INTENDANT DES FINANCES , À PARIS
Monsieur, la pensée du Roy sur la disposition 011 doit estre l'homme dont nous parlasmes avant-hier céans ^ pour la façon de traitter dans le cours de l'histoire les matières qui regarderont la religion, est digne de la piété exemplaire et du grand sens qui reluisent en Sa Majesté ', et j'apprens de vous , avec une extrême consolation , qu'Elle
comme dans celui de Trévoux , mièvre et mièvrerie n'ont d'autre acception que celle qui leur est donnée par Chapelain, par Molière, par tous nos vieux écrivains.
• Le 18 du même mois, Chapelain (P 889 v°) prie Bulteau de lui recouvrer «un ou deux exemplaires d'une relation de Rome d'un Ambassadeur de Venise, Angelo Corraro , qu'un M"^ de Ferrari, conseiller à vostre Parlement, a publiée et que j'ay leûe avec beaucoup de satisfaction. 75
^ Instructions recueillies des sermons de saint Augustin sur les pseaumes , Paris , Savreax, in-i 2 .
^ La première partie des Instructions , nous l'avons déjà vu, avait paru en 1662.
* Chapelain, en écrivant/aj-e au lieu de phare, s'est souvenu de l'étymologie ^dpos, nom de l'île voisine d'Alexandrie qui donna son nom au phare qu'on y avait élevé et dont l'histoire a été si savamment écrite par dora Bernard de Mont-
fancon dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions [Dissertation sur le phare d'Alexandrie et sur les attires phares, tome VI de l'édilion m-W).
'" Cette letlre a été imprimée par M, P. Clément {Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. V, p. .589 et 090).
* Nicolas Perrot d'Ablancourt.
' On lit dans VHistoire de l'Académie française par l'abbé d'Olivet (t. I, p. 287 et 288): «Quand M. Colbert se fit donner des mémoires sur les gens de lettres vivants en 1 662 , son principal dessein étoit de voir en quel genre chacun pourroit travailler à la gloire du Roi. Or W d'Ablancourt fut jugé le plus propre de tous à bien écrire l'histoire de ce grand prince. Il accepta la proposition, qui lui en fut faite par l'ordre de M' Colbert, avec une pension de mille écus. Il aUoit venir à Paris et s'y établir, pour être à
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continue à faire son principal honneur d'en conserver la pureté et d'en soustenir la dignité avant toutes choses.
Cette mesme pensée m" a voit passé par l'esprit, lorsque je vous rendis tesmoignage de lexcellence de cet écrivain, jusqu'à le préférer à tout autre pour celte sorte d'employ, et je creus que le malheur qu'il avoit d'estre né dans une créance contraire à la bonne pourroit estre un raisonnable obstacle au dessein de se servir deluy. Toutesfois, luy sçachant l'âme droite et le jugement sain , et entre les religionnaires de ma connoissance n'en ayant jamais veu qui montrast plus de modération , ni qui fust plus ennemy des disputes sur ces diflérens là , je ne me retins pas de vous le proposer, remettant à voslre prudence de songer si la profession de foy seroit compatible ou non avec la charge d'historien du Prince. Ce qui me faisoit imaginer que peut-estre on passeroit par dessus mon scrupule estoit que, dans le règne de Sa Majesté, il n'y avoit point eu d'affaire dont la religion eust esté la cause, ni où ceux qui sont engagés dans l'erreur eussent pris un parti contre le throsne, ayant mesme observé que, dans toutes ces malédictions de la Fronde, nos hérétiques estoient toujours demeurés fermes dans le juste parti ' ; de sorte que, ne s' agis-
portée de recevoir les instructions dont il auroit besoin. Mais M' Colberl , lorsqu'il en rendit comjite au Roi, ayant dit à Sa Majesté que M' d'Ablanconrt étoit protestant, fout fut ron)pu : Je ne veux point, dit le Roi, d'un historien qui soit d'une aulre religion que moi , ajoutant néanlmoins qu'à l'égard de sa pension, puisque cet écrivain avoil du mérite d'ailleurs, il entendoit qu'elle lui fût pavée. Je trouve ces particularités dans les lettres manuscrites de Chapelain." M. P. Clément a cité ce récit d'après le Dictionnaire de Moréri,oii , sans en avertir le lecteur, on l'a littéralement transporté (t. VIII , p. 2 1 5). M. Livet, en son édition de V Histoire de V Académie (t. I, p. 287, note i)
sant point dans cette histoire de l'interest de leur créance , il n'y auroit point de lieu d'appréhender que cet homme-cy y pust rien toucher qui préjudiciast à la nostre.
