À M. GIRARD
AKCHIDUr.BE ET OFFICIAL DUNGOULKSME , À ANGOULESME.
Monsieur, la funeste nouvelle de la mort de M' vostre frère ' nous trouva M'' Conrart et moy tous deux malades et ne contribua pas peu à empirer son mal et le mien. Ce fut un coup fatal pour nous qui avions une passion si ardente pour sa vertu et tant d'assurances de son amitié, et nous en demeurasmes estourdis à tel point que nous n'avons peu, depuis un si grand accident, vous en tesmoigner nostre extrême douleur, ni la part tout entière que nous avons prise en la vostre. Je le fais à cette heure, Monsieur, et je ne m'efforceray point pour vous la faire croire, à vous, dis-je, qui sçavés ce que nous perdons en luy et la profession ancienne que nbus faisons de ne nietlre pas de différence entre vos interests et les noslres. Je vous parle en son nom et au mien , parce que son indis[position] l'ayant mis à l'extrémité l'a réduit en un estât non seulement à ne pouvoir escrire, mais encore à ne pouvoir que malaisément parler.
Vous recevrés, s'il vous plaist, ses sentimens avec les miens et croirés que jusqu'à
temps le cardinal de Retz. Nous avons rappelé (t. I") que ce fut lui qui donna Ménage au coadjuleur de rarcbevêque de Paris lorsqu'il forma sa maison. Chapelain adressa, vers i6i6, au coadjuteur le Dialogue sur la lecture des vieux romans. Tout le monde connaît le certificat d'esprit délivré à l'auleur de la Pucel(e par l'homme le plus compétent du monde à cet égard {Mémoires, édition Hachette, 1. 1", p. ^S-'i)- ' On ne connaissait pas la date de la mort de Guillaume Girard, l'ancien secrétaire et le biographe du premier duc d'Epernon. On saura désormais qu'il disparut de ce monde à la fin do février ou tout au commencement de mars 16^9.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sa mort il ne sera pas moins à vous que je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xiii mars 1662.
À M. SAMUEL TE>>UYL',
HOLLASDOIS, À DEVEMEfi.
Monsieur, par vostre lettre du xxvii de février que je receus hier, j'ay veu que vous avie's receu la mienne, et il m'a esté fort doux d'y voir que le soin que j'avois pris de faire tenir à M' de Valois * un paquet vous avoit pieu. Je vous puis assurer que de son costé il m'en a fait des civilités fort grandes dans la satisfaction de voir entre ses mains par vostre diligence ces Diverses leçons de l'histoire ecclésiastique de Théodoret et de Sozomène, etc. ^ Ainsi je me trouve surpayé de ce petit office que je vous ay rendu à l'un et à l'autre et également content de tous deux.
Mais, pour n'en demeurer pas là, vous >'oyant désirer de sçavoir ce que M' Hardi , conseiller au Chaslelet, prélendoit faire touchant fédition de l'ouvrage de Héron* 'srspi ys(t)fxévciûv, je le fus voir dès l'après-disnée et luy fis sentir que vous luy vouliés rendre ce respect de ne courre pas sur son marché , s'il avoit dessein de le publier, à quoy il me i-espondit que cet ouvrage n'estoit pas compris entre ceux qu'il vouloit donner de cet autheur avec plusieurs autres d'OrifanesS Pappus*, etc., qui avoient traitté des machines, dont toutes les traductions estoient prestes et les planches des figures gravées au nombre de près de quatre cens, mais que quand il en feroit partie, il ne laisseroit pas non seulement d'agréer que vous le donnassiés, mais encore de vous y exciter pour futilité publique. Vous estes donc en pleine liberté pour cela. Il m'adjousta que si vous le faisiés, il importoit que vous vissiés Texemplaire manuscrit
' Il a été question de ce beau-frère de Gronovius dans la lettre LXIII du présent volume, p. 80. Tennuyl (en latin Tennulius) s'occupait surtout des matliématiciens grecs. M. Th.-Henri Martin, membre de i'inslilut, consulté par moi sur cet érudit , a bien voulu m'apprendre qu'il fut l'éditeur du Commentaire du philosophe Jambbque sur l'Arithmétique de Nicomaqne de Gérase.
