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A M" LA MARQUISE DE 3I0.MALZIEH

À FOSTAINEBLEAL.

Madame , comme vous connoissés depuis si longtemps la vénération que j'ay pour vostre vertu et l'inlerest que je prends en tout ce qui vous touche, je n'auray point de peine à vous persuader la consolation que j'ay receiie dans les derniers malheurs qui me sont arrivés", en apprenant le choix que Leurs Majestés ont fait de vostre personne pour le gouvernement des Enfans de France '. Vous l'auriés mesrae creu quand je ne vous en aurois rien dit, et que me confiant en vostre souvenir et en vostre lumière, je ne vous aurois pas engagée à la lecture de ce billet au milieu de tant d'autres lettres moins sincères qui vous viendront de toutes parts sur cette glorieuse élection, et j'aurois peut estie fait plus sagement de vous espargner cette lecture. Mais la joye qui est parleuse ne m'a pas permis d'avoir tant de discrétion , et ce que j'ay peu obtenir d'elle, c'est qu'elle ne vous amuseroit guères plus d'un moment. Saches luy gré, je vous supplie, d'une si difficile retenue, et continués, s'il vous plaist, à me regarder, Madame , comme vostre , etc.

De Paris, ce xxvi septembre i06i.

À M. LE MARQUIS DE MOMAUZiER.

GOLVEBJiELB D'ANGOUUOIS ET DE XiLUTONGE , À FONTAINEBLEAU.

Monsiem-, vous auriés bien creu , sans que je vous l'escri visse, l'extrême joye que j'ay

' Henri-Louis Habert, seigneur de Montmor, avait épousé Marie-Henriette de Buade de Frontenac.

^ Allusion à la mort de sa nièce, mort dont il vient d'être question (lettre du 1 6 septembre 1661). CHAPELAIN. — 11.

^ La marquise de Monlauzier entra en lonctions le 1" novembre suivant. On sait que son mari devint, sept ans plus tard, gouverneur du fils aîné de Louis XIV.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

eiie du choix qu'ont fait Leurs Majestés de M"" la Marquise de Montauzier pour la nourriture des Enfans de France. Mais il n'y îivoit pas d'apparence de ne vous en pas dire au moins une parole et de ne paroislre pas dans la foule de ceux qui s'en resjoiiiront avec vous. Je me niesle donc , Monsieur, dans cette foule au hazard de n'y estre point apperceu. Que si je suis si heureux que vous m'y remarquie's, vous me fere's sans doute la justice de penser que je ne m'en resjouis pas comme tout ce monde par simple coustume , mais dune façon si singulière et si cordiale qu'elle est digne de l'ancienne profession que je fais d'estre, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxvi septembre i6Gi '.

À M" LA MARQUISE DE SÉVIGNÉ

AUX rochers'.

Qu'est-ce donc que cela, ma très chère? N'estoit-ce pas assés de ruiner l'Estat et de rendre le Roy odieux à ses peuples par les charges énormes dont ils estoient accdblés. et de tourner toutes ses finances en despenses impudentes et en acquisitions insolentes qui ne regardoient ni son honneui- ni son service , et au contraire qui alloient à se fortifier contre luy, et à luy desbaucher ses sujets et ses domestiques? Falloit-il encore, pour surcroist de desreglement et de crime, s'ériger un trophée des faveurs ou véritables

' Le lendemain, Chapelain écrit à M°"deBourneiif, à Loudiin (P 2 1 'i v°) : et Je suis en peine de la maladie de nostre' ami commun le généreux \r le Marquis de Ciiandenier. . . M'"' de Buade, vostie fille, a encore une bonne parente de plus qu'elle ne pensoil, Dieu ayant conservé M' de -Monmor, contre la volonté des médecins et i'cspérajice de ses serviteurs. n Le a 8 du même mois, Chapelain 1 I^:>i5) remercie M. Lanlin, conseiller au parlement de Dijon, de lui avoir communique les vers qui sont restés de M' de Saumaise le fils, ff nostre defTunt ami,n ajoutant : «Ça esté un mort qui m'est venu consoler par son entretien de mes morts et de mes maladies. Mais de quelle excellente manière!... Je vous demeure très obligé de la part que vous m'avés faitte de ces [>roductions et je les conserveray précieusement comme des reliques d'une personne qui m'a aymée et que j'ay honnorée et chérie tant que nous avons eu le bonheur de la posséder. Cet abrégé de la philosophie de Platon ne peut estre qu'une chose excellente, surtout s'il est escrit du stile de ce petit dialogue que vous me fistes voir quand vous esliés icy et qu'il avoil composé avec une si grande fermeté d'âme dans la veue d'une prochaine et véritable mort. Il ne faut point perdre ces rares despouilles, ni leur envier la lumière pour sa gloire et pour l'avantage du public. . . Je suis très obliw à M' de la Mare de son

souvenir.:) Après celte lettre, qui est du a8. comme nous l'avons dit, vient une lettre à la marquise de la Trousse (f' 2iG),qui porte la fausse date du 3 septembre, et qui, par sa position dans le manuscrit comme par son contenu, doit évidemment être mise au 3 octobre. Voici quelques lignes de celte lettre sur lesquelles la lettre suivante jettera toute la lumière désirable . «Quant à vostre chère niepce et ma délicieuse amie [M""* de Sévigné], vous pouvés penser si je suis son champion dans cette abominable occasion où on la comprend parmi de beaucoup moins vertueuses personnes qu'elle. S'il y eust jamais une infamie, c'est celle qu'a commis l'homme dont est question [Foucquet] envers toutes celles de su connoissanco. Je ne vous en dis rien davantage parce que vous luy avés obligation, mais je n'en pense pas moins et je ne luv pardonneray jamais le desplaisir qui en revient à nostre bonne, sans l'avoir ni près ni loin mérité. Les combats néantmoins que je donne pour elle ne m'acquièrent pas grand honneur, soit à cause de ma chaleur, soit à cause de sa vertu. Je ne trouve personne qui tienne devant moy ou qui refuse de se rendre. ..ti