Je considérois de plus. Monsieur, que s'il se chargeoit de ce travail , ce seroit aux conditions qui luy seroient prescrittes, et que vous auriés une communication entière de tout ce qu'il escriroit, pour y retrancher ce qui ne vous y plairoit pas et où il auroit passé les bornes ; par le moyen de quoy on n'v verroit rien que de bien. Je regardois d'ailleurs que Sa Majesté employoit indiffélemment dans son service de paix et de guerre ceux de l'une et de l'autre créance . selon les talens qu'ils ont propres à le luy rendre bon, et que sa sagesse, suivant l'exemple de ses prédécesseurs, laissoit à ses sujets errans la liberté de leiu*s exercices ". en attendant que Dieu leur touchast le coemet les ramenast à leur devoir.
Mais tout cela n'enipescha pas que je n'en visageasse l'erreur de celuy-cy comme une chose qui pourroit donner peine à la tendresse du zèle de Sa Majesté, quelques précautions que vous pussiés prendre pour en destourner le péril. Si pourtant le mérite de l'ouvrier et les assurances qu'on prendroil de luy sur cela la faisoient résoudre à s'en ser>'ir prëférablement à (ont autre et qu'Elle
a dit inexactement: rSi quelqu'un a paru mériter l'éloge absolu d'être le plus propre à écrire l'histoire du Roi, c'est peut-être plutôt Sillion que d'Ablancourt. n Ce qui étonne dans cette conjecture si manifestement fausse , c'est que M. Livet a eu en main le recueil de la correspondance de Chapelain où se trouve toute la vérité.
' C'est le témoignage que leur avait déjà rendu le cardinal Mazarin en celle piquante métaphore : rLe petit troupeau broute une mauvaise herbe . mais il ne s'égare pas. ■^
■ On aime à constater que Chapelain n'aurait pas été de ceux qui applaudirent à la funeste révocation du sage et libéral édit de Nantes.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ne dësirast point de iuy qu'il changeast de religion , mais seulement que dans son travail il ne se coulast rien qui se sentist de son erreur, je pense qu'Elle se pourroit promettre de son obéissance et du soin que vous en prendriés, que de ce costé-là il seroit sans tasche et qu'on ne s'y appercevroit pas qu'il creusl autrement que nous.
Voilà, Monsieur, les réflexions que jay faittes par vos ordres sur la sainte pensée de Sa Majesté, à quoy j'adjousteray qu'Elle seule doit résoudre cette question , et , pesant meurement les raisons d'employer ou non cette plume, prendre le parti qu Elle trouvera le meilleur et vous le dé-
clarer, pour estre punctuellement obéi [sic). Quant à \V le président de Périgny ', je n'ay aucune connoissance de ce qu'il vaut dans les lettres, mais" je feray mes diligences pour en estre informé et pour vous en éclaircir. En gros, je sçay qu'il est estimé, et c'est à mon avis à Iuy qu'on donne ces Portraits du parlement qui furent trouvés chés le surintendant Fouquet et qu'il a voit faits, dit-on, pour Iuy plaire^.
M"^ Salo^ est sans doute habile homme dans les langues greque et latine, ami des lettrés comme Iuy, laborieux dans les études, et curieux jusqu'à avoir appointé des doctes incommodés '', afin qu'ils fissent des lectures
' Octave de Périgny, président à la troisième chambre des enquêtes, devint précepteur du Dauphin en 1667. Il mourut à quarante-sept ans, le 1" septembre 1670. Il fut nommé lecteur du Roi, à la mort de La Mesnardière (i663). On lira avec fruit sur cet homme d'un très grand mérite, qui a été oublié dans tous nos recueils biographiques, même dans le plus récent, celui de M. Lud. Lalanne (seconde édition, 1877), la notice publiée par M. Ch. Dreyss {Mémoires de Louis XIV, 2 vol. in-8°).
^ M. P. Clément, qui pouvait si bien annoter ce passage, Pa malheureusement négligé. M. Chéruel [Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, 1. 1", p. 807) dit seulement: tr Des notes rapides et peu bienveillantes furent rédigées vers cette époque sous* son inspiration et signalèrent le caractère et les relations de chaque membre du parlement en indiquant le moyen de s'en emparer et de le dominer. Je me bornerai à quelques extraits. . . Ces notes pouvaient servir, comme on le voit, à diriger le surintendant dans les gratifications qu'il faisait distribuer aux conseillers et dans les divers moyens qu'il employait pour s'en faire des créatures. .. n Et, en note: «La dale de ces notes peut se déterminer approximativement par les personnages qui y figurent. Elles sont postérieures à la nomination du premier président Guillaume de Lamoignon, qui eut Heu en 1657, et antérieures à la disgrâce de Fouquet , qui est de
CBAPELAIN. II
1 66 1 . C'est dans cet intervalle , à l'époque où Fouquet était encore procureur général, qu'elles ont été rédigées. On en trouve une partie dans le t. II de la Correspondance administrative sous Louis XIV. •> Cette dernière indication est erronée. On ne Irouve dans f. II du recueil de M. G.-B. Depping que les Notes seci'ètes sur le personnel de tous les parlemens el cours des comptes du royaume envoyées par les intendans de provinces à Colbert, sur sa detnande, vei's la fin de l'an i663 (p. 3.3 et suiv.).
