‹ Lettres. PubliéesChapitre 66 sur 309 · BÉSIDEST DE MM. LES ESTAIS DE HOLLANDE ES SIEDE , X STOCKOLM · texte numérisé non relu

BÉSIDEST DE MM. LES ESTAIS DE HOLLANDE ES SIEDE , X STOCKOLM

Monsieur, vous avés pris le vray parti qu'il y avoit à prendre pour l'entretien de nostre commerce en l'appuyant à la bonté et à la gënérosité de M. de Beuning, et puisque vous luy en avés escrit dans ce sens, je ne doute point qu'il ne s'en charge volontiers pour l'amour de vous ; car pour moy, n'ayant rien mérité de luy, je serois un présomptueux si je prétendois d'avoir part à cette courtoisie par ma propre considération. Mais comme jy profiteray plus que vous, je luy en seray aussi plus obligé et je veux le renvier sur vous à luy en tesmoigner ma

gratitude. Il est encore icy avec i\I'' les Ambassadeurs, ses collègues, retenu par les dernières accroches ' qu'a trouvé leur traitté avec nous pour l'article des cinquante solz pour tonneau de ce que vos navires enlèvent de nos marchandises, tous les autres ayant esté adjustés, il y a desja quelques mois, au contentement des paities. El je ne puis croire que ceiuy-cy ne s'accommode à la fin , les uns et les autres ayant un si grand inlerest à faire ensemble une si bonne alliance contre tout ce qui voudroit les choquer. Je me resjouiray alors de son contentement sans doute, mais je m'affligeray de son départ, et je m'en affligerois encore davantage si je nesperois que vous me conserverés aussi bien tousjours son amitié par vos offices que j'essayeray de la mériter par mes

f ne contient rien de nouveaux. En voici les principaux passages : f Je vous tiens parole et vous renvoyé par cet ordinaire la lellre que vous m'avés bien voulu communiquer de M' Dernier, après que j'en ay fait tirer une copie pour son honneur et pour le vostre. . . " Chapelain , après avoir redit que la lettre sera insérée dans wun excellent recueil de relations, la plupart des choses d'Orient non encore veiies en France , qu'a mis sous la presse un fort honneste homme de ma connoissance [Thévenot] qui la joindra avec la précédente à la fin des autres pièces qui regardent Thisloire naturelle et morale de ces quartiers là,» adresse au protecteur de Bernier ces chaleureux encouragements: «Je vous exhorte cependant à conserver vostre afleclion au pauvre exilé, et de faire veiller vos serviteurs de la cosle, pour apprendre s'il ne se fait point quelque nouvel embarquement pour Srairne et Alep, atin d'en profiter et de charger le vaisseau de vosire despesche et de ce que vous aurés d'autres choses à luy envoyer. 11 le faut tenir en humeur d'esludier le pays en luy rendant nos offices, afin que voyant qu'il n'est pas abandonné, il ne perde pas courage, et qu'il s'ennuie moins dans ces lieux reculés, où il y a une si grande moisson de nouveautés importantes à faire.» Le 2 5 avril. Chapelain accuse réception

(f 32i) au P. Taillar, de la Compagnie de Jésus, de neuf sonnets consacrés à la Sainte Vierge, à Samson , à saint Ignace, à saint Xavier, à la Pucelk-, etc. , lui disant : «Mon Révérend Père, combien sont louables vos ouvrages où il y a si peu à regretter, et quelle faveur vous ferés au monde lorsque vous luy en ferés largesse! C'est ce que je vous conseille pour son bien et pour vostre gloire qui pourra causer de la jalousie à celle du R. P. le ^loine, quelque éclatante qu'elle soit, et qui accroistra sans doute celle de vosire célèbre Compagnie, en faisant voir qu'elle est aussi bien une pépinière d'esprit et de sçavoir que de piété et de vertu.» Le père Taillar ne figure pas dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus. Sans doute ses sonnets, malgré les encouragements de Chapelain, ne furent point imprimés. 1 Accroche, lit-on dans le Dictionnaire de Trévoux, «embarras, retardement qui arrive en quelque affaire, à cause de quelque difiiculté qui survient. . . Il est populaire. » Le mot n'a été admis ni dans le Dictionnaire de l'Académie française, ni dans le Dictionnaire de M. Littré, où l'on trouve Accroc employé dans le même sens : «Accroc se dit fréquemment et familièrement d'une difficulté, d'un embarras qui apporte du retard dans une atfaire. ;'

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

soins, en quoy je ne feray que suyvre l'indinalion quej'ay pour sa vertu, laquelle en vérité est digne de toutes choses. Noslre dernière conversation me fit connoisli^e sa forte tentation pour iaretrailte, dans la veiie (le jouir de Ihonneste loisir que procurent les Muses à leurs vrays amans.

