‹ Lettres. PubliéesChapitre 78 sur 309 · À M. CORNEILLE · texte numérisé non relu

À M. CORNEILLE

À ROIEN '.

Monsiem", vous tardés trop à veriir vous establir à Paris et je ne sçaurois plus vous attendre pour vous remercier de bouche du présent exquis que vostre jemie page m'a fait de vostre part. La beauté de Sertorius qui m'a paru encore plus grande sur le papier que sur le théâtre " me sollicite lro[i

çaise au svii' siècle ( Paris , Victor Palmé , i S79 , in-8°, p. 1-71).

' M. Taschorcau a reproduit cette lettre dans

ï Histoire de la vie et des omrages de P. Corneille (i855, p. i83 et 18/1).

- M. Tascheicau (p. 183), M. Cii. Marly-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

puissamment de vous en testnoigner ma reconnoissance. Elle est proportionne'e au mérite de la pièce, c est-à-dire qu'elle est extrême, jusques à m'oster le moyen de l'exprimer. Mais vous, Monsieur, qui entrés si bien dans le cœur de vos personnages, vous n'aurés pas de peine à entrer dans le mien et vous vous dires pour moy ce que je ne vous puis assés bien dire.

Vous penserés, s'il vous plaist, la mesme chose de M' Gonrart, à qui j'ay envoyé le mesme régale ' en vostre nom , et qui vous en auroit rendu ses grâces luy-mesme, s'il avoit les mains assés libres et s'il en disposoit aussi bien que de sou esprit. Il m'a fait conjurer de ne vous laisser pas ignorer sa gratitude et vous la croirés aisément d'un aussi homme d'honneur et autant vostre admirateur (jue luy. Il vous le dira de sa propre bouche quand vous serés tous deux icy. C'est

de quoy je ne le presse pas moins que vous, vous y souhaittant également pour ma joye, car je ne suis pas moins touché de vostre vertu que de la sienne, ni ne suis pas plus son ami que je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce iiii' octobre i(J62.

À M. DE SORBIERE,

À PARIS^

Monsieur, j'ay leu avec beaucoup de satisfaction l'épistre latine de M" Maury " et cette partie de la vostre qui vous l'a attiré. Comme je suis attaché par toutes sortes de liens à la vertu qui rend M' l'Archevesque de Paris si recommandable, je ne puis sans un extrême plaisir la voir louer si éloquemment dans l'un et l'autre stile, etjen'auray point

Laveaux ( Œuvres de P. Corneille, t. VI , p. .3 54 ) , fixent, avec les frères Parfait {Histoire du théâtre français, t. IX, p. 96), la première représentalion de Sertoi-ius au 26 février 1662. Le succès de Sertorius fut immense, comme t'atteste un enlliousiasle récit de Loret {Muse historique du fi mars 1662). L'édition originale de Sertorms l'orme , dit M. Marty-Laveaux ( p. 3 56 ) , un volume in-i 2, dont voici la description bibliographique : Sertorius, tragédie, imprimé à Rouen, et se vend à Paris, chez Augustin Courbé et Guillaume de Luyne. u.dc.lxu. 6 feuillets et 82 pages. Le privilège est du 16 mai ; l'achevé d'imprimer, du 8 juillet 1662.

' M. Taschereau a imprimé régal, ce qui aux yeux de Chapelain aurait été une faute, comme nous l'avons vu (lettre LXXXV).

* Nous avons déjà trouvé plus haut ie nom de Samuel Sorbière. Chapelain avait souvent rencontré chez Habert de Montmor ce disciple de Gassendi.

