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CONSEILLER AD PBÉSIDUL DE TOLOSE , À TOLOSE

Monsieur, si les civilités de vostre dernière lettre ne partoient point d'une vertu aussi attestée que la vostre par le bruit commun et par les tesraoignages particuliers de nostre cher M' Heinsius, elles me pom-roient estre suspectes tant elles sont excessives ^ et tant elles ont l'air de celles de nostre Cour sur lesquelles ni vous ni moy n'avons garde de faire fondement. Je ne laisse pourtant pas de les recevoir comme réelles dans le fonds avec un fort grand ressentiment, et toutes les belles paroles dont vous les avés revestues comme des fleurs dont il vous a pieu de les parer afin de rendre agréable une chose qui estoit bonne de soy et comme mie marque de l'éloquence qui vous est si naturelle, nonobstant la provinciaUté ■ dont vous les accusés.

Quant au R. P. Kirker, je suis bien marri de trouver par sa lenteur à vous satisfaire que ce qu'on avoit dit de luy peut facile-

ment estre vray et qu'il n'est pas un aussi grand Arabe qu'il est un grand Allemand. La vanité se coule jusques dans les âmes les plus détachées du siècle et il n'y a point de vraye philosophie depuis le bon Socrate sous le ciel. Je soupçonne que le travail de M' Hardi sur l'ectype n'ait pas réussi et que celuy de M' Vattier ait tousjours dans vostre esprit l'avantage sur tous les autres.

Vous m'avés obligé de ne presser point M' Paulet sur le sien ; les 7nuses hautaines et braves, comme Malherbe nous le dit \ n'agissent point à la manière des esclaves. Laissons les siennes en la liberté que leur père leur a donnée et souffrons qu'elles usent de leurs droits. Quand vous luy escrirés, contentés vous, s'il vous plaist, de l'assurer de mon estime et de la parAùtte reconnoissance de l'honneur qu'il a fait à mon ouvrage par le sien. Que si après l'avoii- fini, il désire que nous luy marquions les endroits les moins forts ou que nous luy disions nos sentimens sur ses doutes propres , nous luy donnerons moyen de le mettre, en se jouant, dans la perfection à laquelle il manque peu de chose pour estre entière.

Je suis bien aise que le soin que je pris à vostre prière auprès de Monsieur le Procureur général Talon * ait produit ce que vous souhailtiés.

' Ces civilités excessives se retrouvent à toutes les pages de la correspondance de Medon avec Heinsius (dans le tome V du recueil de P. Burinann, Sylloges epislolarum, p. 607 et suiv.). Non seulement le magistrat toulousain accable son correspondant hollandais de flatteries d'une vivacité par trop méridionale, mais encore il lui adresse toutes sortes de compliments de la part de sa femme qu'il appelle tantôt mea CharicUa (p. 612) et tantôt mea Glycevium (p. 6i6, 6ao, OaS, 03 1, etc.). L'exagération familière à Medon reparait (p. 6t6)dans l'épithète qu'il donne à la reine Christine en cette phrase : Saa-alissimm Reftinœ tuœ mores, habitum, ckgantiam, Joctrinam,

cœleraque lum corporis, cum animi dotes, si vacat, desa-ibe Mn7u',el surtout dans l'éloge vraiment dithyrambique qu'il fait (p. 63 1) de celle princesse. ^ Le mot provinciaUté manque à tous nos dictionnaires anciens ou nouveaux. Le mot provincialisme est dans le Dictionnaire de l'Académie et dans celui de M. Litlré.

^ C'est dans VOde à Monsieur le grand écuyer de France que Malherbe a dit :

Les muses bautaioes et braves

TieDoeat le flatler odieux,

Et comme parentes des Dieux

IVe parlent jamais en csclavts.

' Deais Talon , fils d'Orner Talon , n'était qu'a-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

M' Heinsius vous dira luy mesme de ses nouvelles par la lettre qui accompagnera celle-cy. M"" l'Ambassadeur, son amy, part d'icy dans trois jours * et nous laisse à sec et en ténèbres. Je n'espère plus désormais de commerce certain de ce costé là.

Assui^és vous de moy et me croyés, Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce xx may 1662.

