois, après l'avoir leiie, comme d'au secours le plus utile du monde pour la règle de mes mœm*s, pour m'empescher de tomber en faute ou pour me relever quand j y seray tombé. Ce seroit une chose bien digne de vostre habileté et de vostre piété de pousser de vostre chef cette matière sur la corruption des mœurs du temps, et contre les instrumens dont se sert le démon afin de l'entretenir sous le nom de Narrations agréables, d Honnesles divertissemens et de Jeux innocens d'esprit. Une plume comme la vostre seroit celle de l'aigle chres-

' Le 27 février, Chapelain (f" 16G) écrit ;i M' Colardeau, rprocureur du Roy au FVésidial de Fontenay-le -Conte, n qui lui avait envoyé un recueil de vers de sa façon : ttCeluy qui m'apporta vosire premier livre des Saintes Métamorphoses vous aura mandé qu'il ne inc l'apporta que le 20 de ce mois. . . J'ay leu deux fois ce livre avec attention et parmy quantité de beaux vers j'y en ay rencontré beaucoup aussi qui , à mon avis, méritent d'esire remaniés.» Le 1" mars, Chapelain adresse des compliments qui ne sont pas, comme les précédents, mêlés d'objections et de corrections, à un autre poète, le P. de liussieres (P 167 v°) : «Mais qu'il est beau, ce présent! qu'il est grand, qu'il est utile! On voit bien par un si long et si magnifique travail , qui embrasse toute la çuille des actions de nos Roys , combien vostre génie est sublime aussi bien dans ia politique [que] dans la poésie... Il me sera doux de rencontrer en vous ce qui a eschappé à Paule Emile , à Perron Arnolde, à Masso Papirius, au président de Thon, car pour le Florus GalUctis de vostre confrère, je ne le mets pas au nombre des histoires, mais de ces recueils affectés, moins propres à instruire qu'à divertir, et qui tiennent plus du slile déclamatoire que de l'historique. Vous n'a\és pas voulu toucher io règne présent, et cela est digne de

vostre prudence. . . M' Mézeray en use ainsi pour Louis XIII el se réserve à le publier qu'il le puisse sans que l'amour du public luy attire quelque disgrâce particulière. 55 Chapelain parle ensuite de ses infirmités : «Il m'en est venu une antre qui me prive de l'usage de toute voilure, de carrosse, de cheval , de chaise et qui ne me laisse que la liberté d'aller à pied, encore guère loin.i II ajoute qu'il lui reste cinq livres de la Pucclle à faire f avant que le dévoraleur Saturne m'achève mov-mesme.» Enfin il l'entretient en ces termes d'un poète de la Compagnie de Jésus dont il a été déjà plusieurs fois question ici : «Au premier jour reparoistra le Constantin du R. P. Mambrun, retouché, augmenté et réimprimé avec ces (pour ses) autres poésies aussi accreues de quelques églogues avec les quatre livres tout nouveaux De Cullura animi, afin de fournir tout le Virgile en sa personne. Après cela il travaillera à un système philosophique dans lequel il desployera ses sentimens sur toutes les parties de cette maistresse science qui ne sçaiiroicnt csire qu'excellens d'une si bonne teste que la sienne, n

' Les règles de la morale chrestienne, recueillies du AoHie'ajf Testament par S. Basile le Grand, Paris, chez Savreux , 1661, in- 13. On fit une nouvelle édition de cet ouvrage en i663.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

tienne, qui destruiroit toutes ces autres plumes d'oyseaux, dont le vol ne quitte guères la terre, et qui ne sçavent ce que c"est que de s'élever au ciel et de regarder sans siiler le soleil de justice. Le désordre qu'ils causent mérite un effort de vostre zèle et un contrepoison qu'il n'y a que vous qui puisse composer. Vous y songerés.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce ii mars 16G1'.

À M. HEIASIUS,

RÉilDENT DE HOLLANDE EN SCÈOK , À LA HAYE.