^ Denis de Sallo, seigneur de la Goudraye, né à Paris en 1626, y mourut le \h mai 166g. Ce fut le fondateur du Journal des Savants, dont le premier numéro parut le .j janvier i665. Il était conseiller au parlement de Paris depuis 1602. Voici comment il est apprécié dans les i\otes secrètes citées plus haut [Correspondance administrative, l. II, p. /i3) : wDe Sallo, esprit ferme, entier dans ses opinions, attaché au meslier qu'il faict en homme de bien et sans inlérest; aspire plus hault, aime l'estudo et la bonne chère. A des bénéfices et est peu gouverné. 1
'' Incommodés, c'est-à-dire sans argent. Aux exemples empruntés par M. Litfré à Molière ( I OMS estes la grande protectrice du mérite incommodé) et à Pascal [Revenons aux pei'sonnes incommodées), on peut ajouter cet exemple fourni pai' Tallemant des ^éa^iw [Historiettes , t. III, p. 296): trLe bruit court que Conrart s'incommode ; mais il n'a pas d'enfans.n
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et des extraits d'aiitheurs pour iuy ^ Son style latin est bon , et j'ay veu de luy une traduction de Tescrit de M' de Lionne, publié sur la matière de la paix, peu devant qu'elle se tist'. Mais c'est trop a'ous amuser. Use's tousjours de moy comme de l'homme du monde sur qui vous avés le plus de pouvoir et qui est davantage, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxm janvier i663'.
A M. HELNSIUS,
RÉSIDENT POCK Jl" LES ESTAIS DE BOLLANDE ES SlÈOE , ï STOKHOLM.
Monsieur, vous voyés par l'utilité que
' Les rédacteurs du Moréri disent : «Il lisoit toute sorte de livres avec un soin incroyable, et empioyoit continuellement des personnes gajjécs pour transcrire ses réflexions, et les extraits qu'il leur marquoit : de sorte que par cette manière d'étude, il se mit en état de composer en peu de jours des traités sur toutes sortes de matières, comme il le fit voir en plusieurs rencontres. 55
- Ni les biographes ni les bibliographes n'ont connu la traduction que signale ici Chapelain et qui parut à Paris, chez Cramoisy, 1609, in-6°. Denis de Sallo avait traduit sous le voile de l'anonyme les Négociaùons de paix de Messieurs les électeurs de Mayence et de Cologne, faites à Francfort, etc. (Paris, Cramoisy, i658, in-4°). * Le 3 février suivant , Chapelain écrit au comle Bardi (f^ 896 v°) et l'entrelient de V excellente traduction de Maxime de Tyr faite par le père de ce ministre, et dont, lui dit-il, «vous me gratifiastes un peu devant vostre départ de France.:' Le 1 6 du même mois (f 898 v"). Chapelain écrivit au duc de Longueville (à la Heuze, en JNormandie) : «C'est par V. A. seule que j'ay veu le commencement de l'histoire latine de vostre auguste maison , et j'ay esté bien aise de voir que \P de Neuré, au milieu de la persécution des procès qu'il souffre, a pu trouver le loysir de faire cet essay de l'ouvrage, en attendant que sa bonne
nous tirons de l'amitié de M'" Bigot, combien j'avois raison quand je vous exhortois à la recevoir et à l'entretenir quand vous l'auriés receiie. Il n'a pas son pareil en France pour l'amour des bonnes lettres et pour le plaisir de servir les lettrés. C'est la punctualité mesnie dans les choses dont il se charge et d se charge volontiers des besoins de ceux qui recourent à liiy. Je ne sçay en quelle partie de l'Europe il ne nourrit point de commerce pour l'avancement du beau sravoir et pour le restablissement des livres anciens, n'espargnant ni peine ni despense pour cela. Vous luy estes cher sur tous et vous ne sçauriés l'obliger plus sensiblement que de luy donner part de vos desseins et de l'employer où vous
fortune le tire des embarras des chicaneurs et qu'on luy puisse fournir les mémoires nécessaires pour avancer son entreprise. J'ay leu. Monseigneur, ce début avec beaucoup de contentement, et n'y ay souhaitlé ni plus d'élévation ni plus d'éloquence. Le stile en est pur et soustenu, et les sentimens graves et nobles qui conduisent naturellement au sujet. Ce parallèle de Charles Martel et du Conte de Dunois est assurément une des plus sublimes pensées qui pust tomber dans l'esprit pour le relief de ce bastiment et rien à mon gré plus beau pour son frontispice, n Chapelain lui conseille d'honorer Neuré d'un mot de sa main «pour lui tesmoigner de la satisfaction». — Le ai février (f° hoi