‹ Lettres. PubliéesChapitre 41 sur 309 · L\XX · texte numérisé non relu

L\XX

\ .M'^ L'ÉVESQUE D'ANGERS

À AfiGEBS.

Monseigneur, jestois sur le point de vous faire d'amoureux reproches d'avoir veu par dautres que par vous la lettre apostolique qui est dans les mains de tout le monde el que je ne voy personne qui ne luy donne son approbation, quand j'ay appris avec une extrême douleur ia perte que nous avons faitte de la Révérende Mère Angélique , vostre

lierl,- ajoute que celte lettre et quelques autres lettres qu'il donne ensuite, el que nous citerons en leur lieu, «ne seront pas inutiles poqr l'histoire du grand siècle. 'i

^ Sur Jacqueline-Marie Arnauld, la seconde des filles d'Arnauld l'avocat, dite Angélique de Sainte-Madeleine, née en lâpi, morte le ti août 1661, voir {passim)\es six volumes de M. Sainte- Beuve. A ceux qui voudraient avoir plus de détails encore sur la sœur d'Arnauld d'Andilly, je recommanderais la biographie écrite par une des fdles de ce même Arnauld d'Andilly, la mère Angélique de Saint-Jean : Mémoires pour si>rrir à la vie de la mère Marie-Angélique Arnauld de Sainte - Madeleine , réformatrice de Port- Royal (1737, in-19).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

saillie sœur. Je laisse à Dieu de vous consoler dans une affliction si juste et me contente de vous dire que j'en seray plus tard consolé que vous, ayant connu sa vertu autant que vous et n'ayant ni autant de force ni autant de grâce pour sonslenir un aussi grand choq que celuy-la. Il est vray, Monseigneur, qu elle esloit meure pour le Ciel et qu'il estoit temps que ses labeurs et ses peines y trouvassent leur récompense. Ce motif nous peut aucunement adoucir les sensibles desplaisirs de son absence. Je le souhaite pour tout ce que nous sommes qui la rêverions et demeure avec tout le respect, toute l'estime et toute la passion que vous doit, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce ix aoust i6G) '.

À M. DE BRIEIX,

CONSEILl-Bn »U VABLBMEST DE MET! , À CAK.V.

Monsieur, j'ay tardé à vous respondre parceque mes iiifirmite's m'ont exercé ard(;mment depuis vostre dernière, et parce que je u'avois que des remercîniens à vous faire pour les civilités que vous aviés fait de ma part à nos illustres amis de delà, les complimens tousnuds n'estant pas des sujets dignes de nostre commerce. Maintenant que j ay de quoy vous payer d'autre chose

I Dans une lettre inexactement datée du 3 août et qui doit être du i3 du même mois, car elle est placée (f 198) entre une lettre du 9 août et une lettre du 16 août, c'est-à-dire entre la lettre que Ton vient de lire et celle que Ton \a lire, Chapelain se plaint à Coiberl du retard ilu payement de celte année de sa pension sur Sainl-Pierre do Corbie et prie son correspondant (le lui rendre favorable le duc Mazarin.

- UOrigène de Huet parut à Rouen (1668, :i vol. in-folio). H en sera plus d'une fois question dans celle correspondance.

meilleure, je vous escris avec plaisir et si(n> scrupule. C'est, Monsieur, une lettre de M' Spnnheim pour vous dont il a accompagné celle qu'il m'a envoyée de Florence <lans laquelle il me mande qu'il vous donne avis de ce qu'il a pu faire pour la salisfaction de M' Huet touchant les manuscrits d'Origène ' quil a veus dans la Bibliolèque Laurentiane de celte ville là. Je serois bien aise que nostre ami y trouvast son conte. Ce seroit le conte du public aussi. Cette lettre ira sous l'enveloppe de celle-cy. Vous l'entretiendrés lousjours dans la créance de ma parfaitte estime et luy dires que je pris grand plaisir, ces jours passés, à faire son éloge en bonne compagnie à la présence de Madame de Caen^ qui luy en pourra quelque jour rendre tesmoignage.

Il m'oblige de ne perdre point de seure occasion d'ami pour me renvoyer le dialogue de la lecture de nos vieux romans " et l'ectype arabe et avec fectype l'explication que M' Bochart luy aura donnée, s'il a eu le loysir de la considérer et de méditer dessus. J'ay fait voir à M' Vattier le billet que cei excellent homme vous avoit addressé pour la publication de son Avicenne et il a esté fort sensible à tant de bontés qu'il luy fait paroistre, voulant, quelque suitte que puisse avoir sa noble et cordiale recommandation, luy en demeurer à jamais redevable. Il est à cette heure Professeur Royal e.i cette langue

'■' C'était l'abbesse du couvent de la Sainle- Trinite de Caen, Maiie-Éléonore de Rohan , (i.'jà nommée.

* Voir sur cet opuscule de Chapelain, publié pour la première fois en 1728 et republié en 1870 par M. Alph. Feillet, qui le croyait inédit une lettre de Balzac, du 17 août i()'i7, el une note de l'éditeur ( Mélanges hisloriqms de 1870. p. 8o5). L'ingénieux travail de Chapelain dut être conimuuiqué par Moisanl de Brieux au futur auteur du traité : De Vorighie des lom.nis (i(i70).

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et a eslé receu dans celte chaise par ses confrères avec honneur, comme un homme qui en faisoit à leurs corps.

