À ABLANCOUR
iMonsieur, c'est un effet de vostre bon cœur de vous inte'resser dans les malheurs de ceux que vous aimés, et, le connoissant comme je fais, je ne suis point surpris de ce qu'il vous a oblige de faire pour ma consolation dans le funeste accident de là mort du Prince qui me tenoit lieu de toutes choses, et en qui j'avois mis toute ma joye et tout mon ornement '. Toutes les raisons que vous employés pour cela m'avoient passé par l'esprit et je ne voy pas qu'il m'en puisse venir
de meilleures ni plus capables de [calmer] ma douleur, laquelle pourtant durera d'autant plus long temps que je l'aime et qu'elle me semble juste. Mais cette douleur ne sera pas plaintive et n'incommodera pas mes amis. Je luy desroberay des momens pour les cultiver et pour leur rendre mes offices utiles ou agréables.
Dieu m'a donné à vostre égard, depuis ce que j'avois essayé de faire pour vous , une occasion de vous en faire un qui vous devra plaire puisque l'honneur y est meslé avec le prolit. L'impression que j'avois faitte dans l'esprit de M' Golbert touchant vostre mérite a esté si puissante qu'encore que l'affaire que
amy, et l'un des plus honnestes hommes de son âge, habile en sa profession, etc.?7 Mentionnons encore deux lettres au marquis de Montauzier, l'une et l'autre du 22 mai (f° ii5). Nous Usons dans la première : (rLa personne qui vous présentera ce billet est de mes anciens amis et est non seulement homme de mérite, mais en a d'acquis auprès du Roy par les services qu'il luy a rendus en Escosse en qualité de Son Résident. Son nom est Montreuil et il a hérité de son frère, secrétaire de M' le prince de Gonti, l'estime et la passion qu'il avoit pour vostre vertu. . . n Chapelain ajoute qu'il s'agit d'ttun placet à présenter à S. M. pour l'exemption de logement de mousquetaires dans une maison du fauxbourg qui fait tout son bien. 51 La seconde lettre est écrite en faveur de M" Boulanger, secrétaire en chef de feu M' de Longueviile, qui trexerce depuis vingt ans le secrétariat de la province [de NormancUe] sous le Duc, son maistre,'? la duchesse de Longueviile demandant qu'on le maintienne dans ledit emploi. — Le 27 mai, Chapelain (P à 16) annonce à Moisant de Brieux que le marquis de Montauzier remplace le duc de Longueviile dans le gouvernement de Normandie : f. Vous pourrés dire à vos amis qu'ils ne doivent attendre de lui que civilité et qu'équité dans toutes les choses raisonnables, mais que dans celles qui ne le seront pas, il ne s'en faut promettre ni mollesse, ni foiblesse, parce que de tous les hommes que je connois il est le pbis
ferme et le plus vigoureux , et celuy à qui il fait le plus mauvais de se jouer, de quelque rang et de quelque condition que l'on puisse estre. Les trouppes qu'il a commandées et les gouvernements qu'on lui a confiés ont donné des essais de son génie et de sa conduite, en sorte que l'on n'en scauroit douter. M"° la duchesse de Longueviile , M"^" nos jeunes Princes et M^" leurs oncles et cousins auroient bien voulu que M" les lieutenants généraux eussent gouverné la province dans Tm^mm, mais ayant appris la résolution du Roy, ils s'y sont conformés avec respect. . . n Le 28 mai, Chapelain répondit (f° 4 17) à deux lettres de condoléance qui lui avaient été adressées par Grenteraesnil et par Huet , au sujet de la mort du duc de Longueviile. Au premier il vante en ces termes le nouveau gouverneur de la Normandie: kM' le marquis de Montauzier dont vous me parlés est tout semblable à feu M' son frère en courage, l'ayant accompagné à Rossignan, en Casai, on Valtelline jusqu'à sa mort et depuis s'eslant signalé en Franche-Comté , en Allemagne , en Alsace , en France , en Flandre , à donner de l'admiration de sa vertu. Il a de plus l'amour des lettres et, quand il en avoit le loysir, un commerce estroit avec les muses latines et Irançoises, de sorte que les habiles de vos quaitiers auront à se louer de luy lorsqu'il y sera...n ' Il était difficile de mieux exprimer en aussi peu de mots ce qu'avait été pour Chapelain un prolecteur tel que le duc de Longueviile.