r°)*. Chapelain in.sisle auprès du duc de Longueville en faveur de Neuré. qui réclame des mémoires pour écrire l'histoire do la maison de Longueville, mémoires recueilhs par feuM.Lescorné : «Il a besoin aussi d'un petit logement meublé à la légère dans vostre hostel à Paris , suyvant vos ordres anciens donnés lorsqu'il partit d'auprès de W vos enfans et jusqu'ici mal exécutés , tant pour travailler sans trouble que pour éviter les accidens qui pourroienl ai river aux titres s'il les tenoit en une chambre garnie où rien n'est jamais en seurelé.r» Neuré demande aussi uoe place pour son cheval dans les écuries de Ihôtd. Il touchait déjà une pension du duc de Longueville.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
croirés que son ministère vous sera utile. En attendant, il vous offre son adresse d'Amsterdam pour la seureté de vos despesches, et me convie tous les jours à me servir de son enveloppe pour vous faire rendre les miennes sans péril. Je m'en sers aussi sans hésiter bien plustost que de celle de M"^ Medon, quelque instance qu'il m'en ait faitte, ayant reconnu par ce que vous m'en avés escrit que son correspondant n'est pas si seur que le nostre en matière de soin et d'officialité'. Je ne pense pas au reste, Monsieur, avoir autant perdu de vos paquets que vous le croyés, comme vous vous en serés apperceu par mes responses à ceux qui sont venus jusques à moy. Entre autres j'ay receu celuy qui contenoit vostre si belle et douloureuse élégie sur la mort de vostre sœur bien aimée et de vostre aimable ami , et je vous en dii'ois bien des choses si je ne vous
' Officialité, dans le sens de «désir d'obliger, de rendre office, 5i n'est ni dans le Dictionnaire de Richelet ni dans celui de Trévoux. Dans une précédente lettre (3 janvier i663). Chapelain avait dit à son correspondant au sujet de Medon: «II y a cinq ou six mois qu'il m'offrait de vous faire infailliblement tenir les miennes, sed non ego credulus illi.ry
- Henri-Louis de Loniénie, comte de Brienne, naquit le i3 janvier i636 à Paris et mourut en 1698 à l'abbaye de Chàteau-Landon. Il avait été pourvu, dès l'âge de seize ans (août i65i), de la survivance de la charge de secrétaire d'État, dont son père était possesseur, et il avait été nommé conseiller d'État le 1 is septembre suivant.
^ Voilà donc l'explication tant cherchée de ia disgrâce du comte de Brienne, expbcalion que l'on demanderait en vain à ses Méntoires. L'éditeur de ces Mémoires, M. Barrière, dit (Notice sur le comte de Brienne, en tète du 1. 1", p. 20a ) : «Brienne, qui raconte avec abandon tant de particularités curieuses sur sa vie et sur celle de ses contemporains, devient tout à coup bien discret et bien laconique lorsqu'il s'agit de sa (bsgrâce.^ Sainl-Simon {Mémoires, à l'année 1698) n'a pas
les avois point dittes par mes précédentes auxquelles je me remets à cet égard.
Ce que vous avés ouy dire du jeune Conte de Brienne^ n'est que trop véritable. Une friponnerie de jeu , dans laquelle on a prétendu qu'il estoit entré pour une part principalle, a trouvé le Roy facile à se le persuader et l'a porté à luy envoyer commander de se retirer de la Cour \ ce qui seroit peu de chose , les rélégations de gens de cet âge ne durant pas d'ordinaire long temps ; mais ce qu'il y a de pis est que Sa Majesté s'est fait entendre qu'elle ne se serviroit jamais de luy en la charge de secrétaire d'Estat, dont il avoit la survivance, et que mesme Elle vouloit qu'il s'en desfit, quelques uns , M°" de Brienne surtout *, accusant M"^ de Lionne d'avoir contribué à le perdre dans l'esprit du Roy pour prendre sa place en le récompensant ^ Le banni est tousjours banni, et
dit que ce fût la passion du jeu qui perdit celui qu'il appelle «l'homme de la plus grande espérance de son temps;'. De leur côté, les rédacteurs du Moréri ont vainement cherché le molil' de la retraite du jeune secrétaire d'État, el ils ont constaté, d'après un sonnet composé par le comte de Brienne sur ce sujet et qui se trouve imprimé dans le tome 1" du Recueil des poésies françoises, en 3 vol. in-12, dédiées au prince de Conti (1671), que celte retraite ne fut pas volontaire. On voit une fois de plus que la correspondance de Chapelain n'est pas abondante seulement en révélalions utiles à l'histoire littéraire.