- Henri de Valois , l'un des plus savants hommes du xvii" siècle, naquit à Paris le 10 septembre i6o3 et y mourut le 7 mai 1676. Cet historiographe de France (1660), bien différent de son frère Adrien, l'auteur de Gesta Francurum et de Notifia Galliarum, ne s'occupa que de l'étude de l'antiquité.
^ Henri de Valois, après avoir pubbé en 1678 l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, évêque de Césarée, traduite en latin avec commentaires et dédiée au clergé de France, publia en 1678 l'Histoire de Socrate et de Sozomène et en 1686 l'histoire de Théodoret , également traduites en latin et annotées, le tout in-folio.
' Héron le Jeune, mathématicien de Constan-
linople, dans la première moitié du x* siècle, est auteur, dit M. Th.-Henri Martin dans le Dictionnaire général de biographie et d'histoire publié par MM. Dezobry et Bachelel, d'un traité des Machines de siège et d'une Géodésie, opuscules mal traduits en latin par Barocius (Venise, 1572 , in-li"). Voir pour plus de détails le beau travail du vénérable doyen de la faculté de Rennes sur la Vie et les Œuvres d'Héron d'Alexandrie et sur tous les tnathéinadciens grecs nommés Héron (Académie des inscriptions, Mef/iojVes des savants étrangers, volume in-i°).
^ J'ai vainement cherché partout le nom d'Orifanes, et M. Th.-Henri Martin lui-même, dont l'obligeance n'est pas moins grande que la science, n'a pu me donner aucun renseignement sur ce personnage.
'' Ce géomètre d'Alexandrie, qui \ivait vers la fin du i\' siècle , est surtout connu par ses Collections mathématiques. Le texte grec tant de fois promis de ce recueil vient d'être publié en Allemagne par M. Fr. Hultsch (3 vol. in-8°, 1876- 1878).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
qu'en avoit, ce me semble, M' Snellius \ qui devoit estre plus ample que ni le vostre ni le sien, comme il vous en avertit lorsque vous luy communiquastes icy vostre entreprise , afin que vous le puissiés donner plus parfait. Vous profiterés de l'avis selon vostre prudence.
J'ay esté bien aise d'apprendre que M' Gronovius, vostre beau-frère, eusl receu l'Ode de la Paix que je luy avois envoyée. Continués à l'assurer du cas que je fais de luy et du désir que j'aurois de luy pouvoir estre utile.
Si M' Bigot se fust rencontré à Rome quand
' Willebrord Snell de Royen , né à Leyde en 1091, fut, quoique mort bien jeune (à trentecinq ans) , un des plus grands mathématiciens de la Hollande.
- Dans une lettre à Huet, du lendemain, Chapelain (P 3oo v") discute certaines observations adressées aux vers de son ami par le P. Rapin, puis il lui donne communication du curieux petit chapitre d'histoire littéraire que voici: «Je viens à l'article de VAdone du cavalier ^Marin. L'exclamation de ce poète que vous avés oubliée est dans une de celles [c'est-à-dire des lettres] que IVr de Balzac m'a escrites, et qui sont imprimées en un volume particulier. L'occasion en fut que le voyant dans une fort raisonnable crainte que cet ouvrage , quand il i'auroit publié, ne fust batu en ruine par les Académies italiennes à cause de l'imperfection de son dessein qu'il n'excusoit que sur sa jeunesse et le peu de connoissance •qu'il avoit de l'Art lorsqu'il l'entreprit, je luy conseillay de chercher quelque couleur pour se couvrir de l'insulte qu'il appréhendoit. Il me dit qu'il avoit pensé de faire un parallèle de la poésie et de la peinture et d'essayer de se sauver par ce marais là. Comme cette escbappatoire me parut peu digne de luy, je l'exhortay à méditer quelque chose de plus solide, et sur ce qu'il me conjura d'y resver aussi, flalé de la conOance qu'il prenoit en moy, je ruminay si bien que je luy Irouvay l'expédient que vous aurés peu voir dans la Préface françoise de son poëme, qu'après luy avoir
vous y arrivastes, il vous eust facilité des entrées auprès des habiles de delà et dans les fameuses biblioteques ; mais vous n'y avés rien perdu, y ayant trouvé d'autres introducteurs aussi officieux qu'il eust peu estre.
