À ROUEN
Monseigneur, j'exécuteraypunctuellemenl auprès de M° la Marquise de Monlauzier ce que V. A. m'ordonne sur les offices qu'elle a rendus à M^" vos enfants auprès de leurs M'" et à M* de Maubuisson' auprès de la Reyne Mère et je luy tesmoigneray voslre ressentiment aussi grand qu'il est et que vous voulés que je le luy tcsmoigne. Quant à la communication qu'il vous a pieu me donner (le la lettre du s' Prioleau^ et h l'ordre de
^ Chapelain a écrit : sçauroit.
- C'est-à-dire i'abbesse du monastère de Maubuisson, de l'ordre de Cîleaux, aujourd'hui département de Seine-et-Oise, commune de Saint- Ouen-i'Aumône. C'était une fille naturelle du duc de Longuevilie. Le Moréride ij5q (t. VIII, p. 109) nous l'apprend en ces termes: «Il laissa de Jacqueline d'IJliors, abbesse de S. Avi près de Cbàteaudun, pour fille naturelle, Catberine-An-
{félique d'Orléans, qui fit profession dans l'abbaye de Maubuisson. . . Elle fut successivement abbesse de Saint-Pierre de Reims, du monastère du Lieu-Dieu, et en dernier lieu de Maubuisson. Elle mourut le 1 6 juillet 1 6G/1 , âgée de quarantesept ans. ..75
^ On a souvent écrit ainsi le nom de l'historien, mais il signait P/to/o. Voir Lettres inéditeii de Benjamin Priolo , grand in-8°, 1877.
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vous mander mes senlimens sur ce qu elle contient pour sa défense et si je juge qu il -luy faille respondre ou ne luy respondre pas , ou luy faire parler sans luy escrire, je sens comme je dois, M^', la conliance que vous prenés en ma fidélité et en ma sincérité. A quoy pour satisfaire je diray à V. A. qu'encore que je m'explique ma! volontiers au désavantage de personne , je ne puis néantmoins manquer sur des ordres si précis de vous dire que tout ce que cet homme allègue pour se disculper est illusoire et insousteaable et qu'en cela il n'a cherclié qu'une couleur telle quelle pour ébloiiir V. A., s'il pouvoit, et pour évi(er les premiers mouvemens de vostre colère dans l'espérance que le temps y apporteroit de l'adoucisscmenl. En quoy, M^', je trouve d'un coslé qu'en ce qu'il nie d'avoir eu mauvaise intention dans ce qu'il a escrit de vous il reconnoist que s'il l'avoit eiie il séroit très coupable, et d'autre costé que sa mauvaise intention estant claire comme le jour, c'est aggraver l'offense que de prétendre vous la faire passer en obligation afin de vous débiter après cela pourune personne facile à dupper et d'une petite intelligence. Car de vous représenter comme une louange ce qu'il dit que vous vous fourriés dans toutes les intrigues pour vous ranger après du costé des plus forts, c'est bien abuser de vostre bonté de s'imaginer qiie vous la receviés pour telle sur sa foy. C'est bien se moquer aussi de V. A. de luy prétendre prouver que la seule ignorance
des honmies leur a fait prendre le mot dolosus pour un blasme et pour une injure mesme comme s'il ne signifioit là qu'habile à porter le joug et à se le rendre plus léger à la diflerence des autres princes qui se le rcndoient [)lus pesant par leur manque d'habileté. Avec tout son scavoir grammatical et la ridicule vanité qui luy fait conter son ouvrage comme un monument éternel ', il ne trouvera en aucun livre approuvé que le mot dolosus soit jamais pris qu'en mauvaise part pour trompeur et pour artificieux, et à l'esgard de celuy de dolus sur lequel seul il se défend pour donner le change, il ne trouvera jamais non plus qu'il soit pris en bonne si bonus n'y est adjouslé pour le déterminer et luy faire changer de signification de la sorte qu'on dit en françois élégamment un louable artifice. Autrement mis seul il signifie tousjours malice, ruse, finesse et jamais prudence ni accortise comme il le voudroit faire croire pour se couvrir". Voyés, M^', l'opposition de dolus a virtus dans Virgile : dolus an virtus quis in hoste rcquirat ". Pour le dolum adjecit virluti, s'il est dans Tite-Live, il ne peut signifier autre chose que il joignit l'artifice à la force, le stratagème à la valeur, qui est ce que les Anciens disoient coudre la peau du renard à celle de lion". Quand toulesfois dolus mis seul pourroit avoir cette signification d'addresse qu'il prétend, il n'est pas icy question de dolus mais de dolosus qui ne signifie jamais habile ni prudent, mais cauteleux el fourbe
' Voir divers témoignages de celle excessive vanité dans les Lettres citées, notamment dans ia ietlre du 6 juin 1661, p. 6.