^ S'il s'agit de M"" de Brienne la mère , c'était Louise de Béon , qui mourut le 2 septembre 1667. S'il s'agit de la belle-fille de cette dernière, c'était Henriette Bouthillier, fille du secrétaire d'Étal Léon Bouthillier, comte de Chavigni, morte en ) 66A , mais non pas en janvier 1 664 , comme ou l'avance dans le Moréri {L VI, 2° partie, p. 3']S), car nous verrons plus loin qu'elle était encore en vie le 6 mars de cette année.
^ Hugues de Lionne écrivit à son oncle, M. de Lionne, doyen de la chambre des comptes de
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Ton ne voit rien qui face espérer de l'adoucissement dans sa disgrâce.
Je le plains beaucoup , car je suis serviteur de toute sa maison , et ne puis voir sans douleur avorter la fortune d'une personne de celte qualité. Ce n'est pas que sa conduite fust trop bomie, et que d'ailleurs mesme dans les choses louables, comme est la passion qu'il a pour les Muses, il n'ait agi peu considérement. Que peut-on juger en elfet du jugement d'un homme qui mesprise le stile de Cicéron et qui n'en voit de bon que celuy de Tacite, qui met Prioleau au dessus de tous les escrivains ', qui se pique d'en escrire la vie, et qui se rend le publicateur* des poésies de Magdelenet ^? Il faisoit une publique pro-
Dauphiné, le 27 mars i663: ^J'ai traite avec M. de Brienne à 900,000 francs, à condition que je les lui fournirois tous complans : ce qui ne s'est jamais fait. Mais il en faut passor par là ou iDanquer ia chose, car il craint que ses créanciers ne mettent la patte sur la denrée que je lui bailierois, si elle étoit en autre nature. ..7» {Lettres inédites de Hugues de Lionne, publiées par le D'Ulysse Chevalier, Valence, 1879, grand in-8°, p. 188). L'éditeur dit en note (p. 193) :t La démission de MM. de Brienne en faveur de Hugues de Lionne est du 19 avril i663 et les provisions de la charge de seci-elaire d'Étal des affaires étrangères sont datées du lendemain. Hugues de Lyonne paya comptant à W de Brienne père 200,000 livres et à son fils 700,000, plus, bien entendu, 100,000 livres d'élrennes à M"" de Brienne. ^5
' On lit dans le Mm-éri (t. VI, 3° partie, p. 373 ) : R A l'égard des poésies latines imprimées de M. de Loménie, et de la relation latine de quelques-uns de ses voyages, aussi imprimée, il y en a qui prétendent (el c'étoit l'opinion de Chapelain) que les poésies sont du P. Cossarf, jésuite ; Vltineraniim , de Benjamin Priolo; mais nous n'en avons point de preuves. )5 Le comte de Brienne a parlé de Priolo dans «es Mémoires, mais d'une manière assez inexacte (t. II, p. 1-7 .
^ Publicateur est donné par M. Littré comme
fession, en me parlant, de devoir au premier tout ce qu'il pouvoit valoir dans les letlres, quoyqu'il fust vray que, stile pour stile, en prose latine l'escolier valoit mieux que le maistre*. D'une telle humem-, quelque passion qu'il vous tesmoignast, vous n'aviés rien à attendre de raisonnable; en la perte de sa fortune vous avés moins perdu rpie vous ne croyés. S'il vous a envoyé de bons vers, dites qu'ils ne sont pas de luy, mais du P. Cossart ou de quelque autre, car je luy ay ouy assurer qu'il ne sçavoit que c'estoit de prosodie. Tout cecy entre nous, s'il vous plaisl, et je ne vous eusse pas complu de ce détail peu avantageux pour luy. si j'eusse esté capable de vous refuser quelque chose.
un néologisme. C'est ce que l'on auroit pu dire, il y a deux siècles et quelques années, du mot employé par Chapelain.
3 Sur Gabriel Madelenel, voir la lettre CCCL du tome I". Sous le passage des Mémoires du comte de Brienne où il est question de Madelenel (t. II, p. '1), M. Barrière a mis cette note : rtGabriel Madelenel écrivit en latin, avec beaucoup de succès, des odes et des épîtres, que Brienne, l'auleurde ces Mémoires, prit lui-même le soin de publier en iG6a, et qu'il fit précéder d'un avertissement. Ce recueil est intitulé Gabr. Madeleneti Cartninum libeUus. Coslar, dans le Mémoire qu'il remit à Colbert en 1669 [M. Barrière oublie que Coslar était mort le i3 mai 1660], sur les gens de lettres les plus célèbres de France, cite Madelenel parmi les meilleurs poètes latins."