On croit lousjours ici que M' de Tliou est in procinctu ' pour laisser sa place à \r le comte d'Estrades \ et que ce qu'il n'est pas desja revenu ne vient d'autre chose que du retardement de la satisfaction qui luy est deiie pour ses appointemens de plus de deux ans.

Je vous ay mis l'esprit en repos par mes précédentes touchant ce paquet perdu de M' de la Mare, et l'envoy de celuy de M' Huet qui est allé par la voye de M' Elzevir dans le mesme balot qui luy a esté consigné par M' Bigot pour vous.

Ce que vous m'escrivés des promesses de la Reyne Christine à vous et de vous à elle est digne et d'elle et de vous. Il faut une

fois la désabuser et se désabuser d'elle. Il y a trop de temps quelle vous amuse de paroles pour ne luy en donner pas à vostre tour, sans qu elle ait sujet de s'en plaindre , ni qu'elle l'ose mesme, de peur de descouvrir davantage le tort qu'elle vous a fait. Je vous crois aussi facilement de ce que vous me diltes d'elle, que les gaillardises d'Apulée ne blessent pomt sa pudeur \ la force de son esprit l'ayant mise au-dessus de son sexe, et luy faisant regarder comme une foiblesse tout ce dont les dames font lem- gloire et leur capital, ce qui est fort commode pour les desvergonsados de sa suite. On dit tousjours qu'elle ira à Rome. Je le croiray quand je le verray * , et non pas pluslost, ayant'dans la tesle que, occasionibus intenta, le poste de Hambourg, ville libre et proche de l'Eslat qu'elle a qnité '. luv plaist [>lus qu'aucun autre, comme il doit fort déplaire au jeune Roy ^ et à son Conseil qu'elle leur demeure ainsi sur le nés' et hors de prise. Ma s[)éculation peut eslre

' Prêt, équipé. On se souvient du mot île Qiiintiiien (XII, g) : Oratorem armattun semper ac velut in procinctti stantem.

- Le comte d'Estrades devait rester encore pendant plusieurs mois ambassadeur en Angleterre. Il devait, avant de se rendre en Hollande, se distinguer, comme parle Prosper Marchand {Dictionnaire historique ou Mémoires critiques vl littéraires, 1708, in-fol., t. I, p. 938), tfpar la grande habileté avec laquelle il sçut enlever l'importante place de Dunkerque à l'Angleterre et l'acquérir à la France, par ce fameux et presque incroyable traité du 27 octobre 1662, son chef-d'œuvre de politiquo.71 L'ambassade do Godefroi d'Estrades en Hollande dura cinq années (du i janvier i663 au 17 octobre 1668).

■* Les gaillardises de la Métamorphose, vulgairement appelée VAne d'01; ne pouvaient effaroucher Christine, s'il est vrai qu'elle n'ait pas été scandalisée des gaillardises bien autrement

vives de Fi-ançois Béroahle, sieur de Verville, chanoine de Saint-Galien de Tours. Voir le piquant récit de B. de la Monnoye, dans la Dissertation sur le livre intitulé : le Moyen deparxenir (t. IV du Menagiana , p. 3 1 5 et 3 1 G ) , récit que La Monnoye tenait d'un ami de Claude Saumaise, un des héros de l'aventure.

'' Chapelain put voir, avant de mourir, Christine établie à Rome, où, après un séjour de plus de vingt années, elle devait mourir le 19 avril

"•> Christine passa quelque temps à Hambourg avant d'aller se fixer à Rome pour le reste de sa vie ( t658).

' Charles XI, qui avait succédé, le 23 février 1C60, au roi Charles-Gustave, son père, el qui était alors âgé de seize ans et demi.

' L'expression employée avec tant d'irrévérence par Chapelain n'est pas mentionnée par M. Lillré dans les six colonnes de l'article Ve: du Dictionnaire de la langue française.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

trop fine \ mais elle n'est pas du moins hors d'apparence, au jugement de mes amis.

