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LA COMPAGME DE JESUS, À L

Mon Révérend Père, vostre souvenir me lient lieu d'une bonne fortune et dans les infirmités et les affaires qui travaillent mon âge avancé, j'y ay trouvé une consolation qui m'en adoucit les amertumes. J'y pense encore avoir trouvé une assurance que mes dernières lettres vous auront esté rendiies. de quoy je n'avois pas esté en une petite peine, depuis que je les fis porter au R. P. procureur qui m'avoit remis les vostres avec le beau présent de vostre Histoire de France dont vous m'aviés honnoré '. Si vous les avés receiies, comme je n'en veux plus douter, vous y aurés veu ma gratitude proportionnée à vostre bienfait, et l'estime qu'un si rare ouvrage a obtenu de mon petit jugement, à quoy je nadjousleray icy autre chose, sinon que je n'ay point fait secret du cas que j'en fais, et que je nay point d'amis à qui je ne l'aye fait avoir aussi grande que je l'ay.

Mais, mon Révérend Père, vous n'avés que faire de mon suffrage pour accroistre vostre réputation. Vous l'avés establie de vostre chef d'une manière si ferme quelle n'a point besoin d'appuy et beaucoup moins d'un aussi foible appuy que le mien, et vous ne me devés pas sçavoir gré de mes offices comme d'une chose nécessaire, mais comme d'un tesmoignage de ce que je voudrois faire si vous en a vies nécessité.

' 11 a été déjà question dans co volume de Garsilaso de la Vega, de Juan Boscan, de Georges de Montemayor, de Diego Hurlado de Mendoza, l'auteur à' El Lazarillo de Tormes, et de Maleo Aleman, l'auteur de Guzman de Alfavache.

' Chapelain, le lo marssuivant, écrit (f°io3 v°) à M. Le Clerc, intendant de M. de Chandenier, à

Riom, pour l'engager à composer quelque odo ou même quelques simples stances qui puissent fournir audit Chapelain l'occasion de lui faire accorder une gratification du roi.

' loannis de Bussieres Belliocensis e Sonetate lesu Historia Francisca : ah Pharamundo contiinta série ad Lndovicum XIV deducta, tomis quatuor comprehenaa [L^on , 16A1, 6 vol. in-ia).

La Pucelle dont vous me demandés des nouvelles a encore trois courses à faire devant que d'estre arrivée au port. J'ay impatience qu'elle y ait surgi afin de vous l'envoyer pour vous rendre conte de son voyage, et pour vous divertir par le récit de ses avantures, si toutesfois la rudesse de son langage est capable de vous divertir.

J'attens de voir si Dieu donnera la persévérance à M' le (Conte) de Dunois dans l'extraordinaire résolution qu'il a prise \ pour l'en louer comme elle le mérite, car s'il la cbangeoit, l'éloge qu'on luy en auroit composé luy serviroit plustost de reproche.

Pour M'" vostre frère, je n'ay point eu l'honneur de le voirl.. Quand le beau temps me le permettra. . . il s'appercevra que rien ne me peut estre indifférent de ce qui vous appartient. Je sçauray au moins alors par luy quelles sont vos occupations présentes et ce que le monde doit encore profiter de la fécondité de vostre plume. Cependant je prie Dieu qu'il vous la conserve avec la santé et vous de croire que je seray tousjours fort sincèrement, mon Révérend Père, vostre. etc.

De Paris , ce xv mars i663.

À M. HEINSIUS

RÉSIDENT DES ESTATS DE HOLUNDE EN SUÈOE , À STOKUOLM.

Monsieur, quelque tard que me viennent

vos responses par l'esloignement des lieu.v et l'inclémence de la froide saison', elles ne m'en sont pas moins chères surtout quand elles ne m'apportent rien de mauvais de vous. J'ay eu un particulier contentement de voir dans vostre dernière du xx février, qu'on m'apporte présentement , le bon estât de vostre santé et le progrès de vos travaux et de vos estudes. Macte virtiite^ et faites de cet exercice si noble la consolation de tous les maux que l'infirmité humaine ou l'iniquité de la fortune vous peut causer. Je vous donne en cela le conseil que je prens pour moy mesme et duquel je me trouve fort bien.