^ Jean Maury était, dit le Moréii, trthéologien et poète. Il a fait un grand nombre de poésies latines qui ont été imprimées en différents temps, et sur divers sujets, la plupart concernant les

affaires ou les personnages du xvn° siècle. 11 a donné un recueil de ses pièces de ce dernier genre, sous ce titre : Joannis Maury sylvœregiœ, sive varia ejus poémata in Imidem Ludovici magni, régis christionissimi. Accessere aliqtia ejusdem autoris miscellanea. Ce recueil , imprimé à Paris en 1 672 , in-i 2 , est dédié par l'auteur à M. le Dauphin. Il est mort en 1597.75 L'abbé de Marolles accorde une mention honorable à Jean Maury dans le Dénombrement qui suit ses Mémoires (t. III, p. 3 1/1). Maury avait eu d'excellentes relations avec Balzac, qui lui adressa plusieurs lettres (une, du 23 octobre 1 636, à M. de Maury pour le remercier de ses poésies, p. A 18 de i'in-folio de i665; une, du 3o aoi\t i64o, à M. Maury, docleur en théologie, qui roule aussi sur ses poésies, p. 5/49; une, enfin, du 20 février i653, 0 M. de Maury, docteur en théologie, toute pleine d'éloges pour le poète, l'orateur, l'homme de bien, p. 682). Voir encore, dans les Mélanges historiques de 1873, ce que Balzac écrit sur Maury à Chapelain (p. ^189 et ^92). La présente note précise et complète les vagues et insuffisants renseignements delà note 2 do la pngc 1^89 du recueil de 1873.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

rhonneur de le voir que je ne luy tesmoigne combien il nie semble qu'il vous en est oblige' à tous deux. J'appuyeray aussi volontiers auprès de iny Toflice que vous avés rendu à vostre ami en sollicitant ce vertueux prélat d'en faire son domestique'. Je connois de longue main ce qu'il vaut dans les lettres, et s'il n'eust point este' aussi malheureux qu'habile, je l'eusse servi en des occasions dont j'estois. le maistre, et qui l'eussent mis à couvert de la ne'cessité. Son mauvais sort m'envia ce moyen de luy estre utile, en me rendant iuipossible de le rencontrer pour cola. Il a la veine latine pure et aisée, et le poëme moral dont il publia la première partie il y a plus de vingt ans eust eu sa suitte et eust accreu sa réputation, s'il m'en eust creu, ou plustost s'il eust eu paix avec la Fortime et que son mérite eust eu un poste tranquille et certain. Il scail de quelle sorte j'en parlay à M. le P [résident j de Maruiiesse, un jour qu'ils me visitèrent ensemble, et combien j'estimay M' de Conserans heureux de l'avoir tiré à luy". Mais, à ce que je voy. il n'est plus de cette maison \ et il habite maintenant la sienne propre, loin du soleil et en un pais où il n'y a que luy qui luise, si lonteslbis encore les ténèbres de celte i)arbarie n'en offusquent |)oint la clarté \ Quand vous l'aurés establi

' C'est-à-diro de rallacher à sa maison, de lui donner quelque emploi de secrôlaire, d(.' bibliothécaire, etc. C'est ainsi que Bahize fut le domestique d;! M^' de Marca et, ensuite, de Colbert.

" Le président de Mariniesse était le frère de Bernard de Marniiesse, qui fut évèque de Conserans de mai t653 à janvier 1(380. Voir GniUn ('Jivistiana, t. I", coi. 1162.

* Maury parait avoir éprouvé bien des vicissitudes. Avant d'être chez Pévéque de Conserans, il avait résidé au roUège de .Navarre (voir la lettre de Balzac à Chapelain du 53 février i64îi), et il avait été précepteur du fils de M. de Viileniontée

parmi nous, nous luy rendrons tous les tesmoiguoges dont il est digne, et nous nous resjoiiirons de l'avantage qui luy en reviendra.

Cependant je vous diray que, ces jouis passés, je receus une vieille lettre de M. de Vence, où il me paroissoit en peine de celle qu'il vous avoit escrittte et qui a passé par mes mains. Je l'en éclaircis en l'assin-anl que vous l'aviés receiie et que vous luy en aviés sceu gré.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce v octobre 166a *.

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