Persévères dans vos vertueuses inclinations, faites valoir vos beaux talens, acquerés de la réputation par vos travaux , et croyés qu'il n'y a que cela qui soit vraysendilableraent solide et considérable dans la vie.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xvu mars 1662'.
exposé mon moyen, il voulut que je misse par escrit, ce qui fut fait dès l'année 1620 et imprimé peu de temps cnsuitte, avec une grande satisfaction du Cavalier quand il vit que les Italiens avoient traduit mon escrit en leur langue, et employé dans la première édition qu'ils firent de l'ouvrage à Venise. Mais pour revenir à l'exclamation , lorsque je luy exposay ce moyen , il en fut si surpris, si convaincu et si ravi que de transport il se leva dessus son siège et se promenant à grands pas dans la chambre il se mit à crier à haut de teste : 0 che bel molivo! 0 che bel molivo ! me remerciant comme si je l'eusse racheté de la galère et refusant de s'en servir autrement que sous mon nom pour payer, disoit-il, le mérite que j'y avois, en le plaçant à la teste de l'ouvrage. C'est ainsi que se passa cette affaire et la pudeur m'eust retenu de vous raconter ce détail , si vous ne m'y aviés obligé par vos instances.» Le 22 mars. Chapelain (f 802) donne de vifs éloges, dans une lettre à Heinsius, à la nouvelle copie des vers pour le Dauphin retouchés d'après ses conseils. Il se plaint ainsi de la Cour qui négbge les lettres: «A peine connoist-elle les françoises depuis que la dance, la chasse et les carrosels y occupent tous les cœurs et tous les esprits. Mais vous n'y perdes rien, et c'est elle qui y perd tout, et il l'en faudroit consoler si sua mala nossel.ti Après avoir refait l'éloge de Van Beuning, Chapelain continue ainsi : cSi M' Bigot ne s'en alloit. point cet esté en Normandie, son adresse ne
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A 3î. HUET,
CEMIIHOSIME NORMAND . À CAEN.
Monsieur, depuis rua dernière j'ay receu celles de M" de Grentemesnil et de Brieux qui ont appaise' mon inquiétude et justifié vostre soin et la fidélité' du courier. Je metlray en main propre la vostre à M"^ le marquis de Montauzier. et comme ce n'est pas une chose pressée, j'altendray de le pouvoir faire en un temps où j'aye moyen d'assaisonner vostre compliment de mon office , et d'obtenir qui! soit bien entendu de luy ; car de le luy envoyer dans une tiu^bulence de Cour et au milieu des embarras du Louvre, ce se-
roit en faire perdre la grâce et vous servir tous deux également mal. J'aurois souhaité que la suscription eust porté les titres de Gouverneur d'Angoumois et de Xaintonge et de chevalier des ordres du Roy. Cela eust esté plus régulier, plus respectueux et plus complet. Mais c'est un philosophe qui n'est ni formaliste ni vam , et je luy en feray passer l'omission pour une candeur qui va au solide et qui ne croit pas que ces qualités adjoustenl beaucoup à ce qu'il est et à ce qu'il vaut. Je luy en parleray au moins de ce ton là. si je m'apperçois qu'il luy en demeure quelque scrupule.
