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CHAPELAIN. M
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
M' le duc de Savoye ', et l'apparence qu'il y a que le P[rince] de Dannemark demandera M*"' d'Alençon, son aisnée^ pour femme, toutes alliances recherchées par les eslrangers et qui n'appuyerontpas moins la France qu'elle leur servira d'appuy. Je vousapprendrois le long procès du surintendant Fouquet qui court grand risque et la continuation de la chambre de justice contre les financiers. Je vous apprendrois que le Portugal se soustient tousjours contre les forces d'Espagne par l'assistance de l'Angleterre et que les Vénitiens ne succombent pas à la violence des forces othoraanes, mais vous en serés mieux instruit par M' Tavernier qui vous en dira le menu et beaucoup d'autres choses, qui ne sont pas matières à estre escrites.
Quand (sic) au chapitre des livres, il a paru un traité de feu M' Descartes ', sous le titre De homine , traduit par un professeur de Bar-le-Duc nommé Schuyl, avec un grand
nombre de figures qui en escloircissent la doctrine \ par laquelle on prétend montrer que le corps humain, et, à plus forte raison . celuy des autres animaux , n'est autre chose qu'une machine remuée par les objets . qui passent par ses sens dans la substance et dans la glandule pméale du cerveau : chimère qui se destruit elle-mesme, si l'âme est immortelle, comme elle Test et qu'il le suppose; ou qui destruit l'immortalité de lame, si ses principes subsistoient. Cependant il ne se peut dire combien elle a de sectateurs! Que nostre cher M' Gassendi nous manque bien pour en faire voir les fallaces \ en la manière qu'il a fait des iVléditations métaphysiques de ce nouveau docteur !
En Angleterre, la physique fleurit, j'entends la physique pratique. Nostre assemblée de chés .M' de Monmor à Paris en ayant fait, par émulation, éclore une autre à Londres oii il entre quantité d'lgl)is\ de Mo-
' Françoise-Madeleine, née le i3 octobre 1648, fut mariée, le !i mars i663, à Charles- Emmanuel, II' du nom , duc de Savoie, et mourut le lû janvier \66f\.
2 Cette fille cadette de Gaston d'Orléans et de Marguerite de Lorraine portail le prénom d'Elisabeth. Elle était née le 96 décembre ilViT). Elle n'épousa point le prince de Danemark, comme l'avait supposé Chapelain, mais bien (10 mai 1667) Louis-Joseph de Lorraine, duc de Guise. Elle mourut le 17 mars ifigO.
^ Descaries était mort depuis plus de âonif ans (11 février i65o).
* Renalus Descaries de Homiiie , fgiiris et latiuilate donatus a Flwentio Schuyl (Leyde, 1663, in-i°). Le nom de Schuyl n'a été recueilli dans aucun de nos dictionnaires biographiques, el sans la lettre de Chapelain, nous ne saurions même pas que c'était un professeur de Bar-le-Duc. L'auteur du Manuel du libraire rappelle (t. II, col. 611) que la traduction, faite sur une mauvaise copie de l'original écrit en langue française, est enrichie d'une excellente préface de Schuyl, qui
a été placée, traduite à son tour en français, à la fin de l'édition donnée par Clerselier sous ce litre : L'homme de Rew Descartes , avec les remarques de Louis de la Forge, et uu traité de la foi'matiou du fœtus, par le même Descartes (Paris, i66'i. in-'.»).
* De/oi/rtcin, tromperie, fraude. On lit dans le Dictionnaire de Trévoux : tr Terme de philosophie. Vice d'un argument captieux et sophistique. La logique enseigne à découvrir h fallace des arguments. On le disoit autrefois de toutes sortes rie fraude, de tromperie.
Qui s'ëtudic h user de fallace En ma maison point ne trouvera place.
Ma ROT.»