Monsieur, quel(jue diligent que je puisse estre, vous Testes davantage encore, et je

voy avec plaisir qu'en cela niesme vous valés mieux que moy de la moitié. Voicy la Iroisiesme fois que vous m'avés fourni double matière de vous respondre par les deux lettres qu'à chacune j'ay receues de vous. La première des deux dernières nestoit guère que pour me recommander l'envoy du paquet qui regardoit M' de Medon -, ce que je fis aussitost y joignant un billet par lequel je luy confirmois avec quelle passion ardente vous erabrassiés ses intérêts et ses désirs. Je n'avois aucune habitude avec luy et il n'a eu recours à moy pour vous escrire que sur vostre addresse et sur vostre ordre. Ça esté une grâce particulière que vous m'avés faille de me laisser sa lettre ouverte, el j'y ay veu bien volontiers ce que M' Golius ^ a expliqué des deux lignes arabes inscriptes sur cette

' Le même jour. Chapelain redit à Heinsius ce qu'il lui avait déjà dit, dans les lettres précédentes, d'Ovide, de l'impalience de Monlauzier, de la reine Christine, qui, croit-ou, ira en Angleterre avant d'aller en Hollande : «r Vous coures fortune,^ ajoute-t-il, «de languir eu ratlendant.» 11 lui parle au.ssi de la Pucelle : «Des douze livres qui restent pour faire de son buste une statue entière, les sept sont achevés, et je suis îiprès le huitiesme. Il me faut encore trois ans de vie pour les cinq derniers.» Le 10 mars, Chapelain (f 170) écrit à Colbert, au sujet de la mort du cardinal Mazarin, arrivée la veille: "Soutirés à un homme aussi affligé que vous de mesler ses larmes avec les vostres dans la commune perte que nous venons de faire de M^' le Cardinal, et si vostre douleur vous permet de tourner la veiie sur quelque autre, regardés la mienne et croyés qu'elle ne finira qu'avec ma vie, et que le temps la verra plustost croistre que diminuer. Les obligations que j'ay aux bontés de Son Eminence ne s'effaceront jamais de mon cœur.» Du même jour, autre lettre sur le même sujet à l'abbé Colbert (f 170 v°) : «Monsieur, enfin noslre malheur est arrivé, et nous avons perdu Son Eminence. Je ne vous puis exprimer Testât où m'a laissé ce grand coup de tonnerre ,

qui ne m'a pas moins esbranlé pour avoir esté préveu de moy. Jugés de mon aflliction par la vostre et vous concevrés à quel point je suis touché. Pleust à Dieu que je fusse capable de vous consoler et AF vostre frère!" Le lA mars. Chapelain reparle à M. de Brieux (f 170 v") de l'apologie de Lucain contre Scaliger le père, et il lui donne cette commission pour Huet : «Vous m'obligerés de dire au dernier que j\P Conrart m'a fait voir un discours de luy sur la cause du fracas si subit de ces nouvelles larmes de verre qui est très beau et très curieux. »

* Sur Bernard Medon, le savant magistrat de Toulouse, je citerai le petit recueil de documents inédits que j'ai publié sous le titre de : Lettres toulousaines (Auch, 1870, in-8°), et je rappellerai que ce magistrat fut un grand ami de Nicolas Heinsius, auquel il dédia (Toulouse, i656, in-6°) la biographie de Pierre de Caseneuve (Viro amplissimo Nicolao Heinsio), et auquel il adressa , de 16/19 à 1668 , une cinquantaine de lettres fort curieuses qui ont été insérées dans le recueil de Pierre Burmann [Sijlloge epislolarum, t. V, p. 607-67.Ô).