- Cette lettre a été in)primée dans l'édition des Lettres de madame de Sévinnc, de sa famille et de ses amis donnée par MM. Monmerqué et Ad. Régnier (Les trrauds écrivains de la France,

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ou apparentes de la pudeur de tant de femmes de qualité, et tenir un registre honteux de la communication qu'il avoit avec elles, afin que le naufrage de sa fortune emportast avec luy leur réputation'? Est-ce, je ne dis pas estre honneste homme, comme ses flatteurs, les Scarrons", les Pelissons, les Saphos', et toute la canaille intéressée, l'ont tant prosné, mais homme seulement, de c«ux qui ont seulement la moindre lu- /nière et qui ne font pas profession de brutalité? Je ne me remets point de cette lascheté si scandaleuse," et je n'en serois guères moins irrité conire ce misérable quand

t. 1 , 1 869 , p. i 29 et /i3o ) , et dans ies Causeries d'un curieuJp, de M. Feuillet de Couches (t. II, 1862, p. 5i8).

' «On avait, r? lit-on dans la note 2 de la page /129 du volume de MM. Monmerqué et Régnier, que je viens de citer, «saisi à Saint- Mandé les cassettes du surintendant Foucquet, qui avait été' arrêté à Nantes le 5 septembre 1 66 1 . Ces cassettes enfermaient, outre les papiers politiques, beaucoup de lettres galanles. Parmi ces dernières, et (tout le prouve) ce n'était point leur place, s'étaient aussi trouvées des lettres de M"" de Sévigné. Voyez les lettres suivantes, à Ménage et à Pomponne [9 et 1 1 octobre], et la Notice biographique , p. 67 et suiv.i Ceux qui voudraient plus de détails sur cet incident les trouveront dans les Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rahutin-Chanlal , elc. par lo baron Walckenaer (seconde édition, Paris, 1802, ini2, t. II, p. 261 et suiv.), et dans les Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, par M. A. Chéruel (Paris, 1862, in-12, l. II, p. 3 18 et suiv.). M. Ciiéruei a cité (p. 821) les premières phrases de la présente lettre, jusqu'aux mois : ses papiers. 11 a fait précéder celte citation des observations que voici : «Les honnêtes gens poursuivirent de leur indignation le surintendant, qui, ne se contentant pas de voler l'argent de l'Etat, avait compromis tant de femmes qui appartenaient à de nobles familles. Nulle part ce sentiment n'est exprimé avec plus

vous ne vous trouveriés point sur ses papiers. Car, comme je l'apprends des mieux informés , vos billets , tout civils qu'ils soient . ne donnent aucun juste sujet de les interpréter à vostre désavantage, et ne parlent que de la reconnoissance que vous avés du bien qu'il a procuré à Monsieur vostre cousin \ J'en avois mesme juré avant que Ion me l'eust assuré, et pour imprimer fortement l'opinion de vostre pureté, qui vous est tant deiie, j'ay batu la campagne contre mon ordinaire , et au milieu de mes perles et de mes morts, j'ai couru tous les réduits où l'on a créance en mes paroles, pour y soustenii-

de force que dans une lettre de Chapelain. - - Paul Scarron, né à Paris en 1610, y élaif mort en octobre 1 6O0. On a beaucoup répélc qu'une lettre très compromettante pour M°" Scarron (Françoise d'Aubigné) avait été trouvée dans la cassette de Fouquet , mais cette lettre est apocryphe, comme l'ont établi ou rappelé divers critiques parmi lesquels je ne citerai que M. Feuillet de Couches ( Causeries d'un curieux, t. II, p. 5o^ et suiv.).

^ C'est-à-dire M"' de Scudéry, qui avait fait elle-même son portrait sous ce nom dans Le grand Cyrus, portrait reproduit par M. Victor Cousin {La société française au xvii' siècle, t. II, 1S66, p. i25-i3i). On s'étonne de voir Chapelain , si grand ami de Georges de Scudéry . traiter si mal la sœur do ce dernier. M. Cousin se trompait étrangement quand il écrivait (note 1 de la page 1 1 6 du volume que je viens de citer : « Dans la liste de quelques gens de lettres présentés à Colbert, Chapelain , qui le favorise à causr de sa sœur, dit do lui, elc. 51

* Le marquis de la Trousse. Voir la lettre de M"' de Sévigné à Ménage, du 9 octobre 1661, et surtout celle qu'elle adressa , le 1 1 du même mois, à Simon Arnauld, marquis de Pompone, et où se trouve celte phrase : «Eussiez- vous jamais cru que mes pauvres lettres, pleines du mariage de M. de la Trousse [avec Marguerite de la Fond] et de toutes les affaires de sa maison , se trouvassent placées si mystérieusement??;

LETTRES DE JEAN CHAPELALN

vostre justice et pour e'claircir tout le monde peu charitable de l'occasion si louable qui vous a quelquesfois obligé à luy escrire (les billets. Je m'y suis signalé, n'en doutés point, et en suis tousjours sorti à ma gloire et à la vostre par la force de la vérité et par la vigueur de mes paroles. Ne m'en saches pas pourtant qu'un gré médiocre. Je n'y ay pas trouvé de résistance et m'a tousjours semblé qu'avec moins de chaleur mesme,

j'aurois obtenu ce que je désirois de ceux qui m'écoutoient. Je n'ay pas esté le seul à vous rendre ce devoir. Vous n'avés point d'amis qui n'ait combattu pour vostre cause, et vous en pouvés vivre et dormir en repos. Je n'ai pas voulu estre le premier à vous en parler, et j'ay mieux aimé vous servir que de vous en donner la nouvelle'.

