‹ Lettres. PubliéesChapitre 8 sur 309 · A ROANNE · texte numérisé non relu

A ROANNE

Mon Révérend Père, j'estois en peine de

épousé, le 2 2 mai 1667, Henri de Savoye, duc de Nemours; elle mourut le 16 juin 1707, en sa quatre-vingt-troisième année. Nous avons trouvé ([uelques mots sur elle dans le tome V des Let- Irex de Chapelain.

' La perle du duc de Nemours, qui était mort ie li janvier iGSg. D'après les Mémoires do M"" de Montpensier (édition Chéruel, t. 111, p. 9'i), le mari n'était pas des plus regrettables. Voir, au contraire, les éloges donnés au défunt par Loret,qui y joint des paroles de consolation pour la veuve {Muse historique, t. III, 1878,

- Jean de Bussières, né en 1 607 à Villefranche, près de Lyon, mourut en 1680, et non en 1(578,

vostre santé et de vos estudes présentes. M' du Moulceau n" estant point icy il y a long temps par qui je m'en fusse peu informer, lorsque vostre lettre ma esté rendue et que tous mes nuages ont esté dissipés. Je loue Dieu qu'il vous ait conservé tout cet espace que je n'avois point ouy parler de vous, et le prie de vous maintenir en ce bon estât dont vous faittes un si bon usage. Pour moy j'ay plustost languy que vescu tout cet autonne et tout cet hyver de plus d'une sorte d'indisposition, qui sans aller à la mort n'a pas laissé de m'exercer avec beaucoup de douleur et de melancholie. Mais je m'en suis vangé, employant toutes les heures que je leur pouvois desrober à avancer mon entreprise, et puisque vous estes curieux de sçavoir où j'en suis, je vous diray que j'en suis à la fin du sixiesme livre des douze qui restent^ et que, si Dieu me donne encore trois ou quatre ans de vie, je ne desespère pas de l'achever passablement. Car de gloire je n'ay pas la présomption de croire qu'elle en puisse jamais mériter, et il luy suffira bien de n'estre pas tout à fait mesprisable. J'admire, mon Révérend Père, que vous me demandiés mon jugement sur le poème du R. P. Le Moine ". Est-ce pour voir de combien je m'esloignerois en y visant? Est-

comme on l'avance dans la Biographie universelle. Il fut à la fois poète et prosateur. Parmi ses ouvrages en vers, je citerai le Scanderberg {Scanderhei-gus, poéma in VIII libros, Lyon, i656, in-12), et, parmi ses ouvrages en prose, la Vie de saint Ignace de Loyola (Lyon, 1670, in-ia) et la Vie de saint François-Xavier (Lyon, 1671, in-12).

" Nous sommes en lOôg, et comme la Pucelle avait été commencée près de trente ans auparavant, on voit que chacun des dix-huit premiers livres du poëme avait coûté à i'auteui dix-huit mois de travail en moyenne.

* Sur le P. Pierre Lemoyne, alors âgé de cinquante-six ans révolus, voir une note dans le

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ce pour avoir le plaisir des fausses veues que j'aurois sur ce sujet à la différence des vostres véritables? Si vous avés eu ce dessein, vous estes attrappé. J'en pense tout ce que vous en pense's, et mon opinion est la vostre, si non que je n'y voy pas si clair que vous. Et puis un jugement exact n'est pas une matière de lettre failte aussi à la haste que celle cy, et par un homme aussi accablé que je suis. C'est tout ce que je vous en puis dire à cette heure. Et pleust à Dieu que nous fussions en lieu où nous pussions nous en entretenir! Il n'y trouveroit pas moins son conte que nous, et nous remuerions beaucoup de questions poétiques à l'occasion d'une pièce si spirituelle et si fleurie'.

Vous m'avés ravi de l'espérance que vous me donnés de vostre Histoire de France ^ J'ay lousjours peur que les chastreurs romains ' ne vous l'ayent estropiée ou énervée. C'est une estrange sujettion que celle la de

dépendre du caprice ou de la partialité des estrangers dans la narration sincère de nos propres affaires. Vive l'honneste liberté qui est l'âme de ces sortes de compositions et sans laquelle il n'y a point de travaux semblables qui acquèrent de l'authorité ! J'ay peur aussy que vostre absence ne nuise à l'impression et qu'il ne paroisse moins correct qu'il ne seroit nécessaire.

Prenés, mon Révérend Père, toutes ces craintes comme autant de marques d'amitié et de l'interest que je prens en ce qui vous regarde. Mais qu'est-ce là que vous ne me dittes rien de vos vies des Saints''? En avés vous pertlula pensée? Vostreexcellenle plume est-elle destinée à quelque autre chose par vos supérieurs? Vous m'esclaircirés de cela, s'il vous plaist, à vostre loysir et cependant continuorés à me croire, mon Révérend Père , vostre , etc.

De Paris, ce 18 février l659^

totue V des Mélanges histonques, 1878 , Lettres de J.-L. Guez de Balzac, p. Si 5. Le poème en question est Saint Louis ou la Sainte Couronne reconquise , poème héroïque (Paris, Aiig. Courbé, i658, in-13), précédé d'un Traité du poème héroïque. C'était pour la première fois que fouvrage paraissait entier, c'est-à-dire en dix-huit livres. Les éditions précédentes {Saint Louis ou le héros chreslieti) ne renfermaient que sept livres ( Paris , 1 6.5 1 , in-foi. ; 1 653 , in-fol. ). On cite encore deux éditions incomplètes dans le format in-i 2 (Paris et Rouen, i656).

^ Camusat {Mélanges de littérature, p. 6) résume ainsi ce passage: «Le P. de Bussières, fameux Jésuite, prioil instamment M. Chapelain de lui dire son sentiment sur ie poème de Saùit Louis par le P. ie Moine, son confrère; mais il se défendit modestement, et se contenta pour tout éloge de dire que c'étoit une pièce spirituelle et fleurie, v Camusat ajoute : «Ce poème, qui a eu ses partisans pendant un certain tems, est absolument tombé. Personne n'en a jugé plus soiiden>ent (jue M. l'abbé du Bos, dans ses Réflexions sur la poésie et sur la peinture.n

- Celte Histoire de France parut deux ans plus tard , sous ce litre : loannis de Bussières Belliiocensis eSocietate lesu Ilistoria Francica : ab Pharamundo continua série ad Ludovicum XIV dcducta, tomis quatuor comprehensa. (Lyon, 1661, in-i-j).

^ L'énergique expression de Chapelain mérite d'autantplus l'attention, que M. Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, n'a cité aucun emploi du mot chdtreur pris au figuré. Il n'a donné qu'un seul exemple du mot dans son acception propre, exemple tiré d'Ambroise Paré.

" Nous avons déjà cité les Fies de saint Ignace et de saint François-Xavier.

^ Mentionnons ici diverses lettres: la première (P 1 5) est adressée à M. de Lionne, prevost de l'ordre de Sa Majesté, le 18 février; Chapelain lui dit : «M'pstant présenté inutilement à vostre porte pour vous tesmoigner la sensible douleur que la mort de M. de Bayeux [François Servien, l'rèro d'Abel Servien, naquit en i588, devmt évèque de Carcassonne en i6i.5, de Bayeux en janvier i655, et décéda ie 3 février 1659] m'avoit causée, j'ay creu que je ne serois pas plus lieureux à vous rencontrer dans le nouveau malheur

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A M. HEINSIUS

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