À M. DE MERVEILLES
GEMILHOUUE PI10VE^r.AL , À MARSEILLE*.
Monsieur, je vous suis très obligé de lavis
' On voit que Chapelain applique dans toule sa rigueur au protestant qui ne se convcrlit pas la maxime : hors de l'EgJUe pas de salut, maxime que de grands théologiens, parmi lesquels je ne nommerai que feu le savant cardinal Gousset, archevêque de Reims, cxpUqucnt d'une façon beaucoup moins désespérante.
- Savait-on que Conrart avait eu à lutter contre trois aussi zélés convertisseurs?
^ Le lendemain , Chapelain (P 009) annonce à Huet qu'il a remis à M. de Montauzier le Dialogue des Daujîm de M. de Grcntemcsnil et la pièce de vers de M. de Bri^ux , et que tout a été « fort agréablement receu , •• mais surtout la lettre de Huet , lue et avidement et non sans éloge de vostre stile et de vostre esprits. Chapelain continue ainsi: r J'ay leu dans la vostre avec plaisir que vous vous soyés résolu à suyvre mon conseil touchant la copie de ce li\re d'Okin et que mes raisons vous aient semblé solides, comme je les croy tousjours. Car en voyant cet ouvrage par ses propres yeux, tel qu'il est et non pas parle rapport d'autruy, on prendra tout autrement bien ses mesures pour le combattre. ..-n Passant à l'effet produit sur Heinsius par la lectui e de Vher Sueciciim, Chapelain dit : «Entre autres choses qui luy ont pieu dans ces vers, c'est l'endroit où vous marqués la séparation de M"" Vossius et de vous sur le chemin de cette Cour là. Il
exclame amèrement sur la malignité de celuy qui porta la Reyne Christine à luy envoyer l'ordre de s'en retourner. Il n'est jamais si éloquent que sur cet article de Bourdelot et sur le sujet duquel il prend tousjours feu, et pour leqnel/aci'r indlgnatio versum. Mais le compagnon s'en moqué, bibitaboetava et fruitur dits iratis. [Onsaitqu'ilfaulainsi rétablir cette citation de Juvénal,sat. i.vers ^9, .oo :
Erul ab oelarn Marins bibit, el fruitur dis iralis. ]
J'attendois du blasme et non pas des louanges du parergue dernier sur les bons ou mauvais mots du cavalier Marin, car je sentis à la fin de mon cscritureque ma mémoire m'avoit trop bien servi jus(}u'à vous pouvoir avoir dcgouslé. Cessés donc ces applaudissemens, nam veniam pro laude pelo. Quand vous aurés trois mois de repos, vous ne sçauriés les employer moins laborieusement ni plus utilement qu'à vous rendre maistre de la langue italienne, à cause de la quantité de livres classiques et vraymcnt bons qui y ont e.sté escrits. Je nje resjouïs avec vous du dessein que vous avés de vous y appliquer. . . M' de Segrais est de mon avis louchant vostre élégie et ne vous lient non plus que moy bien condanné.n Chapelain termine en disant combien il serait dommage que tf cette belle nénie là fust eslouffée.n ' Cette lettre a été donnée par M. de Lens
du parlement de vostre ballot de livres et de la communication des deux nouvelles lettres que M' Bernier vous a escrites et à M' de la Poterie'. La vostre^ est fort sense'e^ et curieuse et confirme les notices des pre'cëdentes. les accroissant niesme fort notablement.
Pour leur donner le prix qu elles me'ritent et pour vostre propre honneur, j'ay fait auprès de M' Thévenot, qui publie plusieurs relations qu'on n'avoit point encore imprimées, ou du moins veiies en français , j'ay fait, dis-je, avec ce galant homme que les deux lettres de M' Bernier * qui s'addressent à vous soient insérées dans son volume, et j'auray soin de les purger de leurs impuretés de langage et gayetés trop familières qui leur pourroient oster l'anthorité et la gravité qui sont nécessaires pour le public en de semblables matières \ Je suis bien aise qu'il y trouve vostre nom et voye l'obligation qu'il vous aura des futures lumières que vostre libéralité envers vostre ami luy fera avoir sur ces choses orientales, si mal ou si infidellement expliquées jusqu'icy par des marchands ignares ou par des missionnaires intéressés. J'ay creu devoir cela à vostre vertu à laquelle je rendray tousjours
les lesmoignages et les offices dont elle est digne.
Je ne vous renvoyé" par cet ordinaire que la lettre à M"^ de la Poterie, afin que vous la luy puissiés faire tenir au plus tost pour luy donner temps de préparer ses réponses et de satisfaire aux désirs de son amy. Par le suy vant vous aurés la vostre . que cependant je feray voir à nos habiles pour vostre gloire et pour celle du pauvre exilé. Je luy escriray mesme et luy manderay des nouvelles de ses amis et, si je puis, je vous donnerai un éclaircissement pour vous d'une partie au moins des choses qu'il monstre désirer sçavoir.
Ce qu'il me semble, Monsieur, qu'il y a affaire (sic) maintenant, c'est de tenir prest ce qu'on pourra recouvrer de livres et d'autres choses qui luy sont propres pour sa consolation et pour sa fortune , afin de lesluy envoyer par la mesme route d'Alep, à la première occasion de vaisseau qui ira de Marseille ou de Toulon à Smirne ou à quelque autre port des costes du Levant, à quoy il sera bon de veiller. Et cependant j'en chercheray quelqu'une pour vous faire porter l'exemplaire de la Pucelle qu'il souhaitte et que je ne com-
dan.s sa brochure déjà citée : Les correspondants de François Bernier, p. 27 et 98.
