‹ Lettres. PubliéesChapitre 40 sur 309 · À MONSIEUR COLBERT · texte numérisé non relu

À MONSIEUR COLBERT

COXSEIILER D'ESTiT ET l>TE\Di\T DES FI^iTiCES .

À FO.NTAINEBLEAl ".

Monsieur, la confiance que mon zèle pour tout ce qui vous regarde ' m'a fait avoir en vostre amitié* m'a peut-estre rendu plus négligent que je ne devois dans la sollicitation de mes petits interests auprès de vous. Je n'en ay pourtant usé de la sorte cjiie par le respect que jay porté à la multitude de vos aifaires ^ et pour suyvre mon ancienne coustume de ne vous importuner de n)es lettres que pour vous remercier de vos grfices ou pour me resjouir de vos prospérités, me remettant du reste aux oflîces de M' l'abbé vostre frère, lors que j'ay eu besoin de les imploi-er. Que si je ne les implore pas aujourdhuy ' et veux essayer de me les rendre moy mesme , ce n'est pas que je ne sois persuadé qu'il ne m'aura non plus manqué en cette occasion qu'il n'a fait aux précédentes, mais comme il est dans le l'orl

' Le 20 juillet, Chapelain écrit à Hiiygons (P 19^ v") : «r L'Académie continue ses assemblées avec sa chaleur ordinaire et ce que vous me mandés de celle d'Angleterre liiy servira d'un grand aiguillon pour la faire appliquer aux expériences sur lesquelles on peut fonder la science naturelle avec une toute autre seureté que sur les conjectures et sur les spécula lions, i Chapelain envoie, par l'intermédiaire de son correspondant, ses compliments à Huygens père, à Vossius, à Gronovius, à Wiqueforl, à de Thou.

- La lettre même reçue par Colberl est conservée à la Bibliothèque Nationale, dans la collection Bahize, volume .362, f° ia bis. Entre Toi-

ginal adressé au futur ministre et le document tel qu'il est transcrit dans le registre des minutes, il existe quelques différences que nous allons signaler successivement.

^ Variante du document Baluze: t^La confiance que vos faveurs et ma passion pour vostre service m'ont fait avoir. 1

* Le mot amitié a paru, au dernier moment, trop peu cérémonieux, et le texte a été ainsi modifié : ren l'honneur de vostre bienveillance.-

^ Chapelain, se ravisant, ajoute au texte délinilif ce mot plus flatteur: «et à l'imporlance.-

° Phrase ainsi modifiée dans le manuscrit Baluze : -que si je l'espargne anjourd'huy.-

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des occupalions ' que liiy donnent les |)réparatifs de son sacre ^,j'ay cren ne le devoir pas obliger à les raffraischir par ses billels\ et me suis résolu de vous demander de mon chef l'honneur de vos assistances dans les deux rencontres où je me trouve en avoir besoin. Je vous supplie donc très humblement, Monsieur, de vouloir interposer vostre authoritë pour me faire payer par la succession de noslre magnanime Bienfacteur* je ne dis pas les quatre années de quinze cens livres de pension que S. Em" m'avoit fait donner par le Roy sur sa propre abbaïe de Gorbie et que les troubles de l'Estat ont fait demeurer en arrière, mais du moins la dernière dont le terme n'est escheu guère de temps après sa mort. Vous estes Tun de ses exécuteurs testamentaires^ et celuy de tous de qui le tesmoignage sera le plus authentique touchant les sentimens* que S. Em" avoit pour moy et la véhémente ardeur qu'Elie avoit reconnue en moy pour sa gloire. J'attends de vous tout le bien ' qui m'en reviendra et n'en veux estre redevable qu'à vostre générosité

seule, laquelle les marques que vous m'en avés données par le passé m'assurent que je ne trouveray pas à dire à l'avenir, d'autant plus que vous scavés bien que de mon coslé je suis à vous à toute espreuve. C'est, Monsieur, sur cette mesme assurance que je vous conjure de vouloir prendre la peine d'informer M^' le Comte de Soissons * à qui cette abbaïe est escheue de la pension que j'ay dessus et de vouloir faire porter Son Altesse à me faire trailter par ses Intendans et Trésoriers avec la mesme facilité et bonne grâce que je i'ay esté par les ordres de S. Enf° et par les vostres pendant que vous en avés eu la direction, atin que j'aye le mesme' sujet de me louer d'eux' que je Tay eu de me louer de vous.

Vous voyés, Monsieur, de quelle importance m'est ce second secours '"* que je vous demande et qu'il ne va pas à moins qu'à me faire joiiir commodément et sans procédures de la plus essentielle partie de ma subsistance ; ce qui me fait recoui'ir à vostre protection el à vostre crédit, n'ayant point de voye^'que

' Variante du document Baliize : tfconime il est plus accablé que jamais de ses occupations."

