‹ Lettres. PubliéesChapitre 68 sur 309 · À M. COLLARDEAU · texte numérisé non relu

À M. COLLARDEAU

PBOCUnEin PODB LE ROÏ

SIEGE r.OYAL

Monsieur, je vous félicite de la dernière main que vous avés mise à vos saintes métamorphoses et je suis certain que, quand vous viendrés à Paris pour les mettre sous la presse', vous n'y aurés autres fautes à

' Julien CoUardeau, né vers i5go à Fonlenayle-Gomte, mourut dans sa ville natale le 20 mars 1669. Voir sur le poète magistrat une notice historique par Dreux du Radier {Bibliothèque de Poitou, tome III, p. /i64). On a deux lettres de Balzac à CoUardeau, une du ai septembre 16^16, l'autre du 10 août de la même année. ( P. 5oo et 559 du tome V' des OEuvrex, iG65, in-fol.)

- Ces saintes mélainorjÂoses ne paraissent pas avoir été imprimées. Du moins nul bibliographe de ma connaissance ne les mentionne. Ajoutons, du reste, que leur perte est peu regrettable, levis jactura, pour employer la citation de Chapelain en une précédente lettre, si la poésie n'en était pas meilleure que celle de VOde pindarique adressée, en 1629, par CoUardeau à Bertrand de VignoUes et reproduite en tête de la dernière

corriger que celles des imprimeurs. Vous estes un si grand maistre au mestier des Muses \ que c'est à vous à examiner les ouvrages d'autruy et non pas à personne à examiner les vostres. C'est pourquoy vous n'aurés en cela autre avis de moy, sinon de préparer pour la teste de l'ouvrage une préface moins éloquente que solide dans laquelle vous faciès voir amplement les motifs que vous avés de vous embarquer en cette affaire et la méthode que vous avés prise pour la manier et luy donner la forme poétique. Gela satisfera les habiles et donnera poids et authorité à ce travail, lorsqu'ils verront que vous n'avés pas agi aveuglément et que vous y avéa suyvi les préceptes. Vous n'aviés pas mesrae besoin de cet avis-là, ne sachant ]3as seulement faire bien les choses, mais encore connoistre de quelle manière il les faut faire paroistre en public, pour les faire recevoir agréablement. Je vous féliciteray un jour du bon succès de l'entreprise, et me resjouiray de la gloire que vous en aurés tirée, comme celuy qui est très sincèrement et avec beaucoup do passion, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce m uiay iGGa".

édition des Mémoires du célèbre capitaine. (Collection méridionale, t. l" , 1869, p. 27-81.)

^ De ce compliment si exagéré on peut rapprocher le compliment non moins exagéré de Balzac (lettre XXX du liv.Xll , p. 553 ) : «J'estime esgalement la matière et la façon de l'ouvrage, la richesse de l'estoffe et la nouveauté de la broderie. . . -' Balzac loue en CoUardeau le prosateur non moins que le poète, celui qui, suivant sa pittoresque expression, n'est wpas moins vaillant à pied qu'à cheval». Le Manuel du libraire n'indique aucun des rares et curieux ouvrages , soit en vers, soit en prose, du correspondant de Balzac et de Chapelain.

* Le 16 mai. Chapelain comphmente Heinsius (f° 826 v°) de ses résolutions au sujet de la reine Christine : «Je vous scay le meilleur gré

LETTRES DE JEAN CHAPELAhX.

cxxxiir.

À M. HUET

CE.VTILBOMME XORMiND .

À CAE.N.