À >I. CAREL DE SAINT K-GARDE

À MADRID

Monsieur, quand je vous ay offert mon amitié avec ce si qui vous a scandalisé, je vous l'ay offerte en philosophe et non pas en homme de Court, sérieusement et non pas par manière de dire. Comme elle est tousjours sincère, désintéressée et constante, que c'est mon trésor et que je n'ay rien de plus précieux à donner, en vous l'offrant provoqué par les civilités de vostre lettre dont vous me surpristes si agréablement, je creus devoir dans la response apposer une condition qui vous empeschast de prendre cette offre pour un compliment , et qui m'assurast qu'en l'acceptant vous ne m'en fériés pas un vous mesme. Quand je vous ay donc dit si vous le voiiliés, j'ay entendu si vous le vouliés d'une volonté résolue et non pas de ces volontés imparfaittes qui n'engagent en rien, qui tiennent de l'indifférence, sur les-

quelles un homme sage n'a pas lieu de faire fondement ^

J'ay senti comme je devois l'office d'assurer M' l'Ambassadeur ^ de la vénération que je conservois pour tant de rares qualités qui le rendent illustre et qui m'avoient rendu son serviteur il y a si long temps, et je reçois à honneur ce que vous m'avés escrit de sa part sur cet article. Je vous prie de luy dire de la mienne que je le tiens le plus glorieux ambassadeur qui ait jamais esté d'avoir sceu si bien mettre à proffit la matière délicate de la réparation de l'insulte de Londres que la fortune luy avoit fait tomber entre les mains. Il ne se présentera jamais d'affaire à négotier de si grande conséquence, et il y a en elle seule de quoy immortalizer un homme comme luy qui l'a fait si hautement reixssir. Pour cela, il luy falloit autant de naissance, de lumière, de vigueur et d'addresse qu'il en a fait paroistre et je l'ay plus d'une fois depuis comparé à ces ambassadeurs romains qui forcèrent ce roy irrésolu '' à se résoudre sur le champ et devant que de sortir du cerne ^ qu'ils avoient tracé autour de luy, à accepter la paix ou la guerre dont ils luy donnoient le choix. Un si beau commencement ne sçauroit produire que de grandes suites pour sa gloire et pour sa fortune. Pœndés luy au centuple les civilités dont il m'a honnoré, et confirmés luy les assurances de mon service et de mes respects.

Quelque jour nous approfondirons la

vocal général au parlement de Paris. Est-ce par distraction que Cliapelain l'a nominé procureur général , ou bien Talon remplissait-il , à ce moment, en l'absence d'Achiile de Harlay, les fonctions de procureur général?

^ Van Beuning,

^ Suivent des développements que je crois inutile de reproduire.

^ Nous avons déjà vu que c'était Georges d'Au-

biisson de la Feuiliade, archevêque d'Embrun.

* Antiochus Épiphanes, auquel Popilius dit avec un si énergique à-propos : Priusquam hoc circulo excédas, redde responsum, senatui quod referam. (Tite-Live, 1. XLV, c. xii.)

' Cerne est bien peu usité depuis longtemps, et M. Littré, qui a rencontré si souvent ce mot du xiv° au xvi° siècle, ne le trouve, au xvu°, que dans les Bergeries de Racan.

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doctrine naturelle de Descartes et nous en examinerons les inconveniens ; pour cette heure je ne vous en diray autre chose smon qu'elle est plus luisante qu elle n'est solide, et qu'il est heureux d'avoir eu des sectateiu's qui jurent sur ses dogmes et le croyent de ce que luy mesme ne croyoit pas.

Quant à celle des Espagnols touchant la théologie, je suis attrappé et confesse la debte. Je les y croyois très forts, et ces Tolètes ', ces docteurs Navarres - et quelques autres d'entre eux qui font grand bruit m"avoient persuade' qu'ils y excelloient. Mais comme mon estude ne s'est pas tournée de ce costé là et que je m'en rapportois à l'opinion commune , j'en parlois aussi en homme du commun. Je vous remercie de m'avoir déduppé ^ aussi bien de ce coslé là comme je l'estois deejà du costé des lettres humaines. C"est-àdire que cette nation baisse de toutes les manières, et que ce grand colosse s'appetisse ' de jour en jour et menace d'estre réduit bientost à rien.