J'ay toute ma vie fait cas de Valère Flaque, et je suis très aise que vous ayés entrepris de guérir les playes qu'il a receiies de la barbarie des temps. Il auroit pourtant esté à souhaiter que ces cicatrices fussent sondées par l'aide des membranes anciennes plustost que par les conjectures modernes, lesquelles pour plausibles qu'elles soient ne portent guère d'authorité et sont sujettes à estre rejettées raesmes par les ignares. Espérons pourtant mieux des vostres , qui sont tousjours de bonne foy et jamais ambitieuses, comme celles du pédant Peyrarède.

Vous aurés besoin de toute vostre discrétion et de toute vostre modestie pour retoucher Silius Italicus après M' vostre père. C'est un sage poète, mais à mon avis de moins de vigueur qu'aucun de ceux qui l'ont devancé et qui ont couru dans la mesme

' On a déjà vu plus haut la résolution prise par le fils aîné du duc de Longueviile de se faire prêtre.

^ Ici j'ai cru devoir supprimer quelques insignifiantes phrases de politesse.

^ L'expression métaphorique se retrouve dans la Psyché de la Fontaine (l'inclémence des hivers), dans les Précieuses de Molière {inclémence de la saison), dans ie Discours à V Académie française

de La Bruyère [l'inclémence du ciel et des saisons) , dans le Mahomet de Voltaire {l'inclémence de airs ) , etc.

* C'est moins un abrégé du célèbre vers de Virgile ,

Mnc'e nova virtute , puer, sic itur ad astra.

que l'expression laudalive usitée à Rome et qui correspondait à notre très bien, à notre bravo. Voir Cicéron, Lettres à Atticus, XV, XXIX.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

lice, quoyquil eusl le plus magnifique et le plus grand des sujets héroïques entre les mains, nec materiam superavit opus '.

Pour vostre Virgile , je pensois qu'il fust commence' par les EIzevirs sur ce que vous m'en aviés mande. M' Mentel , que je rencontray, ces jours passés, chés mon libraire, me fit paroistre de Tinquiélude pour quelque manuscrit de cet aullieur qu'il vous avoit envoyé. Mais ce manuscrit aura attendu le passage que les glaces baltiques avoient^ rompu. Je pense la mesme chose de Paschasius, de Coronis\ qu'il y a si long temps que je vous ay recouvré et que je mis, il y a six semaines, dans un balot que M' Bigot faisoit pour vous.

J'ay informé M' Medon de la peine où vous estiés de n'avoir point de ses nouvelles, et la mauvaise voye qu'il avoit prise en prenant celle de son concitoyen pour vous en donner. Il ne m'a encore rien rescrit.

Nous attendons icy de jour en jour M' Christianus Huggens, lequel doit venir prendre la place de son frère auprès du père qui languit depuis près de deux ans en cette cour après l'expédition de l'affaire qui l'y a amené.

Le jeune M' de Brienne s'est rapproché de Paris, mais il n'a pas encore permission d'y rentrer et bien moins d'y faire sa charge , dont ses amis sont très mortifiés , n'osant presque se promettre son restablissement à cause de la fermeté que le Roy

monstre dans toutes les résolutions qu'il a prises une fois.

Vous me resjouissés fort de m'assurer que M' de Beuning continue à estre de mes amis, et que nous le pourrons voir dans quelques mois eu cette ville. Obligés moy de luy bien confirmer la passion que j'ay pour sa vertu , et la satisfaction que sa bienveillance me donne.

Les Suédois ont tousjours besoin d'une guerre eslrangère. C'est pom*quoy je ne doute nullement qu'ils ne s'accrochent à toutes les occasions qui lem- en seront offertes, surtout contre les Moscovites qui n'ont jamais eu du bon dans les demeslés qui sont arrivés entre eux.

Je ne désespère pas de procurer à vostre mérite une marque d'estime du Roy; les fondemens en sont jettes , et je ne perdray point de veûe ce dessein , ni ne me relascheray pour l'avancer, tant que la fortune me le voudra permettre.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxii mars i663.

cLxvin.

À M«" GODEAU

BVESQUE DE VBNCE , À VEA'CE.

Si vous vous plaigniés de n'avoir point receu mon remerciment du livre que vous avés fait pour la bien heureuse mémoire de

' On sait que i'auteur des Métamorphoses a dit : Malei-iam superabat opus.

- Avoit, dans le manuscrit.