LETTRES DE JEAN CHAPELALN
javois proposée nait peu avoir lieu pour des raisons que vous sçaurés un jour, cela n'a pas empeschë que dans le choix que le Roy a fait par son induction d'un certain nombre de gens de lettres pour les honnorer de ses gratifications , vous n'aye's este' compris pour 1 5oo livres qui vous attendent pour vous estre mises entre les mains sans avoir besoin de sollicitations'. C'est ce que je vous ailois mander quand j'ay receu vostre lettre. Ae manques pas de remercier cependant par escrit M' Colbert de la grâce quil vous a procurée, et m'en envoyés le paquet afin que je luy face voir vostre reconnoissance , laquelle sera complette si vous faites comme tous les gratifiés quelque chose pour Sa Majesté , surtout ce que vous sçavés qu'il y a à dire d'Elle de grand, de bon, de sage, etc., qui soit digne de Sa Majesté et de vous.
Ne différés pas vostre response et me croyés tousjours. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce vi' juin iG63.
À M. HEINSIUS
r.ÉSIDIiNT DE HOLLANDE EX SrÈDE .
À STOKHOLM.
Monsieur, je respons à deux de vos lettres , lune du \\n' avril et l'autre du x' may, que j'ay receiies en mesme temps par le soin de M' Bigot, mais plus lard quà l'ordinaire à cause du circuit quelles font avant que de pouvoir m'estre rendîtes, depuis qu'il esl
hors de Paris. Ne craignes jamais d"eslre trop long en m'escrivant sur quelque matière que ce soit; cette longueur mest la plus douce du monde et je la prends pour une des plus grandes marques de vostre amitié.
Vous me ferés relire Silius Italicus avec soin puisqu'il vous a pour partisan et que vous trouvés en luy de quoy satisfaire un goust aussi fin que le vostre. Et ne croyés pas que ce que je vous ay escrit sur l'attachement que je vous voyois à cette sorte de littérature me la face mespriser comme inchgne de vous. Je l'ay fait seulement parce que l'histoire ou la haute poésie m'en sembloit beaucoup plus digne et beaucoup plus capable d'accroislre vostre réputation. J'aymerois encore mieux que vous suyvissiés cet exercice ci'itique que de consommer vos bonnes heures à des compolations - et des pergrecations' qui nuiroient à vostre santé. si elles n'estoient nécessaires aux affaires qui vous sont commises. Je vous loue de vous estre mis au dessus de vos troubles domestiques et je vous exhorte à tenir ferme dans cette résolution. Cependant conservés vostre poste qui esl un poste honnorable jusques à ce que le calme que vous souhaités vous invite à en venir prendre un meilleur chés vous , ou chés nous , au cas que M 'de Beuning y vinst ambassadeur de cette république.
J'ay appris avec plaisir par vostre première le rang que tiennent entre les lettrés M" Reinesius* et Gouringius\ Ferrari' et
' Dans la liste de gratifications déjà citée (année iG64), nous lisons: kAu sieur Perrol d'Abiancourt , bien versé dans les lettres et principalement dans les langues... i5oo livres. i
^ Le mot compotation figure dans le Dictionnaire de M. Littré, mais sans aucun exemple. I! l'explique par rRégal entre plusieurs personnes-.
■^ Ce mot, qui ne se trouve pas dans les dictionnaires, est formé sur pergrœcan . vivre à la grecque, mener joyeuse vie.
* Thomas Reinesius, né à Gotha en ir)87, mourut à Leipsick en 1667. Voir, sur cet antiquaire, Moréri, Niceron, Bayle, la Biographie universelle (article de Weiss), la Nouvelle biographie générale (article anonyme), etc.
^ Herman Couring naquit en 1 606, et mourut en 1681. Il fut professeur en droit à Helmstad. Voir la liste de ses nombreux écrits dans le tome XIX des Mémoires de Niceron.