Cela est admirable que les libraires de

Madrid ne connoissent point le Gongora et que l'histoire de Jean II de Portugal par Augustin Manuel de Vasconcelos leur passe pour une chimère *. El arte poetica de Lope de Vega en vers libres doit estre un petit livret. J'en ay veu quelque tirade d'imprimée dans une contestation poétique entre Corneille et Scudéri sur le Cid, où l'autheur s'excusoit de l'irrégularité de ses comédies par le goust de la Cour et du peuple . disant qu'il les avoit faites ainsi parce qu'ils ne les eussent pas autrement payées. Le Père d'Estrades * se trompe. El Parnasso est le recueil des poésies de F. de Quevedo, l'un des meilleurs de leurs escrivains modernes '. Lorsqu'ils mesprisent le Mariana, ils se font voir très mesprisables. Ce sont des rustiques qui sua bona non noscunl * et qui ne méritent pas pour compatriote un si galant honmie.

Je vous plaindrois bien davantage du peu que vous pouvés profiter de leur communication, si vous n'aviés de quoy vous en consoler et récompenser dans celle de yV r.Ambassadeur qui par la pléni-

^ François Toledo, né à Cordoue en i539, enseigna la philosophie et la théologie avec éclat à Rome, fut nommé cardinal par Clément VIII en 1696 et mourut en 1096. Voir la longue liste de ses savantes publications dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. III, col. ii36-iiii.

^ Azpilcueta (Martin), qu'on nomme ordinairement Navaire, du nom de sa province natale, naquit près de Pampelune le i3 décembre 1^98 et mourut à Rome le 20 juin i586. Ses œ.uTes complètes (en 6 volumes in-folio) parurent à Lyon (1097) et à Venise (160a). Il avait étudié le droit à Cahors et à Toulouse et l'avait professé à Toulouse et à Salamanque. Il assurait, disent ses biographes, que s'il savait quelque chose, c'est à la France qu'il le devait.

^ Le mot dédupe); nous l'avons déjà rappelé, n'est dans aucun de nos dictionnaires.

* J'en dirai autant du verbe s'appetisse qui n'a jamais été employé, je le suppose, que par Chapelain, L'expression se rapetisser était fort usitée du temps où l'auteur de la Pucelle risquait le néologisme s'appetisse.

^ Ticknor, comme les libraires de Madrid de 1662, n'a pas connu, nous l'avons déjà remarqué, l'ouvrage de Vasconcellos.

" Est-ce au même religieux que Ralzac (volume de i665, p. 5i9-5i'i) écrivait deux lettres dont voici la suscription : Au R. P. Destrades , Théologien de la Compagnie de Jésus, Supérieur de la maison pi-ofesse de Bordeaux ( 1 2 mars 1 6^40 et i3 janvier i6ii )?

' Francisco Gomez de Quevedo y Villegas. Voir la lettre XXXIX du présent volume, p. 75, note k.

^ Souvenir du vers de Virgile :

0 forlunalos nimiuin , sua si bona norinl.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

tutle de son sçavoir vous doit estre instaiomnium. — Je suis, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce xxYii may 1G62'.

À M. HUET

CESTILHOMME NOBSIAND , À CAEN.

Monsieur, je ne reçoy vostre lettre du

XXVI du passé qu'aujourd'huy XXVI du présent , après l'avoir fort longtemps attendiie, mais l'attente n'a fait que m'en redoubler le plaisir, tant par les choses qu'elle contient que parce que j'ay tousjours fort grande joye d'avoir de pareils tesmoignages d'amitié d'une personne que j'estime autant que vous,