- Tous les latinistes donneront incontestablement raison à Chapelain dans sa minutieuse et pressante discussion. Voici le passage incriminé ( Benj. Prioli ah excessu Ludovici XIII de rébus gallicis historiarum libri XII, Utrecht, Pierre Elzevier, 166g, p. 90) : r^Longavillanus ,
Condei genei% condeana rate vavigabat, omnibus tamen se immiscens : ferre jugum cum sociis dolosus. ..ti
3 Mneis, lib. II, vers. 889.
* Montaigne avait déjà rappelé {Essais, Viv. I, cil. v) ce mot rapporté par Plutarque : «Nous qui, après Lysander, disons que, où la peau du lyon ne peut suffire, il y fauU coudre un loppin de celle du regnard.n
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tousjours dans uu sens odieiu, quoy qu'il vueille dire de ses notes oii il vous envoyé et oii il vous veut persuader qu'il s'explique ])lus clairement et à vostre avantage. Mais le mal est fait par la publication de son libelle et que ses notes sont encore à faire. Il voudroit vous faire croire que tout le mal de la fin consiste en ce mot jactaret, qu'il su^v pose qu'on prend pour se vanter, au lieu , dit-il , qu'Une signifie que régner paisiblement , en quoy mesme il parleroit mal de vos intentions qui n'ont jamais este' de régner nulle part, mais de servir fidellenient le Roy partout. Mais c'est un nouveau change qu'il donne, personne ne s'estant avisé de se scandaliser du mot jactaret en ce lieu là. On s'est scandalisé tout à fait de ceux cy, « morte Régis propositttm quicquid muniium in Neusiria in potestatem siiani transferre, prœscrtim havrœam arcem qua seviens adversus Neustrios securus adversus Reges in illo porta se jactaret '. Il est vray que la malignité estant trop visible en ces termes adversus Reges\ioav pouvoir admettre aucune favorable interprétation, il les a gauchis et laissés en leur entier, s'attachant à cet autre moins criminel et auquel on ne s'avisoit pas mesme de donner le mauvais sens qu'il luy donne. Ces derniers ternies adversus Reges les plus oITensans qu'il se puisse justiGent le venin des précédens , auxquels il a tasché mais en vain de trouver des excuses. Ainsi , Monseigneur, je ne puis me figurer autre chose sinon qu'il a voulu oulrager V. A. de propos
délibéré et en cela je ne fais que suyviv l'opinion générale. Je n'estime pas pourtant qu'elle doive changer la résolution qu'elle avoit prise de mespriser cet attentat comme fait par un homme de trop petite estoffe et trop décrié pour estre capable de vous nuire et pour mériter vostre colère et vostre ressentiment. Souvenés vous, s'il vous plaist, qu'en matière de contumélies - et de mesdisances mesme escrites ipse D. Julius ipse D. Aiiguslus estulere [sic] ista et reliquere haud facile dixerim moderalione inagis an sapieniia namque spreta exolescunl si cresccre ad gusta \sic] videntur^. Je me garderois donc bien de m'abbaisser jusqu'à luy respondre ni à luy faire parler. Il ne seroit nullement de vostre dignité, et vain comme il est il le feroit passer pour une recherche. Que si on luy parloit en une offense si qualifiée que celle là sans l'en payer en mesme temps, ce seroit le (raitter d'égal avec grande dimiiuition de vostre gloire. De le punir par main mise cela n'est pas de vostre modération et de la hauteur de vostre courage. Je le punirois par le mespris. J'en parlerois comme d'un ingrat insensé lorsque je serois contraint d'en parler et n'eu parlerois pourtant que par force. Ce procédé luy laisseroil la crainte qu'il a du chastiment sans vous engager à rien et vous laisseroit tousjours en estât d "en user d'autre sorte selon le temps et la raison. Pour habitude avec luy je n'en ay aucune et ay tousjours fuy d'en avoir, sachant de tout temps par des tesmoins irré-
' Celte jihrase appartient au même passage (p. 20) dont nous avons déjà cité quelques lignes plusliaul (^note i ). Priolo ne modifia pas le moins du monde le texte si défavorable au duc de Longueviile, et dans les éditions de 1660, de 1669, de 168G, etc., on retrouve le dolosus, Vadversus Reges et le se jactaret de 1662. Rappelons ici que Priolo lança d'abord , — comme ballon d'essai , — lepromier livre seulement de son histoire (Paris,
Cramoisy, in-V, 1G62), el que les douze livres réunis parurent pour la première fois en lOG.') (Paris, Léonard, in-i°).
- «Vieux mol,'» disent les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux, <rqui signifiait autrefois une vilaine injure, un houleux reproche. n
•* Ce doit être là une phrase estropiée de Sénèque, un des auteurs anciens que, nous l'avons déjà remarqué, Chapelain aime le mieux à citer.
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pi'ocliables combien dangereuse est sa connoissance à un liomnie qui fait profession d'aimer l'honneur et la vertu '. C'est tout ce que je puis dire à V. A. sur l'ordre qu'EHe m'a donné de luy en exposer mes senlimens, lesquels ne'antmoins je sousniets respectueusement aux vostres n'en pouvant embrasser qui ne leur soient conformes en tout, comme celuy qui suis avec une de'pendance absoliïe, Monseigneur, de V. A. le très, etc.
De Paris, ce i" aoust 1G62.