* Saint-Simon (dans la page déjà citée à la note 3) donne beaucoup d'éloges au comie de Brienne considéré comme écrivain ; il vante touià tour son r excellente relation latine", ses tr sonnets beaux et pleins d'espritri. ses crpoésios latines et françoises, parfaitement belles^, etc. M. Barrière, beaucoup moins indulgent ([ue Saint-Simon pour les poésies françaises de Louis- Henri de Loménie.dili A'o/iVe, p. 208) :« Brienne n'est pas le premier homme d'esprit qui ail été mauvais poêle, t
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Nous verrons donc bientost vostre Virgile , puisqu'il est entre les mains des Elzevirs. Je ne comprens point ces deux éditions différentes d'un mesme livre en mesme temps, et comprens encore moins quelle forme peut estre plus petite que celle de vostre Ovide et tout ensemble lisible. Ce seroit donnnage que les notes que vous y avés faittes y manquassent. Je suis bien aise que vous ayés fait vos animadversions sur Valère Flacque. C'est un autheur excellent et mal connu de l'ordinaire des lettrés. Vostre travail leur descouvrira son mérite et lui conservera sa dignité.
Je feray encore sçavoir à i\r Huet la satisfaction que vous a donné son Dialogue. Si ce que je ne me puis empescher de dire de vous sont des éloges , ce sont de justes éloges et vous ne sçauriés sans injustice les l'efuser. Vous me connoissés sincère et ennemi de toute adulation , cujus causam procul habeo. Croyés moy donc sur vostre sujet et défendes à vostre modestie de vouloir contraindre mon zèle et ma raison , car, afin que vous le sacbiés, ce que vous valés du costé de l'esprit ne produit guères moins mon affection que ce que vous valés du costé de la vertu.
Le s[ieur] Morus n'est point marié et a esté plus près d'espouser une tombe qu'une femme. Il auroit pourtant besoin de Testre pour essayer de fixer sa Vénus volage vague et scandaleuse.
Je vous félicite du renouvellement de vostre communication avec M' de Beuning. Le voila à la paix de son cœur et réconcilié
avec ses Muses dont la politique l'avoit desbauché. Je me rejoiiirois bien qu'il eust tousjours un peu de tendresse pour moy. Son neveu , qui est icy, nous assure tousjours qu'il y veut venir passer un esté avec les doctes qu'il s'est fait amis. Si je vis jusques la , il me rendra la vie agréable par sa présence.
Quel homme est-ce que Schefferus? Quels sont ses talents? Est-il de la première classe ' ? Mandés le moy, je vous supplie, et quels autres sçavans Suédois, Anglois, Allemands, Hollandois, sont dignes de vostre estime. 11 m'importe de l'apprendre d'une personne aussi éclairée et aussi candide que vous^ et cela demeurera sub sigillo. Marqués chacun par son charactère et assés en détail pour toutes les professions.
Je me rapporte à M' Bigot de vous instruii'e de ce qui se passe icy dans la république littéraire, luy qui en a droit de bourgeoisie, et à qui une seule goûte n'eschappe de ces matières là.
J'ay fait vos complimens à nos amis communs , surtout à M' le marquis de Montauzier et à l'infirme et languissant M' Gonrart qui vous les rendent avec usure.
Je suis , Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ee xv février i663.
À M. CARREL DE SAINTE-GARDE
PBÈS m' L'AMBASSADEUR DE' FRANCE ,
À MADRID
Monsieur, bien que je ressente avec le plus
' Jean Scbefler, né à Strasbourg en 1621, mourut le 96 mars 1679. La reine Christine le nomma professeur d'éloquence et de politique à l'académie d'Upsal, et bibliothécaire à la place de Freinshemius. C'est l'auteur d'Upsalia aniiqua (Hambourg, 1687, in-4°) et de divers autres ouvrages d'histoire et d'archéologie. Il attaqua, dans
son histoire de la Laponie (Lopoma, Francfort, 1678, in-8°), la relation des voyages ducomte de Brienne, lequel riposta dans un ouvrage spécial qui n'a pas été imprimé.
- Ces renseignements étaient destinés à la formation de la liste des savants étrangers qui devaient être favorisés des gratifications de Louis X IV.