3 Jacques GoHus, né à la Haye en 1596, succéda (i6a4) à son maître Erpenius dans la J6,

\'2li

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

urne dont il vous avoil envoyé l'eclype ' pour en avoir rinterprétation. Je luy ay offert, s il m'en vouloit communiquer une copie iigurée, de la faire examiner par un de mes amis le plus instruit de tous nos docteurs en cette langue, qui est ce M' Vallier' à qui nous devons les excellentes traductions du Macine ' et de Taraerlan *. Je suis bien aise de lavoir fait avant que d'avoir receu une nouvelle lettre pour vous, laquelle ira avec celle cy dans le paquet et par la courtoisie de M' Beuning% de la vertu, de riiumanité et du sçavoir duquel j'aurois tant de choses à vous dire, si je le voulois faire icy, quelles excèderoient toute mesure. Il m"a fait Thonneur de me venir chercher plusieurs fois, et celle 011 j'eus le bonheur de me trou\er che's moy se passa principalement à bien parler de vous. Les termes avec lesquels il vous a parlé de moy sont si favorables et si obligeans qu"il ne s'y peut rien adjouster. Ce qui m'y a pieu davantage est le souhait d'entrer pour tiers en nostre amitié' et il ne tiendra pas à moy que son souhait n'arrive, car je ne connois que .\r de Thou qui en soit aussi digne que luy et à qui nous puissions autant abandonner nostre ame.

Il m"a esté fort délicieux d'apprendre par vos dernières que la bienveillance de ce dernier cy continue pour moy de la mesme force et que je n'ay rien perdu auprès de luy pour en estre éloigné et pour luy estre inutille. Assurés le bien, je vous conjure, de la persévérance de jnon zèle pour sa gloire et de la reconnoissance que j'ay de tant d'illustres tesinoignages de son affection.

Demain ou après- demain part nostre cher M' Huggens assés satisfait des offices qu'il a icy receus de la mienne, et en vérité, quoy que j'aye fait pour luy, je n'ay rien fait qui responde suffisamment ni à ma volonté, ni à son mérite. M' son père ne luy a pas moins fait de tort qu'à nous, et je mestonne qu'un aussi honnesle homme que luy ail rompu sans nécessité les justes mesures que sou CIs avoit prises pour profiter de la communication de nos habiles et pour l'accroissement de sa réputation. En me venant dire adieu, il me leut, à la présence de M' de la Mothe le Vayer \ un article de celle que vous luy avés escritte la dernière cpii me jella dans la confusion, tant il estoit excessif en louanges et où vous paroissiés bien plus orateur qu'historien. Je vous rens loulesfois

chaire de langue arabe de funiversilé de Leyde , et mourut (<n celle ville le 28 septembre 1667. Son Lejinus arabico-latiniis parut en i6.")3 (Leyde, Elzeviers, in-folio). Voir dans le Dictùmuaire critique de Bayle un bon article sur ce célèb: e orienlaliste.

^ Copie, enipreinlc. Le mol est dans l'édilion de 1877 du Diclionnaire de l'Académie française avec la note : // a lieilU.

* Pierre Vallier, né près de Lisioux en 162a, fut médecin de Gaston d'Orléans et professeur de langue arabe au Collège de France, et mourut en J667. Voir sur cet orudit, autrefois beaucoup trop vanté, le Gallia anentalis de Colomiès et Vlliatoire du Collège royal par l'abbé Goujel (t. 111, p. 391-29^).

•' L'Histoire mahométane , ou les xux califes

du Macine [c'est-à-dire El-Macin], contenant un abrégé de l'histoire musulmane depuis Mahomet jusqu'au règne des Françots en la Terre Saintf (Paris, 1607, in-4*).

* L'Histoire du Grand Tamerlan, contenant l'origine, la vie et la mort de ce fameux conquéi'anl , Iraduil de l'arabe d'Achamet, fils de Gueraspe [c'est-à-dire Ahmed ben Arab-Schah] (Paris, i658,in-'i»).

'" Conrad van Beuning, ronsf.iller de la ville d'Amsterdam, d'abord ambassadeur extraordinaire de Hollande en France, y séjourna ensuilc comme ambassadeur ordinaire. Nous retrouverons bien souvent son nom dans la suite de celte correspondance.

' Voir sur La Mothe Le Vayer la lellre l.\\\ du tome I" des Lettres de Chapelain.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mille grâces très huriiljles de ces louanges, les prenant pour des effets de voslre bonté bien plus que de vostre justice.