Monsieur, vous voyes bien par le grand retardement de ma response que je n'ay parde de trouver à redire à cela y de la vostre qui fut de beaucoup plus court , et ce qui

les a rendus d'autant plus excusables,

c'est qu'il n'y avoit pour lune ni pour l'autre aucun besoin de les presser, et que nous pouvions mesnie ne les point faire sans manquer à nostre amitié'. Je serois pourtant bien marri de n'avoir point recen la vostre, où vous peignés de si belles couleurs le tiracleur prélat duquel M. Bochart. vous et M' Heinsius avés tant d'occasion de vous plaindre '. Ce sont là de rares nié-

du monde de ne regarder plus les grands comme dignes de vos sacrifices. Cela est d'un homme sensé' et qui voit les choses telles qu'elles sont, sans s'esblouir des fausses lumières, et sans adorer un marhre façonné ou une souche taillée et figurée. Il ne faut faire d'offrande qu'à Dieu ni des présens qu'à ceux qui nous aiment. En user autrement, c'est nourrir la vanité et enfler l'orgueil des âmes basses et sottement ambitieuses, à qui l'aveugle choix que la fortune en a fait pour les favoriser tient lieu de mérite et de tout. Demeurons-en là, je vous prie, n'avilissons point nostre Reyne légitime, la vénérable vertu, en la sousmettant à une puissance écervelée, et faisant dépendre sa gloire des caprices du hasard. )î Après s'être adressé à l'homme dans cette tirade dont on aime la généreuse et élo- (juente vigueur, Chapelain s'adresse ainsi au poète : ff Vos vers ont esté veus et estimés autant qu'ils le valent dans nostre Cour, mais par un fort petit nombre de personnes, le plus grand estant d'apedefles [mot employé par Rabelais ou du moins par l'auteur du V° livre et qui signifie -ignorant, illettrée; voir le Dictionnaire de Trévoux, au mot Apédettte] ou ensevehs dans la matière, ou dissipés enjeux, en dances, en chasses, sans soupçonner qu'il y ait autre chose que cela de considérable dans la \-ic. » Chapelain , passant ensuite à la biographie de Saumaise, dit en parlant de M. de la Mare : -Je veux croire, après ce que m'en a escrit M. Lantin, qu'il gouvernera sagement son stile à l'endroit de la vie de M. de Saumaise où il faudra parler du différent de M' vostre père et de iuy , et s'il en usoit autrement ce seroit envers vous la plus grande rusticité du monde, r; Il ajoute : rVous m'avés appris la froideur de M' Grolius pour M' vostre père que je ne sçavois point, et je

sens de la douleur de cette désunion arrivée entre deux si grands hommes et autresfois si intimes amis. En cela \r vostre père n'y a point laissé du sien, et il est beau à Iuy d'avoir persévéré, depuis ce mescontentement réciproque , à célébrer le mérite de celuy qui ne l'aymoit plus.- Répondant à un reproche d'Heinsius et expliquant un malentendu au sujet d'Ovide, Chapelain dit : rJe n'avois garde de faire aucune comparaison entre ce grand poète et Morisot. Il eust fallu avoir le goust très dépravé pour cela. Je vous proposois seulement de songer si ce supplément de Fastes, tel quel, ne seroit point utile pour l'histoire, puisqu'il ne pouvoit donner de plaisir, car je n'ay jamais connu que M' vostre père qui eust peu suppléer dignement ces six derniers livres, que le Temps nous a enviés. . . n Après avoir annoncé que Conrart a pris sept fois de l'émétique. Chapelain combat ainsi les scrupules de son ami : rJe ne sçay pourquoy vous vous défendes de recueiUir vos lettres et de les publier. Le Père Pontan et tant d'autres l'ont bien fait quoyqu'ils vous fussent infiniment inférieurs, t» déclarant que M. de Monlauzier ne désapprouve pas moins que lui-même sa trop grande retenue en cela , et ajoutant: rNous voudrions aussi que vous prissiés une bonne résolution de vous appliquer au dessein si noble de vostre histoire en comparaison de laquelle, selon nous, tous ces travaux critiques ne sont rien pour la réputation. . . n

1 Le personnage dont Chapelain caractérise le charlatanisme par le même mot qu'il vient d'appliquer à un autre comédien, l'astrologue Morin, n'est autre que Pierre Michon, plus connu sous le nom d"abbé Rourdelot. (Voir la lettre LXXVl, du présent volume, p. 1 39.) Chapelain lui donne par ironie le titre de prélat, parce que la reine

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moires' pour un scazon^ de vostre façon. Je les feray extraire pour les envoyer à la première occasion à nostre bon résident hollandois ^ , dont il aura sans doute beaucoup de joye, et qui sçait s'il ne vous préviendra point dans le dessein de berner le vendeur de Mitridate ?