De Paris, ce m septembre (sic) 1661 -.

' M. Paul Mesnard, dans la Notice biogi'apliique sur Madame de Séviffué mise en lèle du tome I'" de réditio:i de MM. Monmerqué et Régnier, juge ainsi la lellre de Chapelain : «On n'a point la ioUi e qu'elle dul écrire à Chapelain ; mais celle qu'elle reçut de lui le 3 octobre 16G1 [M°" de Sévigné, qui était alors en Bretagne, dut recevoir cette lellre plusieurs jours plus lard], et que l'on trouvera publiée pour la première fois dans celte édition , nous parait être une réponse. Chapelain l'a écrite de sa plus belle plume académique , sur un ton un peu emphatique et solennel , et avec une autorité qui sent son personnage de poids et d'importance, mais en même temps avec un accent d'bonncte bomme. .. Madame de Sévigné fut sans doute reconnaissante de .son zèle; mais nous doutons qu'elle ait été contente de sa lellre. Elle ne devait pas aimer qu'on parlât d'un ami malheureux avec une sévérité qui allait jusqu'à l'outrage, et qu'on traitât Scarron, l'ellissou et mademoiselle de Scudéry, de canaille intéresuée.n Je crois devoir faire observer que Chapelain a mis Scarron, Pellisson et AI"" de Scudéry parmi les Jlatleurs de Foucqucl, mais qu'il n'a pas eu l'inlonlion de les confondre avec la canaille intéreisre. M. Alesnard n'admet qu'une seule catégorie; à mon avis, il y en a deux, une médiocre, l'autre pire. La préposition et, sous la plume de Chapelain, ne veut pas dire : en un mot , mais bien : de plus. Ce n'est pas un Irait d'union entre Sapho et la canaille; c'est, au contraire, une séparation. La préposition, en ce cas, n'indique pas un? compagnie; elle indique ce qui suit, ce qui vient après. Chapelain, quoique brouillé avec Pellisson el avec M"" de Scudérv,

depuis l'élection de Gilles Boileau, n'aurait jamais appliqué le gros et \ilain mot de canaille à des personnes qu'il ne cessa jamais d'estimer.

- La date du 3 septembre provient d'une faute manifeste, puisque, comme on l'a vu dans une note précédente, Foncquet ne fut arrêté que le 5 septembre. Nous laissons de côté diverses lettres de peu d'importance : une à i'évèque de Rodez, du 29 septembre, pour le féliciter de ce que le roi l'a revêtu du titre de chancelier de ses ordres (T 217); une autre à la marquise de Flamarens, du a octobre, au sujet de celui de ses fils dont la conduite laissait fort à désirer, mais que, malgré tout. Chapelain ne voudrait pas voir périr dans la dernière misère, «estant né ce qu'il est"; deux autres, l'une du même jour, l'autre du Ix octobre, écrites au marquis de Montauzier et au marquis de Chandenier (f* 218 v" et 219) pour les remercier de leur sympathie au sujet de la mort de la jeune nièce de leur correspondant. Le 7 du même mois. Chapelain (f° 219 v°) écrit au P. Rapin : «Mon Révérend Père, j'ay appris vostre retour avec grande joye par M' du Perler, mais il a meslé ma joye d'une grande douleur en m'apprenant que vous n'aviés point de santé non plus que moy.-? Chapelain demande au poète si ses infirmités lui laissent libre le commerce avec les Muses. 11 charge le P. Rupin d'offrir à son /le'ros, c'est-à-dire au président de Lamoignon, ses sincères respects et il se recommande au sou- \onir du P. Mambrun, quand on lui écrira, et des RR. PP. Cossart et Vavasseur, quand on les verra.

A M" UÉVESQUE DE VEiSCE,

À VENCE

Jerespons à vostre dernière lettre du iv" janvier dernier et j'avois droit d'attendre de vos nouvelles si je mesurois mes soins à l'aune et si je contois à la rigueur avec mes anus. Mais les choses qui sont arrivées depuis m'ont ravi non seulement à eux pour ces sortes de devoirs, mais encore à moymesme. La mort de M' le cardinal Mazarin a mis du désordre en mes interests, et de reclierclié que j'estois auparavant, je suis recherchant à cette heure avec peu d'espoir de reiïssir dans mes recherches. L'ari-est' du Surintendant venu ensuitte a accreu de moitié mon accablement. Ce misérable homme par sa folle conduite a ruiné un de mes chers amis qui avoit la meilleure partie de mon bien entre les mains, et selon que nous voyons les choses, je n'y voy aucune apparence de remède pour moy '. Bien m'en prend d'avoir la ressource du Prince qui ine défraye si noblement^ et de me trouver muni de la philosophie qui m'a mis l'esprit, il y a long temps, au dessus de la Fortune.