* Octave Ferrari, né à Milan en i6of), pro-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Ghimentelli \ etj'essayeray de les servir aussi bien que j'ay fait M" Gevartius ', Vossius, Hugg-ens, Beklerus^ et Hevelius*, auxquels, ainsi qu'à vous, Monsieur, sur mon indication et sur mon sulfrage, le Roy a résolu d'envoyer un présent à titre de sçavans, et je ne sçay comment M' Gronovius , qui n'avoit pas eu de raoy un moindre éloge auprès de Sa Majesté, est demeuré oublié ^ Léo Allatius® et le Graziani' sont aussi compris dans le nombre des gratifiés et j'attens de voir après l'exécution quel ressentiment chacun en tesmoignera pour la gloire dun Roy si munifique * et pour l'obligation qu'ils en auront à M' Colbert, intendant générai des finances, duquel cette sublime pensée est veniie, et qui l'a fait gouster à
Sa Majesté sans peine, tant le naturel de nostre Prince est noble et porté à toutes les vertus héroïques.
Si vous escrivés de cela à M' Vossius, je ne serois pas marri qu'il sceust la part que j'ay eiie en cette affaire, et la considération que j'ay fait faire de son mérite en le proposant. Pour vous, je ne vous dis rien sinon que je vous ay mis à la teste de la liste et que je vous y ay peint de vos plus riches couleurs, en sorte que l'impression a esté plus forte pour vous que pour aucun des autres.
Selon que les gratifiés en useront, les gratifications pourront estre continuées.
Vous sçaurés gré, s'il vous plaist, à M' le marquis de Montauzier de la disposition où
fessa successivement dans sa ville natale, à Venise, à Padoue, et mourut en mars i68i. Moréri et Niceron font bien connaître sa vie et ses ouvrages.
' Valère Chimantelli, lieilénisle et antiquaire, fut professeur à Florence, ensuite à Pise. On n'a de lui qu'une dissertation sur un marbre antique trouvé dans celte dernière ville, insérée dans le Thésaurus antiquitalum de Greevius.
- Jean-Gaspar Gevartius, né à Anvers en 159.3, mourut dans cette ville en i666. Ce savant philologue fut d'abord secrétaire de la ville d'Anvers, et en 1611 l'empereur Ferdinand le nomma conseiller d'État et historiographe.
^ Jean -Henri Boeder, né en 1611, à Cronheim, fut professeur d'éloquence à Strasbourg dès l'âge de vingt ans. En iG/j8 , il alla professer à Upsal et fut en iGig nommé historiographe par la reine Christine. Il revint ensuite professer l'histoire à Strasbourg et mourut dans cette ville en 1672, comme nous le verrons dans une des lettres de cette année.
* Jean Hévélius naquit à Dantzig en janvier 1611, et mourut en janvier 1687. Delambre a consacré à cet astronome im excellent article dans la Biographie universelle, et F. Arago une notice beaucoup plus développée dans les Biographies
CIUI'ELAIIV. II.
des principaux astronomes {Œuvres complètes, t. III).
^ L'oubh fut bientôt réparé; car Gronovius. ?t professeur pour les belles-lettres en l'académie de Leyde,5) figure sur la liste des gratifications de i665 pour 1,200 livres.
" Léon Allacci , proclamé par Ginguené (Biographie universelle) vVim des plus savants littérateurs italiens du xvn' siècle,?; naquit en i58(i dans file de Chio, fut nommé, en 1661, bibliothécaire du Vatican, et mourut en janvier 1669. Le P. Mceron lui attribue plus d'érudition que d'esprit critique. Nous verrons plus loin que la Cour de Rome ne permit pas à Allacci d'accepter les dons de Louis XIV. Aussi n'est-il point nommé dans la liste des gratifiés de i664 , et n'est-il pas nommé davantage dans les listes des années suivantes.
' Jérôme Graziani, né en 160^ à Pergola, devint en 1687 secrétaire du duc de Modène. composa divers poèmes parmi lesquels on remarque la Clèopâtre (1626) et la Conquête de Gi-enade (16ÎJ0), fit représenter avec le plus grand succès une tragédie dont Cromwell est le héros (1671), et mourut en septembre 1676.