Selon ce que vous me dites de ce livre d'Okin ', l'afl'aire tirera de longue et peut estre n'aura point d'effet, car l'ami du vostre
seroit pas mauvaise au cloistre Nostre-Dame chés l'abbé Par/ait, chanoine de la cathédrale de Paris. . . Il y a cinq ou six mois que je vous donnay avis qu'ayant parlé à M' Lentin de la peine où vous euliés pour cette Vie de M' de Saumaise que faisoit W de la Mare, et dans laquelle vous aviés avis que vostre père estoit maitrailté, il me respondit qu'elle n'esloit pas commencée, mais qu'on auroit grand égard à n'y rien mettre sur vos différens qui pust vous fascher tant soit peu, se contentant de ies narrer sans pancher de part ni d'autre. Je croy que cela se passera ainsi, W de la ^lare estant de vos amis et luy important d'en user de la sorte pour son honneur. ..n Chapelain dit à Ileinsiiis qu'il veri'ait avec plaisir les vers faits par lui pour se venger wdes insultes de M'^de Saumaise, qu'on m'a dit estre aussi élegansque véhemens. . .-^ 11 lui annonce qu'il lui adresse une copie des vers '-de nostre Delingendes?i sur l'exil d'Ovide, ajoutant : r Quand vous redonnerés ce poète, n'v joindrés vous point les six derniers livres des Fastes d'Ovide suppléés assés passablement par Moi'isot, advocat à Dijon? Je serois bien aise du moins d'en avoir vostre avis, si vous les avés v«us. ..1 Le 29 mars. Chapelain (f 3o3) l'crit à M. de Brieux : r Au reste, quelque accablé que je sois de mes propres travaux et quelque long que lust celuy que M' de Segrais m'a apporté à revoir
de voslre part, je n'ay pas laissé de m'y apphquer pour ne vous refuser pas ce service quoyque vous n'en eussiés pas besoin et que je sois le moindre de ceux à qui vous le pouviés demander. . . Tout ce que je n'ay point noté m'a passé pour bon et sans tache. Vostre addressée (sic) au lecteur est sensée et élégante et l'éloge de M'''" de la Luzerne très beau et très éloquent. Je vous dis la niesme chose des lettres qui le suyvent. Je suis bien aise que vous vous disposiés à publier, l'année prochaine, vos poésies latines et vos lettres et diatribes en ia même langue qui seront une agréable pasture pour ies sçavants et qui ne serviront pas peu à l'accroissement de vostre gloire. Après cela , vous le couronnerés par vos Origines , dont je vous avoue que j'ay bonne opinion veu la grandeur de vostre fonds et la sagacité de vostre esprit à les chercher et descouvrir dans leurs cachettes les plus reculées, sans que les Vossius ni les autres qui vous ont prévenu vous en doivent faire perdre l'envie. Au contraire leurs travaux serviront à grossir les vostres dans ies divers sujets que vous y trouvères de n'eslre pas de leur sentiment...') Chapelain annonce enfin à son correspondant que le mal de M' Conrart m'est plus si désespéré...»
' Bernardine Ochino. Voir plus liaut, lettre CXIll.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
pourra estre si occupé qu il prendra mal volontiers le temps et la peine d'en faire une description exacte qui vous puisse contenter et, quand il le voudroit, cela demanderoit une fort grande application. Que si vous attendes à luy faire la seconde prière, qu'il ait satisfait à la première, anmts crit et vous n'aurés pas encore tout ce que vous devés désirer. Je serois donc d'avis que, sans attendre sa response, vous luy fissie's escrire une nouvelle lettre qui i'obiigeast à luy en faire faire une copie entière. Ce seroit une grande descharge pour luy et il n'iroit que de l'attache d'un copiste ordinaire et le moins suffisant seroit le meilleur. Vous y aviserés.