J'ay esté beaucoup plus émeu d'avoir vu expirer ma jeune niepce, ma nourriture et l'appuy que je me prometlois qui seroit de mes vieux jours, car je ne suis pas encore dénaturé et j'ay me mes proches, qui en sont dignes, comme mes dignes amis pour lesquels je renonce à l'insensibilité du Portique. Voilà de mes nouvelles domestiques,

La Pucelle dont vous estes curieux en est à sa ix' station des douze qui luy restent à faire , et il me semble que je la pourray bien mener à bout, ])uisque mes malheurs ne m'ont pas ouvert la sépulture ^

Une Princesse que vous connoissés'' me fit part, il y a douze jours, de la lecture d'une lettre que vous aviés escritte à un de vos confrères sur la signature", où. je vis que vous vous en csliés expliqué à M"^ le cardinal Giimaldi ' et que vous estiés dans les sentiments généreux et chrestiens de APd'Alet^ Vous nous devriés bien nous (sic) envoyer une copie de celte lettre que vous avés escrite à Sa Sainteté sur cette matière. Elle doit estre belle et bonne, et si nous la lecevons, nous en userons discrettement.

' Pour arrestation. M. Littré, qui cite les formes anciennes aiestoison, arestement, arestance, arestée, n'a pas cité la forme adoptée par Gliapolain.

- Dans l'indignation de Chapelain contre Foiicquet, les rancunes du particulier lésé se mêlaient donc aux ressentiments du bon citoyen? Est-il permis de croire que ses tirades contre le misérable homme auraient eu moins de vivacité, si rintérél privé n'avait été confondu pour lui avec i'inlérèt général ?

* Leduc de Longueville, qui, par acte notarié du i" avril i G 'i 5, s'était engagé à donner à Chapelain ffia somme de deux mille livres tournois de rente viagère payable par chacun an au premier jour de janvier, n

'' Sépuliure se disait autrefois pour tombeau. M. Littré n'en a donné qu'un exemple, tiré de

l'Oraison funèbre du chancelier Le Tellier, par Fléchier.

^ Probablement la duchesse de Longueville, qui inclinait fort vers le jansénisme. On va voir que Chapelain lui-même parle presque comme un disciple de la séduisante princesse.

'' La signature du formulaire. Voir les Mémoires du P. Rapin (t. III, p. 182, i3-'i). Ici, ainsi qu'en divers autres passages de ses Mémoires , le P. Rapin regarde Godeau comme un semijanséniste.

' Jérôme Grimaldi, né à Gènes le so août 1 ^97, fut nonce en France en 16^1, cardinal en i6/i3, archevêque d'Aix en i655; il mourut en i685 dans son diocèse. Il passait pour être favorable à la cause de Port-Royal.

* C'élaitNicolas Pavillon, qui siégea de 1689 à 1C77. Voir sur sa lettre, qui fut jugée rtéméraire

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

M' d'Angere s'est signalé par la sienne au Roy et on m'a dit qu'il en avoit addressé une autre encore meilleure à quelqu'un de ses amis sur le mesme sujet '.

Vr Gonrart est au lit, il y a quatre mois, et c'est un miracle qu'il ait peu re'sister dans une mortalité' si gëne'rale.

Je suis entièrement à vous.

De Paris, ce vii' octobre 1661'.

GENTU.HOSIJIK ROBMiSD .

À CAES.

Monsieur, je me resjoiiis avec vous de la publication de vostre livre ' qui est comme qui diroit de la gloire qu'il vous va acquérir auprès de toutes les personnes intelligentes. car estre veu et estre fort estimé, c'est sans doute la mesme chose, tant il a de beauté et de solidité, tout nu et sans le lustre qu'jl recevra de l'impression, laquelle est l'écueil des mauvais ouvrages et le relief des excellens. J'attens tousjours les dix exemplaires que vous avés commandé qu'on m'apportast pour les distribuer à ceux que vous m'avés marqués qui sont à Paris, et poiu* essayer de les faire rendre à ceux qui sont en Hol-

pt scandaleuse^, les Mémoires du P. Rapin, I. 111, p. i3i, i34.

' Voir les mêmes Mémoires, ibid. Le P. Hapin prétend (p. i32) que, malgré que la première idlre de Henri Arnauld eût fort mécontenté le roi, ainsi que Lyonne le lui fit savoir, ce prélat écrivit encore «jusqiiesà trois foisn à Louis XIV, qui n'aurait eu que du dédain pour un aussi indisc.rel correspondant.

- Chapelain, le ik octobre, écrit à Coibert et à révèque de Luçon, frère du futur ministre, pour les remercier (P 2a i ) d'avoir eu soin de lui conserver ce qu'il avait à prendre sur l'abbaye de Saint^Pierre de Corbie.

^ Le livre De clai-is interpreliim et de op-

lande, en Allemagne et en Italie. Mais je crains de ne vous servir pas en cette petite occasion, car depuis avoir receu vos oidres. voyant que je n avois point de nouvelles de ces volumes-là, j'envoyai chés M' Cramoisy ' pour luy espargher la peine de me les envoyer, sur quoy, nonob.stant ce qu'il vit dans vostre lettre, il respondit à mon valet qu'il en avoit consigné vingt-cinq à .M' Ménage pour en faire ce que vous voudriés, laissant comprendre qu'il n'en avoit point davantage à vous livrer. Gela estant. Monsieur, vous voyés bien que tout moyen m'est osté de vous rendre cet oflice. Testât où M' Ménage et moy sommes ensemble ne permettant pas que je luy aille faire d'éclaircissement là dessus. 11 est vray qu'à vostre égard cela reviendra tout à un, qu'il face cette distribution ou que je la face. Il est de vos amis et il n"a garde de manquer d'exécuter vos volontés et ni le soin, ni laddresse, ni les connoissances ne luy defaudront pour cela. Si, par hazard, néantmoins ces dix exemplaires me venoient.

pourveu que ce fust dans trois ou quatre jours, j'avois desja ménagé une commodité de faire porter seurement les deux à M" Huggens et Vossius. Pour la Reyne Christine et M. Lambecius*, je ne voy

liiiio ijenere intcrprelondi , dont il a été déjà question.

