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À M. TAN.NEGUY LE FEVRE

Pr.OrtSSttli TES LETIKI? HIMAINtS,

A SAUMIR.

Monsieur, jo suis aussi sensible que je le dois au souvenir que vous avés eu de moy dans la distribution des exenq)laires de vostre Lucrèce ", £t je tiens à beaucoup d'hoimeur de m'estre reconnu en celte occasion principihus pcrintxliiin Acltivis^, avec ceux-là. dis-je. auxquels vous avés l'ait cette nouvelle libéralité de vos sçavantes richesses dont le fonds est si grand que vous ne le sçauriés jamais espuiser. Je n'eus pas plustost receu ce beau présent des mains de M' Patin ,

(lettre du même au même, du 29 du ménie mois^.

* Maury, comme nous rapprennent l'abbé de Marolles et les rédacteui^ du Maivri , était né dans le pays des Cévonnes.

^ Dans une lettre à Heinsius, du iS octobre ( f ' 363), Chapelain déplore plus que jamais l'absence de M'' de Beuning. Il dit de la Suède : -le pais devant estre retourné barbare depuis que la R-nne Christine l'a quitté et qu'elle en a tiré sa bibliothèque."

' Liirrelins, cum coujecluris , eutendotioinlms et iiottilis perpeluii (Saumur, 1662, in-û").

" C'est le veis de Virfple :

Se quoque piincipibus permixfum agnovK Afbivis.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

(jui se donna hier la peino de l'apporter', que, sans pouvoir attendre que le relieur me le rendist plus maniable, je me mis à le fcuillefer, et il m'attacha si fort tant par la heaulé de Timpression que par les charmes de vostre preTace et de vos notes, que je iule pus quiler que pour me mettre au lit.

Que de netteté de stile ! Que de curieuses observations! Que de corrections heureuses! Que de conjectures solides! 11 n'y a point de g-loire ])nreille à la vostre de restituer ainsi en leur entier des autheurs célèbres diflbrmés , estroppiés, aidé de vostre beau génie et destitué du secours ordinaire des manuscrits; car vos liabillemens convainquent Tesprit et, sans autre vérification, quiconque les lit attentivement prononce en vostre faveur et vous le donne gaigné sur les [autres éditeurs, quels] que soient les secours qu'ils ont tirés des vieilles membranes.

Mais, Monsieur, permettes moy de vous dire que j'ay veu dans ce volume, en me levant , une chose dont je fais encore plus de cas. J'avois creu que vous n'en aviés gralitié

que le public et je n'\ trou vois rien à redire, lorsqu'on cherchant le carton qui devoit entrer en la })lace du feuillet deschiré, j'y ay [descouvert] l'espitre que vous addressés à celuy de vos amis qui, depuis un an, par la faute ou par le malheur d'autruy, souffre une captivité fort dure et qui, selon toutes les apparences du monde, ne sera plus guère en estât de vous servir". Cette action de générosité et de reconnoissance que j'y ay veûe m'a si fort touché, qne je n'ay peu m'emposcher de l'estimer [plus] que tout ce que vostre érudition exquise m'y avoit monstre d'estimable, et j'ay esté lavi de voir par une telle espreuve que vous aviés encore plus de vertu que de sçavoir. Je rendray partout tesmoignage de l'un et de l'autre, et, de mon costé, me voilà confirmé dans Lopinion que vous ne manques de rien pour mériter toute la fortune qui vous manque \

Si M' le Clerc* et M' Chevreau m'ont fait justice, vous aurés appris de temps en temps par eu\ combien vos bonnes qualités m'ont aquis à vous et quelle passion j'aurois de vous

' Guy Patin était alors âgé d'un peu plus de soixante ans (étant né le 3i août 1602). Il a souvent parlé, dans ses lettres, de Chapelain , qui était, comme lui , des meilleurs nn)is (le Gassendi. Il écrit notamment à Spon (édition Réveillé-Parise,t. ll,p. 188), le 21 juin 1 65.5 : r M' Chapelain (que j'ai vu aujourd'hui chez M*^ Gassendi), qui fait imprimer les douze premiers livres de la Pticelle, m'a dit que ledit Heinsius lui a mandé de Suède que tandis que ce roi seroit aux prises avec le roi de Pologne, qu'il s'en viendroit faire un tour en Hollande...-) Neuf ans plus lard, Palin écrivait à l''alconel (8 décembre i66'i, (. 111, p. ^196): tr J'apprends que JP Chapelain, poète français, très savant et très honnête homme, qui a donné an public la Pucellc d'Or- Ipans, a une pierre dans la vessie; il s'apprête à se faire tailler le printemps prochain.?) S'il faut en croire une lettre de Chapelain lui-même, que l'on trouvera plus loin, finfumité dont il

souffrait n'avait pas toute la gravité dont parlait Guy Patin.