Je suis en peine d'un paquet que j envoyay à M' de Caillière, il y a un mois, par la voye de M"' de Scudéri, oii j'avois enfermé un nouvel exemplaire de l'Ode que je lis l'année passée pour la paix. Si vous le voyés à Caen ou que quelqu'un de vos amis le deust voir a Cherbourg , je serois bien aise qu'il sceust mon inquiétude.

Si le Dialogue vous avoit foi-tilié dans la résolution de continuer vostre travail Des origines et antiquités Gauloises ', je l'en aymerois un peu et commencerois à croire qu'il n'est pas tout à fait sans mérite. J'apprens volontiers une si belle entreprise qui ne |)eut que réussir au dessus de tous les autres ouvrages de semblable matière , estant conduitte par une teste aussi pleine de jugement et de sçavoir que la vostre , et soustenue par d'aussi sages consultants que sont ces grandes lumières de vostre Acadénne. Sans vous les nommer je vous conjure de les assurer tous en général de ma reconnoissance pour la trop bonne opinion qu'ils ont de moy, et pour la bienveillance dont ils m'honnorent.

Quant à la question si feu est indéclinable, et de tous les genres et de tous les nombres, il y a long temps que je me suis déterminé que ce n'estoit point un nom qui eust en françois son origine de Jinuitus comme quelques uns se le sont imaginé.

J'ay tousjours creu que ce mot nous estoit

demeuré du latin connue verbe et 3° personne du prétérit parfait fuit comme qui diroit qui fuit sous entendant le ^tmi par contraction, et ce qui m'a confirmé dans ma conjecture, c'est l'usage commun des Italiens, surtout des Vénitiens, lorsqu'ils veulent marquer la filiation de quelque noble en cette sorte : il taie signor. . ./« del signor. C'est ce que j'ay à vous respondre sur cet article * avant que de vous dire que je suis à mon ordinaire, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xvi aoiisl 1661.

À M. DE CAILLIÈRE,

COIVESSEDR DE CBEBBOI DG , À CUËRBUCRU.

Monsieur, je sors de la lecture de vostre dernier ouvrage tout bruslant de la sainte flamme dont il est rempli et tout plein dadmiration de la belle sorte dont vous avés Irailté cette excellente matière. A ous y avés véritablement cannonisé le P. Ange du Bouchage^ et si la cérémonie n'en a pas esté failte à Home, sa vertu n'en a plus besoin, après le troféc que vous luy avés érigé. Il ny eut jamais de narration plus pure ni plus claire. On ne sçauroit jamais mieux faire parler ceux que vous y avés introduits. Les réflexions ne pouvoient estre plus pieuses et j)lus en leur lieu. Tout y respire une douce odeur de piété, tout y sent son érudition chrestienne et le stile en est si net (ju'il n'y a rien davantage à désirer.

' Cliapelain veut parler sans doute du recueil (|ue Moisant de Brieux publia sous le titre de : Oi-igiues de quelques coutitine.i anciennes et de plusieurs façons de parler triviales (1679, in-12), ouvrage réimprimé, de nos jours, avec une intéressante introduction, par M. de Beaiiropaire (Caen, 187^, 3 vol. in-13).

^ La question posée par Moisant de Brieux était bien plus dilticilc que ne le supposait Chaiielain , et M. Lillré, dans son Dictionnaire de la

langue française , tout en admettant que l'italien fu dérive du latin fuit, n'ose pas dire d'où vient le vieux ïrançaif. fcii , qui est la forme la plus ancienne connue (xi' siècle) de noire moi feu.

^ Le Courtisan prédestiné , ou le dttc de Joijeuse capucin, Paris, 1 G61, in-8°. Ouvrage réimprimé en 1673, en 168a, dans le même format, cl en 1798, dans le format in-12. Henri de Joyeuse, comte du Bouchage, qui fut capucin sous le nom de père Ange, naquit en i563 et niournl en tt)o8.

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Je vous reiis, Monsieur, de nouvelles grâces pour ce nouveau présent, et, s'il me rend meilleur que je ne suis , je vous en auray l'obligation toute entière.

11 y a apparence que vous aurés receu le remerciment que je vous fis, il y a tantost deux mois, de cette autre rare production dont vous m'honnorastes par la voye de M° de Scude'ry \ à laquelle , pour plus de seureté , je confiay mon paquet et qu'elle me promit de vous faire tenir par lemessageur(.s«c) à cause de sa grosseur, suyvant ma prière. Si vous Tave's receu , vous y aurés trouvé avec ma lettre un exemplaire de la dernière Ode que j'av faitte en la place de celuy qui s'est perdu en chemin. Je redouble mon application à ma tasche afin de pouvoir un peu })lus solidement reconnoislre vos grâces quand je seray en estât de la publier. Mais vous, Monsieur, qui travaillés si bien et avec tant de facilité, et qui de plus estes dans une paix si profonde , ne continuerés vous pas à rendre conte au public de voslre loysir et ne l'enrichirés vous pas de plus en plus de vostre fonds si précieux et si inespuisable? Je vous y exhorte pour le profit commun et pour vostre propre gloire, pour laquelle si vous avés besoin de pieige, je m'offre de l'estre sans craindre d'y laisser du mien. Je me promets que vous en croirés, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce xsii aoust 16G1.

À M. CHEVREAU

SKCRÉTAinE DE LA BEÏSE DE SDÉDE .

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