‹ Lettres. PubliéesChapitre 77 sur 309 · À M. DU CHASTELET · texte numérisé non relu

À M. DU CHASTELET

Ai; CHASTELET, E\ BRT.TAlîX e'.

Monsieur, la revision de la préface que

vous avés mise ;i la tesle de vostre Connestable du Guesclin ^ a esté aussi exacte que vous le pouviés désirer, et la précaution que vous a vies pi'ise pour me laisser en liberté d'en dire mon sentiment a eu tout

qu ils puissent recoiinoislre dans le suppliant. . . ^ Chapelain dit que c'est par un heureux hasard que le procès de M. de Monmeja est tombé des mains de M. Tuhenf , auprès duquel il n'a aucun accès, entre celles de M. du Gué, dont il connaît le gendre. Il ajoute : rJe suis un certain solilaire qui ignore le chemin du palais cl du conseil , et qui V pers lues propres afl'aires, faute d'estre connu de mes juges et de les aller courtiser. I.a profession que j'ay embrassée m'a éloigné d'eux Mo cœlo, et ceux qui ont ouy parler de moy me regardent comme un homme de l'autre monde avec lequel ils ne peu>ent avoir rien de commua. Alon commerce est avec les livres. . . Mon temps n'est point pour la société. Il est consacré à la relrailte, aux Muses et au travail dont je me îuis chargé et auquel je me dois tout entier, si je venx rendre bon conte de moy à mes princes, à mon siècle et à la postérité. C'est pour luy eslre fidelle que j'ay rebuté la fortune qui me jetloit capricieusement ses grâces à la teste et qui, depuis trente ans, m'a esprouvé insensible à toutes ses faveurs, particulièrement à celles des secrétariats des ambassades de Rome et de Munster que ma constance pour mes engagemeiis m'a fait despouiller, lorsque M" les Cardinaux de Richelieu et Mazarin m'en avoient revestu, et m'ordonnoient de les garder avec autant d'espérance de profit que de gloire, n

' C'était le fils de l'académicien Paul Hay du Chasielet, mort le 5 avril i6.36 et sur lequel on peut voir une note de la lettre XXIX du tome I", p. 53. Il s'appelait Paul, comme son père, et il fut maître des requêtes, comme lui. Il avait publié, en i6i3, des Observations sur la vie et la tnort du maréchal d'Omano, et, en i6i4, un traité de VÉducation de Monseigneur Je Dauphin.

^ La terre du Chastelet était située dans la commune actuelle de Balazé, département d'Illef't-Vilaine, arrondissement et canton de Vitré, à 7 kilomèlres de celle ville.

CUAPELAl.N. 11.

^ Hiitoire de Bertrand du Guesclin, connestahle de France, etc., composée notivellement et donnée au public avec plusieurs pièces originales touchant la présente histoire, etc. , par inessire P. H. , seigneur D. C. Paris, Louis Billaine, i666, infolio. Chapelain, en disant an iils de l'académicien : Vostre conneslable du Guesclin, montre combien a été grande l'erreur des critiques et des bibliographes qui ont cru devoir traduire les initiales P. H., seigneur D. C. par le nom et le litre du père de l'auteur. Ces critiques et ces bibliographes sont fort nombreux, et dans tous nos lecueils biographiques, depuis le Dictionnaire de Moréri jusqu'à la Nouvelle biographie générale, comme dans tous nos recui'ils bibliographiques, depuis la Bibliothèque historique de la France jusqu'au Manuel du libraire, on a mis l'œuvre du fils au nombre des œuvres du père. Celui qui a le plus contribué à propager l'erreur, c'est l'abbé d'Olivet qui lui a donné, en quelque sorte, une consécration oflîciclle en citant {Catalogne des œuvres laissées par les académiciens ) {'Histoire de Bei-lrand du Guesclin sous le nom de l'auteur des Observations sur la vie et la condamnation du maréchal de Marillac. Seul jusqu'à ce jour, un critique qui sait aller au fond des choses, M. B. Ilauréau, a restitué {Histoire littéraire du Maine, nouvelle édition, t. VI, 1878, p. f)3) à Paul Hay le fils ce qui lui appartient incontestablement, et il s'est appuyé, pour opérer cette restitution, sur le privilège, daté du 1" mai 1666, où il est dit: rr Désirant favoriser le bon dessein de nostre amé et féal Paul Hay, chevahci , sieur du Chastelet, fils de nostre amé et féal Paul Hay, seigneur dudil lieu, conseiller d'Eslat du feu roy, d'heureuse mémoire, Louis le Juste, etc.' Voir encore la Notice sur Paul Hay du Chastelet père, publiée par M. Kerviter, dans la Revue de Bretagne et de Vendée (1873), notice déjà citée en notre tome I" (p. 53), et qui vient d'être réimprimée dans La Bretagne à l'Académie J'r a n-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