* Sébastien Cramoisy, dont nous avons rencontré le nom dans le tome I" des Lettres de Chapelain, était alors âgé de soixante-quinze ans et allait mourir huit ans plus tard (janvier 1669).

•■ Pierre Lambecius, que l'on a surnommé uu dns premiers bibliographes de l'Allemagne, naquit à Hambourg en 1628. C'était le fils d'une sœur de Luc Holstenins. Après bien des vicissitudes, il devint bibhoihécaire en chef à Vienne et liisloriograpbe de l'empereur Léopold. Il mourut à Vienne on avril 1680. Voir sur lui un article du Dictionnaire critique de Bayle, complété et parfois rectifié dans le Dictionnaire de ChaulTepié,

point bien comment faire passer les leurs jusqu'à eux. J'eusse pu aussi trouver moyen, avec le temps, d'envoyer à Heidelberg les deux pour M" Fabrice' et Spanheim; mais, comme je dis, s'il ne m'en vient point, la personne qui est chargée des vingtcinq exemplaires s'en aquillera selon vos désirs.

Cependant, Monsieur, je vous dois un remerciment bien humble du souvenir que vous avés eu de moy en celte distribution et de l'intention que vous avés eue que mon cabinet fust paré d'un si riche pre'sent, et, quand je ne le recevrois jamais , je le tiens pour receu. Vous vous moqués au reste de me faire des excuses de la commission que vous m'avés donnée et cette cérémonie me feroit douter que vous ne me creussiés pas îHitniit vostre ami et votre serviteur que je le suis, de quoy j'aurois un grand sujet de me plaindre.

Je vous demande mille baise-mains pour

tous nos illustres de delà et un compliment particulier à M"^ Hailey pour la communication qu'il a voulu que j'eusse des beaux vers qu'on l'a obligé de faire pour la réception de îd' de Bayeux en son diocèse \ M' son cousin luy mandera le sentiment que j'en ay et l'estime que j'en fais.

Je liazarde cette response à la poste et appréhende qu'elle n'aille pas jusqu'à vous, faute d'une précise suscription. La première fois que vous m'honnorerés des vostres. je vous prie de me la bien articuler.

Je suis en peine du dialogue et de l'ectype que vous avés confiée à Nr de Saint- Victor ^ et qui ne me les a point fait rendre. Je ne scay mesme qui il est ni où il loge, ce qui m'empesche de faire mes diligences pour les retirer de ses mains. Ecrives luy de grâce l'inquiétude oîi j'en suis et faites qu'il me les remette.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xv octobre 1661'.

' Vincent Fabricius , né à Hambourg en 161a, mourut à Varsovie en 1667. On imprima de lui des poésies latines en i63a. Ses œuvres complètes parurent en i685 par les soins de son fiis, Frédéric Fabricius.

- C'était François de Nesmond, qui siégea d'août 1661 à juin 1715.

■' C'est-à-dire, comme on le voit dons une autre lettre à Huet, au prieur de Saint-Victor.

* Le 17 octobre. Chapelain (f 228) se plaint à Heinsius de son long silence. rJ'avois bien préveu que cette résidence seroit la mort de nostre commerce. . . J'espérois au moins que de temps en temps vous me consoleriés. . . par quelques-unes de vos lettres. n II lui dit que sur six exemplaires en blanc de son Ovide [c'est-à-dire sans hommage de l'auteur], il en a donné, à tout événement, un au marquis de Montauzier, ajoutant : «A propos de cet illustre ami , je ne vous dois pas taire que le Roy a choisi pour gouvernante des enfaiis de France M"'° la Marquise, sa femme, cette vertueuse et habile dame du bon accueil de laquelle vous avés tant de sujet de vous louer. Celte

élection a resjouy tous les gens de bien de ce royaume, comme faille de la personne qui sans contredit en esloil le plus digne, quoyqu"un tel honneur n'ait pas apporté la moindre enfleure à un esprit aussi sage et aussi modéré que le sien. . . M' Bigot est de retour d'Italie depuis quinze jours et m'a fort enquis de vous... C'est lousjours le mesme studieux et ie mesme homme de bien que vous l'avés connu.. . v Le lendemain, Chapelain, envoyant à Huygens deux exemplaires du De ojjtimo génère interpretandi , un pour iui, lui pour Vossius, les lui recommande ainsi (f° 226 ) : rje n'oserois vous dire combien exquis est ce présent ni avec quelle solidité de doctrine et avec quelle délicatesse de stile l'ouvrage est escrit, de peur de vous donner trop d'impatience de le voir. Je ne puis m'empescher pourtant de vous avertir qu'on n'a encore rien veu de si beau ni de si bon en ce genre, et que cette pièce ne sera pas moins agréable qu'utile au public, n Chapelain donne à son correspondant divers détails sur M"' de Monmor, sur un enfant qu'il a eu le malheur de perdre . sur la grave maladie de sa femme, ff ce qui avoit

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

A M. HUET

CENTanOMMB S0RM4SD ,

-Monsieur, en recevant vostre lettre du xxiiii de ce mois, j'ay exécuté ce que vous m'y aviés prescrit touchant ces deux exemplaires pour Hambourg. M' de Segrais les eut à l'instant avec un billet de moy qui luy expliquoit vostre volonté là dessus. Zélé comme il est pour tout ce qui vous i-egarde, il ne faut pas demander si vous serés servi à souhait.