M' de Beuning m'a dit la pénultiesme fois que je le vis que M' Vossius alloit publier une copieuse de'fense de l'authorité des Septante. Ce ne pourra estre qu'une chose exquise, estant d'une aussi bonne main que la sienne, et vous me ferés plaisir de l'en féliciter en mon nom.

M" Le Prieur, promoteur des Glossaires, est tousjours en Bretagne à sou bénéfice et par là je suis dans les ténèbres pour le temps de leur publication. Je ne vous esclairciray guères plus de celuy où paroistra la deuxiesme partie de la Pucelle, quoyque je vous certifieray bien quil n'y aura que la mort qui me puisse empescher d'y mettre Inccomplissemenl.

On dit icy que la reyne Christine pourroit bien s'establir en Hollande, sur ce que la Suède ne gouste pas de voir porter son argent à Rome qui ne chasse pas avec elle. En ce cas vous auriés plus de moyen ou d'espérance de vous faire payer.

Je tiens à faveur ce que vous |)roposés

d'escrire à .VP Bigot sur mon sujet, et vous avoiie de tout ce que vous luy dires de plus fort et de plus tendre.

C'est perle que la perte d'Holstenius'. 11 faisoit honneur à l'Allemagne et à l'Italie. On aura trouvé sans doute un nombre d'ouvrages de luy à publier \ Je nay point veu depuis longtemps W Tennuyl. Si l'habileté luy manque pour vostre service, raffecliou au moins ne luy manque pas.

La vie de \P de Saumaise, si M' vostre père s'y trouve maltraitté, n'aura pas apparemment j\P de la Mare pour raitheur '. M' de Beuning s'est chargé du grand paquet que ce conseiller là m'envoya pour vous ij y y quelque temps , et il attend l'occasion favorable pour vous le faire tenir.

C'est un illustre et puissant patron qui ma esté ravy par mon malheur que M' le Cardinal Mazarin qui est mort en vray héros, et dont les salutaires conseils régnent encore en France pour le bon usage qu'en fait le roy.

Ce sera un grand mal si vostre Ovide ne paroist pas avant vostre départ.

Je suis sans réserve. Monsieur, vostre, etc.

De P;iris, ce xvii marsiOGi'.

' Luc Holstenius, né à Hambourg en lôgij, mourut à Rome le 2 février 1661, bibliothécaire du Vatican. Voir la longue liste de ses publications dans le tome XXXI des Mémoires de Aiceron.

- Chapelain ne se trompait pas : on publia divers ouvrages de l'ami de Feiresc en 1662, 166^, 1666, 1669, 1673, 168^1.

^ Philibert de la Mare, né le i3 décembre 161 5 à Dijon, mourut en cette ville le 16 mai 1687. Ce savant conseiller au parlement de Bourgogne laissa en manuscrit la vie de Saumaise {Claudii Salmasii vitn , VII lib. comprehetisa). L'abbé Papillon, qui s'en est servi pour rédiger l'article Saumaise de la Bibliolhèqite des auteurs de Bourgogne, nous apprend que, de son temps, ce précieux manuscrit, aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, appartenait à la riche bibliothèque du président Bouhier, et il exprimait l'espoir que

la publication en serait prochaine. Je voudrais pouvoir espérer que ce qui n'a pas été fait par le wui' siècle, ie xix* le fera.

* Le 20 mars, Chapelain écrit (f 178) à M. de Lionne : ttComme je vous suis tousjours de l'œil en quelque part que la vertu ou ia Fortune vous meine, et que mon ancien attachement à vos interests ne souffre jamais à ma pensée de s'éloigner un n)oment de vous, vous aurés bien creu sans doute que le juste et glorieux choiv que le Roy a fait de vostre personne pour le plus noble des emplois qui regardent la conduite de son Estai, m'aura apporté la mesme joye que j'ay sentie en tous les autres qu'on vous a confiés et où vous avés si hautement signalé vostre fidélité et voslre prudence. Je ne vous lesmoigne pas aussi celle joye pour vous la persuader, mais pour ce que je ne la puis davantage contenir

LETTRES DE JEAN CHAPELAhY

Page 1