‹ Lettres. PubliéesChapitre 42 sur 309 · À LOUDUN · texte numérisé non relu

À LOUDUN

Monsieur, vostre dernière lettre m'a donné

une joye que je ne vous sçaurois assés exprimer. J'y ay trouvé neW atto pvatdco ridée que je me suis depuis si longtemps formée du vray philosophe, laquelle j'ay essayé de représenter dans mes actions et que je n'ay jusqu'icy trouvée accomplie que dans les vosires. 11 m'est bien doux d'avoir un ami de vostre force qui me fait voir en luy que ce que je tente n'est pas impossible à un homme de bonne volonté. Vous avés pris l'affaire de M' le Conte Tott tout à fait comme un sage la devoit prendre. Vous avés offert à la Fortune l'occasion d'employer vostre vertu.

Cette capricieuse s'est précipitée à un choix bizarre. Vous en estes demeuré sans émotion et luy avés pardonné son caprice, vous contentant de ne vous estre pas manqué à vous mesme, et de n'avoir rien à vous reprocher là dessus. La lettre que vous avés escritte à cet ambassadeur estoit une de ces diligences que vous déviés faire pour vostre satisfaction. Si son engagement en a rendu l'effet inutile, je l'en plains plus que vous. S'il ne vous y respond pas au moins civilement, je l'en blasmeray et en rabbattray de l'estime que luy et vous m'aviés donnée de son mérite. C'est ce que je vous diray sur cet article satis y adjouster aucune chose , sinon qu'il est tousjours à Melun et que je ne l'ay veu que deux fois, une cliés luy et l'autre chés moy.

L'extrait que vous m'avés envoyé de la dernière de M' Le Fevre m'a fort resjouy tant pour le souvenir obligeant qu'il y tesmoigne de moy, que pour les desseins que j'y ay leu qu'il avoit de donner bientost Lucrèce de sa révision ' et d'accomplir sa promesse pour l'édition de Catulle ^ J'ay cu-

' La vie du maréchal de Matignon.

2 Le Lucrèce parut l'année suivante : Lucreiius, cum conjeciuris, emendationibus et notulis pei-petuis (Saumur, 1662, ia-^°). Lefebvre s'Ijonora en dédiant cette édition à un ancien bien-

CHAPBLAIN. II.

faiteur qui, impliqué dans TafTaire Foucquet, venait d'être mis à la Bastille, l'académicien Pelfisson.

3 Le Ca(M//e promis par Tanneguy Lefebvre ne parut jamais, et les notes préparées par le savant

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

riosité de sçavoir s'il fera entrer dans celuy cy le Peirigilium Voieris comme de cet autheur ' et s'il s'illustrera de ses noies. Quant à Lucrèce, il y aura plaisir de voir ce qu'il aura renvié sur l'édition Lambiniesme - touchant les passages suspects, car pour la doctrine je ne croy pas qu'il l'ait voulu expliquer après M' Gassendi \ Je rec«vray à honneur d'estre fait le distributeur des exemplaires de son Apollodore ' et il se peut assurer, aussi bien que M' le Marquis de Chandenier, que je les mettray en bonnes mains puisqu'ils le laissent à ma discrétion et que mesme ils me l'ordonnent. Les vers du premier sur le débordement de la Loire et les brèches qu'elle a faittes à la levée, au grand dommage du païs ^ sont si beaux , si purs et si bien tournés , que je ne hésite point à égaler sa poésie à sa prose et à vous prier de le solliciter d'en faire un recueil que nous puissions opposer à ceux des Heinsiades' et des Grotiades'. Je feray voir ces vers à nos poètes et il ne tiendra pas à moy que la belle réputation de leur aulheur ne s'accroisse de plus en plus.

Je ne soay si je vous ay mandé qu'un bénéficier dAlbi s'est mis en teste de traduire

en vers latins ce qu'il y a d'imprimé de la Pucelle et qu'il y a desja neuf livres achevés dont nos doctes monstrent d'estre assés satisfaits. Vous pourrés donner cette nouvelle littéraire à nostre excellent ami de Saumur. Je suis très redevable à M' de Bourneuf des civilités que vous me faites de sa part et vous supplie de les luy rendre au centuple de la mienne. Je vous fais la mesme prière pour M' le Marquis de Chandenier et vous conjure de l'assurer de mes respects et de ma parfaitte estime, tousjours plein de désir que l'on fasse justice à sa verlu et quil soil bien réconcilié avec la Fortune. Je suis très sensible à tout ce qu'il vous a dit obligeamment pour moy et il se peut promettre tout de ma gratitude et de ma passion pour ses rares qualités.

Il y a longtemps que je n'ay veu vostre ami de Niort et j'en suis en peine, dautant plus que je ne sçay point son logis jiour l'y (sic) aller ou envoyer ofl'rir ce que je puis s'il en a voit besoin. C'est un fort galant homme et qui est bien digne de vostre amitié. Honnorés en tousjours. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce x\iii aoust iGOi '.

humaniste sont conservées au déparlement des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, avec beaucoup d'autres notes de lui sur divers auteurs de rantiquilé grecque et latine.

' Lefebvre, critique d'une grande sagacité, einuuctœ nan», aurait jugé sans doute, comme la plupart des érudils qui, de nos jours, ont parlé du Pe)TigHium Veiiens, que ce petit poème, loin d'appartenir à Catulle , ainsi que l'avaient pensé Aide Manuce et Erasme, appartient à un auteur et à une époque de décadence.

- L'édition donnée par Denis Lambin (Paris et Lyon, i563, in-i°).

^ Dans l'ouvrage intitulé : De vila, moi-ibus et placitis Epicurii seu animadversioneg in X lihriim Diogenis Laerhi (lôig, in-folio).

' ApoUodon Atheriiensis Bihliothecet libi-i III,

grmce et latine, cum notis (Saumur, t66i,in-8°).

* Le 1 1 janvier )66i, les levées rompirent en trois endroits. Voir, dans les Notes et notices angevines de M. Céleslin Port (Angers, 1879, in-8°), le mémoire intitulé: Les inondations dans le département de Maine-et-Loire (p. 27^).

'^ On a un recueil des Poetnata de Daniel Heinsius, dont les plus célèbres éditions sont celles de 1 6a J, de 16^0 et de 16^9, et des Poemala de Nicolas Heinsius, dont on cite deux éditions, celle do i653 et celle de 16G6.

' Parmi les nombreuses éditions des Poematu de Grotius, on distingue celle d'Amsterdam (1670, in-13).

* Deux jours après, Chapelain (f°202) écrit en ces termes à Spanheim : 5 11 y a long temps que je n'ay receu de lettre plus agréable que

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À M. DE MEDON,

COSSEILLBB AD PBBSIDUL DB T0LO8E .

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