Je vous félicite de l'accomplissement de celte épistre horatienne, et je seray ravi de la voir avec sa broderie et ses ajustemens. ^ous faites tort à mon jugement de le craindre de ce costé-là , mais c'est une façon et non pas une vérité. Il suffit qu'en ce genre narratif, vous ayés évité les descriptions des lieux , lesquels il ne faut marquer que

du doigt et par quelque épithète qui les dislingue les uns des autres et qui marque l'érudition de l'escrivain. et vous y avés pris le bon parti d'y appuyer sur les mœurs de ceux qui les habitent et sur les rencontres de la fortune comme les vrays ornemens de cette sorte de composition.

Quant à la seconde épistre que vous me proposés, dont le sujet seroit les divisions et les réconciliations \ elle seroit sans doute plus morale et plus solide , et vous vous en fériés d'autant plus d'honnem- que vous auriés moins d'exemple à imiter. Ce qui m'y embarasse un peu, c'est que je m'imagine quelle penchera fort sur le grave et que le sel et les agrémens n'y trouveront pas leur place si aisément. Toulesfois entre vos mains tout peut fleurir, et je vous demande pardon de uion scrupule. Faites-la donc, Monsieur, cependant que la veine est ouverte et qu'elle coule naturellement. Mais par la relation que sa matière a au desplaisir que m'a ap-

suspendu les exercices académiques que l'on n'a pas encore repris. Depuis, M""' sa femme s'eslant guérie. M'"" la Mareschalle d'Estrécs, sa sœur, est morte et la douleur ne sort point de chés luy.n Passant à d'autres sujets. Chapelain parle ainsi à son correspondant du géomètre Bernard Frenide de Bessy, qui mourut membre de r.\cad(imie des sciences en 1670 : «Quoyque vous jugiés des Observations de M' Frenicle sur vostre système, vous devés croire au moins qu'il les a failles sans jalousie et sans venin, estant un des plus candides et des moins chicaneurs hommes du monde. ?) Parlant à Huygens des deux exemplaires du traité de Huel destinés à la reine Christine et à Lambecius de Hambourg, il ajoute : «Je vous prie de sçavoir de M' \'ossius si je les luy puis addresser pour les leur faire tenir, et s'il a conservé assés d'habitude avec cette Reyne et avec ce grand lettré pour cela. En ce cas, je ne \oy point de meilleure entremise pour cet otDce que la sienne." Voici le compUment final et ce que j'appellerai le bouquet : rll n'y a rien de rare el do nouveau qu'on ne se doive promettre d'un

génie comme le vostre , né pour tout ce que les spéculations mathématiques el astronomiques peuvent produire de plus élevé et de plus merveilleux.') Le 9-2 octobre. Chapelain (f aaô v°) donne à Iluet ces petites nouvelles: ttOn m'a enfin apporté les exemplaires assés à temps, con)me je l'espère, pour en envoyer deux en Hollande à -M" Huggens et à M' Vossius par la courtoisie de M' nostre Ambassadeur qui retourne en ce paislà dans deux ou trois jours.-' 11 ajoute qu'il n'a pu envoyer à la reine Christine l'exemplaire qui lui était destiné «parce qu'il n'y auroit eu aucune bienséance de faire présenter l'ouvrage à cette princesse, sans eslre relié et mesme superbement, et sans une lettre de vous, digne de vous et d'elle. <! Chapelain insiste sur l'obligation d'écrire celle lettre qui doit r eslre pleine d'enceus"?. Il entretient ensuite son correspondant du comte Toll, «ambassadeur de Suède en ceste Cour?.

' Huet , à la fois ami de Chapelain et de Ménage, aurait voulu, par son épître, rapprocher les deux adversaires.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

porté la mesconnoissance de l'homme que vous sçave's et au scandale que sa re'volte a causé dans le monde , vous jugés bien que nos interests ne peuvent estre traitlés d'égal et que ce n'est pas un procès à en faire une cotte mau-taillée '. Ce n'est pas que j'aye eu ni que j'aye encore aucun ressentiment contre lu y, ni que je me sente aucune haine pour sa personne, et Dieu ra'envoye le mal que je luy veux ! C'est seulement que je le connois incapable de ie reconnoistre et que la honte qu'il a de s'estre tant oublié ne luy sçauroit permettre de me faire satisfaction de l'ingratitude qu'il a monstrée à l'amitié dont jel'avois comblé, sans quoyje ne puis le recevoir avec honneur ni avec seurelé, si bien. Monsieur, qu'à moins d'une addresse comme la vostre, cette estoffe ne sçauroit estre employée et cette maladie pour tout autre seroit un noble [ ] *. Comme

vous estes fort juste et fort industrieux, les tempéramens nécessaires ne vous y manqueront pas.