J'ay tousjours bien creu que vos amis de

» Donnons ici quelques extraits des lettres suivantes. Chapelain, le 3o mai (P 332 v°) écrit au P. Vavasseur : «Ce n'est point vous fîalter de vous dire qu'il n'y a point de nativités dans les livres de Gaurius et de Cardan qui approchent en matière ni en forme de celle que vous avés faiste de M' le Daufin... De quelles lumières, de quels ornemens, de quelle pureté de stile cet horoscope est-il accompagné, et qui vit jamais de prédiction si éloquente et si agréable? Je m'y suis instruit partout, je m'y suis partout diverti, et il ne me souvient point d'avoir jamais fait de si utile ni de si charmante lecture.» A M. de Grenlemesnil, le 3 juin. Chapelain parle beaucoup de Conrart (P 333 v°): «Le froid qui règne contre l'ordinaire de cette saison accroist ses soufifrances et ne luy permet pas d'aller chercher à sa maison d'Atys un air plus pur et plus libre que celuy de la chambre de Paris, laquelle n'est pas dans la meilleure exposition du monde et d'où il y a plus d'un an qu'il est sorti, n Le 1/1 du même mois, Chapelain (P 335 r°) entretient Heinsius de politique et de littérature : «Vous avés raison d'avoir pitié des Espagnols de s'estre veus réduits à faire au Roy la soumission et à la déclaration que vous avés veiie, car c'est le plus grand eschec qu'ait souffert leur orgueil depuis l'establissement de leur monarchie. D. Ponce de Léon , destiné ambassadeur extraordinaire de leur part à la prochaine dielle d'Allemagne, a esté laissé à Rome pour ordinaire, à cause que M" de Vifry va à cette dietle de la nostre et qu'ils ne veulent pas confirmer par leur présence la possession de nostre primauté à la veiie de tout l'Empire, en nous cédant comme ils s'y sont obligés par

la satisfaction qu'ils nous firent naguères. Ils se contentent d'y envoyer un Résident, ce qui revient pourtant à la mesmc chose. . . Pour l'impression en un corps des œuvres de Al. de Ralzac, vous pouvés mander à M"' de Blienbcrg qu'elle se doit bientost faire par Bilaine et Joli, deux de nos libraires associés qui en ont aquis les privilèges par l'accommodement qu'ils ont fait ensemble depuis peu avec le libraire Courbé; que cette édition sera in-folio d'un caractère et d'un papier aussi beaux que les vostres de Leyde. . M"' Conrart est allé chercher la santé à Atys.- Le même jour, Chapelain (f 337 r°) adresse à Const. Huggens une lettre qui roule entièrement sur la physique. En finissant, il lui donne cet amical conseil : rrll y a apparence que vous n'avés pas jugé la nouvelle invective d'Eustachio de Divinis ou de son secrétaire digne d'estre relevée puisque vous la laissés sans la relever. Si elle tombe elle-mesme, vous faites bien d'en user ainsi, mais si elle avoit une couleur moins ridicule que la première, je ne scay si elle devroit estre négligée à cause que vostre système , estant nouveau, peut estre ébranlé auprès des foibles, mesme avec de foibles machines, tant qu'il ait pris racine et que le temps l'ait affermi. Mais vous estes trop sage pour avoir besoin de conseil. C'est mon affection seule qui vous parle. Vous ne considérerés ce que je vous dis que sur ce pied-là. n Le ait juin. Chapelain donne à M' de Brieux (P 338 v°) ces nouvelles de Conrart : «Depuis douze jours il a quité Paris pourAtys qui n'en est éloigné que de trois lieiies, au plus bel air et à la plus belle veiie qui soit en tous les environs. Que s'il peut avoir du beau temps et une chaleur raisonnable, nous pouvons

LETTRES DE JEAP^ CHAPELAIN

Languedoc ' feroient difficulté de commettre aux hazards d'un si long chemin un livre aussi rare que ceiuy dont est question * et qu'ainsi l'espérance que nous avions de le voir n'estoit pas trop certaine. Car qu'une chose de la considération de celle-là se puisse facilement égarer, c'est ce que l'on ne me persuaderoit pas facilement, n'estant pas de celles que l'on néglige et que l'on laisse à fabandon. Ce qu'ils vous mandent qu'on le trouve à acheter en Hollande et en Angleterre ne me semblant pas plus croyable , car moy qui vous parle j'ay esté sollicité pai' de fort habiles gens de ces quartiers là pour leur recouvrer celuy du mesme titre que Morin avoit publié icy contre W Gassendi ', croyant que c'estoit l'autre, lequel ils cherchoient par mer et par terre sans l'avoir jamais

peu rencontrer. C'est une légère excuse et couverture du refus qu'on vous en a fait. Je la recevrois , si j'estois en voslre place , pour bonne, priant par ma response ceux qui vous en ont escrit ainsi , qu'ils vous facent la courtoisie de vous communiquer l'exemplaire qu'on leur en a promis, si toutesfois ce n'est point encore là un second adoucissement du déni de la grâce que vous leur aviés demandée.