^ Munijîque, qui fait des présents, généreux; du latin munificus. Cet adjectif n'a pas été adopté. ^ous n'avons que le substantif munificence.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
il estoit de parler de vostre vertu lorsque le dessein du Roy éclata , et qu il Teust fait s"il n'eust point sceu en mesme temps que j'avois fait loffice. Hors luy, nous n'avons point en cette Cour de personnes de qualité qui soient touchées delà beauté des lettres ni qui soient favorables aux lettrés. Je vous envoyé la (lespesche qu'il m'apporta, hier au soir, pour vous, avant que de partir pour sa commission de la Normandie.
Je vous ay mandé que M' de Lionne estoit revestu de la charge de M' de Brienne nec injuria. Vous y perdes peu, et la bienveillance du dernier, quand il auroit peu conserver Temploy, ne vous eust esté guère avantageuse. Il s'est décrié à la Cour et dans sa propre famille en partie par une chose louable en soy, j'entens par sa passion pour les lettres, mais qui, veu nos mœurs corrompues et l'ignorance de nos courtisans, doit estre descouverte avec grande discrétion , qui ne veut pas tomber dans le mespris et se faire tourner en ridicule.
Vostre dernière m'a infiniment plu. Tout le bien que vous m'y dittes du Roy et l'engagement volontaire que vous y prenés de célébrer ses louanges et magnifier' ses vertus me servira à faire voir à M' Colbert combien vous estiés digne de l'honneur qu'il vous a procuré. Outre la responseet le remerciraent que vous luy ferés , je suis d'avis que dans vos premières vous me parUés magnifiquement de luy et m'exaltiés la hauteur de son entreprise. Gela ne nuira de rien pour l'avenir.
Je ne sçay qui est ce Dausquaus - qui a eu l'audace de sattaquer à M"^ vostre père et de le traitter indignement. Vous avés fait dignement vous de le repousser avec véhémence et vous ne le sçauriés avoir fait avec trop de vigueur. Outre que la piété filiale vous y engageoit, il est bon de faire im exemple de ces injustes et ces insolens que rien ne corrige que les coups. Est-ce dans la préface de vostre Silius ou ailleurs qu'il a receu cette touche?
Jay perdu M^' le duc de Longueville depuis mes [dernières lettres] et en luy jay tout perdu.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce viii juin 1 663.
CLXxir.
À M. COLBERT
inTisDÀîrr ci:<ÉEàL des nxixcEs ,
À VEnSAILLES^.
Monsieur, après vous avoir rendu grâces pour la seconde fois de la bonté que vous eustes lundy matin, d'appaiser le trouble où jestois de la maladie du Roy par Theureusi' nouvelle du recouvrement de sa santé , dans le doute d'avoir l'honneur de vous voir aujourd'huy, je vous diray par ce billet que j'ay veu ceux de ma connoissance qui vous doivent les gratifications qu'ils ont receùes de Sa Majesté et les ay portés, mais sans peine, à célébrer sa convalescence. J'espère d'avoir bientost leurs compositions latines et
' M. Littré , citant sous ce mot diverses phrases qui vont du uf siècle jusqu'au xix% el de la traduction du livre des Rois jusqu'aux Mémoires de Chateaubriand , rappelle que Vaugelas en a porté le jugement que voici : trCe mot est excellent et a une grande emphase pour exprimer une louange extraordinaire..., mais avec tout cela il faut avouer qu'il vieillit. . .n Parmi les contemporains de Chapelain qui ont employé le mot
magnifier, on peut surtout nommei Malherbe, Corneille, Nicole et Bourdaioue, auxquels les rédacteurs du Dictionnaire de Trévou.r joignent François de Maucroix.
^ Je ne le sais pas non plus, après avoir pourtant cherché dans tous les recueils que j'ai sous la main ce nom peut-être défiguré.
^ Cette lettre a été publiée par M. P. Clément dans son recueil déjà cité (t. V, p. 590 et '>^i).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
françoises sur ce sujel-là, et, en attendant, je vous envoyé un sonnet que j'ay peut estre précipite, mais dont j'espère que la précipitation ne sera pas sans mérite, puisqu'elle sera une marque de mon zèle pour sa personne sacrée et de la passion que j'ay de vous complaire en tout ce que vous désirés qui dépende de moy.