Je viens à vostre élégie que j'ay consignée selon vos ordres à M' de Segrais avec mes avis dessus, comme il vous l'aura mandé. Encore un coup il n'y a rien de si

élégiaque, de si affectueux, de si coulant, de si élégant. Je n'y ay pas trouvé à redire la liberté de l'amour à la manière ancienne '\ parce qu'elle estoit escritte en langue ancienne, ce qui la peut mettre à couvert de tout blasme, et qu'elle estoit faitte pour les hommes sçavans et non pas pour les femmes ignorantes. Ce que j'y ay remarqué comme moins bien , c'est cette espèce de contradiction qui paroist entre les vers qui protestent vostre modestie et ceux qui disent presque nettement que vous avés obtenu les dernières faveurs. Je suis bien aise que vous ayés des authorités de videalur, de polUcitum et promtssum au singulier dont je doutois.

Les corrections que nostre ami m'a communiquées et qui ont esté faites pour despaïser l'aventure ne m'ont pas persuadé que vous y deussiés rien change)-. Si vous estes conseillé néanlnioins de les substituer aux vers qui marquoient le païs, prenés garde à ce tarde Jluenla qui ne convient pas avec la rapidité du Tibre, lequel d'ailleurs estoit un fleuve fort trouble " et mal propre à attirer les gens dans ses bords. M"^ de Brieux m'en a demandé des nouvelles, comme d'une pièce antique trouvée en Hon-

1 M. Liltré cite, sous le mot cote, cette phrase de ï Histoire universelle d'Agrippa d'Âubigné : r.Cela fit faire une cotte mo- taillée de capitulation,)) et il ajoute : «Dans d'Aubigné, cotte motaillée est pour cotte mal taillée; mal, dans ces sortes de compositions, se prononçant mau , comme dans mau-clei-c (mal-clerc).-) Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux donnent, au sujet de cette locution , les explications suivantes : «On dit dans le langage commun et ordinaire : Faire une cotte mal taillée, pour dire arrêter un compte, en rabalant quelque chose de part et d'autre, et sans l'examiner exactement. Cette expression vient de l'usage où l'on était autrefois, et où Ton est encore aujourd'hui dans quelques endroits, de marquer la quantité des fournitures que Ton achète à crédit sur des

tailles, c'est-à-dire un morceau de bois fendu en deux, dont chacun garde une moitié. Quand les entailles faites avec le couteau sur ces deux parties que l'on rapproche l'une de l'autre ne se rapportent pas, on dit que c'est une cote mal taillée. r>

- Lacune dans le manuscrit que je n'ai pas osé remphr, n'étant pas assez sûr d'avoir deviné le mot absent.

3 Rappelons ici que Huet était alors un jeune homme de trente ans et que ce fut seulement à l'âge de quarante-six ans qu'il prit l'habit ecclésiastique.

* Chapelain aurait pu rappeler ce qu'a dit le poète des flots rougeâlres du Tibre : trFlavum Tihcrim-) (Quinti Horatii Flacci Carminum hh.l, ode u).

CHAPELAI.N-.

LETTRES DE JEAN' CHAPELAIN

grie. par où jay veu que vous luy eu aviés fait une malice agréable pour vous divertir '. Je luy respondray là dessus au premier jour, car aujourd'huy je suis après les beaux vers de M' Halley destinés à l'entrée de M' de Baveux et qui pressent davantage.

^'ous me faitles des excuses dont je rougis. 11 ne faut Iraitter ainsi avec un homme qui vous estime et ayme extrêmement. Croyés bien que vous ne sçauriés jamais abuser. .Monsieur, de vostre, etc.

De Paris, ce ïxviii octiibre iGGi.

À M. DE BP.IELX,

CONSEILLEE tC PinLEMENT DE IIETZ .

À CAE.N.

Monsieur, si vous avés eu des maladies cette mallieureuse année, jay eu des maladies et des morts de mes proches qui m'ont esté très sensibles et dont la philosophie aura de la peine à me consoler, le sang, la vertu, l'amitié se meslant dans ce désastre pour en augmenter lamertume et pour ra'afiliger avec plus de fondement. Je n"en murmure pas néanmoins, et sousmets ma douleur aux ordres de la Providence qui a un droit naturel sur nous et sur ce qui nous appartient. Elle nous soulagera quand il luy plaira et par les voyes qui luy seront agréables. Attendons cette grâce sans impatience, et croyons, en l'attendant, que si nous souffrons, c'est par sa conduitte et que nos maux nous sont envoyés par e'ie, ou pour la satisfaire de nos offenses passées, ou pour nous mériter des biens à venir. Mais je ne songe pas que je vous escris une

îettie, et que le ton que je prens n'est pas de ce stile-là.

Je vous plains du trouble que vous avés receu de ces maladies et de ce qu'elles ont Aiit avorter la joye que vous vous promeltiés des visites de vos sçavans amis. Je plains fort aussi ces Messieurs qui ont esprouvé en eux la mauvaise influence et qui ne sont pas encore convalesceus. Vous m'obligerés de leur tesmoigner la part que j'y prends. Nous avons icy M' Bardou ' qui en porte encore les manjues, mais qui, non plus que M' Huet, ne laisse pas de faire en cet estat-là des vers fort sains et fort beaux.

M' Bochart estoit trop nécessaire au public en toutes manières pour faire que Dieu ne le préservast pas de la commune calamité. Je me resjcuis de sa santé et du progrès de son impression" et je vous seray bien redevable que vous le luy faciès sça- Yoir, la première fois que vous luy donnerés de vos nouvelles. J'estime, au reste, beaucoup plus la candeur avec laquelle il vous a déclaré qu'il nestoit pas aussi fort en ai'abe qu'aux autres langues anciennes, que je n'aurois fait l'explication de l'ectype que je luy avois fait demander, quand elle auroit passe toutes les autres, comme je l'avois prétendu pour sa gloire.