' Charles Paschal , chevalier, vicomte de Quente et de Dargni, né en ibh'] à Coni, en Piémont, était fils de Barthélémy Paschal, gentilhomme piémontais , et de Catherine de Fiesque. Il vint s'établir à Paris, fui envoyé par Henri III en Pologne en qualité d'ambassadeur extraordinaire (1576) et par Henri IV en Angleterre, en la

même qualité (iSSg). Il fut aussi ambassadeur en Suisse (de i6o4 à 161/1). Il fut encore conseiller au parlement de Rouen , avocat général au même parlement, conseiller d'Etat. Il mourut dans sa terre de Quente, près d'Ahbeville, en 1625. Ce fut l'intime ami et le biographe (lôSi) de Guy du Faurde Pibrac. Le Hvre cité par Ciiapelain est intitulé: Cororue , seu res omnis coronariaex priscorum monumentis illuslrata (Paris, 1610, in-4°).

M' de Sales, évesque de Genève \ je me plaindrois de ce que j'ay esté le dernier de tous vos amis à le recevoir, et si je ne vous en querellois pas , je ferois au moins une affaire auprès de vous à vostre aumosnier qui m'a si fort négligé, dans celte distribution, qu'il me l'a fallu envoyer prendre che's le libraire où il l'avoit laissé sans se mettre en peine s'il nous désobligeroit tous deux, vous ' en exécutant mal vos ordres , et moy en me privant d'un bien qui me devoit estre si cher. Enfin je l'ay eu par mes diligences , la veille de Pasques, et il m'a servi durant les festes d'un entretien le plus pieux et de la plus grande édification du monde.

Qu'il y auroit de plaisir d'avoir des légendes de tous les autres saints de ce stile , et que le plaisir de leur lecture en seroit suy vi d'un extrême profit ! J'ay ouy prescher en ma , jeunesse cet excellent prélat dans l'église de Saint-Paul à Paris , et il me souvient encore d'une de ses façons de parler, qui monstroit bien qu'il estoit Savoyard et qu'il se sentoit du voisinage d'Italie. Cette phrase estoit : et si bien telle chose qui est le e bene des Toscans pour encore que. Son air dans la chaire n'estoit pas véhément , mais il respiroit partout la piété et la persuadoit autant par son visage que par ses paroles \ Il m'a semblé le revoir dans la peinture que vous en avés faitte. Je me suis arresté, en lisant l'ouvrage, sur une omission que j'eusse voulu n'y pas trouver. Comment, après l'avoir fait

sacrer coadjuteur, n'avés vous point marqué le temps de la mort de son prédécesseur qui de coadjuteur le fil Évesque? Il semble par cet oubli qu'il ne l'ait jamais esté.

Je vous rens mille grâces d'un si riche présent et suis tousjours tout à vous.

De Paris, ce xxix mars i663 ^

À M. HEINSIUS

BÉSIDENT DES ESTAIS DE HOLLANDE EN SUÈDE , À STOKHOLM.

Monsieur, quand je vous tesmoigne mon estime et mon affection par cpielque désir de vos avantages , je ne fais rien que je ne doive et que vous ne méritiés. Je suis mes obligations et satisfais à mon génie qui n'est jamais si content que lorsqu'il a rendu à la vertu ce qu'elle exige de tout homme raisonnable. Mais qu'est-ce que j'ay fait jusqu'ici qui soit digne de ce ressentiment si grand que vous me monstres? Si je n'espérois vous estre utile d'une plus considérable manière, j'aurois grande honte des loiianges que vous me donnés pour si peu de chose. Aussi attendois-je l'effet de mes offices , résolu de ne vous en parler point davantage, pour ne vous pas repaistre d'espérances qui peut estre manqueroient de suites et qui , en ce cas, me feroient passer auprès de vous pour une cervelle légère ou pour un vanteur* impertinent.

' Éloge (le saint François de Sales (Paris, in-12, i663).

^ On appréciera ces détails inattendus sur celui que l'on a si bien surnommé ie plus aimable de tous les saints, donnés par un témoin, qui, après un demi-siècle, semble encore sous le charme.

3 Chapelain, le 6 du mois suivant, écrit à M. de Lionne (f 6o6) pour le féliciter de sa promotion à la charge de secrétaire d'Etat, poste.

ajoule-t-il, trdont il n'y a personne en France que en toutes sortes on en puisse estimer aussi digne que vous. . . Je m'en resjouis autant pour le Roy et pour le public que pour vous mesme. . . - * M. Littré {Dictionnaire de la langue française) n'a cité sous le mot vanteur que des écrivains antérieurs au xvu" siècle. Les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux s'expriment ainsi : k Ce mot n'est pas reçu. Vantard est admis dans le style familier, n

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