- Peliisson.

' La noble fidélité de Lefebvre à un ami malheureux a trouvé dans Chapelain un digne admirateur. Notons, à la gloire de ce dernier, que, comme l'a rappelé M. Marcou (Peliisson. Eimlr sur sa vie et ses œuvres , in-S", 1 809 , p. 1 y() ) , aux nombreux témoignages d'estime donnés à Peliisson pendant sa captivité, on peut ajouter l'éloge qu'en fit Chapelain dans son Mémoire de quelques hommes de lettres vivans en 1 66a. M. Marcou, qui signale (p. 196) les cent écus de pension payés autrefois par Peliisson a Lefebvre et l'exemption des tailles que ce dernier dut à un aussi zélé protecteur, cite (p. 2/18) un passage de la dédicace du Lucrèce où sont exprimés en termes touchants les vœux faits pour la délivrance du prisonnier.

^ Michel Leclerc, l'académicien, dont il a édj déjà question.

LETTRES DE JEAN GHAPELAllN.

lelUe de vieille dalle que je receus il y a six jours par les mains de M' Richelet. Je vous en devois une à celle que vous m'escrivistes . il y a sept ou huit mois, pleine d'une érudition très fine sur le prix des monnoyes des anciens et pour l'ëclaircissement des lieux de vostre Thucydide où il s'agit de cela. Mais j'attendois tousjours que le sieur Courbé, auquel jeu avois parlé pour l'insérer dans les notes, fust guéri de sa maladie afin qu'il y obligeast les sieurs Joli et Bilaine, achepteurs, comme vous sçavés, de son fonds. Depuis ni luy ni eiu\ dans l'embarras de ce nouvel establissement. n"ont pu y entendre et je vois ce petit négoce aussi peu avancé que le ])remier jour, dont je suis marri à cause de l'avantage que vostre traduction en oust tiré. Je n'en suis pas pourtant désespéié et je sçauray avant peu ce que ces libraires en veulent faire. Vous m'avertirés, s il vous plaisl, au plus tost de vostre intention là dessus afin que je ne face rien sans aveu.

Cependant, Monsieur, vous m'avés bien resjouy de m'apprendre que vous avés ces trois petites pièces prestes à publier et je vous exhorte de n'en point diflerer l'impression. Il y va de voslre gloire aussy bien que de linterest public. Quant à l'Orateur de Cicéron, M' Richelet, auquel javois lesmoigné souhaitter que vous enlreprissiés, Monsieur, c'est icy la response à vostre m'a dit qu'il avoil receu de vous une répri-

en donner des preuves. Je ne les ay point veus que vous n'ayés esté le principal sujet de nostre entrelien et sans doute le plus agréable.

Nous en fisraes, hier, un long article. M' Patin et moy, et, après toutes les louanges dont vous estes digne ', il me convia de vous solliciter de tenir vostre parole poiu" la publication de voslre second et troisiesme volume de lettres critiques dont le monde n'attend pas moins de satisfaction que du premier'. Je m'aquitte de la commission et d'autant plus volontiers que, quand je ne l'aurois pas receiie, je vous aurois fait la mesme semonce de mon chef, n"y ayant pas moins dinterest que les autres et ne reconnoissant guères moins rexcellence des choses que l'on souhaitle si fort de vous. La Cour et le Palais peuvent bien payer vos grâces d'ingratitude, mais le Parnasse les reconnoislra tousjours pour ce qu'elles sont et les payera au moins d'une immortelle louange qui vaut nu'eux que tous les trésors périssables et qui n'ont de prix que chés les parasites et chés les flateurs.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce \ix octobre i6Ga.

À M. PERROT DABLANCOUR,

À VITRÏ LE FRANÇOIS.

' Guy Patin a souvent parié de Tanneguy Lefebvre. Il l'appelle «fort savant hommer' et mentionne plusieurs de ses travaux (t. Il, p. ^07, lettre du 16 juillet i658). Il vante (t. III, p. i4o, lettre du lU juin 1609) son recueil de lettres latines et plusieurs de ses autres publications, ajoutant qu'il ?: n'est pas fort îiccommodé des biens de la fortune,?' mais qu'il m'en vaut pasmoinspourceiaj'.Enfin(t. III, p. 619 et 61 3, lettre du 21 septembre 16G6) il parle ainsi d'une entrevue qu'il eut avec lui : cr C'est un excellent iionime et de la première classe des

savants d'aujourd'hui. Nous dinàmes ensemble à Saint -Victor avec quelques bons religieux l't des plus savants. Nous nous entretînmes trois heures entières dans leur jardin. Notre conversation fut fort mêlée, mais, comme a dit Pétrone, ei'udilo luxu... Les moines qui nous écoutaient furent fort contents de nous, et nous à peu près d'eux.»

