À 3L D'ABLANCOURT
ABLANCOIIIT.
Monsieur, je loue vostre équité dans la matière des différentes opinions touchant la
En ce qui regarde les inscriptions et devises, l'ancienne petite académie est représentée aujourd'hui dans la savante Compagnie par une commission permanente de quatre membres qui porte le nom de Commission des inscriptions et médailles.
* Le 28 du même mois. Chapelain (P 876) annonce au poète Savary de Courlesigny (à Caen) qu'il a reçu le paquet des trois exemplaires de son Hippodrome , qu'il a donné un de ces exemplaires au marquis de Monlauzier, lequel l'en fait remercier, et qu'il donnera bientôt l'autre à Neuré, ajoutant: «C'est un campagnard opiniastre que nous ne voyons icy que quand ses procès l'y attirent.'? Chapelain vante beaucoup le travail de Savary, «dessein si difficile, et que personne n'avoit encore osé manier. La doctrine équestre, la méthode dont vous l'avés traittée, la pureté et l'élégance que vous avés employée dans vostre stile et les lumières poétiques que vous y avés semées pour en adoucir l'aspreté, sont dignes véritablement du génie lequel vous a dicté ces belles chasses qui vous ont desja establi une si belle réputation. ?: Chapelain charge Savary de «sçavoir de M' Huel s'il est bien avancé
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
religion et je ne trouve rien de plus raisonnable que ce que vous en dites. M' de la Peyrère, duquel je vous ay envoyé la défense contre vos ministres, en aura une grande consolation. J'ay impatience de le voir pour nous en entretenir, mais il faudra à mon avis attendre le retour de M"' le Prince qui le retient à Chantilly, à ce qu'on m'a dit'.
Quant à la lettre oii vous avés traitté de l'évaluation des monnoyes anciennes, elle est tousjours dans mes layettes et ne verra le jour que par vostre ordre, lorsque vous la voudrés grossir de vos autres observations pour la réimpression de Thucydide, lequel, selon que le propre Courbé m'a rapporté, ne va pas aussi viste qu'il devroit et ne sera pas sitost en estât de retourner sous la presse.
Mais , Monsieur, ce que j'ay maintenant à vous dire est d'une toute autre importance, soit pour vostre fortune, soit pour vostre réputation, et d'abord si vous lisiés tout haut cette lettre, je vous prie de ne la lire que des yeux parce que le secret y est très nécessaire et qu'il doit estre eslroittement gardé par vous. M' Colbert, un des premiers ministres de l'Estat, ayant voulu me consulter sur les moyens de relever et faire éclater la gloii'e du Roy par la voye des lettres, entre les principaux avis que je luy ay donnés et qu'il a receus favorablement, celuy d'escrire l'histoire de son règne à la manière des bons Anciens a esté le plus considérable. J'eus en cela le bonheur de me rencontrer en mesme sentiment que luy. Il m'avoua que c'estoit la chose qui luy sembloit la plus propre à cette fin, et il ne llit plus question que de
sçavoir qui seroit l'escrivain d'entre les François à qui une telle tasche seroit commise. Nous passasmes les yeux sur tous ceux qui avoient de l'estime dans le mestier et , pour ne vous point amuser, je me rabatis uniquement sur vous, et vous ayant indiqué comme celuy de tous ces Messieurs que j'en croyois le plus capable pour vostre candeur, désintéressement, sçavoir, jugement, force et stile joints à vostre laborieuse humeur et à vostre constance dans le travail, je déterminay son esprit à vous considérer pour cela préférablement à tout autre. Je luy parlay de vostre naissance , de vostre âge et de vostre bien et par toutes les circonstances qui vous regardent je vous eslablis en sa pensée comme le seul qu'il y falloit employer et cpj'il falloit bien Iraitter, et nous en demeurasmes que je vous en ferois la proposition et en tirerois vostre response. Il ne me lascha pourtant la parole qu'à condition que j'aurois communication du travail, et que celuy qui s'en chargeroit en croiroit mes sentimens, et n'y prendroit ses mesures qu'avec moy pour le revoir et le corriger après tous trois ensemble; à quoy je luy respondis que vous n'auriés garde d'en faire difficulté , puisque , quand vous l'auriés entrepris de vostre chef, vous ne laisseriés pas de m'en donner part à vostre ordinaire. Il me fit aussi entendre que cet cmploy ne seroit pas seulement honnorable, mais encore utile et qu'il seroit honnoré dune pension du Roy qui seroit exactement payée, à quoy je ne fais pas le moindre doute veu la connoissance que j'ay de la légalité* et du pouvoir de la personne qui me parloit.
dans le travail pour lequel il emporta d'icy certains livres de ma bibliothèque. 55 Qui donc disait que Chapelain ne prêtait jamais aucun de ses livres?
' Isaac de la Peyrère était bibUothécaire du grand Condé. Il avait été, dès sa plus grande jeunesse, attaché à la maison de Condé.
- Légalité signifie ici loyauté. C'est dans ce
Voilà, Monsieur, ce que j'avois à vous escrire et qui m'a semblé assés avantageux pour estre approuvé et gréé' par vous sans hésiter le moins du monde. Je n'y adjousteray rien aussi pour vous le persuader et je me contenteray de vous dire que je loiie Dieu de m'avoir donné cette occasion de vous rendre un tel service, et de vous tesmoigner l'extrême cas que je fais de vostre mérite et de vostre vertu en me rendant, contre mes maximes, responsable du succès auprès d'un homme à qui je suis obligé du bon jugement qu'il a fait de moy, me confiant une chose de cette importance, et devant qui je ne voudrois rougir pour quoy que ce soit,
W Conrart est le seul de mes amis auquel j'avois voulu en communiquer, mais jusqu'icy je n'ay peu en trouver la commodité à cause qu'il est assiégé de visites continuelles. Je suis pourtant assuré qu'il ne sera pas d'autre sentiment que moy et qu'il seroit marri que l'affaire manquast par vostre faute. N'en consultés , je vous prie , que vousmesme et me respondés prontement et précisément, car la chose ne désire pas plus de secret que de diligence.
Je suis sans réserve. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ix décembre 1662.
sens que le moi a été expliqué par Ainyot {la prud'homie et la légalité grande qui mouvait Carnillas), et par Corneille {Nicomède) :
El sa légalité ^'cùt point forcé les lois de l'hospitalité. M. Marty-Laveaux a rappelé {Lexique de la langue de P. Corneille, l. XII des Œuvres, p. i8) que le moi légalité est ainsi employé dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie (i6rj/i) : «fidélité, droiture, probité. r;
' Agréé. Le mot gréei; qui manque dans les Dictionnaires français du xvn' siècle, se trouve dans le Dictionnaire français-anglais de Coigrave (i6m).
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