M. Littré cite, sous le mot fallace, qu'il n-lrouve dans Froissart, ce vers de Régnier :
Elle lui mit au sein la ruse et la falluce. " Voir dans le Dictionnaire critique do Bayle l'article sur Kenelme Digby, dont voici le début : (f Connu sous le nom de chevalier Digby, a été fort illustre dans ce siècle pour sa vertu et poui son savoir.» Il était né le 1 1 juillet i6o3 et il
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raens ' et d'autres habiles milords, et que le Roy luy-mesme appuie de son aulhorité et entretretient par ses gratifications, pour taire des expériences qui servent à la descouverte de la nature et pour mieux connoistre le ciel. M' Huggens, le nouvel Archimède, est souvent aux prises avec eux, et de leurs contestations naissent de belles vérités qui avancent cette sorte de discipline.
Ce M' Huggens, comme je vous ay mandé, par un télescope de vingt-trois pieds, de sa façon, a descouvert une lune autour de Saturne et donné la théorie de ses révolutions. Il a fait encore le système de celte planetle si éloignée, sur une méditation si juste, qu'il a rendu une raison vallable de ces bizarres et diverses apparences, la croix des modernes astronomes et l'écueil où le fameux Galilée, leur premier observateur, n'a pas moins brisé que ceux qui l'ont suyvi. Ce mesme M' Huggens a esté l'inventeur du pendule, par le moyen duquel toute horloge fixe, soit à contre-poids, soit à ressort, est rendiie la mesure du temps, et si exacte qu'en un an elle ne s'escartera pas du soleil d'une minute seulement; ce qui est si commun désormais parmi nous qu'il n'y a pas le moindre lieu d'en douter. Comme c'est un prodige d'esprit en matière de géométrie et des méchaniques, et que je suis celuy qui l'a engagé à publier ses rares inventions, je
prends plaisir à vous le définir de la sorte par son genre et par ses différences, afin que vous puissiés en entretenir vos curieux Persans, Bramins^, Gymnosophistes, et porter son renom jusqu'aux mandarins et par delà le berceau du jour.
Pour nous empescher d'entrer en présomption de nos richesses , nous avons perdu , Testé passé, un de nos compatriotes qui n'excelloit pas moins que le Hollandois entre les géomètres et les machinistes. Vous le connoissés ^ au moins de réputation : l'admirable M' Paschal , qu'une colique mortelle nous a enlevé dans la fleur de son âge et lorsqu'on avoit sujet d'attendre des choses dans les mathématiques et dans la métaphysique que personne n'a voit encore imaginées que luy ''.
Vous aurés veu par mes premières lettres de quelle sorte M' de la Mothe le Vayer s'intéresse en vostre fortune et les bons souhaits qu'il fait pour cela. Je n'ay pas moins de passion qu'il en a pour cfue vous acquériés les notions de tout ce qui regarde ces parties orientales, et je [ne] vous le^ recommande pas moins de mon chef que du sien. C'est à luy que je dois cette commodité de vous escrire par M"^ Tavernier, et vous luy en devés faire un compliment par vos responses.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 9 novembre i66q.
mourut à Londres le 1 1 mars i665. Digby avait longtemps séjourné en France et if y avait fait la connaissance de Descartes. Cliauffepiéa complété, dans son Dictionnaire, f'article de Bayfe sur ce personnage qui se distingua également comme homme de mer, comme philosophe, comme matliémalicien et comme chimiste. Nous avons déjà rencontré le nom de Digby (t. I, p. 621, lettre du i3 mai i64o).
• Ce savant est inconnu de tous les rédacteurs de nos dictionnaires biographiques.
M. de Lens n'a pas dit ie plus petit mot de lui.
^ M. Littré donne fa forme bramin et renvoie au mot brahmane. If ne cite, sous fe mot hramine , qu'une lettre de Voltaire, de l'année 1770.
^ M. de Lens a imprimé : votis le connoissiéH.
* Les auteurs de l'Art de vérifier les dates relatent ainsi l'événement que Chapefain annonçait à Bernier en termes si émus : ^Le 19 août, mort de Bfaise Pascal, à l'âge de trente-neuf ans. Son nom fait son éloge. t>
5 M. de Lens a mis le» pour le.
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À M. CARREL DE SAINTE-GARDE