1 M. de Lens (p. 27, note 1) nous présente ainsi ce personnage : «Antoine de la Poterie avait été secrétaire de Gassendi. Il travailla avec Sorbière, et sous la direction d'Habert de Monlmor, à la publication des OEuvres du philosophe. Dernier resta toute sa vie en relation avec lui; il l'avait chargé de ses affaires p?ndant ses dernières années.» Voir, pour plus de détails, les Documents inédits sur Gassendi (Paris, 1877, p. h).
- M. de Lens a imprimé Vautre en place de la vostre.
^ M. de Lens a omis le mot sensée, se contentant de reproduire la dernière des deux élogieuses épithètes que Chapelain applique à la lettre de Bernier.
^ M. de Lens n'a pas reproduit les trois mots: de \f Bernier.
* Je veux faire profiter mon lecteur de cette remarque de M. de Lens (p. 27, note 2) : «Bernier n'avait rien publié qu'en latin avant son départ pour l'Inde, et la langue s'était encore épurée depuis. Quant aux gaîlés trop familières de sa lettre, on reconnaît là l'ami de Chapelle et le gai compagnon des Bachauniout et des Blot, qui disait plus tard de lui-même : «Avant que j'aillasse au ^logol , je savais un grand nombre de trcliansons bachiques. 55 ( Commentaires de Brossette sur Boileau. )
* M. de Lens a imprimé : Je ne vous renvois, et il a ajouté entre parenthèses sic. Malgré ce sic, il faut lire dans le texto : Je ne vous renvoyé.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
mets point à la poste , à cause du port. Je pourray y joindre encore quelque autre régale ou de moy ou de M' The'venot qui ne grossira guère le paquet. Vous me ferés i'honneur de mettre le tout avec des curiosités que vous luy envoyerés alors, et dont je suis tout à fait d'avis; a6n que si le premier balot alloit à mal, le second luy apprenne ce qu'il luy portoit et le soin que vous avés pris de son avantage. Pardonnes à la franchise de mes conseils et assurésvous, je vous supplie, de la passion qua pour vostre vertu , Monsieur, vostre , etc.
Do Pnris, re 20 avril 1662.
GXXVIII.
A M- LA MARQUISE DE FLÂMARENS
À BUZET.
Madame . depuis quelques jours le I\oy a tesmoigné à la sollicitation des dévols et des administrateurs de THospital général, qu'il vouloit que l'on pardst le procès à ces M" qui se battirent il y a trois mois et où vous avés un interest si gi-and et si notable. Le Procureur général ' avoit long temps différé ses conclusions en sa faveur, mais enfin il a fallu céder à l'ordre souverain et nous avons lieu de craindre que les Chambres ne s'assemblent bientôt pour donner arrest contre eux. J'ay creu vous en devoir avertir afiu que si vous n'aviés pas encore fait toutes vos diligences pour rendre vaines les saisies et autres rigueurs de justice qui suyvront, vous acheviés au plustost de les faire et par bon conseil. Je vous escrivis soudain après l'accident tout ce que je me puis imaginer qui pouvoit y servir. Mais comme je ne nie
connois pas bien en ces choses là, je vous priay de vous en faire instruire par les experts, dont vous ne manques pas en vos quartiers et aussi affectionnés à vostre bien que vosti'e vertu le mérite. Vous estes trop prudente pour y avoir manqué. Ce n'est pas aussi ce qui m'inquiète le plus. Mon inquiétude présente est que la grandeur de vos maux ne vous décourage et ne vous rende moins capable d'y résister. Cependant c'est aux grandes occasions qu'il se faut roidir et cju'on doit recueillir tout ce que l'on a [de] force et, pour s'en servir avec succès, implorer la grâce de Dieu qui n'abandonne jamais entièrement ceux qui l'avment et le craignent comme vous faites. Vous ne sçauriés vous relascher sans empirer vostre condition et nuire à toute vostre maison qui ne porte que sur vous et à qui le Ciel et la Nature en ont remis la conduite. La vie nous est donnée à cette condition d'eslre rudement exercée aux uns d'une sorte , aux autres d'une autre, pour nous rendre par ces travaux dignes de la récompense dernière qui ne nous est préparée que là haut. C'est le chemin que les Saints ont tenu et ce grand nombre de vertueux infortunés à qui leurs malheurs et leurs souffrances ont tenu lieu de martyre. Après le trouble viendra la sérénité et le repos après la peine. Je compatis à la vostre, plus que je ne vous le puis exprimer et je ne vous en dis rien davantage de peur de vous la faire sentir plus vive et plus amère. Plust à Dieu que ce que j'en porte vous en pust soulager au moins en partie! Ce seroit une espèce de consolation. Madame, pour vostre, etc.
De Paris, ce x\ avril 1662'.
' Ce procureur générai était Achille de Harlav, comte de Beaumonl, successivement conseiller au parlement de Paris, maître des requêtes, conseiller d'Etat, qui avait remplacé Foucquet l'année précédente et qui devait mourir le 7 juin 1671.
- On trouve (f^ 3i3 v°) une lettre à llutt, laquelle n'est point datée, mais qui, placée entre deux lettres du a 5 avril, semble bien avoir été écrite en ce même jour. Chapelain prie ton correspondant de Normandie de vouloir bien obliger
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. BERMER,
MBDECi:) DD CR4ND MOGOL .