^ La première partie, comme nous l'avons déjà dit, avait paru en 1689 ; la seconde parut en i665, et la troisième ne parut jamais.

' On lit dans le manuscrit : r>i lui tnirux.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mande pour vous avoir escrit qu'il le croyoil iait. La faute en est légère, et je souhailferois qu'il ne se fust }Joint mespris en le laisant. Le travail sur les Apophtegmes', dont vous m'expliques la manière en particulier, vous fera grand honneur et vous attirera une bien autre louange que de simple traducteur. Il ne faut pas demander si vous en averlirés dans une préface raisonnée ^. Cela est absolument nécessaire. Je voudrois que ce fust par choix plus que par dégoust que vous eussiés pris ce relasche de six mois. 11 faut de temps en temps laisser reposer les terres spirituelles pour ne les pas tarir et pour leur donner moyen de se rengraisser. On en revient plus vigoureux à sa tasche. Vous l'esprouverés quand vous vous serés proposé une nouvelle matière à vostre exc(!llente plume.

Tout languit icy et nous ne voyons rien paroislre digne de vous amuser depuis la

version de la Vie de Marcollus que je vous ay envoyée de la part de M' l'abbé Tallemanl" et qu'il a voulu qui ait passé par mes mains à cause que je l'a vois reveiie avec lu y période après période ''.

Je vous envoyé celte fois cy un au Ire livre de M' de la Peyrère qui pourra n'eslre pas de voslre goust, mais que vous devés prendre en gré comme une offrande de l'un de vos dévots et des plus dévots sans doute. S'il attaque , ce n'est qu'à son corps défendant \ C'est une grande calamité dans le monde que celte diversité de sentimens enfre personnes qui ont les mêmes principes.

Je viens de faire le mesme présent à nostre cher malade ' qui sera icy dans six jours. L'autonne luy a esté favorable et j'espère qu'il en passera plus doueeraent son hyver. Je suis de vostre avis qu'il doit dormir de l'esprit afin que son corps se resvcille. Mais

' Les Apophthegmes des Anciens, tirés de Plularque, de Biogène Laërce, d'Elien, d'Athénée , de Stobée, de Macrohe et de quelques autres (Paris, Thomas Jolly, 1G6/1, in-k").V Achevé d'imprimer est du 3i octobre i663. On trouve ordinairemenl relié à la suite des Apophthegmes les Stratagèmes de Fronlin, avec un petit traité de la bataille des Romains, si bien que l'abbé d'Olivet, dans le Catalogue des œuvres laissées par les Académiciens , en a fait un seul et même ouvrage qu'il intitule : Les Apophthegmes des Anciens et les Stratagèmes de Fronlin (Paris, in-li°, i66/i). Voir sur les deux recueils le Nicolas Perrol d'Ablancourt de M. R. Kerviler (Paris, 1877, p. 76-77).

- C'est ce que d'Ablancourt ne manqua pus de faire, et M. Kerviler, quia cité quelques passages de celte préface (p. 76), a eu raison d'en vanter la saveur litté-aire.

^ H s'agit là de François Tallemant, abbé de Val-Chrétien, membre de l'Académie française et frère de Tallemant des Réaux. L'abbé d'Olivet a ainsi jugé sa traduction qui parut en entier à Paris dans l'année i6(33 (8 vol, in-12) : crll a vieilli sur une traduction des Vies de Philarque,

qui n'a point eu de succès. Ce qui avoit fait réussir celle d'Amyot, ce sont les grâces du style. Ce qui fit échouer celle de M^ l'abbé Tallemant, c'est tout le contraire. ;;

^ La revision de Chapelain ne semble pas avoir beaucoup améboré le travail de celui que Boileau (épître VII) appela trie sec traducteur du françois d'Amyot5). Du reste, Chapelain ne fut pas seul à retoucher l'œuvre de l'abbé Tallemant : Huet dit, dans ses Mémoires, qu'il avait corrigé bien d;s endroits infidèles de cette traduction qui lui avait été soumise par l'auteur.