LETTRES DE JEAlN CHAPELAIN.
grand plaisir du monde la réception des lettres d'un homme aussi sensé, aussi sçavant et aussi vertueux cpie vous, je ne murmure pourtant pas lorsque je n'en reçois pas aussi fréquemment que je le voudrois et je m'accommode à la nécessité qui s'oppose à vostre courtoisie et à mes désirs. Plus je les ay attendiies, plus elles me sont chères, et dans le moment qu'elles me sont rendiies, j'oublie tout ce que j'ay souffert en les attendant, comme font les femmes nouvellement accouchées toutes les douleurs de leur travail à l'aspect de l'enfant qu'elles ont mis au monde '. Ne vous mettes donc point en peine de me justifier la cause de leur retardement, puisque, quelques lentes qu'elles ayent esté à venir, elles sont tousjours les très bien veniies, d'autant plus que ne traittanl point daffaix-es publiques ni qui requièrent diligence, tout temps leur est bon pourveu qu'elles arrivent à bon port.
Ce que vous me dites de vostre admiration touchant ma critique , comme vous l'aj)pellës, sur les autheurs espagnols, est un peu trop flateur pour un philosophe iel que vous estes. Il est vray que la pluspart des livres de cette langue m'ont passé par les mains et que j'en sçay assés les défaux et les avantages pour ne m'y guères abuser, mais cette chétive connoissance mérite -t- elle le nom de science et vaut-elle quon luy donne
le nom de critique dans son mnocente signification? Ce n'est pas d'à cette heure que la glorieuse ignorance de cette nation m'est connue et combien peu de ceux mesmes qui escrivent en sa langue songent qu'il importe de sçavoir les anciennes ou les estrangères pour se desniaiser et pour estre conté entre les gens de lettres? Je vous en ay dit quelque chose dans mes précédentes et il me semble que vous le croyés encore plus que raoy.
Entre les derniers ouvrages que j'ay veus d'eux, celuy d'un licenciado^ Cascales ma paru se tirer un peu de cette fange là et moustrer quelque signe de littérature dans un livre de lettres qu'il a nommé Cartas pliilologicas où il donne d' assés rudes touches au fameux Gongora sur son stile enflé et hyperbolique \ Ce mesme /«micw^/o * néantmoins descouvre sa propre foiblesse dans certaines épigrammes latines de sa façon bien différentes de celles de son compatriote Bilbilitain ^ qui est demeuré en possession de celte sorte d'empire. Je sçaurois volontiers si ce galant homme là vit encore et où il est. Du temps qu'il escrivoit ces lettres, c'estoit à Murila', à mon avis.
J'apprendrois aussi avec plaisir si un poète de cour, nommé Cerver, n'est point mort et s'il est tousjours à Madrid, où il y a quinze ans qu'il avoit la vogue \ C'est
' «Une femme, lorsqu'elle enfante, est dans la douleur, parce que son heure est venue ; mais après qu'elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de tousses maux, dans la joie qu'elle a d'avoir mis un homme au monde. i [Evangile selon saint Jean, chap. xvi, verset i.)
- Je corrige ainsi le singulier lapsus: licenisado.
' Sur Francisco de Cascales, voir en ce volume la lettre CXVIII, p. 3o5, du 16 février i6Ga. Chapelain a confondu le titre de l'ouvrage de Cascales {Lelras Jilologicas) avec le titre de l'ouvrage d'un adversaire de Cascales, Mardones, le-
quel publia en faveur de Gongora les Cartas Jilologicas.
'' Je corrige encore une fois le lapsus licemsado. S'explique-t-on cette récidive?
^ C'est-à-dire Martial, né à ijilbiiis, aujourd'hui Bambola, à une petite distance à l'est de Calatayud, en Aragon.
' Sic pour Murcia, que nous appelons Mincie, capitale de la province du même nom, à hbo kilomètres sud-sud-est de Madiid.
' C'est encore par un lapsus dont Chapelain s'accuse dans une lettre du sq avril i6G3, dont on trouvera l'analyse un peu plus loin (note 10 de
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
un bel esprit et dont les poésies vrayment espagnoles, comme les aplas, les endechas, ont assurément leur prix. 11 marche dans le burlesque sur les pas de Gongora et luy doit peu en ce genre. Or ce genre est celuy où Gongora a le plus excellé et où il s'est le moins éloigné de la raison. J'attens d'estre éclairci par vous de ces deux choses , et si vous voulés estendre vos soins jusques à me mander quels sujets éminens il y a entre les habiles de ces quartiers là, dans la Cour ou dans les universités, pour l'histoire, la politique et les lettres humaines, vous comblerés la mesure de mes obligations, car il m'importe aucunement, pour un caprice que j'ay, de n'ignorer pas cela '.
