À TOLOSE
Monsieur, Tespérance que j'avois de vous envoyer une explication de vostre ectype arabe, laquelle j'avois sollicitée à Caen auprès de M' Bochart, auteur du Phaleg\ m'a retenu long temps de vous faire respouse. Aujourdhuy qu'elle m'a manque', je vous la
fais pour vous dire que M' Vattier s'est tenu fort glorieux du cas que vous avés fait de son interprétation et que vous pouvés faire estât de son service. Il est depuis peu ' Professeur Royal en cette langue pourveu et receu avec applaudissement. Vous nous ferés part de ce que vous aurés du P. Kirker" sur cet ectype.
M' Heinsius est à Stokholm dans sa résidence, mais je n'en ay point d'avis de luy encore , et son Ovide qu'il a laissé à M' Vos ■
celle qui m'a esté rendue il y a quelques jours de vostre part en datte du xiiu juillet et de Florence. Elle ra'apprend mille particularités de vostre voyage toutes dignes de vostre jugement et de vostre curiosité. Il faut qu'Inspruck, Manloùe , ni Venise, n'ayent pas eu grand chose qui merilast vostre attention en matière de livres, puisque vous ne m'en dites rien et que vous vous V estes si peu arresté... Cette bibliotèque San laurentiane a le bruit d'eslre la plus riche de l'Europe pour les manuscrits anciens et vous y aurés veu l'original de ces Pandectes fameuses qui est la plus vénérable relique qui soit dans le lemple des Muses. On doit ce trésor à la maison qui règne maintenant en Toscane et je loue fort les Princes qui la composent du soin qu'ik ont de sa conservation pour la commune utilité. Je voudrois bien avoir autant de sujet de louer les gens de lettres qui composent leurs Académies. ..i Chapelain se plaint de la décadence de la littérature et de l'érudition en Italie, et il reprend ainsi : rJe pense aussi devoir un compliment particulier al s^' conte del Maestro de la pensée qui luy est venue de faire parier la langue toscane aux lettres que M' de Balzac m'a aulresfois escrites et le devoir faire avertir par vous que dans quelque temps, ses héritiers publieront deux autres volumes de lettres qu'il m'a toutes addressées et qui ne devront rien à ces premières. . . Pour moy j'en suis à ix livres des xn derniers de ma Pucelle et je ne quitteray ma tasche qu'avec la vie. Si je n'ay le don d'habileté, j'ay du moins celuy de la persévérance. M. d'Ablancourt n'a pas encore donné congé à son Thucydide parce qu'il a esté engagé à achever l'histoire de la guerre du
Péloponèse par la suitte qu'en a faitte Xénophon, et ce second travail est presque avancé .. . J'ay veu dans une lettre originale de M' Freinshemius, escrite peu devant sa mort, qu'il avoit ses supplémens finis, mais qu'on ne les vouloit imprimer ni en Allemagne ni en Hollande. Empeschés bien S. A. E. de laisser eschapper cette pièce de ses Estats qu'imprimée par son ordre. Il iroit trop du sien qu'un autre Prince se fist cet honneur. Je ne croy pas les Origines italiennes de M*^ Ménage viande preste. Cet homme abonde plus en projels qu'en effets. M" Fen arius doibt eslre excité à publier les siennes par la crainte d'estre prévenu par celles cv, et, si cela arrive, la fanfare du prometteur aura esté bonne à quelque chose. . . M"^ de Brieux travaille, il y a long temps, aux Origines et antiquités gauloises et en rendra un bon conte à la France, car il a un grand fonds et beaucoup de cervelle et de sagacité. Mais c'en est trop ...n
1 Le Phaleg et le Chanaan sont les deux parties de la Géographie sacrée de Samuel Bochart [Geographia sacra, Caen, i6i6, in-folio). Chapelain nomme ici la partie pour le tout.
- Ce appuis peu ne s'accorde guère avec cette assertion de l'abbé Goujet {Mémoire historique et littéraire sur le Collège royal de France, t. III, p. 291) : «C'est ce qui le fit choisir par Louis XIV vers 1 65 8 pour donner des leçons de cette langue au Collège royal , . . Dans un mémorial de la Chambre des comptes du mois de juin lôSg, ses gages de professeur sont portés à la somme de 1,200 livres." Peut-être Pierre Vattier n'était-il que professeur suppléant en lôSg et devint-il titulaire en 1661. 3 Athanase Kircher, né en 1 602 près de Fulde, mourut à Rome en 1680. Voir la liste de ses
LETTRES DE JEAl>i CHAPELAIN.
sius pour achever est entre les mains du plus paresseux des hommes.
Je suis fort en peine du paquet de M' Paulet que je n'ay point receu. Obligés moy deluy envoyer la lettre que je luy escris là dessus, et qui accompagnera celle-cy\ et d'en vouloir tirer la response.
J'en suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxv aoust iCGi.
jLXXXV.