Je suis bien aise que vous vous lenie's suffisamment informé de cette exclamation du Marin, et du sujet qui la iuy fit faire. Cestoit un bel esprit et un beau parleur, fort fin pour un Napolitain dans la langue toscane, mais de jugement il ne s'en piquoit pas, tesmoin ce qu'il me disoit un jour, en se vantant de son abondance, à comparaison de la stérilité du Tasse : il genio di Torqualo era VirgUiano, il mio è Ovidiano, me com-
paceio den aviar le materie '. Surtout il croyoit l'emporter dans le lyrique sur tous les poètes de son pais et en cela il ne se trompoit guères. Quoyqu'il fut riche de son fonds, et qu'il eust peu aisément payer de luymesnie, il ne laissoit pas d'emprunter et de voîer où il pouvoit, sans la moindre conscience du monde. Comme, un jour, en le louant d'érudition, je luy eus marqué plusieurs larcins faits par luy sur les Anciens qu'il n'entendoit pourtant pas trop bien, j'adjoustay qu'il n'espargnoit pas mesme les Modernes et qu'il avoit pris dans i'Idille de Pirame et de Thisbé" les propres paroles du début du poëme que Montemaior ' a composé de la mesme fable , à quoy il me respondit brusquement : Tu sei l'Apollo de miei fard'.
Pour son Adone, c'est une mer qui n'a ni fond ni rive et que jamais personne que Saint-Amnnd^ n'a pu courir entièrement, mais le détail en est riant et les descriptions délicieuses. C'est un ouvrage qui a fait des sectes en Italie et sur lequel l'Inquisition et les Académies ont prononcé. Le cavalier Stigliani , son ennemi *, a escrit contre
' Cette anecdote achève de faire connaître ce cavalier Marin dont la jactance était déjà célèbre.
- Le dramatique épisode du quatrième livre des Métamorphoses d'Ovide, compris entre les vers 75-166 et qui commence ainsi:
Pyramus et Tliisbe , Juvenum pulcherrimus nltei;
a été transporté dans toutes les littératures, et, en ce qui regarde ia littérature française, je citerai les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, tragédie de Théopliiie de Viau , réimprimée si souvent et pour la dernière lois en i856, dans le tome II (p. 98-1/12) des Œuvres complètes données à la bibliothèque Elzévirienne par M. AIleaume.
^ Voir sur Montemayor la lettre XXXIX du présent volume, p. 72.
^— Tu es le devin de mes larcins,» Apollon
CHAPELAIN. — II
étant pris ici comme le dieu dont Virgile a dit :
Delius inspirât Vates fiperitquefiUura.
^ Marc- Antoine de Gérard, sieur de Saint- Amant, était mi grand admirateur du talent de Marini. Dans son Advei'tissement au lecteur, en tète de ses Œuvres diverses (p. 1 2 du tome I" de l'édition de M.Ch.-L. Livet, i855), Saint-Amant déclare qu'il a cherché à imiter le poète italien : «Particulièrement j'ay pris cjuelque plaisir à de certains petits essais de poèmes héroïques, dont parmy les modernes le Cavalier Marin nous a donné les premiers exemples dans son livre intitulé La Sampogna. Ce sont des descriptions de quelques aventures célèbres dans la Fable ancienne, qui s'appellent en grec idilios, à ce que j'ay Guy dire...;'
« Thomas Stigliani, né à Matera (royaume
LETTRES DE JEAN CHAPELALN
et n'a pas esté le seul , et TAlcandii ' y a respondu. L'Herrici", le Suprieci et d'autres se sont aussi exercés dans celte dispute, et ce n'a pas esté une médiocre gloire pour luy d'avoir esté jugé digne désire attaqué et défendu par tant d'iionnestes gens. Mais nie voilà bien loin sans néfessité.
Je vous le répète encore que vostre Elégie ne m'a pas semblé traitlée éqnilablement par vos censeurs en toutes cboses, et si vous la publiés vous trouvères plus de tenans que d'assaillans. Dans un entretien que j'ay eu là dessus avec le R. P. Rapia et M' du Périer, je me suis apperceu que les objections venoient presque toutes du dernier auquel je les ay débatiies sans qu'il satisfist trop bien sur ce que je luy alléguois en les repoussant, de sorte que je suis tousjours d'a\is que vous ne vous rebultiés point et que la mémoire du bon P. Mambrun ne soit pas privée de ces belles larmes, quand vostre douleur leur aura donné la dernière façon.
C'est le sentiment véritable et sincère. Monsieur, de vostre, etc.
De Paris, ce sxx mars 1662.
À M" LA MARQUISE DE FLAMARENS
À CUZET.