- Nicolas Colbert fut sacré dix jours plus tard. On lit dans le Gallia chrisliana ( t. Il , col. i i 1 5 ) : « Mcolaus Colbert. . . designatur litteris régis Christianissimi ad episcopalem Lucionii sedem imnse Martio an. 1661. Eodemque anno die dominica a à juin comecratur in lemplo Sorbonœ ah episcopo Carnolensi, adjnvantibus Pictav. et Rupell. episc.n

3 Variante du document Baluze : «J'ay cren ne le devoir pas obliger à la recharge n

* Variante {ibid.) : nau moins de la dernière année de celte pension de quinze cens livres ([u'il luy plut de me faire establir par le Roy sur sa propre abbaye de Gorbie. n

* Variante {ibid.) : fYun des exécuteurs de son testament, celuy de tous dont, elc.n

* Variante (ibid.) : aies favorables senlimens de Son Rminence pour moy el la fidélité

qu'Elie avoit reconnue en moy pour sa gloire. « '' Variante {ibid) : «lout le bien qui m'en doit revenir, el je n'en prelens estre obligé qu'à vostre générosité seule, laquelle Tespreuve du passé m'assure que je ne trouveray pas à dire à Tavenir, d'autant plus que vous n'ignorés pas que de mon costé je suis à vous à toute espreuve. n

* Variante {ibid.) : «Monseigneur le Conte et Madame la Confesse par les voyes que vous trouvères à propos de cette pension que j'ay sur l'abbaie de Corbie, et de vouloir porter Leurs Altesses à qui ce grand bénéfice est escheu à nie faire trailter par leurs intendans, etc."

' Variante {ibid.) : « de me louer de leurs A A. que jeTayeudemelouerdeSon Eminenceel de vous.-

"• Variante {ibid.) : -^ce second office et qui va à me faire jouir, etc. n

" Variante (îtîW.): «n'ayant aucun autre moyen de me rendre ce bien effectif. 5

LETTRES DE JEAN CHAPELALN

la vostre pour me conserver ce bien el me le rendre effectif.

Je n'av garde de craindre ' que vous receviés ma prière comme une chose indifférente, et que vous ne preniés mesme plaisir, en lappuyant, à me confirmer"^ par cette faveur dernière dans l'attachement que j'ay tousjours eu à vos interests.

En attendant ces deux effets de vostre bienveillance \ je vous repeteray icy que vous n'en honnorerés jamais personne qui soit plus que moy, Monsieur, vostre. etc. De Paris, ce i4 juilitl iGôi.

A M. D'Ai\DlLLY,

CONSEILLER Dr BOV KK SES C0:VSC1LS .

À PORT-KOÏAL.

Monsieur, après tant de dures espreuves (pie vostre vertu a souffertes, en voicy une dernière qui ne vous doit pas estre moins sensible que les autres. Je juge de la grandeur (le vostre |)eiiie dans la mort de la Hévérende Mère Angélique, vostre sœur *. par celle (jue cette mort m'a causée et qu'elle me cause encore, (-'est une aussi grande [perlej pom- le monde chrestien que c'est une ac-

' Variante du document de Baliire : "■ de croin-. i- - Variante (ibùl.): irde me confirmer par ce dernier bienfait dans vostre éternelle dépendance. - ' De même que Chapelain, au début, avait remplacé amitié par bienveillance, il remplace, à ia fin, bienveillance par amitié, relevant du reste ce mot pai' l'épitliète généi-euse: irde vostre généreuse amitié, je vous protesteray encore icy (jue vous ne scauriés honnorer personne de vos faveurs qui soit phis que moy. Monsieur, vostre très iuimble et très obéissant serviteur. CHAPELAn.- Le présente lettre a été pubHée, d'après le texte de la collection Baluze, par J. Deiort (Mes voyage» aux environs de Paris, 2 vol. in-8°, 1821, t. Il, p. 186). L'auteur, après avoir constaté que (Ihnpelain rétait singulièrement aimé de Col-

quisition précieuse pour le Ciel. A la \érité le Ciel estoit son véritable héritage et bien que nostre tendresse nous face pleurer sou éloignement, nous luy serions toutesfois injurieux si pour nostre consolation nous hiy envions la sienne et si nous la voulions ailleurs qu'au lieu du vray repos qvie ses pieux et saints travaux luy ont si justement fait mériter. Je prie Dieu qu'il vous foi'tifîe dans une [aussi] triste rencontre et vous supplie de croire que j"ay toujours présent à l'esprit ce que je dois h vos grâces et que vos biens et vos maux seront toujours ceux. Monsieur, de vostre, etc.

De Paris, re i\° aoust i6'>i.

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