Le duc Ch'arles, après s'estre dépoiiille' de la Lorraine en faveur du Roy ^ s'est-despoiiillé de sa liberté en faveur de la fille do l'apothicaire de Mademoiselle qui la servoit de femme de chambre \ et sa passion pour elle a esté si forte que, la fille tenant bon, il l'a espousée par contract signé du père, de la fille et de l'amant. Mais ce mariage a peu duré tranquille, Madame et Mademoiselle d'Orléans ayant obtenu du Roy que la nouvelle femme de ce Duc fust enlevée par un lieutenant des gardes du corps et renfermée en un monastère de cette ville où elle est maintenant'. Cependant le Duc n'a pu voir le Roy depuis que Sa Majesté a reconnu la fraude de laquelle il a usé avant son trailté pour le rendre invalide , et le régiment des gardes est commandé pour aller sous le Comte de Guiche prendre possession

nouvelle de ce Duché et peut estre assiéger Marsal, en attendant le voyage de la cour en Alsace.

Je ne sçay si c'est l'abbé de Marolles qui a critiqué le premier vostre correction ou restitution de ante mare et tellus, mais je sçay bien qu'il est plus ignorant qu'il ne le faut pour cela, et encore plus présomptueux qu'ignorant. Je souhaiterois que ce fut luy. Vous en sériés quite pour le mespriser, car on se deshonnore mesme lorsqu'on l'honnore d'une réprimande.

Si j'eusse sceu, il y a trois mois, ce que vous me mandés de l'ancien manuscrit d'Apulée que le P. Sirmond a veu autresfois dans la biblioteque Vaticane, j'eusse fait faire la diligence des diverses leçons par l'aisné Spanheim qui y estoit et qui en est parti depuis. Sed levis jaclura^ , cet autheur, quoyqu'ingenieux et agréable, n'estant pas de ceux du bon siècle pour le génie ni pour la latinité. Je le laisserois à son Béroalde"

' Spéculation est ici synonyme de calcul, do théorie.

* Charles avait cédé ses États à la l'rance pai traité signé le 6 février 1662, à l'abbaye de Montmartre. Voir ['Histoire de la réunion de la Loiraine à la France, parle comte d'Hausson ville, t. m, 1860, p. 106.

^ M"' de Monlpensier dit dans ses Mémoires (édition de M. A. Cheruel, t. III, p. 697): cfll [M. de Lorraine] étoit amoureux de la fiHc de mon apothicaire; sa mère étoit ma première femme de chambre. On l'appeloit Marianne Pajot; elle demeuroit avec une des femmes de chambre de ma belle-mère, qui étoit sa tante, depuis quelques années. M. de Lorraine s'alloit promener avec elle, et la voyoit chez la femme de l'apclhicaire de ma belle-mère, d'où il ne bougeoit. 11 y soupoit. . . Il mangeoit dans des plats de faïence ... 75

* On ht encore dans les Mémoires de M' ' de Monlpensier (t. III, p. 53i): «Ce jour-là, le roi eut avis par mademoiselle de Guise, que le

contrat étoit dressé et qu'il la devoit épouser le lendemain. Le roi l'envoya prendre par Romecourl, lieutenant de ses gardes, et on la mena à la Ville-l'Évèque." Voir les détails donnés par le comte d'Haussonville {Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, t. III, p. 116-122), détails empruntés en grande partie au Récit de ce qui se passa dans le moment que M. le duc de Loiraine allait épouser mademoiselle Marianne (publié dans le Recueil de difféi-entes choses, ^ar le marquis de Lassay). On sait que le marquis de Lassay, auteur de ce recueil, épousa lui-même par amour Marianne Pajot, et que leur mariage fut le plus heureux du monde.

•* Virgile a dit •.facilisjaclura.

"■ Philippe Beroaldo, né à Bologne en i/i53, mort dans la même ville en i5o5, a commenté non seulement Apulée, mais encore Pline l'Ancien, Lucain, Suétone, Aulu-GeUe, etc. V Apulée de Beroaldo eut un grand succès ( Commentant a Phil. Beroaldo conditiin asinumaureum L.Apuleii, tne, i5oo,in-fol.). On signale les réimpres-

et à ces autres grammairiens qui aymerit mieux le gland que le froment et qui , fuyant les pures rivières, se baignent plus volontiers dans les ruisseaux bourbeux.

M. Conrart est un peu mieux de sa maladie déplorée ' et je commence à espérer qu'il n'en mourra point. Il a sceu par moy vostre souvenir et vous en rend raille très humbles grâces.

M' Bigot receut vostre dernière lettre che's moy, s'y estant rencontré lorsque l'on m'apporta le paquet de chés M' de Beuningue. La response en sei-a dans celuy-cy.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxyi avril iGôa".

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