La connoissance de la langue italienne vous divertiroit assurénenl et raesme vous profiteroit. Mais couiraent vous y appliquer dans les engagemens où vous estes de vostre Origène qui sont désormais trop connus pour les abandonner? Dieu vueille qu'ils vous soient aussi agréables qu'honnorables ! Du moins vous relascherés-vous quelques fois avec les Muses latines qui sont de vos anciennes habitudes et les plus familières de vos amies.

Je vous le dis encore un coup, vostre élégie est bonne, et on ne luy a pas fait justice de deçà. Il falloit qu'on fut de mauvaise humeur quand on la condamna, car les juges d'ailleurs sont habiles et, s'ils sont intéressés, c'est dans vostre gloire seule qu'en toute autre chose ils appuyent fidellement. M' de Monmor ne parle plus de ce recueil et la chaleur en est passée.

Christine avait obtenu pour son médecin et pour son bouffon, comme dit Huet (Mémoires, p. 67 de la traduction déjà citée), i'abbaye de Massai, vacante en iC<53 par la mort du marquis de Chàteauueuf (deux fois garde des sceaux).

1 lUémoires signifie ià matériaux.

- Sorte de vers iambique employé dans les compositions satiriques.

^ N. Heinsius.

* Le nom a été écrit Lormis, mais il faut lire Cormis. Voir les Mémoires de Daniel Huet, p. 1 ''i 9.

5 Voir sur cette version ialine, qui parut pour ia première fois à Bâle, chez Froben, en i5i6 (etmêmedèsi538,selon AI. Daremberg), in-folio, et quia été si souvent reproduite, notammentà Venise en 1575, eni6i9,in-folio, et 601787-1739

Je fis porter à M' le président de Cormis* vos Dialogues et vostre Votjage de Suède aussi tost que j'eus appris son logis. Je le fus visiter ensuitte et nous eusmes une grande conversation sur vostre sujet. Comme il estoit arresté au lit par sa goutte, un M' Martelli, le venant voir, trouva le livre De Interpretatioiie sur sa table et, y estant tombé sur le jugement que vous faites de la traduction d'Hyppocrate par Janus Cornarus^ il tesmoigna n'estre pas en cela de vostre avis et luy dit de plus qu'il en avoit fait ime où il prétendoit avoir rendu cet authem* plus clair qu'aucun de ceux qui l'avoient précédé. M' de Lormis m'apprit que c'estoit un médecin fameux et riche des fruits de son art*. Il vous aura remercié de vos deux présens avant que de partir pour Provence, ayant une particulière estime pour vous. C'est un fort honneste homme et un grand amateur de lettres, au service desquelles il m'a fait entendre qu'il deslinoit d'employer le reste de ses jours dans sa maison de campagne et loin de tout soupçon de cabale et de faction.

Je ne manqueray pas d'assurer M' le marquis de Montauzier de la passion et du

(3 vol. in-fol.), le Manuel du libraire, t. III, coi. 1 7 2 . L'auteur de celte version , appelé tantôt Cornarus , tantôt Cornarius, tantôt Cornaro, était un médecin allemand, né à Zuickaw en i5oo, mort à léna en i558. Voir dans le Morm, son article (t. V, p. ^187), au nom de Haguennot ou Habbot. Voir encore Les éloges des hotmnes savans tirés de FHistoire de M' de Thou, par Ant. Teissier (t. 1", p. 298-302). On y trouvera (p. 3oo) le passage du De Claris interpretibus dont Chapelain parie ici. « Ce médecin fameux n'est mentionné dans aucun de nos recueilsbiographiques,et j'ai vainement cherché son nom dans les Lettres de Guy Patin. Il est probable que la traduction dont il avait fait l'éloge au président de Cormis n'a jamais été imprimée.

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respect que vous avés pour son mérite et pour sa vertu.

De Paiis, ce xx oaay 1662.

À M. MEDON,

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