À M. LABBE BIGOT
À r.Ol/EN.
Monsieur, j'apprens avec plaisir que vous ayés remis à une autre saison ce vovage d'Angleterre, et je serois bien aise que vous n'eussiés jamais besoin de retourner en ce pais là. Outre la naturelle aversion que son peuple a pour nous, les dispositions présentes vont pluslost h. rompre avec TAngloi? qu'à entretenir avec luy une bonne intelligence et il seroit fascheux de vous aller exposer sans nécessité aux insultes de ceux qui nous traittent de dogues ^ lors mesme que nous sommes moins mal avec eux.
Je n'ay veu qu'une fois en ma vie Lambecius, ce jeune Lutérien qui se fit catholique au son des orgues de Noslre-Damc\
' Je;in-Baptisle Nani, procuraleur do Saint- Marc, naquit à Venise en août 161 G cl mourut en novembre 1678. Il fut deux fois ambassadeur en France, de i6i3 à i6'i8 et en 1660.
- Chapelain se trompait gravement. La première partie de VIstoria délia repuhlica Veneta ne parut qu'en 1676 (in-V). La seconde partie vit le jour après la mort d? Tauteur
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2 On lit dans le Moréri de 1709 : rLambecius étant en France avait abjuré en secret le luthérianisnie pour embrasser la religion catholique, dès 16^7, en conséquence des instructions du P. Sirniond. ..1 Voir sur la conversion de Lambecius le Diclionnaire critujue de Bayle (édition Beu-
chot, t. IX, p. 2S, remarque B). La phrase de Chapelain complète les ronseignemenls des biographes. Seulement ce ne fut point à Noire- Dame de Paris que Lambecius abjura, comme nous l'apprend une lettre inédite de Jacques du Puy Saint-Sauveur, écrite à Holstenius le 1 1 octobre 16^7 et qui m'a été très gracieusement communiquée par M. Miinlz, le savant bibliothécaire de l'Ecole des beaux -arts, lequel en a pris copie à Rome dans la bibliothèque Barberini (registre XLIII , t^ 85). Voici ce qu'écrit le frère de Pierre du Puy à l'oncle de Lambecius: «Peu devant son parlement il s'csloil converti n nostre religion et fait son abjuration entre les mains du Pénilenlier de NoslrcDame dans l'église
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Nous parlions de l'excellence de la musique, et lorsque nous croyons qu'il s'accorderoit, il se déclara iaatjov {sky disant brusquement semper ego abhorrui a mxisica, ce qui me le fit dès lors regarder comme un poco in testa. Son mariage bizarre que vous me faites sçavoir et sa disparution encore plus bizarre- me le confirment pour tel , et quand de relaps qu'il estoit, il sera rentre au giron de l'Église *je ne voy pas que nostre parti en devienne plus fort. C'est un vray courtisan de celte reyne qu'on croit qu'il va cbercber\ dignum patcUa operculiim". En sa jeunesse il pai'loit de donner une nouvelle édition d'Aulu Celle avec des animad versions et élucidations \ Je ne scay s'il aura exécuté ce dessein. Il auroit esté plus raisonnable que celuy de l'Encyclopédie. Ces vastes pensées ne sçauroient guères venir qu'à des fous comme luy et Magnon.
Il faudra voir ce que ce sera que cette histoire del procurator Nani. Le lieu de sa naissance et son expérience en doivent faire bien espérer. Faites que vos amis de delà les monts vous l'envoyent quand il paroistra.
Puisque vous m'assures que l'on peut
escrire à M' Spanbeim sans risque sous vostre enveloppe, je prendray la liberté d'user de vos offres et dès aujourd'hui je vous envoyé un mot pour luy que je vous prie de mettre dans vostre premier paquet.. Je ne despescberay à M' Heinsius que lorsque j'auray receu la lettre que vous luy voulés escrire, et je feray cette diligence par la voye du sieur Joly '^ qui fera tenir mon paquet aux Elzevirs, comme il a fait le précèdent, et j'en ay sa parole. Au reste, ne craignes pas de perdre Tamilié ni la correspondance de nostre vertueux ami qui connoist trop ce que vous valés et trouve trop son conte avec vous pour négliger le vostre et ne profiter pas d'un si grand avantage que celuy de vostre affection. J'y liendray d'ailleurs la main comme celuy qui est passionnément, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxii juillet 16&2-
À M. HEINSIUS