l'effel que vous prétendiés. M' Gii-ai-Jin sesl lidellement aquité de sa comniissiou el moy de l'engagement où il m"a mis. Vous verres le peu que j'y ay trouvé digne d'eslre relouché dans l'original qu'il vous en envoyé, el vous jugerës vous-mesme si ce qu'il y a marqué par mon avis mérite ou non que vous y défériés. J'approuve tout le reste et ne crains pas qu'il vous apporte du deshonneur. Il vous dira que le discourk de la noblesse, bon en soy, est postiche dans la pi-éface, et en augmente la longueur sans nécessité. Mais il vous dira aussi que ce discours peut rencontrer ailleurs sa place, et peut estre dans le cours de l'ouvrage parmi les réflexions dont vous dites qu'il est acconipagné. Il sera de vostre prudence de choisir le lieu oii vous le devrés mettre. Sur les observations que j'ay faittes dans cet avant-propos, soit de sens, soit de langue, vous vous pourrés régler dans la révision que vous ferés vous-mesme du corps de l'ouvrage, un esprit tel que le vostre pouvant par cet eschantillon prendre facilement l'idée de la réformation du surplus. Je vous y offrirois la continuation de mes soins sans cela et sans la dure lasche que j'ay entre les mains et le besoin que j'ay de tout mon temps pour en rendre conte au public et à mes princes, surtout âgé comme je suis el n'osant pas me promettre mesme assés de vie pour le rendre bon et satisfaire à leur attente et à mes obligations. Mais vostre capacité suffira toute seule pour cela sans que je m'en mesle, et, comme rien ne vous presse, vos bons yeux promenés à loysir et à diverses reprises sur vostre beau travail ne vous y laisseront rien eschapper qui demande remède et qui le puisse recevoir.

Pour vous fortifier dans le stile, entre

tous ceux que je voudrois que vous leussiés attentivement, feu Monsieur vostre père, qui l'avoit si fort et si fleuri, me sembleroif celuy que vous vous deussiés proposer. Il vous sera plus aisé de vous y rendre accompli par une imitation domestique que par une estrangère, cette vertu vous estant héréditaire et ayant passé en vous avec le sang. Outre cette aide, je voudrois que vous en pussiés avoir une autre , et que M' l'abbé de Francheville ftist assés à vostre main pour vous la donner. Comme je connois la délicatesse de sa critique et la beauté de son esprit, je m'en fierois plus à luy qu'à moy-mesme, et comme il est fort vostre ami, vous n'auriés pas beaucoup de peine à obtenir cette assist.ince de sa civilité.

Le seul conseil que j'ay encore à vous donner, c'est de ne précipiter point la publication de vostre livre et d'en estre avare el jaloux jusques à ce que vous l'ayés mis au point qu'il doit esU'e pour vivre et pour vous rendre immortel. Lorsque vous viendrés à la Cour, nous nous en entretiendrons plus au long.

Cependant je demeure. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce m' octobre i COq.

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