Il est merveilleux que ces bonnes gens là ne connaissent plus la façon de parler proverbiale de es de Lope dans le sens que je vous ay escrit par ma précédente. Sarazin ne l'ignoroit pas luy, lorsqu'il disoit dans sa pompe funèbre de Voiture, parlant de Lope de Vega : crioit comme un diable luy mesme: es de Lope, es de Lope'. Mais il est
encore bien plus estonnant qu'ils soient si peu curieux de leur langue et si amoureux de son changement de bien en mal, qu'ils en facent une nouvelle à chaque génération , comme vous vous exprimés. On sçait bien que les langues sont naturellement variables , et que multa renascenlur quœ jam cecidere, cadeutque qme mine sunt in honore vocabula\ Mais ce n'est jamais si prontement ni avec une telle différence. Dieu pardonne cette inconstance à ce peuple estimé si constant ou si opiniasti'B dans ses desseins qu'il en remportoit autresfois la palme sur tous ceux de l'Europe!
■J'ay passé la veiie sur les Empresas politicas de leur Saavedra '' et ne l'ay pas trouvé le pire de leurs livres. Il n'est pourtant qu'un déclamateur et qu'un copiste des autheurs que vous me cittés , et il se fait honneur de ses rapines ou emprunts, comme quelques pédans des nostres que vous connoissés. On diroit que son sçavoir est infini et qu'il ne met rien en fait sans une bonne garentie. Cependant, à l'ouverlui'e du hvre, j'y rencontray une béveùe puérile qui monstre
la lettre CLXVIII) , que le nom Gerce}- a été donné ici au poète Cancei: Sur Jeronimo de Cancer y Veiasco, mort en i654, voir Ticknor (t. II, p. iig; t. III, p. 82 et 83).
' On a déjà vu que ce n'était point pour un caprice, mais bien pour répondre à la confiance de Colbert, que Chapelain cberchait à se procurer d'exacts renseignements sur les savants les plus dignes des faveurs du roi en tous les pays.
- Voir la lettre CLII, du 1 1 novembre 1O62.
^ C'est la citation des vers de VArt poétique d'Horace (70-71), citation si souvent faite et que l'on retrouve notamment dans la mémorable Lettre de Fénelon sur les occupations de l'Académie française (1 7 1 i ) :
Multa renaseentur quœ jam cetidere, eadentque Quœ nunc sunt in honore, voeahula, si volet tisus.
' Ticknor, après avoir blâmé dans un livre de Pedro Fernandez .\avarreto (t. III, p. aii) «une
érudition inopportune , de malencontreuses pensées alambiquées qui l'ont bientôt fait condamner à l'oubli, )i ajoute : «On ne peut en dire autant des Empresas politicas, idea de un principe cristiano , de D. Diego de Saavedra Fajardo , mort à Madrid, en i6i8, après avoir longtemps servi la couronne d'Espagne dans la carrière diplomatique Ce livre est écrit dans un style
concis et sentencieux; il abonde en originales et curieuses connaissances historiques; il étale une érudition immense, mais pas tousjours judicieuse. . . Le succès de Las Empresas de Saavedra fut considérable, et ce livre n'est pas de ceux qu'on néglige encore aujourd'hui. Sa première édition, publiée à Munster, date de 16Z10. Elle fut suivie de beaucoup d'autres dans le cours du siècle. Traduit dans toutes les langues de l'Europe, il a continué d'être, du moins en Espagne, réimprimé et estimé jusqu'à nos jours. ;î
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bien qu'il ne parle que par ouy dire, sans se souvenir trop précisément de ce qu'on luy a dit. Dans LXIX empresa c'est une chose plaisante qu'il ait pris Acheronte, fleuve, pour Charonte, passager : ni la negociacion à move)' à Acheronte para que le passasse de la otra parte del Rio. Pour son langage il n'est pas mauvais, sed nihil ad Garcilassum de la Vega, ad Boscanem, ad Montemajorem, ni mesme ad Lazarillum ni ad Gusmanem '.
Je ne suis pas de vostre avis quil faille mespriser la gloire qui vient des lettres sur sa prostitution à de faux lettrés, car la gloire de ces derniers est une fausse gloire receiie par ceux qui n'en estoient pas dignes et donnée par ceux qui n'avoient pas droit de la donner. Aimons la véritable lorsqu'elle nous vient de ses vrays distributeurs. Faisons nous louer a laudatis et joiiissons-en si nous sommes convaincus n'en jouir pas indignement. Ne nous faisons pas de ce dégoust une couverture à nostre négligence. Que si tous bons auditeurs nous manquent, chantons nobis metipsis et luusis et soyons nous à nous niesmes un assés noble et assés ample théâtre. Souvenés vous surtout de vos beaux talens et ne les laissés pas inutiles, de peur d'en recevoir des reproches du maistre qui vous les a donnés si libéralement.
Assurés, je vous prie. M' l'Ambassadeur de mes respects et me croyés tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce \\n février i6i33'.