Le meilleur adoucissement est l'extrait qu'ils vous ont envoyé de ce que contient l'ouvrage et de la manière dont il combat les opinions qu'il a entrepris de destruire. Si vous croyés m'en pouvoir donner la lecture par l'occasion de quelque ami seur qui viendroit de vos quartiers icy, je le verrois bien volontiers et j'essax crois d'en faire faire

espérer qu'il en tirera de ramendemenl.n H dit qu'il a vu M'"^ de Caen chez Conrart il y a près de trois semaines. Il ajoute : v Outre plusieurs choses que j'ay esté bien aise d'avoir apprises dans vostre lettre, il y en a une qui m'a tout à fait affligé. La mort surprenante de M' de Cailjière est cette chose douloureuse dont je me suis senti ie cœur serré et je l'ay contée au nombre de mes malheurs les pins sensibles. Il m'avoit offert son amitié de la meilleure grâce du monde, il me l'a fidelleraent consenée jusqu'à sa fin et durant sa vie il m'a paru satisfait de la mienne. Je ne pers pas seulement en luy un habile homme, mais un cœur noble duquel il ne falioit point attendre de duplicité ni d'inconstance. Il y auroil tant à dire là dessus que si je le faisois icy, ce ne seroit plus une lettre. J'en garderay la mémoire éternellement et m'entretiendray avec sa vertu dans ces polis et solides ouvrages, puisque c'est tout ce qui nous reste de luy.?5 Chapelain répond ensuite à deux questions qui lui avaient été posées par son correspondant : une sur le mot charge et une autre sur le mot infusé. — Le a 5 juin, Chapelain adresse à la marquise de Flamarens (P34o v°) une lettre où l'on remarque ce mot du cœur : «En portant une partie de vostre fardeau, il me semble que je vous en soulage. -» Chapelain parle

ensuite à la malheureuse femme de sa belle-sœur, M"* de la Trousse, de M' de Vertamont rqui, à ce qu'elle m'a dit, continue avec chaleur à vous rendre de bons offices. n de son fils le chevalier, de sa blessure, de son embarquement, ajoutant : <r Quand il sera auprès de vous et que vous Taures fait guérir de sa blessure, vous luy donnerés vos bons avis sur sa conduite. Les jeunes gens en ont tousjours besoin dans le bouillon de l'âge. Pour Monsieur vostre aine, j'apprens qu'il devoit s'embarquer en Hollande pour se rendre en Guienne et elles vous. Je voy mille dangers et surtout en arrivant dans la province, et lors même qu'il sera à Buiet. Vous avés sceu les condamnations de tous ceux qui ont eu part à celte misérable affaire et jugés bien les mauvaises suites que cela peut avoir. S'il y va donc, faites qu'il y demeure invisible jusques à un temps plus serain.»

' Medon et autres Toulousains.

* De tribus impostoribiis.

^ Vincentii Panurgi epistola de tribus impostoribtis (Paris, i6.t4, in-12). Ce libelle est dirigé contre Gassendi et contre ses deux amis et défenseurs, Bernier et Meure. Voir ce que dit Bougerei de toute celte querelle ( Vie de Pien-e Gassendi , 1737, p. 33i-3Zi8).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

un bon usage sans qu'on pust sçavoir d'où il me seroit venu. Je le laisse à vosti-e discrétion. Sur cet extrait mesme , s'il est métliodique et exact, vous pourries estouffer le venin de ce livre, si cela fait à vostre dessein comme je le présuppose , et vous en faire plus d'honneur que la personne que je deslmois à ce travail.

Ce que vous me mandés de cet antre ouvrage du mesme autlieur délia Nativita, etc., est une chose curieuse et que je mets au rang de celles que j'ay apprises de vous.

Le tiracleur continiie son mestier ' et trouve tousjours des duppes , le général du monde n'estant propre qu'à estre abusé. Sa drogue pourtant est fort éventée, et je ne croy pas qu'elle luy profite désormais, ni qu'il en tire fort grand argent.

Pour la langue italienne, il est malaisé que vous puissiés vous y appliquer dans les fortes et longues entreprises où vous vous estes engagé, et l'amour des langues anciennes vous destourneroit mesme seul d'y employer vos soins. En effet, quoyqu'elle soit la reyne des modernes vulgaires , nihil tamen ad dtgnitatem et majeslatem antiquarnm.