Madame, Dieu continue à vous exercer sans doute et très rudement, mais il ne vous laisse pas la liberté d'eu murmurer, estant le maistre et n'y ayant jamais rien d'injuste en ses volontés. C'est la voye du ciel qu'il vous oblige de suyvre, pénible et espineuse dans son estendue , mais douce et heureuse dans sa fin. Fortifiés vous de cette espérance et vous serves pour cela de cette vigueur d'esprit dont il vous a pourveu dès vostre naissance et qui vous a fait sortir jusqu'icy de tant de mauvais pas. Si vous vous soumettes à ses ordres, il vous en fournira une nouvelle et vous aidera à vous tirer encore de ceux cy. Monsieur vostre fils^ en use sans doute mal de considérer si peu son devoir et vostre salisfiKtion dans cet engagement qui vous donne tant d'inquiétudes, et de recevoir si désagréablement les bons avis de M' Du Bedat là dessus. Mais il est jeune et sur sa foy et ce seroit une espèce de miracle si, dans le boiiillon de l'âge et au milieu de tant d'objets séduisans \ il s'en défendoit comme
de Naples), mourut oclojjénaire, à Rooie, dans la maison de son protecteur. Pompée Colonnn. M. d'Angeiis {Biographie vnivefselle, dernière édition, tome XL, page 35 1) dit de la querelle des deux poètes :'r II [Stigliaui] eut de vives contestations avec Marini, qu'il tourna en ridicule dans ses ouvrages. Celui-ci, à son tour, ne le ménagea pas, et ces premières attaques furent le signal d'une guerre poétique, non moins animée que celle qui venait de linir au sujet de la supériorité du Tasse ou de i'Ariosle."
' Alcandri ne figure pas dans nos recueils biographiques. J'en dirai autant du Suprieci , que Chapelain va nommer.
- Je suppose qu'il s'agit ici du littérateur Scipiou Errico, né à Messine en 169 a, mort
dans celte ville en 1G70. Enito, qui fut l'ami du P. Angelico Aprosio, un des plus vaillants défenseurs de Marino, est l'auteur d'un récit des querelles littéraires en Italie publié sous le litre de : Le guen-e di Panwsso (Venise, iG'i.3. in-i a).
■* Il s'agit là, comme nous le montre assez lu mention faite un peu plus loin de la blessure de ce fils, du marquis de Flaïuarens, dont le duel a été plus haut signalé.
* Chapelain rend ici un galant hommage à la beauté des Espagnoles. On a vu que le fils aîné de la marquise de Flamarens avait été obligé, pour éviter la rigueur des lois, de franchir les Pyrénées. Le jeune gentilhomme n'avait pas tardé à subir le charme dont parle Chapelain.
il devroit faire. Pries Dieu qu'il luy dessille les yeux et le guérisse de sa foiblesse'. Faites iuy tousjours connoislre le desplaisir que vous en ressentes, mais en le faisant ne le poussés pas si fort que vous l'éloigniés de vous, que vous Iuy faciès perdre la honte et qu'il s'accouslume à ne plus sentir son malheur. C'est beaucoup pour Testât présent des choses qu'il soit en seureté et que sa blessure n'ait point eu de mauvaise suite, en attendant ce que produira le temps à l'égard de la Cour.
Vous avés en récompense de ces peines la consolation de M'" vostre fille , dont la lettre m'a semblé digne d'elle et de vous. Elle a pris le meilleur parti dans le choix de la vie religieuse. Ce sera la plus heureuse de vostre maison si elle y persévère et gardés vous bien de l'en destourner.
Quant aux nouveaux troubles que vous lait M'"' vostre belle-mère ', vous vous y estes deu attendre de l'humeur dont vous la coa-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN. 219
noissés. Il s'en faut défendre avec vostre
courage ordinaire . . .
Je suis, Madame, vostre, etc.
De Paris, ce ii avril 1662 '.
