À SANTES
L'inquiétude que vous donne cette mnuditte affaire du surintendant est la marque
de la délicatesse de vostre honneur, et je n'y trouve rien à redire sinon que, selon moy, elle est sans fondement après ce que AI"' la marquise de Montauzier nous en a escrit à tous deux. Groyés moy, ce n'est pas une plastreuse ^ et il faut prendre au pied de la lettre ce qu'elle dit à ses amis dans les choses de l'importance de celle-cy, dans laquelle ce seroit trahii* que de desguiser. Je sçay bien quon a dit de vous comme des autres beaucoup de mal et de bien et à
' Le même jour, Cliapeiain (f 299) complimente Halley sur ses beaux vers pour le tombeau iJa comte de Solty et pour ies dialogues de M. Huet. Il lui dit : «Vous estes en ce genre le maistre de ceux qui y réussissent ie mieux, s Le (j novembre, Chapelain écrit (f" 23o) à M. de Vaufoussard, gentilhomme angevin, à la Flèche : ^ Monsieur, en m'apprenant la mort du R. P. Mam- ])run, vous m'avés donné la plus amère nouvelle que j'eusse pu recevoir, et causé la douleur qui me pouvoil eslre la plus sensible. Je me remellois à peine de celle que m'a apportée la perte de quelques-uns de mes proches qui m'estoient fort chers, lorsque celle-cy m'est survenue donl il sera malaisé que je me remette bien jamais. Vous qui connoissiés si bien le mérite de ce grand homme et qui sçaviés aussi que je ne l'ignorois pas, vous n'aurés pas de peine à me croire 1res alïligé de l'avoir perdu. . .n Le lendemain , Chapelain (f° 281 ) écrit en ces termes à Huet : ffCe tut de la propre main de M' de Segrais que je receus vostre dernière lettre, et l'épislre horalienne que vous me voulés faire l'honneur de m'addresser. Je l'ay leùe et releùe avec attention el j'ay admiré que vous ayés pu garder lant de politesse parmi tant de barbarie, j'enlens parmi des noms de pais qui s'accommodent si mal à l'élégance latine, dont cet ouvrage cy m'a semblé un chef-d'œuvre en son genre, non moins que vostre élégie, n Après avoir soumis à son correspondant quelques observations et corrections. Chapelain, répondant à ce vers de Huet, Et longam sermonc viam narrarc pedeslri ,
tombal ainsi ses scrupules : irNe craignes point
la prohxité. Le Chancelier de l'Hospital sera vostre garant, luy qui a fait une si longue épistre de son voyage en Piémont à la suitte de M"^ Marguerite de France, duchesse de Savoye, lorsqu'elle y alloit trouver son espoux. Pour ce qui est de l'autre dessein , je gouste vostre avis et il vaut mieux vous apphquer à quelque autre matière que celle-là oîi vous ne pourries nie faire justice [au sujet de la querelle avec Ménage] sans perdre le plus dangereux [c'est-à-dire le plus facile à perdre] de vos amis, f La pièce dédiée à Chapelain est une idylle qui, dans le recueil déjà cité de 1709 {Pctri Danielis Huetii, episcopi Abi-incemis, carmina ) porte le n" 3 et est intitulée : lier Sueciatm, voyage en Suède (T' ûS-Sg). La dédicace (f ^7) débute ainsi :
Dulria Dohilibus dum dividis olia curis, Claraque Diagnaainia; commillis facta puellx, Postera mensnrij quoiidam per sœcula chartis , El numcris diviuam xquas, Capclane, Maroncni.
Voir, à ce sujet, les Métnoires de Daniel Huet, traduction de M. Ch. Nisard, p. 106.
^ Savait-on que M°" de Sévigné était à Nantes en novembre 1661 ? Nous n'avons, dans sa correspondance, aucune lettre entre celle qu'elle écrivit à Ménage le 39 octobre 1661 et celle qu'elle écrivit à Pompone en novembre i66i. Le baron ^^'alckenaer, dans ses Mànoires sur Madame de Sévigné, et M. P. Mesnard, dans sa Notice biographique, n'ont rien dit du séjour de leur héroïne à Nantes à la fin de l'automne de 1661.
