‹ Lettres. PubliéesChapitre 54 sur 309 · A AVIGNON · texte numérisé non relu

A AVIGNON

Monsieur, j'ay tardé à respondre à vos dernières pour ne te faire qu'après avoiireceu celles que vous me déviés envoyer pour M" Conrart, et je le fis aussitost qu'elles furent venues dans l'espérance qu'il y respondroit en mesme temps luy mesme quoyque tousjours fort incommodé de ses maux anciens qui depuis sept mois ne luy ont donné aucune sorte de relasche. Enfin néantmoins presque au milieu de la mort il y a satisfait et vous aurés ses lettres avec la mienne. Ces lettres seront apparemment les dernières qu'il escrira de sa vie, sa maladie s' estant rengregée^ si fort depuis dix ou douze jour? par une enfleure générale eî des douleurs internes si aigiies que ni luy ni nioy ne nous osons promettre qu'il les surmonte, car l'hydropisie est forniée et la nature alfoiblie par de si longues souffraiftes luy défaut et l'abandonne. Ainsi, Monsieur, la grâce que vostre illustre corps vient de luy faire et dont il a eu un si grand ressentiment ne servira qu'à le faire sortir du monde avec plus de gloire d'avoir esté fait un de ses membres . et avec plus de regret de n'avoir pas eu le temps de reconnoistre cette faveur par ses

' Charler Ogier, secrétaire de Claude de Mesmes, comte d'Avaux, l'avait accompagné en Pologne, en Suède, en Danemark. 11 était mort ie 1 1 août i654 , et le récit de ses voyages {Iter Daiiicum, Suecicum, Polonicum) parut deux ans après sa mort (Paris, i656, in-8'). Voir sur cot écrivain une lettre où Balzac l'appelle spirituellement Ogier le Danois, à cause de son séjour en Danemark [Mélanges historiques de 1878, p. 609).

2 L'auteur de ces libres traductions, que l'on surnomma si justement les belles infidèles, ne pouvait guère se dispenser de prolester contre le rigoureux système, diamétralement opposé au sien , de l'auteur du De optimo génère interprelimdi.

^ Nous avons déjà vu que le marquis de Montauzier fut reçu chevalier de l'ordre du Saint- Esprit le 1" janvier 1662.

* Augmenter, empirer. Le Dictionnaire de Trévoux cite, sous ce mot, les deux vers de Régnier '■ Ma douleur se rengrège, et mon cruel martyre S'augmente et devient pire.

Voir dans le Dictionnaire de M. Littré, avec cette même citation, une citation d'Amyot et unt citatian de Montaigne. L'expression se retrouve dans les OEuvres de Guillaume de Saluste , sieur du Bartas, et aussi dans les Sonnets exolériques d'un autre Gascon, Gérard-Marie Imbcrt (édition de 1872, p. 27).

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services et par ses respects '. Dieu vueille que nous soyons trompe's dans le désespoir où nous sommes de sa guérison, et qu'il revive pour le bien public aussi bien que pournoslre consolation, car il ne peut perdre le jour qu'en privant la société civile d'un de ses principaux ornemens, soit en

vertu, soit en esprit, soit en hmneur officieuse et utile à tous ceux qui recouroient à sa générosité dans leurs besoins. J"en ay le cœur trop serré pour vous en pouvoir dire davantage. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxx décembre 1661^.

' Chnpebin prononçait beaucoup trop tôt l'oraison funèbre de son confrère et ami. Conrart ne mourut que quatorze ans plus tard , le 28 septembre 1676.

* Le 3i décembre, Chapelain (^267 v") annonce à M. de Medon , son correspondant toulousain, l'envoi de YChide de Nicolas Heinsius : cPour l'exemplaire de ce poêle que j'avois pour vous, voyant que je n'avois point de vos nouvelles el trouvant M. Durtaut, advocat de vosire ville, qui s'en rctournoit vers vous, j'ay usé de sa courtoisie qui m'a esté ménagée par M' Doujat, professeur en droit canon, pour vous le faire tenir en main propre. n Chapelain ajoute: tf Quand le Père Kirker vous aura envoyé son explication de l'Ectype, vous nous en ferés part, s'il vous plaist.» Le 1" janvier 166a, Chapelain complimente (f a68) le marquis de Saint-Flourel de Bellenave sur son slyle et sur son érudition. Le gonlilhomme auvergnat lui avait envoyé un travail archéologique «d'une grande variété de sçavoir et d'une curieuse recherche sur celle matière à faire honle aux plus habiles en numismes et médailles.» Le 7 du même mois, comme M. de Roquemartine avait apporté à Chapelain, pour qu'il l'examinât et le corrigeât, «un gros rouleau de vers,n de la part du comte de Modène, le critique écrivit à ce dernier (f' 269 v'') qu'une telle mission a fait rpeur à un homme qui a beaucoup d'années , une très longue besogne entre les mains. . . et la plus mauvaise santé du monde dans la ville de distraction 011 l'on vit le moins à soy. Je me vis tenté par toutes ces considérations de m'excuser de ce qu'il me demandoit, croyant d'ailleurs par vostre silence que vous ne passionniés pas trop cela, et ne voyant point non plus d'engagement qui m'obligeast à m'endosser cette charge au préjudice de mes occupations forcées. 55 Chapelain se décida pourtant

à s'occuper de la revision du poème des Larmes de la Pénitente: «A^ous verres, continue-t-il, par les fréquentes remarques que j'y fis aux marges, si j'y apportay plus d'attention que Testât où j'estois [maladie] me le permelloit. Vous vous apercevrés par mes observations du temps que j'y ay donné. Je vous diray seulement que je n'ay de ma vie entrepris pour mes plus particuliers amis de travail d'une telle estendiie, ni qu'aucun d'eux ne m'en a recherché, afin que si vous ne me scavés gré des avis que je vous y ay donnés peut estre mauvais et à ne pas suyvre, vous me le sçachiés au moins de m'estre mis en devoir de vous en donner de profitables el de bons. Ce que je juge en gros de vosire poésie. Monsieur, c'est que vousavés du feu et de l'élévation, que partout vous vous efforcés d'y porter vostre stile au point le plus sublime, et que souvent vous y arrivés; qu'il y a beaucoup de vos stances qui ne se peuvent faire meilleures, et des tours de vers qu'on ne sçauroit souhaiter plus beaux. Vous y avés toutcsfois laissé couler en plusieurs endroits de certaines négligences de versification qui ne semblent pas estre d'un homme qui l'a si belle. ..n — Le 13 janvier, Chapelain (P 971) entretient M. de Grentemcsnil du «poème grec que vous a inspiré la naissance de M^"^ le Daufin. . . J'opine donc absolument à ce qu'il paroisse pour la gloire du Prince aussi bien que pour la vostre. . . Dans un recueil de toutes les compositions de prose el de vers qui ont esté veiies en toutes les trois langues sur un sujet si noble, cette pièce cy y éclateroit tanquam inter ipies Imia minores, et les autres ne luy serviroient que de lustre.» Deux jours plus tard, Chapelain revient en ces termes, dans une lettre à Hucl (1^ 271 v°), d'abord sur le comte de ïott et ensuite sur la mystification poétique dont Moisant de Brieux avait été dupe: «Je n'ay point ouy parler de luy depuis ce temps

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cvm.

À M. nEL\SIUS,

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