'^ Suite des lettres écrites à M le Comte de In Suze (Paris , 1 662 , in-i 2 ). L'année précédente, Isaac de la Peyrère avait publié : Recueil de Lettres écrites à àF le Comte de la Suze pour l'obligeapar raison à se faire catholique (Paris, 1661, in- 13). Voir dans le Dictionnaire historique de Prosper Marchand (t. II, p. 262) une vive tirade contre l'auteur des Lettres à M de la Suze. Le protestant d'Ablancourt ne dut pas juger plus favorablement que Marchand la polémique de son ancien coreligionnaire.

'' Conrart.

'im

LETTRES DE JEAN CHAPELAIiS.

je n'ose me le proniellie et je ne sçay s'il sera en son pouvoir, vif et officieux comme il est. Ne le viendrés vous point visiter? Je vous en sollicite pour mon interest, car vous sçavés ce que vous m'estes et ce que je vous suis.

De Paris, ce i" novembre 1663.

iM' Thevenot, au premier jour, publiera un admirable volume de relations orientales '.

CLH.

À M. BEHMKR,

«IKDECI.V DL (.lîAJiD HWOL , À DKl.l.l -.

Mousieur, pour vous l'aire au moins ime fois recevoir de nos lettres, voici la qiia- (riesme que je vous escris, mais qui ne vous instruira pas tant que les j)rëcedentes, dans lesquelles, principalement dans la première , j'espuisay tout mon fonds et je couchay de mon reste. Je vous les escrivis sans en avoir receu aucune de vous et pour vous faire

' IVeinièie partie du i.cueil intitulé : Relation de divoi's voyages lurieux (Paris, Sébastien Mahre Cramoisy, ififi.l, in-folio). — Trois jours après avoir écrit ainsi à d'Abloncourt, Chapelain (fol. .'}()() v") apprend à Moisnnt de Brieux que Conrart ttcst encore à sa maison des champs où il a passé six mois, trois d'un esté frais et humide et trois d'cni aulonne chaud et sec; son mal eust senti un notal)lc soMlaj;emenl si l'esté eiist ressemblé à l'autonne.fl Chapelain parle ainsi de sa propre santé : r Pour la mienne, elle es! tousjonrs ambi{;uë. Je n'ay pas de grandes incommodités, mais j'en av une qui en vaut mille et qui , m'oslani le moyn de me servir d'aucune voiture, m'a piesqne donné mon logis pour prison. 11 est vra\ que je souflre cette prison d'autant plus patiemment que je serois obligé de la garder quand j'aurois une vigueur de courier et ime constitution athlétique, ayant encore une longue tasche. ..» Chapt'lain plaide ensnifc la causf de

souvenir [de ce] que vous m'aviés lesmoigué dans celle que vous adressiés à M' de iMonmor, et je le fis d'autant plus volontiers qu'il n'avoit pas esté émeu par vos besoins et par vos prières, ne pouvant souffrir que dans ces pais perdus , vous demeurassiés sans secours . ou du moins sans consolation. Je vous les escrivis encor pour vous donner mes avis louchant le prollit que vous pouviés faire de vostre mauvaise foiliuie et vous y marqua \ soigneusement ce que je jugeois digne d'estre noté et observé dans ces contrées lointaines et si mal conniies, soit des choses nalurelies, soit des morales, soit des politiques, pour en former une relation exacte et capable de vous donner l'inmiortalité. J'y joignis les senlimens de M' Tbévenot, homme de vertu et de condition; lesquels vous verres bien qui partent d'une teste bien faille el qui en sçail le fin . si mes despesches ont esté assés heureuses pour venir jusques à vous. Mais dans la crainte qu'elles ne vous ayent pas esté rendîtes (quoy que pour y pourvoir je les eusse fait aller sous l'enveloppe de

(iodeau que Moisant de Brieux avait accusé d'incivilité parce qu'il n'avait pas répondu à une de ses lettres: «Je vous assureray bien que c'est un li(»nnesle prélat, qu'il n'est ni méprisant ni rusliiiue.-' Enfin il lui donne les explications suivantes iiu sujet du chancelier, auprès duquel son correspondant aurait voulu être sei vi : r Mais , Monsieur, il y a tant de barrières el de portes enire ce grand homme et moy et, depuis tienle atis que je le connois, il me connoist si peu ou du moins me veut si peu connoisire, que dans mes propres affaires je ne trouve pas le moindre accès favorable auprès de luy. Quelque fanfaron de crédit aiu'oit honte d'avouer son impuissance. . . Je ne suis pas de ces gens là... Je ne vends point de fumées...-'