^ M. Littré, sous \es mois pldlreur, plâtreuse , qu'il définit ainsi : Celui, celle qui invente, replâtre, n'a cité que la présente phrase de Chapelain.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
charge et à descharge, mais il y a dans le monde force mesdisans volontaires et quelques amis officieux qui inventent en attaquant et en défendant, les uns pour nuire, les autres pour servir. Les sages ne s'arrestent ni aux uns ni aux autres que sous Ijonne caution, de peur de s'affliger ou de se consoler en vain. J'ay peur que ceux qui vous escrivent sur cela ne soient des personnes crédules , des gens plus affectionnés que prudens , qui , pensant vous bien prouver leur zèle, vous remplissent l'esprit de bruits de la basse cour, et qui ne sont bons qu'à vous donner un faux trouble ou un faux repos. Nostre amie n'est pas de ce mondelà et il s'en faut tenir précisément à ce qu'elle mande, parce qu'elle est aussi sincère qu'éclaii'ée et que la dernière chose qu'elle feroit seroit de gauchir ou de flalter. Je croy donc ce qu'elle vous a escrit et je vous conseille de le croire d'autant plus que vous avés de quoy vous en contenter. C'est un grand point que la Reyne luy ait juré que vous n'aviés point esté nommée parmi les autres' et cela doit estre véritable à Tesgard du Roy qui ne l'auroit pas teu à sa mère si on av oit trouvé de
vos lettres ou si on en avoit trouvé qui fussent sujettes à interprétation. Que si la Reyne l'eust voulu dissimuler à M""° de Montauzier, elle ne se fust pas engagée à demander au Roy s'il s'y en estoil trouvé des vostres.
Je sçay bien que vous ne les demandés point, mais je me souviens bien que vous avés désiré de nostre amie qu'elle la priast, puisqu'elle les avoit, de dire à tout le monde ce qu'elle y avoit veu. Ainsi donc sa response vous est très favorable , puisqu'elle a respondu qu'elle n'en avoit point veu et moins encore ouy dire qu'il s'y en fust rencontré. C'est peut-estre vostre prière qui a esté cause que la Reyne a sceu qu'il y en pou voit avoir. Calmés -vous là -dessus et croy es que tout le monde vous a mandé des chansons , horsmis elle. Quand je la verray, je feray l'office pour le remerciraent du sien. Mais quand la verray-je? L'enfant est venu^ et la retient à Fontainebleau où je n'iray assurément pas. J'ay impatience de vostre retour pour achever de vous fortifier et de dissiper dans vostre esprit tous ces fascheux niiages.
De Paris, ce vu novembre iCGi^.
1 On ignorait, ce me semble, tous ces détails qui complètent si bien ceux qui ont été donnés par Bussy-Rabutin dans ses Mémoires et que M. Paul Mesnard (p. 70) résume ainsi : «Bien des gens encore ne sauraient trop que croire, si le témoin qu'entre tous sa malignité rendait singulièrement propre à délivrer des brevets d'innocence, Bussy, ne venait à point, cette fois encore, pour écarter jusqu'au moindre nuage. Ayant eu quoique inquiétude au sujet d'une lettre qu'il avait lui-même écrite autrefois à Fouquet, pour lui promettre de lui vendre sa charge de mestre de camp général de ia cavalerie , il était allé voir ie ministre le Teilier et s'expliquer sur ses relations avec le surintendant.il profita de l'occasion de cet entretien pour satisfaire sa curiosité sur les prétendues lettres d'amour de .M'"" de Sé-
vigné trouvées dans les cassettes. Cela touchait à un problème où nous l'avons déjà vu porter ses investigations avec une ardeur toute particulière. Les éclaircissements donnés par le Teilier furent décisifs. Il répondit aux questions de Bussy que les lettres de M""' de Sévigné à Fouquet éloienl les plus honnêtes du monde et d'un caractère de plaisanterie, -n
- Le Dauphin était né le 1" novembre.
^ Le 1 1 novembre. Chapelain (faS.S v") s'excuse de ne pouvoir servir Tanneguy - Lcfebvre comme il l'aurait voulu : «Je mets au nombre des obligations que j'ay à vostre amitié la confiance que vous avés eue en ia mienne dans la vexation que vous appréhendés des asseyeurs de ia Taille en vos quartiers, et si vous vous estes trompé dans l'opinion de mon pouvoir en ce genre
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN À M. BERNIER
WEDECIH DU CRASD MOCOL ,