Vous jugerés de ce petit ouvrage, et si vous ne le trouvés pas digne de sa matière, vous me ferés la faveur de le supprimer. Je vous reconnois pour mon seul juge et j'acquiesceray tousjours à vos arrests \
M' du Perier" a ébauché là- dessus une petite Ode latine , qu'il polit et qui sera bientost en estât de paroistre. MM. Valois ^ m'ont promis de s'appliquer à la mesrae chose en latin. M' l'abbé de la Mothe le Vayer les suy vra en François, aussi bien que M' Boyer, qui a trop de reconnoissance pour se taire en un si juste sujet de parler. M' Fléchier travaille pour cela et suspend à ce dessein l'accomplissement de son grand poëme latin du Car-
roseP. J'en ay escrit à MM. d'Ablancour et le Clerc \ desquels il ne faut attendre rien de médiocre. M"^ Cotin, duquel j'eus l'honneur, la dernière fois , de vous faire voir de si belles stances, et duquel nous avons aujourd'huy achevé d'examiner l'éloquent discours dont nous vous leusmes une si belle tirade, a fait un madrigal très joli, qu'il me doit envoyer demain. C'est un de nos plus fameux académiciens, et que j'ay engagé par vostre ordre à cet Eloge royal que nous espluchons et qui semble respondre à nostre attente. Je laisse à vostre prudence de considérer si un homme aussy approuvé qu'il est ne mériteroit point d'estre du nombre des gratifiés, et |M)ur ce qu'il a fait, et pour ce qu'il est capable de faire en prose et en vers, et si cène seroit pas dommage de luy laisser abbattre le courage et tomber la plume de la main, en ne luy donnant point de pareils tesmoignages qu'on estime son esprit et sa fidéhté °. Un conseiller de Bretagne, de nos amis, qui fit, il y a un an,
' Le sonnet ffsur la maladie et sur la guérison du Roy», conservé dans le manuscrit de la bibliothèque Nationale FF, nouvelles acquisitions n° iS90,me paraît justifier l'inquiétude sincère ou simulée de Chapelain. Que l'on en juge:
Quelle fureur te pousse, inexorable Parque?
Qui l'a mis à la main les cizeaux affilés
Pour trancher les beaux jours que tes sœurs ont filés
A nostre magiianime et triomphant monarque?
Dans sa riche fusée , attentive, remarque
Que la soye et l'argent à l'or brillent meslés,
El que vingt lustres pleins doivent estre écoulés
Avant que de Caron le reçoive la barque.
Ah! respecte Louis et calme nostre effroy.
Mais ton hras se retire , et laissant ce graud Roy,
Espargne à son grand cœur ce grand coup de tonnerre.
Tu feignois seulement l'attentai furieux
Pour mieux faire sentir quel Roy perdra la Terre .
Quand à fa Terre enfin l'enlèveront les Cieux!
^ Il a été déjà question du gentilhomme provençal Châties du Perrier dans la lettre XLl du présent volume, p. 77.
' Henri et Adrien de Valois. M. P. Clément cite, au sujet de ce dernier, mort le 20 juillet 1692, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, ce passage du Dictionnaire de Morén (t. X, p. ^^9) : « Ayant reçu une gratification de Louis XIV, il en témoigna sa reconnoissance par un discours oîi il loue ce prince en termes fort magnifiques d'avoir non seulement rendu par sa clémence la paix à l'Europe, mais encore d'avoir rétabli par sa libéralité les sciences et les beaux-arts. •■>
'' Cursus Regius, carmen herotcum (Paris, imprimerie Royale, 1669, in-fol.).
' Sur l'académicien Michel Le Clerc, comme sur son concitoyen, confrère et collègue Boyer, je citerai V Histoire littéraire de la ville d'Alhi, par Jules Rolland (Toulouse, 1879, in-S"; p. 285- 3iG, pour Le Clerc, et p. 245-283 pour Boyer).