- Cette lettre a été publiée par M. de Lens, avec quelques suppressions, dans sa brochure sur Les coireupondaiiti) de Franeois l'eniier pendant son roijage dam l'Inde (p. 3;5-.36).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

JM' de Merveilles jointes au volume de la Pucelle que vous souliaitliés), j'en fis faire alois des duplicata que vous trouvères avec celle-cy et qui m'espargneront la peine de vous y répeter ce qu elles contenoient. Et le porteur sera M' Tavernier \ qui s'en retourne à la Cour du grand Prince que vous serves. et qui s'est bien voulu charger de mon paquet à la prière de M^ de la Mollie le Vayer, son ami intime. Comme vous le recevrés par sa courtoisie, par sa mesme courtoisie nous pourrons recevoir de vos nouvelles par luy, son dessein n'estant pas de faire un long séjour de delà , où il ne va que pour y terminer ce qu'il y a laissé' d'affaires. S'il prend son chemin par Marseille, j'avertiray M' de Merveilles de son passage, afin qu'il vous puisse escrire aussi par luy.

Je vous manderois l'aventure de M' d'Estrades, ambassadeur du Roy en Angleterre, avec Batteville, ambassadeur d'Espagne', et l'importante suite qu'elle a eiie par la déclaration que le Roy CatboUque a esté contraint de faire, qu'en tous les lieux où il auroit des

i Jean -Baptiste Tavernier, né à Paris en i6o5, mourut à Copenhague en 1689. Une des fneilleures notices que Ton possède sur ce célèbre voyageur est celle qui lui a été consacrée par MM. Haag dans la France pi'otestante. M. de Lens dit (note 1 de la page 3i) : «Tavernier et Dernier se rencontrèrent dans l'Inde près d'Aureng-Abad le 6 décembre i665 et voya- •rèrent ensemble tout un mois. Bernier ne parle pas de cette rencontre, qui est mentionnée dans le second volume des voyages de Tavernier {Les six voxjages de J.-B. Tavemiei; qiiil a faits en Turquie, en Verse et aux Indes, 1676- 1677, 2 vol. in-i°, ouvrage rédigé par Chappuzeau sur les notes de Tintrépide explorateur de l'Asie).^!

- Le mot laissé a été oublié par M. de Lens.

3 M. de Lens a supprimé tout ce passage jusqu'à : mais vous en serés mieux instruit par Dr Tavernier.

ambassadeiu-s ils céderoient à ceux du Roy, au grand estonnement de toute l'Europe et à la grande gloire de nostre nation. Je vous expliquerois la broùillerie que nous avons avec Rome à cause de l'assassinat que les gardes corses du Pape, sous les ordres de ses parens, ont commis en la personne de nostre Ambassadeur et de nostre Ambassadrice ", et la haute réparation que le Roy en veut poursuivre, mesme par la voye des armes, si Sa Sainteté ne le satisfait prontement et pleinement. Je vous parlerois de l'achapt que le Roy a fait de Dunkerque , moyennant cinq millions de livres qu'il en a fournis aux Anglois '. Je vous dirois que M' le Daufin s'élève à souhait et que la Reyne, sa mère, dans un mois le fortifiera d'un frère ^ Je vous dirois le détail de la paix qui se traitte entre l'Empereur et la Porte, après une lente guerre faitte entre ces deux puisances sur le différent qui les a mis aux mains pour faire posséder la Transylvanie chacun à celuy des prétendans qu'il protège. Je vous dirois le particulier du mariage de M'"' de Valois avec

4 La phrase de Chapelain est si malheureusement arrangée, qu'il semblerait que l'ambassadeur et {'ambassadrice {W Littré n'a cité ce dernier mot que d'après Voltaire, Siècle de Louis XIV) furent immolés par les gardes corses. Le 20 août 1662, on assiégea la maison du duc de Créqui, on tira sur le carrosse de la duchesse, mais ni l'ambassadeur ni sa femme ne furent atteints. Quelques domestiques seulement furent blessés, et un page fut lue. Par \q& parens du Pape, il faut surtout entendre don Mario Chigi, frère d'Alexandre VIL

^ L'achat est du 27 octobre 1662 et non du 27 novembre, comme ie disent les auteurs de l'Art de vérijim- les dates. Louis XIV fit son entrée dans la ville de Dunkerque le 3 décembre suivant.

6 Ce ne fut pas un frère qui vint, mais une sœur, Anne-Élisabeth, née le 1 8 novembre , morte le 3o décembre de la même année.

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