M. Vattier ressentira exirêmemeut la seconde tentative que vous avés fait auprès de M' Le Conteur pour l'édition de son Avicenne, encore que vos oUices n'ayont pas le succès que vous eussiés désiré.

Eutre les livres qui vous sont allés consoler dans vostre solitude, coluy du concile de Florence est le plus considérable. Pour l'élégie, quelque excellente qu'elle soit, et

' Malice qui , comme Chapelain va le rappeler d.iiis la lettre suivante, ressemble quelque peu au tour joué par Muret à Joseph Scaliger à l'occasion de prétendus vers de l'antiquité forgé-s par Afuret iui-ménie.

- Je ne trouve le nom de ce poêle ni dans le Dictionnaire de Moréri , ni dans les Jugemens des savans de Baillet, ni dans les Mémoirex de Huel.

^ L'impression du Hierozoicon, ouvrage déjà mentionné.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

certes elle ne le sçaiiroit estre davantage, je ne la conte pas entre les livres, mais entre les jeux d'esprit dont vos amis de delà ont voulu faire une pièce pour vous divertir et pour vous séparer de tant d'objets funestes '. Mais il y a apparence qu'en vous faisant cette pièce, ils n'ont pas eu intention ou du moins espérance de vous la faire croire un ouvrage ancien. Autrement ils n'y auroient pas laisse' les nymphes Oleindes et ces autres vestiges modernes qui ne descouvroient que troji que le Poëte estoit récent et mesme du pais. M' de Balzac surprit bien plus efficacement M' le marquis de Montauzier par ce fragment de satyre qu'il luy escrivit d'avoir trouvé dans un vieux manuscrit à Limoges, car quoyque jassurasse à nostre illustre ami que c'estoit une supposition ambitieuse comme celfe de Muret à Scaliger, les vers luy en semblèrent si fort du bon siècle, qu'il se moquoit de ma sagacité et nen fut bien convaincu que quand l'autheur i"in)prima parmi ses poésies latines, sous ce titre : Ficlum pro antiquo ", et je vous diray

comme original en cette partie qu'outre le plaisir cp.i'il attendoit du jugement avantageux qu'on en devoit faire sur le pied d'ouvrage ancien, il avoit eu encore une autre raison de s'en servir en composant la pièce qui, selon la vérité', avoit esté conceue par luy dans le désir de se venger seuremenl du })remier ministre d'alors, qui ou ne luy avoit pas tenu parole pour son avancement aux dignités ecclésiastiques, ou n'avoit pas continué à favoriser la réputation de ses escrits \ Je vous ay bien voulu descouvrir ce mystère, dont vous userés, s'il vous plaist, selon vostre ordinaire discrétion.

M"^ le président de Lormis n'est point icy que je sache, et puisque nous ne le possédons point, je suis marri que vous l'ayés perdu. Quand nous le verrons, je luy feray une grande commejnoralion de vous * et luy diray bien avec quelle inquiétude vous me demandés d'eslre informé de luy.

Voilà une longue despesclie, mais c'est pour longtemps et ne craignes pas que je

* L'élcgie de Ifiiet dont il a été question dans la lettre précédi'nlc.

- C'est la pièce intitulée : ImUgnalio in poetas Neronianorum temporum ad nohilissimum Sammauranum , MontospHi marchionem. Majon's operis fragnirnliim {Les Œuvres Je M. de Balzac, édition de i665, t. II, dans le Joan. Lud. Guezii Balzacii carminum liber tertius, à la fin du vol., p. 38 et 39). M. Paulin Paris {Les historicités de Tallemant des Réaux, t. IV, p. 111 ) parle ainsi de cette pièce, qui parut, pour la première fois, dans les Joann. Ludov. Guezii Balzacii carinina (1600, in-4") : r, C'est là que se trouve Vlndignatio. . . si bien écrite et si énergiquomeni pensée que Burmann dans YAnthologia latinu, Wernsdorff, dans les Paelœ minores, le lAlaire. dans la Bibliothèque classique latine, Pankoucke dans la Bibliothèque latine française , et M. Msard dans ia Collection des auteurs latins, n'ont pas hésité à l'attribuer à Turnus, poète du siècle d'Au-

guste; tous ainsi, prenant au mot la fiction transparente du véritable auteur, Balzac, qui, disait il, avait tiré ce fragment d'un parchemin pourri en plusieurs endroits et à demi mangé de vieillesse. . . M. Rostain , clans ses Mathanasiennes , et M. Gerusez, dans une excellente notice sur Balzac, ne se sont pas laissé prendre à la même glu.';

* On avait bien soupçonné que Balzac, dans sa peinture de la tyrannie des plus mauvais temps de l'histoire romaine, avait voulu llétrir les abus de pouvoir du cardinal de Richelieu : mais la certitude manquait. L'importante révélation de Chapelain, le plus intime confident de Balzac, ne permettra pas de douter désormais du sens qu'il faut attribuer aux vers vengeurs de cette magnifique imprécation.

'' Commémoration, pour soiivenir, n'a giières été employé jamais que dans le langage théologique. M. Littré n'a cité aucun de nos écrivains, sous ce mot pris dans un sens profane.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vous expose tous les jours à une vexation pareille. Je couppe court et suis, Monsieur, vosfre , etc.

Do Paris , ce xxx octobre 1661'.

À M"^ LA MARQUISE DE SÉVIGNÉ

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