* L'abbé Colin , dont il a élé déjà question en ce volume (lettre XXXIV), obtint une gratification de 1,200 livres (liste de i66i).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
un poëme latin de douze cents vers, sur la naissance de M^' le Daufin , que nous avons leu et reveu tlans nostre assemble'e ' et qui seraVun des plus beaux ornemens du recueil , m'apporta hier une ode Françoise, qui n'est pas mesprisable , sur le mal et la guérison du Pioy , qu'il imprimera au premier jour. Un fort habile médecin, nommé W Petit, et qui n'est pas moins habile poëte latin \ fit, il y a deux ans, un excellent epithalame pour le mariage de Leurs Majestés qui a passé par nostre estamine, et par mon induction a fait un autre poëme latin qu'il relouche pour me le remettre avec le premier entre les mains; et ce sera de quoy grossir et enrichir noslre amas. Sa fortune n'est pas bonne et il est de ceux que l'on obligeroit facilement à travailler beaucoup, si l'on les y excitoit par les libéralités du prince, et le bien qu'on luy feroit exciteroit les autres de cette force à essayer par leurs travaux de s'en attirer".
Je ne fay. Monsieur, que vous indiquer ceux que je croy dignes de ces faveurs, suy-
vant l'ordre que vous m'en avés donné, afin d'avoir plusieurs trompettes des vertus du P»oy, et ne sollicite pour personne.
Il y a à Gaen un honneste honmie , nommé Huet, très bon poëte latin et très bon orateur, plus savant qu'aucun de son âge, que l'on engageroit facilement à faire de fort belles choses, si l'on l'agregeoit à ce nombre d'élus, comme il en est jugé fort digne par ses œuvres *. M' Heinsius, que j'avois consulté sur les habiles Allemands et Hollandois de sa connoissauce, m'a confirmé par ses dernières que ce M' Gonringius, dont vous nous ordonnastes de nous enquérir.
est un très habile homme et m'a adjousté à celuy-là M" Gronovius, que j'avois noté dans ma liste destrangers, comme un professeur de lettres humaines, et un M' Ueinesius, qu'il estime extrêmement.
Des Italiens, il m'exalte fort un Ferrari, professeur de Padoue, et un Ghimentelli. professeur de Pise, comme les deux lumières latines de delà les monts. Voilà de quoy respandre les grâces du Roy, aussy bien dans
' M. P. Clément elle sous ce passage un fragment des Mémoires de Perrault que je crois devoir reproduire : «Le troisième jour de février 1 663 , nous nous rendîmes , M. Chapelain et moi , suivant l'ordre qui nous en avoit été donné, chez M. Colbert. On nous mena dans une chambre où nous trouvâmes M. l'abbé de Bourzeis et M. l'abbé de Cassagnes, qui avoient été aussi mandés. M, Colbert, étant venu nous trouver, commença par demander le secret su.- ce qu'il nous alloit dire ; ensuite il nous déclara pourquoi il nous avoit fait venir : que c'étoit pour se faire, ainsi que je viens de le marquer, une espèce de petit conseil qu'il pût consulter sur toutes les choses qui regardent les bâtiments et où il pût entrer de l'esprit et de l'érudition: qu'il souhaitoit que nous nous assemblassions chez lui deux fois la semaine, le mardi et le vendredi. Quand il n'y avoit pas d'ouvrage de commande, l'Académie travailloit à revoir et à cor-
riger les ouvrages, soit de prose, soit de vers, qui se composoient à la louange du Roi , pour les mettre en état d'être imprimés à l'imprimerie du Louvre. «
^ Pierre Petit , né à Paris en 1 6 1 7, selon l'abbé Nicaiso (Joui-nal des savants d'avril i68(j), on 1699 selon l'abbé L.-J. Le Clerc, qui s'appuie sur le témoignage de Guy Patin {Bibliothèque des auteurs cités par Richelet), mourut en cette ville en décembre 1687. Voir, de plus, sur ce poète les articles de Moréri , de Niceron , de Chauflepié, etc.
' wLe sieur Petit" est inscrit pour 800 livres sur la liste des gratifications de i66i. Son confrère en poésie latine, trie sieur Du Perrier.n reçoit la même somme. Un autre poète latin, Maury, n'obtient que 600 livres, comme le jeune Racine.
* Huet, en iGGli, touche une gratification de i,.5oo livres.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
l'Eslat de Florence et de Venise que vous les ave's desjà respandùes dans celuy de Rome et de Modène. A mesure que j'en descouvriray d'autres, je vous en rendray conte et auray toujours le plus grand plaisir du monde à contribiier en cela et en toute autre chose à vos généreux desseins pour le service et pour la gloire de Sa Majesté. J'y suis oblige' comme son sujet et comme vostre, etc.
De Paris, ce ix juin i663.