• Le vieil ami de M"" de Flamarens n eut pas iorl de lui faire espérer que celte faiblesse ne durerait pas. Non seulement les généalogistes n'indiquent point le mariage en Espagne du mar- ([uis de Flamarens, mais les documents officiels conservés aux archives départementales de Lotet-Garonne, et déjà cités, nous apprennent qu'il mourut sans alliance.
- Françoise d'Albret, fille de Henri d'Aibret, baron de Miossans, de Coaraze, etc., et d'Antoinette, dame de Pons.
3 Le 5 avril. Chapelain (f 807) félicite l'évèque de Luçon de son arrivée dans sa ville épiscopale et l'entretient des affaires de Corbie. Le lendemain, il adresse à Heinsius (f° 807 v") une lettre peu intéressante et à laquelle je n'emprunterai que quelques lignes: wJ'ay leu et Iuy ay fait lire [à Bigot] avec beaucoup de satisfaction les vers supprimés dans l'élégie à M' de Thou sur le sujet de M' Grotius. Je n'ay jamais veu de plus belle indignation, mais elle vous eust fait
À M" L'ÉVESQUE DE VENGE
À VENCE
L'aflîiclion que vous me tesmoignés par l'extrémité de maladie où est réduit uoslre très cher M' Conrart est digne de vostre vertu et de vostre naturel La peine où vous estes pour son salut est encore plus louable et part d'un beaucoup plus noble principe très conforme à vostre piété et à vostre caractère , dont il vous est tout autrement obligé comme d'une chose qui est la seule nécessaire et qui ne souffre point de comparaison. Vous pouvés penser que vous n'avés pas esté le premier qui a eu ces ' bons sentimens pour Iuy, mais toutes nos tentatives n'ont fait que blanchir = et si Dieu l'eust appelle, comme
tort auprès de I\I" vos maistres dans la disposition où sont les choses, car en quelque bénédiction que soit chés vous la mémoire d'un si grand personnage, vous avés prudemment fait de les retenir sous la clef quelque temps encore..." Chapelain apprend ensuite à Heinsius que ce qui lui avait été envoyé, par son intermédiaire, de la part de M. de la Mare, et qui s'était perdu en chemin , était un commentaire imprimé in Ibim [c'està-dire sur Y Ibis d'Ovide], et il ajoute que Bigot lui en envoie un autre exemplaire «par M' Elzevir:i, et, de plus, un commentaire tout nouveau sur le même poème par M. de Boissieu. 4 Chapelain par inadvertance a écrit ses. ^ Ne pas réussir. M. Littré a retrouvé cette expression dans Mohère (trois fois), dans la Fontaine, dans Hamillon, etc. Les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux semblent croire que l'on a d'abord dit «qu'un coup d'arme à feu n'a fait que blanchir, quand il a porté sur les armes sans les fausser, quand il n'a fait qu'effleurer, r
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
i'ay esté deux mois persuadé qu'il l'alloit faire , nous eussions eu aj)paremment le déplaisir mortel de le voir péril' pour jamais'. Mais il semble que Dieu ne le vueille pas et qu'il le réserve à une meilleure fortune , luy ayant prolongé ses jours jusqu'icy et mcsme avec quelque soulagement pour luy par Tusage de l'hémelique qu'on luy a desja donné six fois utilement, en sorte que nous ne désespérons pas tout à fait qu'il n'en revienne ou du moins qu'il ne dure encore longtemps. Ainsi quand vous pourries venir icy de si loin, à quoy je ne voy pas d'apparence , vous le fériés sans que le besoin fusl pressant et par conséquent avec peu d'espoir d'y réussir. Pour moy. je n'ay jamais creu que sa conversion pust eslre l'ouvrage des
hommes, après ce que vous et M" de Bourzeis et d'Andilly y ont fait en vain ^. Ce sera Dieu seul qui dissipera ses ténèbres , s'il luy plaist, et nous n'y sçaurions contribuer que par nos prièi'es seules. C'est le parti que j'ay pris et que je croy que vous devés prendre, comme vous faites sans doute et bien plus efficacement que moy. Je luy feray sçavoir vostre douleur et vostre tendresse. De Paris, ce vu avril iGGa '.