Ce que je vous ay escrit du jugement de M' Martelli n estoit que pour vous monstrer l'attention que j'ay à ce qui vous regarde. Du

1 C'est-à-dire Bourdelot, comme nous l'avons déjà vu un peu plus haut.

2 IVr Livet a oublié de reproduire ce passage dans les Extraits des lettres manuscrites de Chapelain relatifs à Thisloire de l'Académie française publiés à la suile des ouvrages de Peliisson et de l'abbé d'Olivet (t. II, p. 5oa et suiv.).

3 Si Chapelain a ici parlé sincèrement, Segrais s'est montré hien injuste envers lui dans ce passage de ses Mémoires-anecdotes {Œuvres diverses, Amsterdam, 1728, p. 162) : rJ'avois cultivé l'amilié de Monsieur Chapelain avec assez de soin ; je lui avois même adressé une Ode qui n'est pas la moindre pièce de mes poésies : cependant lorsque je demandai à être reçu de l'Académie, il se

reste , ce jugement n'est pas si souverain , qu'il n'y en puisse avoir appel , et qu'on ne le puisse réduire à la qualité de subalterne. Je ne vous conseille pas aussi de vous en inquiéter et d'autant moins que jusqu'icy les greffiers du Parnasse ne l'ont pas inséré dans leurs registres.

Pour nouvelle je vous diray que nous venons de recevoir M' de Segrais dans nostre académie en la place de M' de Boisrobert '. Cela s'est passé avec hoimeur et je n'ay pas eu sujet de me repentir des soins que j'ay pris pour cela , et des offices que j'y ay rendus à son mérite '. Je vous devois cet avis comme à l'un de ses amis intimes et qui s'intéresse du cœur en tout ce qui luy peut arriver de bien et de mal \

Je vous rens grâces des civilités que vous avés faites de ma part à tous vos illustres et vous supplie de les leur renouveller à vostre première assemblée.

C'est, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxvi juin iG6j.

À M. L'ABBÉ LE ROY

Monsieur, vous nous avés tenu parole pour ce beau travail de saint Augustin sur les

trouva plutôt porté à favoriser Monsieur le Clerc , que j'avois pour compétiteur, qu'à me donner sa voix : cela n'empêcha pas que je ne fusse reçu.« Deux places étaient vacantes en même temps à l'Académie, celle de l'abbé Bois-Robert el celle de Daniel de Priézac : Segrais eut la première el Michel le Clerc fut ensuite nommé pour la seconde. Tous deux prononcèrent le môme jour (aG juin 1662) leur discours de réception. Segrais a fort maltraité Chapelain, racontant divers traits de son avarice qui paraissent, les uns fort exagérés, et les autres entièrement imaginaires (p. 162-166).

4 Voir la page 12/1 des Mémoires de Daniel Huet, où il est question de Segrais «mon compa-

Pseaumes, et voilà le premier volume que vous nous en donné's de vostre façon '. Ce va estre ma lecture favorite aussi bien que font esté tous les autres ouvrages dont vous avés obligé le monde et consolé les gens de bien. Le peu que j'en a y desja veu m'a ravi et je prépare mon cœur à gouster de saintes délices dans la suite, mortifié de ce que vous navés pas fait paroislre ensemble les deux volumes que vous me mandiés, l'année passée, avoir presque achevés '. Pardonnes, Monsiem", à l'impatience que j"ay de voir cette suite. Le principe en est bon et vous estes si bon vous-raesme que je ne doute point que mon désir ne contribue à en faire avancer la publication. Dieu vous ayant fait naislre l'envie d' estre utile au prochain et vous ayant favorisé des talens nécessaires pour y réiissir à sa gloire, vous devés autant que vostre santé vous le permettra suivre l'inspiration et continuer une tasche si noble et si profitable, sans vous rebuter pour les obstacles que l'esprit de ténèbres op-

pose à la lumière que vous apportés. Je vous rens mille grâces de la part que vous m'en faites et, s'il se peut dans la bienséance, je vous prie de ne vous pas lasser de m'en gratifier, car ces favem's m'édiflent davantage me venant dune main si amie et me peuvent rendre plus digne de vostre amitié. Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i" juillet i66i\

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