‹ Lettres. PubliéesChapitre 7 sur 309 · AU R. P. VAVASSEUR · texte numérisé non relu

AU R. P. VAVASSEUR

UE Ll COMPiGNIE DE JESUS, Al' COLLÈGE DE CLERMOST.

Mon Révérend Père, la colère oîi M' Ménage me tesmoigna hier au soir de vous avoir

' Dilation, du latin dilatio, n'a guère survécu à l'époque de Cliapelain et de Pascal. Le mot n'a pas même été admis dans la dernière édition du Dictionnaire de Trévoux (1771).

- De vera œtate mundi (la Haye, 1609, in-i°). Sur celte dissertation où Vossius défend le calcul qui s'appuie sur le texte des Septante, voir Daunou, Cours d'études historiques (l. IV, p. 357).

^ Le Pomponius Mêla.

* Guillaume Golletet allait mourir quatre jours plus tard , le 1 0 février. Voir sur celte date mon Introduction aux Vies des poètes Gascons (1866, grand in-8°, p. 1 5i). Gf. Tarlicie Colletet du Dictionnaire critique de biographie et d'histoire par A. Jai (1867, p. Uoli).

CHAt'ELAi:\. II.

^ Digladation, de digladior, combattre l'un contre l'autre, au figuré : disputer.

* G'est-à-diie l'académie fondée par Henri- Louis Habert, seigneur de Montmor, qui mourut doyen des maîtres des requêtes en janvier 1679. On tenait chez cet ami et bienfaiteur de Gassendi, un jour par semaine, une assemblée où l'on s'occupait de physique. Voir dans le tome I" de V Histoire de V Académie française (édition de i858, p. 620) une JetlredeSorbièreàM.Hobbes où est reproduit le Règlement de l'assemblée qui se fit a Paris chez M. de Montmor, l'an i65'j.

' Nous avons déjà trouvé le nom de Descartes dans le tome l" des Lettres de Chapelain, notamment p. i5a et i53.

* Le P. François Vavasseur, né en i6o5,

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

veu contre nioy est trop obligeante pour demeurer un moment sans vous en rendre grâces et sans vous prier de la garder encore quelque temps plus pour ma gloire que pour ma punition. En efl'et il ne me pourroit rien arriver de plus agréable que l'asseurance que cette émotion me donne qu'on vous avoit soupçonné à faux de n'estre pas favorable à mon ouvrage et que la censure latine que nous en avons veue n'estoit pas de vous. Ce n'est pas, Mon Révérend Père, que je ne le deusse assés juger par le slile, et beaucoup plus par vostre bonté qui ne vous eust jamais souffert l'exercer contre une production dont vous sçaviés que l'au- Iheur estoit tout rempli de l'estime des voslres. Ce n'est pas non plus que ce que l'on m'en avoit voulu faire croire m" eust persuadé une chose si éloignée de la douceur de vos mœurs. Mais il est tousjours bien doux d'estre confirmé dans sa créance par des marques si chères que ces amoureuses plaintes que vous fistes de raoy à nostre excellent amy. C'est, Mon Révérend Père, ce que je n'ay pas voulu vous laisser ignorer en attendant qu'une infirmité qui m'empesche d'entreprendre le long voyage de mon logis au vostre me permette de vous aller dire plus paiticulièrement combien j'honnore vostre vertu et combien je suis touché de vostre mérite.

Si le R. P. Rapin ' a receu mon dernier billet , il vous y aura peu faire voir les mesmes sentimens pour vous et la joye qu'il m'avoit causée en m'assurant que vous me conserviés quelque part en vostre bienveillance". Jessayeray de mon costé par tous moyens possibles de m'en rendre digne et dès à présent j'oserois m'imaginer de la mériter s'il suffisoit pour cela d'estre, Mon Révérend Père, vostre, etc.

De Paris, ce iW février 1659.

A M. DE SCUDERY

À PlOt; , EN BASSE-NOR.MANDU: '.

Monsieur, vous m'avés fait justice quand vous avés creu que je la faisois tousjours à vostre vertu et à vostre mérite et que je vous estimois et honnorois autant absent que présent. Mais, à bien dire, vous n'avés jamais esté absent de nous et la mauvaise fortune ni la distance des lieux n'ont pu faire que vous n'ayés incessamment esté présent à nostre pensée et que tant de belles productions que nous avons de vous ne vous fissent estre de toutes nos conversations les [)lus douces et les plus favorites.

Quant au petit service que vous avés désiré de moy auprès de M" la duchesse de Nemours'*, je ne vous l'ay pu rendre par

comme Godeau , mourut en 1681. Les auteurs de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (1870, iu-i'ol. t. III, col. t3oi) rappellent que riiislorien de TAcadémie fran(,;aise, l'abbé d'01ivet,le proclame «le nieillour humaniste de son temps «.

' Le P. René Rapin, né à Tours en 1631, mourut à Paris en 1687. Les renseignements abondent sur lui, particulièrement en ses Mémoires (3 vol. in-8°, i865).

- Sur la querelle du P. Rapin et du P. Vavasseur, qui paraissent en cette lettre si bons amis, voir l'article Vavasseur du Moréri.

" On ne trouve aucune localité de ce nom dans le Dictionnaire des communes de la France de M. Ad. Joanne. Je croyais d'abord qu'il s'agissait là de quelque terre où Georges de Scudéry était venu cacher sa pauvreté; mais un pou plus loin nous allons voir la forme Pirou substituée à la forme Pion. Or Pirou est une commune du département de la Manche, arrondissement de Coulances, canton de Lessay. Le gentil homme académicien olail alors âgé de cinquante-huit ans.

' C'était Marie d'Orléans, fille du duc de Longueville et de Louise de Bourbon; elle avait

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

moy mesnie et j'ay esté réduit à luy envoyer vostre lettre à Pontoise où elle est reléguée par Tordre du Roy, comme vous lavés pu sçavoir depuis. Sa perte ' et cette nouvelle surcharge de malheur l'une et l'autre si signalées l'ont mise en un estât que personne n'attend de response de mille complimens qui iuy ont esté laits dessus, et je n'en ay point receu moy mesme au billet dont j'avois accompagné le vostre. J'ose pourtant vous assurer par la connoissance que j'ay de la noblesse de son âme qu'elle aura fort ressenti le tesraoignage que vous luy avés donné de la part que vous avés prise à sa douleur.

M' de Cailliere est sans doute un fort honneste homme et je vous envie bien sa conversation. Vous m'obligerés inliniment de le confirmer dans l'opinion de l'estime que j'ay pour luy et vous me desobligeriés si vous ne croyés pas que je suis autant que vous le sçauriés désirer, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce li février iGiJy.

Page 1